‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 2 sur 82 · CLOT-BEY · texte numérisé non relu

CLOT-BEY

AYANT -PROPOS

Lorsqu’en 1825 je partis pour l’Egypte en qualité de médecin et chirurgien en chef des armées , je n’avais sur la peste d’autres notions que celles que j’avais acquises par la .lecture des ouvrages anciens ou modernes. J’arrivai dans le pays sous l’influence des idées de l’époque. Je croyais à la contagion , non point comme à un fait incontestable , bien démontré , mais comme à une opinion adoptée par le plus grand nombre des médecins. À part cela, j’étais sans théorie arrêtée, sans système prémédité ni exclusif, et je voulais attendre les faits pour juger.

Par une circonstance assez extraordinaire , ce fut presque aussitôt après mon arrivée que j’eus occasion d’observer le premier cas de peste, et voici comment. Le 13 février, lendemain du jour de mon débarquement à Alexandrie , ayant été invité à dîner chez M. Drovetti , consul-général de France , j’y trouvai un capitaine languedocien, qui me pria d’aller voir un homme de son équipage, malade à son bord. Je m’y rendis, accompagné de M. Bernard , mon confrère et mon ami. Déjà nous avions touché et examiné le matelot , quand , en poursuivant nos investigations , nous découvrîmes un énorme bubon sous l’aisselle gauche et un charbon sur l’épaule correspondante. Je reconnus bientôt qu’il s’agissait d'un cas de peste , je le déclarai au capitaine , et fus sur-le-champ en prévenir le consul-général de France , préoccupé que j’étais des idées de contagion. Le malade fut aussitôt transporté à l’hôpital où il succomba cinq jours après.

Cet événement eut pour effet de prévenir favorablement sur mon compte le public européen , qui s’étonna du diagnostic que j’avais porté sur une maladie que je n’avais pas encore eu occasion

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d’observer. D’un autre côté, je fus surpris de ne point rencontrer dans la peste les symptômes extraordinaires dont le vulgaire et même quelques monograpbes font une peinture si effrayante. Je me demandai encore comment une maladie aussi éminemment contagieuse ne s’était communiquée à aucune des personnes de l’équipage , qui , resserrées dans un espace étroit , se trouvaient , par conséquent , en contact habituel avec le malade ; comment il se faisait que nous n’eussions pas été atteints, M. Bernard et moi, ainsi que l’infirmier qui avait soigné le matelot? J’avoue que, dès cette époque, commencèrent mes premiers doutes sur la nature contagieuse de l’affection.

J’arrivai au Caire, où je me mis sur-le-champ en rapport avec M. Dussap, médecin français, qui habitait le pays depuis longues années. Mon premier soin fut de lui demander des renseignemens sur la pesté. Je n’en pus obtenir que. de très-incomplets ; car, quoiqu’il eût traversé plusieurs épidémies , il n’avait sur les causes , la nature et le traitement de la maladie que des idées peu rationnelles. Jamais, d’ailleurs, il n’avait pu faire d’autopsies. Son opinion n’était pas plus arrêtée sur la contagionabilité. Il se vantait seulement du privilège qu’il avait eu d’échapper jusqu’alors au fléau , ce qui avait fait croire à quelques personnes qu’il possédait un préservatif. En temps d’épidémie, il était à peu près ïe seul qui visitât les pestiférés ; mais , hélas ! cette espèce de prérogative qu’il ne tenait ni de sa volonté , ni de la science , lui fit défaut en 1835; il succomba à cette époque avec sa fille et plusieurs personnes de sa maison.

Dans le courant de la première année (1825), M. Dussap m’avait fourni 1 occasion de voir deux pestiférés. L’un des deux malades Sut gravement atteint, avec bubons et charbons , et succomba. L autre le fut moins dangereusement, eut un bubon qui suppura, et guérit.

Durant celte époque , me trouvant presque toujours au camp , occupé sans cesse du service de santé de l’armée , aucun autre cas ne s offrit à mon observation. Mais les années d’après, pendant ao saison d hiver et le commencement du printemps, j’ai constam-

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ment eu occasion de voir quelques cas de peste sporadique. Quelques-uns seulement présentèrent de la gravité; mais le plus grand nombre s’offrit à l’état bénin.

