‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 11 sur 82 · Symptômes observes à Damiette par le docteur Esm an · texte numérisé non relu

Symptômes observes à Damiette par le docteur Esm an

yard. — « Langue recouverte d’un enduit muqueux , souvent très-épais ; saillie des papilles sous le mucus , et rougeur vive appréciable au pourtour dépourvu de cet enduit; nausées ou vomissemens. Quand les accidens cérébraux ne sont pas portés jusqu’à la stupeur ou au coma : céphalalgie violente , parole mal articulée , balbutiée , quelquefois enrouement , lenteur dans les idées , indifférence morale sans délire , douleur des membres et des lombes ; conjonctive injectée ; chaleur âcre et sécheresse de la peau, surtout à la région abdominale; pouls fort, dur ou filiforme, fréquent ou intermittent, selon la période de la maladie ; bubons inguinaux , axillaires , etc. , ou seulement développement anormal des ganglions lymphatiques, avec douleur souvent trèsxive; quelquefois éruption d’anthrax; apparition des vomissemens après la cessation de la stupeur et du coma , chez quelquesuns, ou lorsque la tuméfaction de l’abdomen annonce l’envahissement du péritoine par l'inflammation, ou la perforation de l’intestin grêle ; anxiété , quelquefois yeux fixes , gonflés et rouges ; suspension de la parole, paraplégie, respiration plaintive; étourdis-

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semons suivis de chute-, exaltation cérébrale sans délire réel (1), soubresauts des tendons chez quelques-uns.

)) De ce que les étourdissemens , cette marche chancelante qui simule l’ivresse, l’état d’hébétude, de paraplégie, arrivent quelquefois avant les vomissemens, il n’en faut pas conclure, avec les observateurs superficiels, que le cerveau soit le premier frappé, puisque les médecins même qui ne partagent pas mon opinion sur la nature de la peste conviennent qu’aucune trace de lésion récente n’est trouvée dans cet organe après la mort. Je dis observateurs superficiels, car dans tous les cas, lors même qu’il n y a pas de vomissemens, tous les autres signes de la gastro-entérite existent. Le médecin physiologiste voit dans ces phénomènes 1 action sympathique des organes digestifs produisant la congestion , qui , selon ses diverses nuances, donnera lieu à différons symptômes, depuis la céphalalgie jusqu’au coma. »

20. Symptômes observés à Alexandrie par le docteur Estienne . — a Accès fébrile , frissons ouvrant la marche des symptômes , le froid se prolongeant long- temps; tournoiement de tète, démarche chancelante, celle d’un homme ivre ; faciès spécial donnant à 1 en-

semble delà physionomie un caractère d’indifférence; yeux un peu larmoyans , exprimant une sensation d’étonnement; conjonctives injectées , brillantes, rougeâtres, surtout vers leur partie interne, ou encore ictériques ; langue blanchâtre , nacrée, offrant beaucoup de variétés; soif, vomissement de matières jaunâtres , bilieuses; douleurs lombaires et parfois dorsales ; fréquent besoin d uriner , urines claires, constipation ou selles réglées; insomnie ou assoupissement; souvent confusion dans les idées, délire. Les frissons et les vertiges , sous forme de tournoiement de tète , avaient lieu simultanément. Généralement, cette dernière sensation ne persistait que durant trois ou quatre jours. Après ce temps,

(1) Très- rarement du moins le délire est violent. Nous en avons vu cependant quelques exemples au Caire, entre autres chez un Italien, relieur, qui a erré pendant trois jours dans la ville, et a guéri; chez un saint-simonien , et chez un élève de fécole d’Abouzahel, appelé Ben- Hoffari.

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le malade n’accusait plus ordinairement que de la céphalalgie. Le froid débutait fréquemment entre les deux épaules , et se portait de là dans les diverses régions du corps; quelquefois ce sentiment du froid se faisait sentir en même temps sur tous les points de l’organisme. Dans beaucoup de cas , cette sensation se prolongeait très-long-temps , et chez plusieurs malades, elie ne se dissipait, comme la souffrance de la tète , que lors de l’apparition d un signe extérieur de peste. Le délire cessait aussi ordinairement a cette époque ; quelquefois il persistait encore durant quelques jours.

