OBSERVATION VI
(Observation IX, Thèse de Vidart.)
Le nommé Jacques X..…., âgé de 38 ans, entré à la maison de santé le 26 juillet 1874. Ce malade est d’une constitution robuste, il exerce la profession d’orfèvre.
Il y a dix ans, il a eu une attaque de rhumatisme qui l'a obligé à garder le repos au lit pendant un mois. A cette époque, iln’avait pas eu de blennorrhagie; depuis lors, il en a contracté plusieurs qui ne se sont jamais accompagnées d’accidents rhumatismaux.
Il y a trois semaines environ, il a contracté une dernière blennorhagie à forme franchement aiguë.
Le 26 juillet, il est pris de frissons avec fièvre suivis de douleurs articulaires, ayant débuté par les genoux et les cous-de-pied.
A son entrée, le malade se plaint de douleurs dans les articulations des membres inférieurs et dans son épaule gauche. Il a de la fièvre, le pouls est plein, la langue sale. Il n’est pas allé à la garde-robe depuis deux jours.
Les deux genoux, le droit principalement, sont distendus par du liquide.
40 grammes huile de ricin.
Onctions avec : baume tranquille.
27 juillet. — Après sa purgation, le malade a vomi et a eu plusieurs garde-robes. Il est couvert de sueurs, les articulations des bras sont envahies à leur tour.
Rien au cœur. Il tousse un peu, mais la respiration est pure.
Poudre de Dower. É
28 juillet. — Le malade, cloué dans son lit, ne peut bouger aucune de ses articulations. Les sueurs sont toujours très abondantes.
Il accuse une douleur rétro-sternale, qui, dit-il, le gène pour respirer. La respiration est sifflante, mais le murmure vésiculaire est pur.
Il y a un peu d’oppression, pas de maux de tête, pas de délire.
Le pouls est plein et bat 100 pulsations.
Sulfate de quinine, À gramme.
29 juillet. — Le malade ayant pris, par erreur, le sulfate de quinine en une seule fois, il s’en est suivi des vomissements et quatre selles sérieuses.
Il a été assoupi toute la nuit et a parlé à plusieurs reprises pendant son sommeil.
Ce matin, toutes les articulations sont dégagées, le malade se dit guéri de son rhumatisme, mais il souffre toujours de cette douleur qu’il localise en avant de la poitrine. La peau est aride et sèche, et l’on remarque dans le dos une éruption de miliaire présentant une légère teinte purpurique.
Pas de maux de tête, pouls 110, respiration superficielle et fréquente, le facies présente quelque chose d’égaré.
À six heures du soir, la fréquence de la respiration est plus
grande, elle est suspirieuse et haletante. La face et les yeux surtout sont très injectés.
120 pulsations. Temp. axill. 40° 8.
Le pouls est plein et fort, la langue est un peu rouge sur les bords.
Rien au cœur ni aux poumons.
Toujours pas de maux de tête, pas de délire, les douleurs articulaires qui avaient disparu le matin, reparaissent.
Nouvelle selle séreuse abondante.
Huit heures du soir. — Le malade est dans le coma, il y a insensibilité complète des téguments, la respiration est très fréquente, et stertoreuse. On couvre de sinapismes les membres et l’on applique vingt ventouses scarifiées sur la poitrine.
A neuf du soir le malade meurt!
Autopsie.
Poumons sains, crépitant partout, aucun signe de congestion pulmonaire.
Le cœur est graisseux. Les deux ventricules et les deux oreillettes sont complètement vides.
Aucune lésion valvulaire.
Sur la face antérieure du cœur, à la partie supérieure de la portion ventriculaire, le feuillet épithélial du péricarde est dépoli sur une très petite étendue.
Méninges. — Les sinus et Les veines de la dure-mère sont gorgés de sang.
A la base de l’encéphale, les vaisseaux de la pie-mère sont congestionnés, et bien qu’il existe déjà un commencement de putréfaction, on reconnaît aisément une teinte rouge généralisée. Sur les parties latérales de la convexité, on trouve cette congestion mais à un moindre degré. Sur la convexité des lobes droit et gauche, on trouve un début de pachymingite. La pie-mère est très adhérente, principalement à la base.
La surface cérébrale est le siège d’un piqueté très épais.
Rien dans les ventricules ; les vaisseaux y sont également congestionnés.
La substance cérébrale ne présente rien d’anormal à la coupe.
On ne trouve nulle part sur les méninges la trace d’un travail inflammatoire, aucune exsudation, pas trace de pus.
Rien à noter dans les autres appareils.
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