N’ayant devant moi que quelques faits isolés, et n’ayant pu faire encore aucune autopsie, on conçoit que, pendant les premières années de mon séjour en Egypte, je n’aie pas pu former, ni , par conséquent , formuler une opinion définitive sur la peste. On se rappellera sans doute que dans l’examen que les éléves d’Abouzabel subirent à l'Académie de médecine de Paris, le 18 novembre 1832, M. Dupuytren posa à M. Mohammet-el-Chabassi plusieurs questions relatives à la peste. Je les cite ici, ainsi que les réponses faites à ce sujet, d’après le compte-rendu de cet examen publié en 1833.

1° « Quelle opinion se sont formée les hommes éclairés parmi

les Arabes sur la génération de cette maladie?

R. » Les hommes dont vous parlez attribuent cette maladie aux vapeurs dangereuses qui s’élèvent de la terre.

2° » La peste est-elle contagieuse ?

R. » On la considère comme telle en Egypte.

3° » Y a-t-il plusieurs moyens de transmission, et suffit-il quelquefois , comme le disait M. Fourrier, qu’une simple cloison de bois vous sépare des pestiférés, pour que vous soyez préservés ?

» Ici, M. Clot-Bey répond pour ses élèves que, faute d’expérience personnelle sur la matière, ils ne peuvent croire que ce qu’ils ont appris dans leur enseignement ; qu’à l’école d’Abouzabel, on n’avait point de parti sur la question de la contagion ; que lui penche à ne pas l’admettre , mais que, sur ce point important , il n’aura d’opinion arrêtée que lorsque l’expérience l’aura suffisamment éclairé. » t

On voit, d’après ce qui précède, que, malgré sept ans de séjour dans le pa)s, je ne me croyais pas assez éclairé sur la matière; cela suffit , je pense, pour me mettre à l’abri de tout reproche de précipitation et d’idées préconçues.

Enfin, en 1835, une épidémie terrible, qui a ravagé Alexandrie, le Caire, et qui s’est étendue au loin dans les provinces,

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est venue nous fournir un vaste champ d’observations. Placé à la tète du service médical, comme inspecteur général et présiuent du conseil de santé, je me trouvai dans la position la plus favorable pour étudier la terrible peste. En effet, nous avions des hôpitaux régulièrement établis où les pestiferes étaient admis et traites comme pour les maladies ordinaires, et la possibilité de faire bore-

ment des ouvertures de cadavres.

Pour mettre à profit tous ces avantages , je conçus la pensée de créer une commission qui avait pour double but de faciliter les travaux et les recherches auxquels un seul n aurait pu suffire , et de donner plus de valeur à des observations sanctionnées par l’autorité de plusieurs collaborateurs (1).

Cette commission fut composée des docteurs Gaëtani-Bey , Lachèse et moi. Nous nous adjoignîmes M. Bulard en qualité de quatrième membre. Mais sa participation ne nous fut pas d’un grand secours. Je joins ici le procès-verbal de la commission tel qu’il a été rédigé en commun par mes collaborateurs et moi, peu de temps après la cessation de nos travaux. Je le cite textuellement, et non comme l’a rapporté M. Bulard , qui Ta morcelé et tronqué dans plusieurs passages.

C’est la commission qui parle :

« Le retard de la science sur une maladie si ancienne , le désaccord qui a régné jusqu’ici parmi les auteurs, leurs nombreuses controverses, la contradiction de leurs opinions et l’exclusivisme de leurs théories , en un mot , le résultat négatif de toutes les investigations tentées et l’espoir d’en obtenir un différent, ont été le principal motif qui nous a conduits à agréer la proposition de M. Clot-Bey , en nous constituant en commission pour entreprendre de nouvelles recherches. Toutefois , ce n’a pas été sans avoir préalablement apprécié tout le danger de sa position, la difficulté de son œuvre , ni l’hypothétique de son résultat , qu elle a pris cette détermination. Mais en se reportant aux dernières monographies de ia peste , aux immenses progrès de la médecine depuis lors, et aux avantages particuliers que leur offraient en même

(1) Voir la note A, à la fin du volume.

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temps sa position et l’état des connaissances médicales, chacun de ses membres a pensé qu’il devait à son pays et à la science d’exploiter ces doubles circonstances de lieu et d’époque , de maladie et de savoir -, et la commission s’est alors placée franchement au milieu d’elles.