» C’est aussi pendant que le malade se plaignait de tournoiement de tète et de frissons qu’il éprouvait des nausées et des vomissemens ; quand i! était seulement atteint de nausées , il cheichait assez fréquemment à obtenir le vomissement par le moyen de l’eau tiède. Le vomissement cessait ordinairement dans les vingt-quatre heures. Je l’ai vu se prolonger durant trois jouis

sur un malade gravement affecté.

» Le pouls , petit pendant la période algide , devenait fréquent , plein, fort, après la cessation du froid ; ordinairement il s’élevait, lors de l’apparition du bubon, une chaleur brûlante de la peau, coïncidant avec 1 élévation du pouls. Généralement alors la transpiration était supprimée, et l’on ne pouvait obtenir des sueurs qu’avec beaucoup de peine.

» Aux symptômes que je viens d’indiquer, et qui existaient le plus fréquemment , s’enjoignaient d’autres très-sujets à varier. Tantôt c’étaient ceux d’une gastro-entérite des plus violentes ou d’une affection vermineuse; quelquefois ceux d’une inflammation des méninges ou de l’encéphale. D’autres fois les viscères de la poitrine paraissaient affectés , et les phénomènes du catarrhe pulmonaire ou de la pneumonie se déclaraient. La peste se montrait souvent accompagnée de convulsions chez les enfans , et de péritonite chez les femmes nouvellement accouchées.

» Selon la diversité des complications , la langue présentait divers aspects: souvent rougeâtre aux bords et à son sommet, elle offrait une ligne rouge au centre, et deux bandes latérales blanchâtres. C’était surtout lorsqu’il y avait des signes de gas-

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tro - céphalite que cet état de la langue était fréquemment observé. Parfois cependant on voyait encore, dans ces cas, la langue présenter seulement une couleur d’un blanc nacré , avec rougeur à sa pointe et quelquefois aussi sur ses bords. L’aspect nacré de la surface de la langue et la rougeur de sa pointe et de ses bords se montraient aussi fréquemment, lorsque des symptômes de broncbo-céphalite existaient. Quand il y avait embarras gastrique concomitant , la langue offrait un enduit blanchâtre sur toute sa surface. Dans les cas de complications, sous forme de gastro-entéTo-céphalite, la langue était souvent noirâtre au centre, et d’un blanc sale sur ses parties latérales.

» Au milieu des symptômes spéciaux de la peste , se déclaraient ainsi, sous l’influence de cette altération première , désaffections variées , surtout des inflammations ou du moins des phénomènes inflammatoires, souvent intenses et siégeant, chez un grand nombre de malades, sur les organes gastro- intestinaux. Je ne décrirai point les divers symptômes offerts par les pestiférés, selon que leur maladie se présentait avec des signes de ces différentes affections. Ce serait reproduire les phénomènes généralement observés dans le cours de ces diverses maladies. Les caractères variés de la peste ressortiront beaucoup mieux dans l’historique détaillé que je me propose de publier , pour faire connaître la marche spéciale de cette épidémie , chez plusieurs des malades dont j ai dirigé le traitement.

» Toutefois je dois ici faire observer que la peste, étudiée dans l’ensemble de ses manifestations, présente généralement de grands rapports avec les affections typhoïdes. Dans quelques circonstances, la peste a semblé foudroyer ses victimes, tant son activité meurtrière a été rapide. Parfois, dès 1 invasion, les malades étaient plongés dans un état de prostration extrême. 1a vie s éteignait alors au milieu des symptômes les plus elîrayans.

» Outre les phénomènes qui ont été indiqués comme se montrant sur la presque totalité des malades frappés par celte épidémie, il en est d’autres sur lesquels je crois devoir aussi fixer 1 attention , attendu que, de même que les premiers , ils constituent

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un des élëmens les plus importons de la peste ; je veux parler des bubons , des charbons et des pétéchies.

