‹ De la PérityphliteChapitre 13 sur 18 · DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

Il est en général facile dereconnaître, dès le début, une pérityphlite en évolution. La brusquerie des symptômes, leur marche rapide, délimitent assez le cadre de la maladie ; mais il est aussi des cas où une affection préexistante locale ou générale masque d’une manière complète les prodromes de la pérityphlite, ou cause des accidents qui semblent lui appartenir en propre. Du reste, il est inutile de faire remarquer que la pérityphlite n'est bien souvent elle-même qu’une. complication et que sa marche est alors subordonnée ou modifiée d’après la marche spéciale de la maladie génératrice. Parfois aussi, certaines formes de pérityphlite prêtent par leur origine à une regrettable confusion, notamment dans les abcès iliaques consécutifs à une inflammation chronique d’un organe du petit bassin. Comme nousl’avons dit dans notre chapitre premier, et comme on peut le voir dans l'observation III, ces affections n’exigent pas par leur nature un repos absolu et il n’est que trop fréquent de voir les femmes refuser ou être empêchées par leur position sociale de garder le lit. Il s'ensuit que ces organes, entretenus en quelque sorte par le mouvement dans un état perpétuel d’irritation, passentbientôt sous une influence quelconque à l’état d’inflammation aiguë, qui se propage aux tissus voisins et se termine trop Souvent par des abcès iliaques. Les abcès iliaques euxmêmes ne présentent pas toujours cette marche rapide qui leur permet parfois d'évoluer en cinq ou six jours. En général lamarche est subordonnée à l’étiologie ; une typhlite simple occasionnera, par exemple,

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une pérityphlite par propagation ; celle-ci aura une marche lente et

chronique ; au contraire, que l’on suppose le cas d’une perforation du cœcum, le début sera évidemment brusque ; cette perforation donnera naissance à un abcès ou à une péritonite dont la marche sera rapide. Il est donc fort utile d'établir, si cela est possible, le diagnostic de l’étiologie ; on y puisera, la plupart du temps, les indications du traitement,

Dans tous les cas, il faut agir avec d’autant plus de prudence qu’il est

une certaine classe de remèdes que les malades emploient d'habitude pour combattre une faiblesse naturelle de leur digestion et dont une

des propriétés les plus fâcheuses est de s’accumulerdans l'intestin, de

façon à simuler un étranglement ou une stase stercorale. À ce sujet,

Graves dans une Etude sur les calculsintestinaux (tome 1[=, leçon L{re),

rapporte ce qui suit :

« Au commencement de cette leçon, je vous ai parlé des propriétés antacides de la muqueuse. Autrefois ce médicament était beaucoup

plus fréquemment employé qu'il ne l’est aujourd'hui et déterminait

assez souvent la formation de calculs intestinaux. Pour obvier à cet

inconvénient, sir James Murray imagina une préparation à laquelle il

donna le nom de magnésie liquide : c'était une solution aqueuse, obtenue au moyen de l’acide carbonique en excès. L’extrême rareté que présentent aujourd’hui les calculs intestinaux magnésiens nous montre que la préparation de sir Murray a atteint son but; mais je dois vous prévenir que la magnésie fluide elle-même, si l’on en continue longtemps l'usage, peut donner lieu à des enthérolithes. Pour ma part, j'en ai vu deux exemples : l’un, entre autres, chez un médecin de mes amis, homme d’une haute intelligence, qui a bien voulu me communiquer la note suivante.

Observation 1X

‘ Depuis deux ou trois ans, j'avais pris l'habitude de prendre, toutes les fois que j'éprouvais quelque symptôme de dyspepsie, un verre à vin de l’eu magnésienne de sir James Murray, préparée par MM. Thwaites de Sackville- Street ; à cette époque, lorsque je prenais froid ou que j'étais indisposé, je ressentais dans la fosse iliaque droite une douleur qui disparaissait sous l'influence d’un purgatif. Ces accès de douleur devinrent assez fréquents pour

nécessiter une application de sangsues. Le dernier a eu lieu, si je me le

rappelle bien, en mars 1848. Je ne me sentais pas très-bien et j'étais dans mon cabinet, occupé à lire, lorsque je ressentis tout-à-coup une douleur aiguë dans la fosse iliaque droite ; j’éprouvais en même temps un sentiment de faiblesse, et, après m'être mis au lit et avoir fait moi-même des applications chaudes sur la région douloureuse, je fis mander le docteur Graves. Mon état était si alarmant que ma femme avait envoyé chercher du secours de tous les côtés ; au bout d’une demi-heure, j'avais autour de moi cinq médecins qui étaient occupés à me faire des fomentations avec de la térébenthine, et, comme ma peau avait été très-ramollie par l’eau chaude, dont je m'étais servi avant leur arrivée, je souffrais de véritables tortures. Bientôt après, on me fit mettre des sangsues et l'or me fit prendre un mélange de térébenthine et d'huile de ricin : après l'avoir gardé pendant dix heures dans mon estomac, je le rendis. Je passe sur les détails. Lorsque je fus convalescent, le docteur Graves me conseilla de prendre tous les matins une petite cuillerée d’huile de ricin dans du lait chaud; je le fis pendant quelque temps, et c'est à ce traitement que j'attribue l'expulsion d’un calcul dont la présence n'avait pas été soupçonnée. |

Je me préparais à passer en Angleterre, lorsque je ressentis des douleurs que j'attribuais à des hémorrhoïdes internes ; je fis venir mon regrettable

ami, le docteur Houston, qui, après une consultation avec le docteur Beatty

(de Merrion-Square), déclara que j'avais une fissure du rectum, et qu’il était urgent äe la toucher avec du nitrate d'argent. Je le Jaissai faire, mais je ne puis vous donner une idée des souffrances que j’éprouvai pendant &ix heures consécutives. Des narcotiques que j'avais pris à trois reprises différentes, pour calmer mes douleurs après l'application de caustiques, avaient déter-

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miné chez moi une constipation opiniâtre ; ce que voyant, le docteur Hous-

ton m'ordonna un purgatif énergique, qui expulsa le corps étranger.