» Si la commission a espéré tout d’abord arriver à une autre lin que ses devanciers , c’est qu’elle avait la volonté fermement arrêtée de marcher par une autre voie -, car, tout en reportant ses avantages plutôt aux nouveaux progrès scientifiques dont elle a profité qu’à des conditions de capacité spéciale ou de courage personnel , elle n’en reconnaît pas moins que si la pusillanimité n’avait pas exagéré le danger , que si les médecins , qui , dans ces dernières années , se sont trouvés aux prises avec le mal , l’avaient observé complètement selon la méthode que dès cette époque la science pathologique leur intimait de suivre ; que s’ils eussent eu moins peur enfin , on eût eu dès-lors des idées faites sur la peste.

» Dans toute sa conduite, la commission a eu un double but. Elle a calculé autant finfluence immédiate de ses actes sur les masses annuellement exposées au fléau, que les conséquences qui pourraient en être déduites au dehors, tant sous le rapport scientifique et humanitaire que sous celui de la législation appliquée à

cette partie de la médecine. Enfin , elle a pensé que l’exemple d’abnégation qu elle allait donner au monde médical ne resterait pas sans imitation , et que d’autres viendraient après elle pour continuer l’œuvre qu’elle n’achèverait peut-être pas , et arriver ainsi par succession de temps et de personnes à une conclusion sans rappel.

» C’est le 10 mars qu’elle s’est réunie pour la première fois à fhôpital militaire de l’Esbekié pour y suivre les pestiférés en commun pendant toute la durée de la maladie, apprécier la nature et la valeur des différens symptômes, l’essence pathologique du mal, le choix des médications à tenter , et poursuivre les investigations sur le cadavre.

» Dans une circonstance aussi importante, une commission était surtout nécessaire pour donner de l’authenticité et de la va-

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leur aux observations; car, cela est pénible à dire, mais un observateur isolé ne peut ou ne veut souvent voir qu’une partie du tableau ; l’exagération de quelques phénomènes de la maladie remplace alors les vues d’ensemble , et le travail devient spécieux et nul.

» Pour éviter ce grave dommage, la commission s’est rendue religieusement deux fois par jour à l’hôpital aux heures fixées pour les réunions. Les observations cliniques ont été exactement recueillies par elle; aucun moyen d’analyse n’a été négligé, soit au lit du malade , soit à l’amphithéâtre ; elle n’a jamais été arrêtée par le sentiment de sa propre conservation; une complète abnégation d’elle-même a toujours présidé à l’exercice de ses pénibles fonctions. Dans toutes les phases du mal, elle s’est toujours comportée comme dans les maladies ordinaires. Jamais elle n’a eu recours à la moindre mesure prophylactique ; les rapports avec les pestiférés ont été immédiats , complets. L’administration des soins a été libre de craintes et d’obstacles ; de nombreuses victimes du, fléau ont été comptées dans l’établissement , comme on le verra plus loin, parmi les médecins européens et arabes, les pharmaciens , les divers employés , et particulièrement parmi ceux qui étaient le plus en iapport avec les malades ; mais les médecins chargés de la direction du service n’en sont pas moins restés à leurs postes.

» A l’amphithéâtre, de nombreuses autopsies ont été faites avec calme, lenteur, discernement. Plus de cinquante ouvertures furent pratiquées , et toujours toutes les lésions pathologiques ont été scrupuleusement appréciées , de manière à ne laisser aucun doute sur leur siège, ni leur .nature. Dans cette seconde partie de son travail , la commission a encore procédé , comme dans les autres autopsies, sans prophylactique ; elle a donc en meme temps donné une nouvelle preuve de l’extrême facilité actuelle des dissections dans un pays dont la croyance religieuse admet la souffrance chez les morts , et où ce préjugé n’aurait encore pu être fondé qu’avec les plus grands dangers , sans l’intervention d’une volonté européenne.

11 est un fait important sur lequel la commission sent le

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besoin d’ajouter quelques lignes 5 c’est celui de quelques expériences faites dans le double but de statuer sur la nature contagieuse ou non contagieuse du mal , et d’élucider une question de pathologie organique.