)> C’est ordinairement du troisième au quatrième ou au cinquième jour que se manifestaient les bubons ou tout autre signe extérieur de peste. Toutefois ces éruptions se sont aussi déclarées à toutes les époques de la maladie.

» Le bubon siégeait le plus fréquemment aux aines ou aux aisselles. Il se montrait, dans quelques cas, sur d’autres points de la surface du corps. Le plus souvent il se présentait sous une forme arrondie ou conique. D’abord sans changement de couleur à la peau, il se développait tantôt avec lenteur, d’autres fois avec rapidité. Je l’ai vu dans plusieurs cas rester long-temps stationnaire avant de se dissiper. Il atteignait un volume quelquefois considérable. Il se terminait ordinairement par résolution ou par suppuration.

yy Quand la suppuration avait lieu, une rougeur intense de la peau la précédait. On voyait alors sortir à l’ouverture du bubon une grande quantité de pus , de couleur naturelle ; puis une matière sanguinolente, suivie fréquemment de la sortie d une espèce de lambeau de tissu cellulaire mortifié, que j’ai entendu désigner sous le nom d’éponge.

» Parfois l’étendue du bubon était modérée, d’autres fois sa ten-

dance gangréneuse propageait plus ou moins loin son action érosive. Ainsi, j’ai été appelé, par M. le docteur Laidlaw, en consultation , chez un capitaine anglais atteint à la région inguinale droite d’un bubon pestilentiel, dont l’ouverture spontanée et par gangrène donna lieu à une hémorrhagie qui nécessita la ligature de l’artère iliaque externe. Ce malade , opéré par M. Laidlaw avec beaucoup d’habileté, est aujourd’hui rétabli.

» Quand le bubon siégeait à l’aine, la progression était gênée et le pied correspondant au siège de cette affection demeurait habituellement tourné en dehors.

» La cicatrisation des bubons et des charbons était parfois tardive, d autres lois elle s’elfectuait avec rapidité. L’état général du malade, la gravité plus ou moins prononcée de l’affection, la

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manière dont le bubon était ouvert , le mode de pansement de l’ulcération qui lui succédait , contribuaient à accélérer ou à retarder cette cicatrisation.

» Parfois les bubons pestilentiels se sont montrés sans être accompagnés d’aucun phénomène morbide. Dans quelques cas rares, la maladie pestilentielle a paru aussi se manifester sans éruption extérieure concomitante. »

27. Peste (T Alexandrie décrite par M. Aubert , médecin en chef de l’hôpital des troupes de terre. — M. Aubert, auteur d’un ouvrage tout récent sur la peste (1), a consigné dans son livre plusieurs observations particulières de faits observés à l’hôpital de Ras-el-Tin ou dans sa pratique civile. Bien qu’il n’ait pas , dans son travail , fait un résumé général de la symptomatologie, on voit facilement, en comparant entre elles les diverses observations qu’il a données , que les symptômes qu'il a décrits sont semblables à ceux rapportés par M. Estienne, et à ceux que nous indiquons nous-même.

M. Aubert a également établi trois degrés de la maladie, d’après l’intensité de celle-ci.

Le premier, dont les symptômes sont bénins, offre pour traits principaux : de la céphalalgie, une fièvre peu intense, une irritation gastro-intestinale peu prononcée -, peu ou point de vomissemens , bubons qui suppurent ou se résolvent , etc.

Le second degré présente des symptômes plus marqués, plus caractéristiques. Souvent aux bubons, qui quelquefois existaient seuls dans le premier degré, viennent se joindre des charbons, et quelquefois des pétéchies , etc.

Le troisième enfin offre l’affection dans tout son développement , avec ses symptômes d’innervation , ses phénomènes typboïques, ses altérations profondes, etc. Ordinairement ce degré présente la réunion de bubons , charbons et pétéchies. L’auteur cependant rapporte des cas où aucun de ces symptômes ne s’est développé.

(1) De la Peste, ou Typhus d’Orient. Paris, 1840.

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