‹ De la perfection religieuseChapitre 9 sur 80 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Que le religieux doit s'appliquer à ce qui est le propre de sa vocation , et non à autre chose.

Mon fils, c'est moi qui ai toujours gouverné mon Eglise dès son origine , et je la gouverne encore dans tous les combats qu'elle a sans cesse à livrer pour mon honneur et gloire. Et bien qu'il y ait une grande diversité dans les parties qui la composent , néanmoins je les ai tellement unies entre elles , qu'elles ne forment qu'une seule armée bien ordonnée , avec ma croix pour étendard. Le principal et le plus vaillant de tous ces corps d'armée est celui des religieux , dont l'office est de combattre sans relâche et de faire violemment la conquête du ciel, et si l'on y remarque diverses bannières, c'est que les ordres religieux sont comme autant de légions différentes , mais les unes et les autres ne dépendent que de moi seul, c'est moi qui les conduis; je suis le général suprême de toute l'armée. Or que fait un généreux soldat ? Il s'affectionne à son drapeau , il ne voudrait pas le changer pour un autre, il ne l'abandonne jamais, et quand c'est nécessaire, il expose même sa vie pour lui. Voilà le devoir de chaque religieux. Il doit suivre

jusqu'à la mort ta bannière sona laquelle il B'est enrôlé, c'est-à-dire se livrer de tout son cœur aux exercices qui soni propres ■> son institut.

1 h effet, quoique le but commun de tous les ordres religieux suit |,i perfection, néanmoins pour y parvenir, chaque institut a des moyens particuliers el dos exercices qui lui sont propres, et tout religieux doit bien faire attention à la So speciale de Tordre qu'il a embrassé. Ainsi par exemple, colui qui est entré clans un ordre qui fait profession de vivre dans une retraite absolue et loin do tout commerce avec les hommes, doit s'appliquera l'esprit de solitude, à l'austérité de l,i nourriture et du vêtement , à l'union continuelle avec Dieu par la prière et la méditation. Ceux qui sont entrés dans un ordre voue a la vie active pour le bien spirituel ou corporel du prochain, doivent se perfectionner dans les exercices de la vie active et mettre tout leur zèle à secourir le prochain . sans s'épargner et sans rechercher leur propre intérêt , persuadés que tout ce qu'ils feront ainsi par un motif de charité, c'est à moi qu'ils le feront, et que je serai moi-même leur mpense. Pareillement ceux quiont embrassé un ordre où l'on fait profession de la vie contemplative, doivent so perfectionner dans la considération des choses célestes , dans la méditation des attributs divins, dans le détachement de toutes les créatures, et tàeher de s'unir à moi de plus en plus , par un amour surnaturel.

Or il impossible de bien s'acquitter de ces exercices et de s'y livrer d'une manière durable, si on ne s'applique en même temps à sa perfection personnelle et aux exercices qui sont communs à tous les ordres religieux , comme sont l'abnégation de sa volonté propre, la mortification des sens, le mépris de soi-même; de là dépend le succès de toutes les pratiques particulières. Ainsi, par exemple, il est facile à celui qui est parfait de travailler à la perfection du prochain, mais celui qui ne fait point de cas de son propre avancement comment peut-il être soigneux de celui des autres ? Comment peuton être bon pour autrui, quand on ne l'est pas pour soi-même ?

0 combien s'abuserait un religieux qui voudrait s'appliquer aux exercices d'un institut qui n'est pas le sien ! J'ai donné à chacun des ordres religieux les grâces qui lui sont propres, afin que tous y remplissent bien leur office. Aussi celui qui n'a pas l'esprit de son institut, et qui ne participe pas aux grâces qui lui appartiennent, ne saurait en bien remplir les offices. Si mon intention eût été que ce religieux se livrât à d'autres exercices, je l'eusse appelé à un institut différent, et je lui eusse accordé les grâces qui s'y rapportent, mais puisque je l'ai appelé à celui où il est, c'est à celui-là seul qu'il doit donner son application sans s'occuper des œuvres d'un autre institut. Celui qui laisse son

affaire pour celle d'autrui oe fait bien, ni Pone,

ni l'antro. Il sulììt a un solitaire tli> prendre gar le même et il faii sagement de bisseràd'auirea le loin d'aider lo prochain. Quel es! donc le religieux qui m'est agréable lui qui,

ayant bien fixé dans S -n COBUr la lin spéciale do son institut, en l'ait comme le point de mire de loules qoi b*3 p >rte de imites ses

forées, el qui pour > parvenir n'est arrêté par aucune dilli, ulte, évitant soigneusement ce qui pourrait l'en détourner, et embrassant avec ardeur tout eequi est propre à l'y conduire. Celui-là ne fait pas peu de chose qui s'eiïorce de bien faire ee qu'il doit et ce qui convient à sa profession. Il y a une autre erreur dans laquelle tombent plusieurs, lorsqu'à leur entrée en religion ils se proposent quelque fin particulière, comme d'être bons philosophes, bons théologiens, grands prédicateurs, et qui dirigeant de ce còte-la leur attention , prennent toutes les voies possibles et même des voies détournées pour y atteindre. 0 combien ee dessein leur devient funeste ! Il les empêche de penser à être de bons religieux, il les conduit par degrés à taire peu de cas des règles de leur institut, et il est pour eux la source d'une infinité de désordres et de désagréments. Si par hasard le supérieur leur ordonne quelque chose qui ne soit pas d'accord avec ce d< «•[ qui les contrarie, les voila aussitôt dans le trouble, dans le chagrin . dans l'amertume

si, pour ne pas les contrister, le supérieur les laisse courir vers le terme qu'ils ont en vue, alors commence le désordre et ce sera peut-être la cause de leur perte. On peut dire môme que cette condescendance est la ruine d'un institut, car il n'y a rien de plus préjudiciable à un ordre religieux que de laisser les inférieurs se conduire comme il leur plaît. Où l'obéissance et la subordination ne régnent pas, il y a nécessairement désordre et confusion. Souviens-toi, mon fils, de ce que j'ai dit plusieurs fois ; celui qui veut être mon disciple doit renoncer à soi-même et faire le sacrifice de sa propre volonté. Je suis la voie , c'est moi qui conduis ; si quelqu'un refuse de me suivre, plus il fera de pas, plus il s'écartera de son but. C'est par ce chemin qu'ont marché tous les saints religieux qui jouissent maintenant du repos du ciel ; ils se sont attachés premièrement à ce qui était le propre de leur vocation, et pour tout le reste ils se sont laissés guider par leurs supérieurs, qui tiennent ma place à leur égard. Celui qui agit autrement, se trompe. Ceux-là sont aussi dans l'erreur, qui au lieu de se conformer à l'esprit de leur institut, s'efforcent au contraire d'attirer leur institut à eux-mêmes et de l'accommoder à leur propre esprit, en ne prenant de ses exercices qu'autant qu'ils le trouvent bon , et de la manière qu'il leur plaît , et en n'y mettant que le temps qui ieur paraît convenable. C'est un véritable dé-

sortire : oar pour ótre membres d'une société!, ila n'en sont pas les arbitres , et ils doivent savoir que la justice et la oonvenance exigent qu'ils règlent leur volonté d'après leur institut et non ur institut d'après leur volonté. Pinte de tmmoder à son devoir, un religieux s'exi des illusions dangereuses et s.» présomption t'entraînera dans des égarements aussi malheureux qu'imprévus.

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