» Pour la réalisation de ces expériences , qu’elle avait déjà commencées sur des animaux, la commission avait pensé à les répéter en les variant sur elle-même ; mais la possibilité de les effectuer sur des condamnés lui fit abandonner cette détermination. Pourtant elle fut obligée d’y revenir plus tard pour donner un démenti formel à toute interprétation calomnieuse, à toute espèce de dénigration possible , et laisser une preuve de plus de son abnégation et de sa bonne foi. En terminant , les membres de la commission doivent à la justice de dire que s’ils ont donné l’exemple, il a été suivi par quelques médecins.

» Dans cette voie nouvelle de recherches et de dangers, la commission s’est avancée avec calme et dans des conditions complètes d’abnégation et de rejets de préservatifs. Pas un seul de ses membres n’a trahi le mandat qu’il s’était librement imposé. . .

» Sous le rapport de la distribution de ces matériaux , la commission s’est convaincue de cette vérité , que quelque matériels que soient les faits, quelles que soient leur évidence et leur simplicité, l’état de la science est tel , qu’ils peuvent également plier sous toutes les théories. Leur interprétation vraie devient alors trèsdifficile à établir et à reconnaître. Elle a donc pensé qu’il était plus rationnel d’éluder cette difficulté en bornant son travail commun à l’exposition pure et simple de ce qu’elle a vu, et en laissant à chacun doses membres la faculté d’une interprétation libre, avec la responsabilité qu’elle comporte.

» Ainsi, d’après le rapide historique par ordre de temps de l’apparition successive de la peste dans les diverses localités qu’elle a envahies , elle a tracé le tableau de ses symptômes, de ses lésions et des médications tentées. Puis viennent les observations par numéro d’ordre et l’exposé des épreuves expérimentales qu’elle a opérées, tant sur elle-même que sur d’autres individus, et sur des animaux. Au dehors et à la suite de ce travail commun, chacun

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des membres & ensuite ajouté une déduction des faits d âpres scs idées théoriques propres et représentatives de son opinion personnelle. »

Ainsi , l’on voit que rien n avait été négligé pour la réussite de notre entreprise, et que nous nous trouvions placés dans les circonstances les plus favorables pour observer avec fruit , et apprécier les faits à leur juste valeur; et, quand après les premiers cas de peste l’épouvante eut gagné les contagionistes , que l'alarme générale se fut répandue, et que le cri du sauve qui peut eut été jeté; alors, libres de toute entrave, débarrassés de la quarantaine qu’on nous avait imposée dans le principe , nous pûmes sans réserve approcher les malades , faire des observations cliniques , et étudier sur le cadavre les lésions des organes. Pendant sept mois consécutifs, nous avons poursuivi notre tâche avec persévérance. Toujours réunis dans les salles de l’hôpital ou à l’amphithéâtre , ce n’a été entre nous qu’une longue série de consultations et d’observations , depuis le début jusqu’à la fin de l’épidémie. C’est ainsi que nous avons pu réunir une assez grande quantité de matériaux. C’est le résultat de ces observations que je publie aujourd’hui.

Pour donner à mon travail plus de valeur et d’importance, pour le rendre plus complet et plus concluant, j’ai dû étayer mon opinion de celle de mes confrères d’Égypte , qui comme moi ont observé la maladie. Mes idées sur la nature et le caractère de la peste sont celles de la grande majorité des médecins qui ont étudié le fléau. Cette conformité de sentimens, en ajoutant à mes convictions, donnera plus de garantie , plus de poids à mes paroles.

Les faits et les réflexions qui m’ont été fournis par l’obligeance de ces confrères m’ont été adressés sous forme de lettres ou de mémoires, à moi personnellement, ou aux membres du conseil de santé. Ces documcns sont nombreux et pleins d’intérêt , et j’ai dû y avoir recours dans plusieurs occasions. Toutes les fois, d’ailleurs, que j’ai eu à discuter quelque point important, j’ai corroboré mes preuves par les faits et les raisons fournis par plusieurs médecins.

Quant à la disposition de l’ouvrage, voici le plan que j’ai adopté.

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Mon livre est divisé en cinq chapitres.

Le premier renferme la description de la maladie -, et sous ce titre j'ai compris la définition de la peste, l’incubation, la symptomatique , l’anatomie pathologique et la thérapeutique de cette affection.

Le second chapitre traite de X origine de la peste.

Le troisième est consacré à X étiologie.

Dans le quatrième , je discute la question de contagion et de non- contagion.

Dans le cinquième enfin , je m’occupe de la prophylaxie et de l’examen détaiilé du système sanitaire.

