CHAPITRE PREMIER
Historique.
C'est en 1813 que, pour la première fois, on voit mentionnée une observation de péritonite d'origine intestinale sans perforation. Ce fait resta-t-il ignoré des auteurs contemporains, ou ne leur parut-il pas : assez probant, toujours est-il que Louis, dans son Traité de la fièvre typhoïde, publié en 18926, s’exprime ainsi : « Il n’y a pas de péritonite, dans la fièvre typhoïde, sans épanchement de matières fécales dans le péritoine ». Bretonneau parle dans les mêmes termes de cette complication gra ve de la
dothiénentérie et lui assigne la même cause : une perforation de l'intestin.
Ainsi, à partir de cette époque, et sur la foi d’auteurs tels que Louis et Bretonneau, dont l'autorité, en ce qui concernait la fièvre typhoïde était incontestable, on regarda comme cause nécessaire de la péritonite survenant dans le cours d'une dothiénentérie, la communication directe entre la cavité intestinale et la séreuse.
Cazeneuve, en 1837, confirme les idées de Louis, mais Chomel, en 18, exprime des doutes sur la réalité de la perforation dans un cas de péritonite typhique observé par lui et guéri par l’opium à haute dose. « Le mal a été enrayé, dit-il, mais j'ai dû conserver des doutes sur la perforation des intestins ». Ce doute équivalait déjà implicitement à l'admission de la péritonite simple comme complication de la fitvre typhoïde.
Chomel fut suivi dans cette voie par plusieurs auteurs qui, comme Thirial en 1853, Bourdon, Pidoux en 1856, Gauchet, Pagès en 1857, publient, dans les journaux médicaux de l’époque, plusieurs observations « relatives à la forme péritonéale de la fièvre typhoïde ». Mais remarquons bien que ces auteurs regardent la péritonite comme complication simple de l'affection typhoïde, « à la manière des érysipèles ou des autres phlegmasies qui viennent si souvent la compliquer. » Ils ne voient pas le rapport étroit de cause à effet qui unit les ulcérations intestinales typhiques et l’inflammation de la grande séreuse et ne cherchent pas à expliquer par ces relations de voisinage le mécanisme de production de la péritonite.
En 1873, Vallin, dans son étude sur la « Forme ambulatoire ou apyrélique grave de la fièvre typhoide » nous fournit une observation, puis viennent les travaux de Sales, de Glindzick, de Ranque, qui étudient la question et mettent la doctrine nouvelle à l'abri de tout assaut grave.
Jusqu'alors on ne s'était préoccupé de la périto-
pee (CORTE nite par propagation que dans la fièvre typhoïde,mais des recherches nouvelles vinrent bientôt agrandir le champ de ces études. Nepveu, le premier, sous l'inspiration de son maître Verneuil, en 1867, démontra la présence de bactéries dans la sérosité péritonéale dans certains cas de hernie étranglée; en 1883, il fait les mêmes constatations dans l'occlusion intestinale, et prouve que les micro-organismes, cause de l'infection péritonéale, étaient auparavant les hôtes del’intestin.
Mais ce qui fit faire surtout un grand pas à la question ce furentles progrès queréalisérent, dans ces quinze dernières années, la chirurgie d’une part, la bactériologie de l’autre. Celle-ci, en effet, aidée de l'anatomie pathologique, put prouver le passage des microbes à travers les tuniques de l'intestin, les prendre, pour ainsi dire, sur le fait, étudier leur nature, enfin démontrer, par des expériences scien-
tifiques, ce que les anciens avaient bien entrevu,
mais n'avaient pu expliquer, vu la pauvreté de leurs moyens d'investigation. La chirurgie, d'autre part, permit aux auteurs de se rendre bien compte de la réalité des péritonites par propagation de l'infection appendiculaire, et on peutdire que l'appendicite, bien que nouvelle venue dans la chirurgie abdominale, a éclairei de beaucoup l’histoire de ces péritonites dont nous nous proposons de faire maintenant l'étude.