‹ De la perfection religieuseChapitre 2 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la fla que Dieu se propose dans la vocation à

Mon fils, île même que j'ai créé tous les hommes, ainsi j'ai un soin particulier de tous, et quel que soit l'état où je les appelle par mes inspirations ou par les dispositions de ma Providence, je leur tournis toujours les moyens dem'aimer et de me servir comme leur Créateur et souverain Seigneur, et de faire aiusi leur salut. Mais il en est que je distingue des autres par une vocation spéciale, et que je sépare du monde pour les élever a un état plus parfait. Tu es de ce nombre, mon fils ; je t'ai appelé à l'état religieux , afin que tu puisses me connaître, m'aimer et me servir plus

parfaitement, et parvenir avec un plus grand trésor de mérites au bonheur de la vie éternelle.

Toutes les pratiques et tous les exercices de la Religion où je t'ai placé ont pour objet de te faire acquérir la perfection. C'est la fin que je me suis proposée, quand je t'ai appelé , c'est ce que je désire de toi , et tu es d'autant plus obligé à t'y conformer que la faveur de ta vocation est plus grande. On demandera davantage à celui qui a reçu davantage.

Tels ont été autrefois mes desseins à l'égard des enfants d'Israël, mon peuple bien-aimé. Je les ai tirés de la dure servitude de l'Egypte et je les ai conduits dans l'heureuse abondance de la Terre promise, afin qu'ils eussent le loisir de s'y appliquer plus parfaitement à m'honorer et à me servir, et à cet effet je leur ai donné la loi et je leur ai prescrit les cérémonies qu'ils devaient observer. Tous, il est vrai, ont été délivrés des misères de l'Egypte, mais tous n'ont pas joui desavanlagesde la Terre promise. Lesmurmurateurs et ceux qui n'ont pas voulu se soumettre à mes commandements ont été traités comme ils le méritaient; je les ai punis de leur ingratitude et de leur rébellion. Celui-là ne mérite aucune indulgence qui méprise les ordres de son Seigneur, après en avoir été comblé de bienfaits.

0 combien se trompent les religieux qui s'abstiennent seulement des péchés graves que l'on commet dans le monde, et qui pensent avoir

ainsi satisfait au devoir do leur vocation ! Pour peu qu'ils fassent, dans leur négl igence , ils s'imaginent quo c'est beaucoup, ci ils se persuadent que je m'en contenterai; d'où il arrive que sans se mettre en peine d'atteindre.» une plus grande perfection, ils ne montrent que de l'insouciance et de l,i paresse dans mon service. Quelle erreur! Non. mon (ils, ce n'était pas pour cela que je les ai délivrés dea pièges du monde et des grands pèches qui s'y commettent, c'était aliti qu'ils pussent marcher plus librement dans le chemin de la perfection, et me rendre plus de gloire par la sainteté de leurs œuvres. Dans la vie spirituelle ne pas avancer , c'est reculer , et jamais le religieux qui ne tâche pas de se perfectionner de plus en plus ne saurait me plaire. Car , comme je l'ai dit par la bouche de l'un de mes prophètes, il ne suffit pas de s'abstenir du mal , il faut encore faire le bien, selon l'esprit de sa vocation, et c'est déjà une grande perte, lorsqu'il se présente un gain considérable, de n'en pas profiter.

Après cela faut-il s'étonner si, parmi les religieux, il en est qui ne parviennent point aux biens im s ti niables que je leur avais préparés dans la terre des vivants, et si plusieurs autres, devenus infidèles à leur vocation, retournent dans l'Egypte du monde, pour y mener une vie misérable; c'est ce que je permets, comme une juste punition de leur négligence et de leur in-

gratitude. N'est-ce pas à bon droit qu'on prive d'un bien celui qui ne sait pas l'apprécier , ou qui n'en fait pas un usage légitime?

Si je n'avais fait pour eux que de les délivrer des embarras et des illusions du monde, ce ne serait pas un médiocre bienfait. Mais de plus, en les appelante l'état religieux, je les ai admis au nombre de mes serviteurs, et je les ai pourvus de tous les secours désirables pour me servir parfaitement. Dis-moi donc, je te prie, toi qui négliges de m'aimer et de me servir avec toute la perfection dont tu serais capable , et qui te contentes de ne commettre aucun péché grave, à qui cette nonchalance fait-elle tort, à moi ou à toi ? Certes, mon fils , tout le dommage est de ton côté, et la perte que tu en éprouves est plus grande que tu ne penses.

Dis-moi encore, si tu avais été dans le monde avec toutes les commodités possibles, exempt de tous les dangers de la vie et même assuré de ton salut, ne devrais-tu pas regarder comme une grande faveur que je veuille bien te recevoir à mon service, moi qui suis ton Créateur et Seigneur? Sans aucun doute. Quelle faveur n'estce donc pas d'avoir été délivré d'un monde s» rempli de misères , où la vie de l'âme comme celle du corps est environnée de tant de périls, et d'avoir été reçu parmi les serviteurs du Roi de gloire ? Juge toi-même si, après une telle grâce, i! est convenable de me servir négligemment, et

si au contraire je n'ai pas le droit d'exiger que tu me serves avec plus de perfection quo les séculiers. Penses-tu que ce soit pour mon intérêt que je l'exige? Non certes : )•■ n'ai besoin ni de toi, ni de ton service, et c'est toi qui en retires tout l'avantage.

Ajoutons à cela que la perfection est l'obligation propre de ton état. Une maison religieuse n'est rien autre chose qu'une école de perfection. Etre religieux , c'est faire profession de m'aimeretde me servir toujours plus parfaitement, et celui-là ne mérite pas de porter ce nom. qui ne s'efforce pas de faire sans cesse de nouveaux progrès.

Voilà donc y mon fils, ce que je désire do toi, voila ce que j'exige; pour cela seul je t'ai tiré de tous les embarras du monde et placé dans une terre de bénédiction. Si un arbre ne porte pas les fruits pour lesquels on l'a planté, à quoi bon resterait-il dans le verger?

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