Chacun de ces chapitres est divisé en un certain nombre de paragraphes, et ceux-ci en alinéas numérotés. En tète du paragraphe est un sommaire de tout ce qu’il renferme avec l’indication des alinéas.

J’aurais voulu annexer à mon travail quelques planches lithographiées, représentant les lésions pathologiques occasionnées par la maladie ; mais comme cette addition eût augmenté considérablement le prix du livre, j'ai jugé à propos de publier ces dessins dans un allas séparé.

La composition de cet ouvrage n’a point présenté de grandes difficultés; car il s’agissait principalement de rapporter des faits. J’ai évité de bâtir un échafaudage de théories dans l’espoir de faire du nouveau, et je me suis contenté de citer des observations, dont chacun pourra tirer naturellement les déductions qu’il jugera convenable. J’ai fait cela avec le plus de simplicité possible. Je me suis efforcé d’ètre clair, mais par dessus tout d’ètre vrai : le mensonge, dans une question aussi grave, aussi délicate, serait un crime horrible , puisque, d’après la nature de mes idées, il ne tendrait rien moins qu’à compromettre, non point l’existence de quelques individus, mais celle de populations entières.

Je dois faire à ce propos, sans restriction , ma profession de foi. Car il importe avant tout que le lecteur sache avec qui il a à faire ; d’autant plus qu’il aurait pu être induit en erreur sur mon compte par des calomnies sorties d’une bouche impure, et

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dont on ne connaît peut-être pas assez l’auteur. Comme médecin, je me suis formé des opinions sur la contagion que je crois déduites des faits nombreux que j'ai observés, et qui sont pour moi le résultat d’une conviction profonde. Comme tel, je les proclame avec

indépendance. Je suis anti-contagioniste ; mais en Egypte, dans mes fonctions de chef de service, d’administrateur, je me suis fait un devoir de respecter une croyance qui est celle de la majorité, et qui a la sanction des lois, d’autant plus encore, que je n’aurais jamais voulu assumer l’immense responsabilité qu’aurait pu faire peser sur moi la moindre négligence des précautions d’usage (l). Du reste, je suis loin de prétendre que ma conviction doive suffire à résoudre une question si vivement controversée. J’indique les moyens à prendre, et les expériences à faire pour arriver à la solution de ce grand problème.

Si j ai tant tardé de publier le résultat de mes travaux, ce n’est point que j’ai été arrêté par l’embarras d’une composition qui se trouve faite depuis long-temps. Mais, placé à la tète d’un grand service, qui ne me laisse que peu d’instans de loisir, et qui m’oblige souvent à faire des voyages, retenu trois années consécutives par des souffrances continuelles, je n’ai pu mettre la dernière main

Mais la science n’y aura rien perdu ; car ce retard, m’aura permis d ajouter de nouvelles observations aux observations que j’avais déjà.

Bien loin de moi la pensée que j’ai en tout point résolu la question. Depuis long -temps d’excellentes choses ont été publiées sur la peste ; peut-être pour ma part, ferai-je faire un pas à la science. Mais plusieurs de mes confrères d’Égypte paieront aussi leur tribut; et bientôt, je l’espère, la pathogénie des affections pestilentielles marchera de pair avec celle des autres maladies.

Je ne viens point, à l’exemple d’un homme qui a trompé l’opinion publique, monter sur des tréteaux, donner à ma conduite une importance ridicuîeusement exagérée , et prodiguer les mots de philanthropie , d’amour de la science , d’abnéga- (1) Yoir la note B.

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tion, clc. Je n’ai fait que ce qu’aurait fait à ma place tout médecin pénétré de l’importance de ses devoirs. Je me suis trouvé au milieu d’une épidémie de choléra, bien plus terrible, sauf sa durée, que celle de la peste : pendant six mois, j’ai été en présence de ce dernier fléau. Dens ces deux circonstances, j’ai toujours eu pour but de payer ma dette à l’humanité et à la science, et de remplir de mon mieux mes fonctions de chef.

C’est donc avec confiance que je livre au public ces observations, fruit de mes labeurs. Les hommes qui, tant dans ma patrie qu’à l’étranger, m’ont toujours encouragé par leurs suffrages, ne me feront pas défaut, je l’espère , dans cette occasion , et accueilleront mon travail avec la bienveillance dont ils m’ont toujours honoré.

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