CETTE LÉSION EST LE PLUS SOUVENT GRAVE
Le tube digestif contient des micro-organismes en nombre excessivement grand. Pour ne citer qu'un exemple, Gilbert a calculé qu'il y avait 73.000 germes par milligramme de contenu intestinal normal. Il semblerait donc qu'étant donnée la richesse de cette flore, les microbes intestinaux pourraient se contenter d’une lésion minime de la paroi et infecter facilement le péritoine. C’est ce qui arrive, en effet, dans quelques cas d'appendicite, où les lésions minimes de l’appendice contrastent avec l’inflammation généralisée de la séreuse. Mais c’est l'exception et, le plus souvent, comme nous le verrons dans le cours de cette étude, la péritonite par
propagation nécessite, du côté de l'intestin, des
lésions d’une certaine gravité.
Les affections au cours desquelles nous àävons
LÉVAATEE
observé la péritonite par propagation sont les suivantes : fièvre typhoïde, appendicite, occlusion intestinale,contusion abdominale.
Sur quarante-huit observations de péritonite, vingt, c'est-à-dire plus de la moitié, se rapportent à la fièvre typhoïde. Ceci n'est pas pour nous surprendre, vu la fréquence de cette maladie et surtout l'étendue des ulcérations intestinales qui sont autant de larges portes ouvertes à la pénétration des microbes (Obs. 3-22).
L’appendicite vient en second lieu ; nous rapportons quinze observations de péritonite d’origine appendiculaire sans perforation. La stagnation des matières dans cette partie de l'intestin est un facteur important de son inflammation et, le premier pas étant fait, la virulence des microbes, exaltée en raison de l’inflammation, comme nous le verrons plus tard, vient favoriser la production de la péritonite (Obs. 25-39).
L’occlusion intestinale (rétrécissement néoplasique, invagination, étranglement par bride) n’est pas très souvent en cause dans la production de la péritonite par propagation ; nous n'en citons que six cas (Obs. 40-45). Ce petit nombre de faits doit s'expliquer par le peu de lésions intestinales que produit, en général, l’occlusion et aussi parce que le chirurgien n'attend pas pour opérer l'éclosion de la péritonite.
Dans cinq observations (Obs. 45-50) où des contusions abdominales diverses (coup de pied de cheval, chute sur le ventre) amenèérent un traumatisme violent de la paroi intestinale, celui-ci a pu être incri-
CAS Re Fe
miné comme cause de la péritonite qui s’est ensuite déclarée. Ne nous étonnons pas de cette rareté ;les traumatismes abdominaux graves produisent presque toujours, en effet, la déchirure des intestins et, par suite, une péritonite par perforation,dont l'étude ne rentre pas dans le cadre de notre sujet.
Nous n'avons pu citer aucune observation de péritonite consécutive à la hernie étranglée. Et, chose remarquable, c'est à cette affection, soit observée sur le vivant, soit produite expérimentalement sur l'animal par la ligature aseptique d'une anse d’intestin, que les auteurs se sont adressés le plus volontiers pour obtenir la clef du passage des microbes au travers des tuniques intestinales. Mais. en pratique, ou bien la kélotomie est faite d'urgence et, par conséquent, avant l'apparition de troubles péritonéaux graves, ou bien l’anse étranglée se perfore et, dans ce cas, nous n'avons plus affaire à une péritonite par propagation. De plus, nous ferons remar-quer que certains cas de mort à la suite de hernie étranglée, qu'on pourrait, au premier abord, mettre sur le compte d'une péritonite, doivent en être distraits et rapportés à la septicémie intestino-péritonéale décrite par Verchère,; on meurt, dans ces cas, d'intoxication généralisée de l’organisme, et non de péritonite. Tout ceci nous rend bien compte de la rareté dela péritonite consécutiveàune hernie étranglée non perforée. Cependant, bien que nous n'en ayions pas trouvé de fait probant dans la littérature médicale,nous admettrons, mais en le tenant comme très rare, que l’inflammation du sac herniaire peut,
Ligues dans certains cas, se propager à la grande séreuse et produire une réaction péritonéale plus ou moins étendue.
La péritonite par propagation, d'origine intestinale, est donc un fait rarement soumis à l’observation des cliniciens; pourquoi cette rareté, comparée à la fréquence des affections qui lui donnent le plus souvent naissance? Les causes en ont été déjà ébauchées dans le courant de ce chapitre et tiennent, soit à la nature de la maladie causale, soit au mode de traitement qui lui est appliqué; mais il faut ajouter l’'énergique pouvoir d’absorption du péritoine qui constitue un excellent moyen de défense de la séreuse contre l’envahissement par des toxines infectantes et qui contribue certainement à diminuer le nombre des cas de péritonites par propagation.