‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 10 sur 82 · DE LA DEVIE · texte numérisé non relu

DE LA DEVIE

» Rarement la surdité, jamais la chute des cheveux , si fréquemment observées dans les typhus d'Europe, et non plus la gangrène des extrémités; enfin, une quiétude parfaite , au lieu de la terreur panique et du désespoir signalés par les auteurs. Nous avons toujours vu les malades indifférons sur leur sort, et même quelquefois pleins de gaieté. Il est vrai que les musulmans sont en général peu accessibles à la crainte de la mort : Dieu a compté leurs jours dans ce monde ; et la foi , qui est encore grande parmi eux, leur promet les délices d’une vie future. Cependant, nous avons vu aussi beaucoup d’Européens rester dans la même tranquillité d’esprit pendant tout le temps de leur maladie. »

23. Symptômes observés à T hôpital de VEsbekiè par M. le docteur Primer (depuis la fin de février jusqu’à la fin de juin 1835). — « Les symptômes que j’ai observés sont les mêmes que ceux de la grande épidémie. Il y eut vomissemens , prostration, anxiété , fièvre , dans la plupart des cas ; pouls fréquent, accéléré, mou; chaleur de la peau considérablement accrue, changeant d’un moment à l’autre; sueur sans soulagement; turgescence veineuse sur toute la périphérie , principalement à la face.

» L’éruption des bubons ou des charbons s’opérait du deuxième au quatrième jour. A cette époque, la face était grippée et tiraillée par des spasmes, surtout aux angles du nez et de la bouche; le pouls devenait faible; la diarrhée se déclarait dans quelques cas, et alors les malades succombaient le quatrième jour.

» Les yeux , quoique brillans , avaient un aspect amaurotique ; souvent leur globlc proéminait; un rouge sale tirant sur le jaune se dessinait autour de la cornée. La langue était constamment humide et blanchâtre; quelquefois l’individu était affecté de mutisme. L’examen des urines n’offrait pas l’aspect que celles-ci présentent ordinairement quand il y a de la fièvre.

» A ces symptômes succédait l’apparition des bubons et des

été gravement atteints. J’en ai vu qui étaient encore presque complètement muets au mois d’octobre , c’est-à-dire cinq ou six mois après lecir convalescence.

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charbons, mais souvent elle leur était simultanée. L’apparition des pétéchies était plus irrégulière ; souvent elle avait lieu pendant l’agonie , quelquefois meme après la mort. Quand les bubons, les°charbons ou les pétéchies étaient développés , la maladie prenait un caractère décisif , et le malade guérissait ou succombait. Dans le premier cas, la céphalalgie, l’anxiété, faisaient place aux douleurs occasionnées par le développement des bubons et des charbons ; ces douleurs étaient quelquefois atroces quand les tumeurs étaient situées le long du canal crural ou delà veine cave descendante. Dans le second cas , les symptômes indiqués plus haut augmentaient d’intensité; le délire, la stupeur , les soubresauts , 1 qJIox silegivm , venaient s’y joindre ; le pouls augmentait en fréquence , la peau s’humectait d’une sueur gluante , et la mort avait lieu par asphyxie , sans que les malades perdissent jusqu a la (in l’usage de leurs facultés intellectuelles (1-). »

24 . Symptômes observes à Abouzabeï par le docteur Dumgneau. — « Les malades au premier degré éprouvent peu ou point de fièvre, point de délire ; il y a un ou plusieurs bubons; quelquefois l’appétit se conserve; plusieurs peuvent continuer à vaquer a leurs occupations; tous guérissent.

» Dans le deuxième degré, la fièvre est plus ou moins forte, quelquefois il y a du délire; l’appétit est nul, la soit vive; des bubons ou des charbons apparaissent isolément ou ensemble, quelquefois en même temps que les phénomènes généraux , quelquefois après un , deux et trois jours. La stupeur est plus ou moins prononcée , la parole plus ou moins embarrassée. Presque tous guérissent.

» La maladie au troisième degré a offert les symptômes suivrans :

» Céphalalgie; yeux injectés, larmoyans ; vertiges, stupeur, parole embarrassée, comme celle d’un homme ivre, quelquefois impossible; réponses incohérentes ou milles, agitation , délire; langue blanche, large, humide, rouge aux bords ; épigastre non

(4) Extrait d’un rapport adresse au Conseil de santé.

douloureux ; souvent vomissemens qui tourmentent beaucoup les malades et les empêchent d’étancher la soif qui les dévoré* pouls petit, serré, fréquent (100 à 120); urines rouges, rares ; pétéchies apparaissant de préférence sur la poitrine et 1 abdomen ; bubons , charbons simples ou multiples , ensemble ou isolement. Les premiers se montrent aux aines , aux aisselles , au cou ; les seconds indistinctement sur toutes les parties du corps , mais plus particulièrement aux membres inférieurs.

)> Les bubons se manifestent quelquefois en même temps que les premiers symptômes; d’autres fois ils paraissent vingt-quatie, quarante-huit heures, même plus, après l’invasion de la maladie. Dans quelques cas il y a des symptômes précurseurs qui durent plus ou moins ; dans d’autres le malade tombe comme frappé par la foudre. La maladie, dans quelques instans, est à son summum d’intensité. Il est très-rare delà voir guérir au troisième degré ; la mort est presque inévitable , elle a lieu du troisième au sixième jour, quelquefois après un temps moins long. Je n’ai jamais vu les bubons passer à la gangrène ; leur rétrocession est toujours un

signe très-grave.

» Très-souvent des malades restent pendant un ou deux jours plongés dans un affaissement profond; on ne peut obtenir aucune réponse, aucune parole. A la visite suivante, on est fort étonne de les voir assis sur leur séant, n’offrant presque plus de stupeur, et répondant juste à presque toutes les questions qui leur sont adressées ; presque tous sont disposés à la gaieté, a la plaisanterie. Il en est bien peu qui aient la connaissance de leur état et qui s’en affligent. Ce mieux apparent , succédant ainsi brusquement à un état tout-à-fait opposé , me trompa chez les premiers malades ; j’appris bientôt qu’il était le signe d’une mort très-prochaine. On pourrait presque comparer ce qui a lieu dans ces cas pour le cerveau à ce qui arrive dans une violente inflammation du péritoine, par exemple, suivie de gangrène : une amélioration apparente, et la mort.

)> Les charbons ont été beaucoup plus fréquens à la fin de l’épidémie qu’à toute autre époque. Comme les bubons, les charbons

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existent quelquefois sans phénomènes généraux bien sensibles. Cela a surtout lieu quand ils sont peu étendus et peu nombreux ; ]a chute des eschares est toujours suivie d’un amendement très sensible. S’ils sont larges et profonds, ils sont graves par les désordres qu’ils occasionnent localement. La peau et le tissu cellulaire sous-jacent sont quelquefois détruits dans une grande étendue; le malade qui avait échappé aux premiers accidens périt par l’abondance de ta suppuration. Leur nombre chez le même malade est variable ; quelquefois il n’y en a qu’un, deux ou trois; d’autres fois, un plus grand nombre. Un capitaine turc, jeune et vigoureux, outre quatre bubons, avait dix charbons. 11 résista aux premiers accidens, et succomba après six semaines de maladie, épuisé par l’abondance de la suppuration fournie par ces plaies, dont quelques-unes étaient très-étendues, quoiqu on eut tente de limiter dès leur apparition la plupart des charbons par 1 application du fer rouge. »

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