‹ De la péricardite blennorrhagiqueChapitre 30 sur 30 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

(Prévost, Archives médicales belges, janvier 1895.)

M. X..., jeune officier, se présente le 16 courant à ma visite; il est atteint d’une uréthrite aiguë qui a débuté la veille. Je lui

notre

ordonne un régime et l'essence de santal en capsules, C’écait le mardi, lorsque le vendredi, de bon matin, l'ordonnance de cet officier vient me prier de me rendre sans délai chez M. X...; un camarade, qui habite la même maison, se trouvait près dé lui et me raconte que la veille, au soir, en revenant de dîner, son ami avait été pris subitement, en pleine rue, d’un malaise extraordinaire, et qu’on avait eu toutes les peines du monde à le ramener au logis et à le mettre au lit. |

Le malade est étendu, immobile dans son lit; il est anxieux et se plaint de n’avoir pu fermer l’œil, par suite d’une violente douleur à la région du cœur: le moindre déplacement de la tête ou du bras gauche lui arrache des cris. Je procède à un examen aussi complet que possible : le thermomètre marque 39°1; le pouls est à 21 au 1/4, régulier et mou; en prenant des précautions inouïes, je parviens à constater que la douleur précordiale augmente et devient angoissante à la moindre pression; son maximum correspond au troisième espace intercostal; la percussion n'est pas possible, mais à l’auscultation s'entend un bruit de frottement, un bruit de râpe assez rugueux ; à la pointe, s'entend un souffle systolique assez doux.

Il n’y a pas de doute : je suis en présence d’une endopéricardite développée dans le cours d’une uréthrite aiguë encore à ses débuts. Quelle en est la cause déterminante? Nous voyons tous les jours des uréthrites chez des jeunes gens de vingt ans, moins vigoureux certes que M. X.., qui, d'autre part, n'a jamais été malade, et nous n'observons jamais d'accidents se développant avec cette soudaineté et celte gravité. C’est que pour moi il a dû se passer quelque chose d’anormal depuis sa visite chez moi, et la clef du mystère se trouve là sous mes yeux : sur la tablette d’un secrétaire, à hauteur de deux mètres au-dessus du sol, se trouvent un irrigateur, et une bouteille contenant une solution de permanganate de potasse à 0 gr. 30 p. 1000 ; le jeune homme à enfreint ma défense, et la veille, à 4 heures de l'après-midi, il s'est fait un lavage de l’urèthre. Il n’a pas beaucoup souffert, prétend-il, malgré la pression de 1 m. 50, sous laquelle s’est faite la pénétration du liquide. Mais, pour moi, il a dû éprouver une douleur assez grande, car c’est à peine — il l’avoue, et je le constate moimême — s’'ils’est injecté plus de 150 centimètres cubes. Quoiqu'il en soit, l'affection cardiaque existe maintenant, et sans vouloir

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Vattribuer exclusivement à l’imprudence du malade, on peut la qualifier d’endopéricardite blennorrhagique. Tout allait pour le mieux, après un traitement de huit jours (diète lactée, morphine, vésicatoires), le souffle avait disparu, et l’état général du sujet était des plus satisfaisants, lorsqu'il y a quelques jours une thrombose de la veine humérale à droite est venue assombrir la situation ; je crois même qu'il en existe aussi dans les veines profondes du membre inférieur, car X..., se plaint plus de ses membres inférieurs que de son avant-bras droit, et je pense que si l’œdème, si caractéristique au membre supérieur, ne s’est pas montré jusqu'ici au membre inférieur, c’est ou qu’il aura été fugace ou qu'il n’apparaitra que plus tard, quelques jours après la douleur, comme cela arrive parfois.

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