Je m’aperçus, en allant à la selle, que les matières avaient une odeur partieulière, ce que j’attribuais à l’ulcération produite par le caustique. J'y regardais néanmoins de plus près, et je vis que j'avais rendu une multitude dé corps arrondis et blanchätres, qui flottaient dans un liquide comme cré-

.meux, d'une odeur toute spéciale ; l’ur de ces corps avait la grosseur d’un

marron d'Inde dépouillé de ses aiguillons ; je les mis à part dans de l’eau, Il a été analysé par le docteur Aldridge. Je trouvai en outre un grain de raisin parfaitement entier qui avait dû séjourner au moins six mois dans le cœæcum ou derrière le calcul, car je me rappelais parfaitement que je n’avais pas mangé de raisins depuis cette époque. J'ai conservé ce fruit dans l'alcool. à

Ces renseignements vous intéresseront, je l'espère ; mais voici les faits que je tiens à bien établir:

I — L'usage de l’eau magnésienne a produit un dépôt qui a séjourné un temps considérable dans le cæœcum.

IT. — Pendant une maladie très-grave, qui résultait sans nul doute de la

présence de ce calcul, j'ai pris, d'après l’avis du docteur Graves, de petites, doses d'huile de ricin tous les matins ; je suis convaincu que l'huile à agi

. mécaniquement en s’introduisant entre les petits agrégats qui constituaient le

calcul. Celui-ci fut enfin expulsé sous l'influence du purgatif énergique qui m'avait été ordonné par feu le docteur Houston, alors qu'il me donnait des soins pour une fistule anale. | III. — Depuis lors, je n’ai jamais ressenti aucune douleur dans la région iliaque droite.

IX. — Depuis lors je n'ai pas pris une seule goutte d’eau magnésienne et

ne suis point tenté d'y revenir.

« Le professeur Aldridge m'a fait savoir que le calcul était composé de carbonate de magnésie et de quelques débris, végétaux et animaux. »

Nous avons pu nous rendre compte par nous-même des effets de la

magnésie dans une circonstance analogue, lors de la deuxième récidive

de pérityphlite chez le sujet de notre 1° observation ; cette maladie fut accompagnée de dyspepsie flatulente, et on conseilla au malade de prendre de la magnésie calcinée. Au lieu de faire cesser le météorisme, la magnésie n’eut pour effet que d'augmenter les douleurs, et quelques

dre jours après, elle fut expulsée dans les feces, en petits grains agglomérés. Cette expulsion donna lieu à du ténesme rectal.

- On voit, par ces exemples, combien il est, parfois difficile de

faire la diagnose, d’autant plus que tous ces corps étrangers, quels

qu’ils soient, s’accumulent dans le cœcum, paralysent plus ou moins

cet organe, occasionnent à la longue une stase stercorale et, finalement, donnent naissance à tous les symptômes d’une typhlite, accompagnée ou suivie, presque toujours dans ces cas, d’une pérityphlite. De même, dans la colique hépatique, il n’est pas toujours commode d’établir d’emblée un diagnostic. Les symptômes de début sont, en effet, à peu près les mêmes : douleurs violentes avec irradiations, nausées, vomissements, anxiété, ictère, constipation, etc. La nature de la maladie ne peut souvent être déterminée qu’un ou deux jours après le début. Cependant, les caractères tirés de la présence de la tumeur et de la fièvre constitueront des signes différentiels.

Je n’insisterai pas sur l’iléus; la nature des vomissements et l’odeur qu’ils répandent doivent suffñre dans la plupart des cas. Il en est de même de la hernie étranglée ; l’erreur est toutefois difficile: dans la hernie de la ligne blanche ou le pincement d’une portion de l'intestin, il survient, d'habitude, des accidents cholériformes qui pourraient en imposer; une explo’ation attentive permettra d'établir en même temps le diagnostic et Le traitement. |

Il nous reste à parler des tumeurs de la fosse iliaque droite et à meltre au jour leurs caractères différentiels. Le rein, déplacé, peut fort bien simuler une tumeur de ce genre, alors même qu’il ne présente

aucune altération. Grisolle, dans son mémoire, signale un cas de ce

genre. Si le rein, dans une situation aussi insolite, devient malade, si son tissu s’enflamme et suppure, on pourra croire aisément à l’exis- +ence d’un abcès dans le tissu cellulaire, car alors il y a tumeur douloureuse, fluctuation et selles purulentes, dans le cas où le foyer s’ouvre dans le côlon ou le rectum, comme M. Cruveilhier en cite un exemple (Cruveilhier : Anatomie, t. Il. — (Grisolle).

L’ovarite peut également simuler un phlegmon de la fosse iliaque

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