CHAPITRE VI
Qqq le religieux <J"it U .
dau> la p rfedion de sod ôl
S ignear, c'est ua présent inestimable que vous m'avez envoyé du ciel , lorsque jetant sur moi un regard de miséricorde vous avez daigné m'appeler a l'état religieux : je vous en rends de tout mou cœur mille actions de grâce, et je reconnais que ce contentement indicible que j'en ive est encore un don de votre infinie bonté.
— Tu as bien raison, mon fils, de le réjouir et de me rendre des actions de grâce, mais si tu l'arrêtais là, il te manquerait encore bien des choses. Ce n'est pas là ce qui fait le religieux; s-y bien, le privilège de la vocation et le saint habit que tu portes ne serviraient qu'à ta innation, si tu ne savais pas faire un bon dune si grande faveur, et sois persuadé que , si tu ne fais pas des efforts pour te perfectionner tous les jours dans l'esprit de ta vocation , tu n'auras que des châtiments à attendre au lieu de récompenses. Celui qui ne se met pas en peine de profiter des grâces qu'il a reçues est déjà coupable d'ingratilude et ne doit plus rien espérer de son bienfaiteur.
Les hommes ne jugent que par l'extérieur ; c'est à l'habit qu'ils distinguent celui qui est religieux de celui qui ne l'est pas, mais moi, mon fils , c'est par l'intérieur que je juge. 0 combien n'y en a-t-il pas qui demeurent dans un monastère, qui en portent l'habit, et qui ne sont pas de vrais religieux, parce que leur cœur est plein d'affections mondaines et que leur conduite est beaucoup moins religieuse que séculière , tandis qu'il y en a dans le monde qui pratiquent sous l'habit séculier les vertus religieuses ! Non , mon fils , ce n'est ni l'habit que l'on porte, ni la maison où l'on demeure, qui font le vrai religieux; ce sont les dispositions du cœur , manifestées au dehors par les bonnes œuvres.
A quoi bon un soldat est-il muni d'excellentes armes, si au moment de la bataille il ne s'en sert pas selon les ordres du général, sous lequel il s'est enrôlé? A quoi bon un arbre est-il dans un jardin, s'il ne porte pas les fruits pour lesquels on l'a planté? Pareillement ne serait-ce pas à tort qu'un religieux se glorifierait de marcher sous mes étendards, s'il négligeait de se servir, conformément à ma volonté, des armes que je lui ai mises entre les mains ? Vivrait-il en véritable religieux , s'il ne portait pas de fruits selon l'esprit de sa vocation? 0 combien se trompent ceux qui s'imaginant avoir beaucoup fait d'embrasser l'état religieux et d'y avoir
ivéré, comptent soigneusement depuis corn* bien (Tannées ils en portent l'habit, et qui oubl ien t d'examiner combien ils ont à se reprocher de négligences et combien peu ils ont profite de ce long séjour ! Ce n'est pas le nombre des années, mais celui des bonnes œuvres et des vertus acquises qui peut faire la couronne des religieux. Si' vanter d'être demeuré longtemps en religion , et se trouver néanmoins dépourvu
[ualités et de la perfection de son état , c'est être digne de blâme plutôt que de louange : ainsi blàme-t-on justement un écolier qui a passé plusieurs années dans une école, sans y rien apprendre. Et toi , mon fils , si tu considérais bien tout le temps que tu as perdu dans l'état religieux , sans en tirer de fruit , et si tu pensais au compte rigoureux que tu dois en rendre à mon tribunal , bien loin de l'en glorifier , tu verserais des larmes de regret et de douleur d'avoir été stérile dans une terre si féconde et d'avoir inutilement occupé une place où d'autres auraient porté des fruits en abondance. Ce n'est pas une erreur moins grande de
r qu'il sullit au religieux d'avoir la volonté de ne point transgresser mes commandements et de ne faire de mal a personne. Cela ne suflit pas, mon fils , et bien loin de m'en contenter, je
: de comme une grande offense de s'arrêter
: ir un rei.. l'être bon , des qu'il
n'a pas la volonté de devenir meilleur. Le ûOfl
religieux ne croit jamais être arrivé au bout de la carrière , et il ne dit jamais : c'est assez ; il n'ignore pas que dans la voie spirituelle ne pas avancer, c'est reculer. Ce que j'exige du religieux , c'est qu'il se mortifie sans cesse conformément à son institut, et qu'il s'applique à tous les devoirs que son état lui impose, de manière qu'il se perfectionne de jour en jour dans l'esprit de sa vocation. C'est pour cette fin que je l'ai appelé à l'état religieux. Il a bien peu de mérite à mes yeux , ou pour mieux dire , il n'en a pas du tout, celui qui pouvant faire davantage pour le bien de son âme et la prospérité de son ordre, est assez négligent pour ne le point faire. N'estil pas évident que c'est une tromperie du démon de penser qu'il suffise en religion de n'avoir pas la volonté de faire le mal? Dis-moi, mon fils , que mériterait un marinier, qui étant reçu pour travailler à la manœuvre du vaisseau s'appliquerait uniquement à vivre en paix , sans incommoder les autres et sans faire de mal, mais qui du reste, au moment de la tempête, ne voudrait mettre la main ni aux rames, ni aux voiles, et qui, en présence des corsaires, au lieu de combattre vaillamment, se tiendrait tranquille à considérer les autres ? Un tel homme ne mériterait-il pas d'être exclu du vaisseau , ou plutôt d'être jeté à la mer? ainsi arriverat-il sans doute à un religieux , qui , après avoir été reçu dans le vaisseau de la religion, ne
prend pas la peine d'y travailler comme les autres, mais 5 demeure dans unet)iarrelé continuelle , au grand scandale di- la communauté. Et quii De s'excuse pas eu disant qu'il ne fait point de mal, c'est faire qd grand mal d'omettre son devoir. Aus^i qu'il s'attende à recevoir le
châtiment <jinl mente, et s'il n'est p;is chasse de son ordre et jeté dans la mer du monde , il n'échappera pas au redoutable jugement de ma
justice. La punit i«»n <]iii est différée n'est pas un pardon , et ce délai ne la rend pas toujours plus