‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 26 sur 82 · DE I,.\ DESTE · texte numérisé non relu

DE I,.\ DESTE

enveloppé dans une couverture fut trouve couche au milieu du chemin qui longe 1 hôpital , et transporte au lazaiet. Il était dans

un état de stupeur et d hébétude.

Trois heures du soir, sa physionomie est jaunâtre; les yeux sont injectés, rouges , ouverts , sans expression , la langue, blanchâtre dans toute son étendue , est couverte d'un enduit jaunâtre à sou centre; démarche impossible ; paresse des muscles de la langue. A force de questions , nous parvenons à savoir qu’il était malade depuis cinq jours, qu il avait un bubon a 1 aine dioitc, stationnaire depuis cette époque. Tas de douleurs abdominales, pas de douleurs de poitrine, un peu de mal de tète; respiiation ordinaire. 11 n accuse d autre douleur que celle du bubon a 1 aine droite. 11 refuse toute autre boisson que l’eau fraîche. Le pouls est tumultueux , inappréciable.

Traitement. Saignée d une livre , eau fraîche.

11 y a toujours le même air d’hébétude.

Le 8, à huit heures, plus de pouls , prostration , stupeur; langue blanche ; il n 'accuse aucune douleur ; bégaiement ; pas de

selles. 11 entend les paroles qu’on lui adresse; il nous les fait répéter. On veut lui mettre un vésicatoire le long de la moelle épinière. 11 meurt deux heures apres , a une heure.

Autopsie le 9 , à sept heures du matin. Le ciane cstenle\c a coups de marteau ; les secousses ont ete assez loi tes , \u le mauvais état de l’instrument. La dure-mère présente à l’extérieur tous les vaisseaux distendus par du sang noir ; a 1 extciieur , elle est nacrée. La dure-mère adhère par points dans presque toute Tétcndue de l’angle de la grande scissure des deux lobes , surtout à la partie supérieure.

Le cadavre présente une ecchymose générale dans toute la partie en supination. Les muscles sont lortement dessinés. 11 existe un

léger gonflement à l’aine droite.

Arachnoïde . - — Une injection veineuse distend généralement

tous les vaisseaux ; pas d’épanchement.

Matière cérébrale grise et blanche parsemée de petits points rougeâtres ; on voit des petits vaisseaux injectés. Les veims des

description

ventricules sont énormément injectées et distendues , surtout celle du plexus choroïdal , qui est rougeâtre et paraît augmentée de volume; il ressemble à une agglomération de granulations couleur lie de vin , de consistance pulpeuse. Il y a un peu d’épanchement dans les ventricules. Ces lésions existent à droite et à gauche.

Cervelet , pont de varole , queue de la moelle épinière . — Ils

sont traversés dans leur substance par une multitude de petits vaisseaux injectés. En parlant de l’arachnoïde et de la dure-mère, j’y ai compris celles du cervelet. Sur la queue de la moelle allongée , traces d’injection artérielle. La substance grise et blanche de la masse encéphalique paraît d’une consistance normale.

Moelle épinière. — Ouverte depuis la seconde vertèbre du cou jusqu’à la queue de cheval , c’est-à-dire dans toute sa longueur. A peine existe-t-il un demi-pouce que nous n’ayons pu voir.

La partie postérieure et interne du canal rachidien nous présente dans toute sa longueur un réseau de vaisseaux veineux , d’un calibre extraordinaire , remplis d’un sang noir. Au milieu d’un tissu adipeux , mou , infiltré de sérosité , circule une multitude de vaisseaux capillaires artériels , gorgés d’un sang rouge; il existe par plaques divers épanchemens sanguins et séreux. Le réseau dont nous avons parlé est adhérent à la dure-mère ; il rampe entre elle et le périoste. A la face antérieure et interne, entre les ligamens et le corps des vertèbres , vis-à-vis le corps des vertèbres , existe un épanchement sanguin veineux.

Dure-mère. Extérieur : tapissée d une multitude de petits vaisseaux gorgés de sang artériel ; intérieur : d’un blanc nacré et rosé.

Arachnoïde . • — Elle présente une ramification de vaisseaux veineux et artériels ; on ne peut se les représenter qu’en se figurant l’injection la plus fine et la plus délicate. Les veines sont distendues par un sang noir, surtout près de la queue de cheval. Dans le tissu de la moelle épinière circule une multitude de petits vaisseaux qui ne se voient pas à l’état sain. La consistance des

deux substances est plus ferme que celle du cerveau, il n'y avait pas d’épanchement entre les membranes.

Une large incision cruciale est faite sur le trajet des glandes et des vaisseaux inguinaux à droite. La peau étant disséquée, nous trouvons le tissu cellulaire sous cutané imbibé et pénétré d’un sang noirâtre dans b étendue de quatre pouces de longueur depuis Larcade crurale , et de trois pouces de largeur. Toutes les glandes de cette région sont engorgées. La plus volumineuse , qui constitue ce que Ton appelle bubon , est placée verticalement dans le sens du trajet des v aisseaux ; elle est oblongue , de la longueur de deux pouces , sur un pouce et demi de largeur, du volume à peu prés d’un œuf de pigeon. Cette glande est rouge noirâtre à l'extérieur , couverte de larges plaques noirâtres et violettes ; son tissu est rougeâtre lie de vin ; coupée dans divers sens , elle présente le même aspect. Le tissu de la glande est parsemé de points plus rouges que le tissu même de la glande, et la glande ellemême est intéressée.

Les cavités abdominale et thoracique étant ouvertes , on remarque quelque épanchement dans la cavité abdominale.

Dans l’hypochondre droit, on remarque une extravasation de sang dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, qui communique, en suivant le trajet des gros vaisseaux par Larcade crurale , avec le tissu cellulaire infiltré entourant le bubon. Ce sang noirâtre entoure tous les vaisseaux et les glandes lymphatiques situés sous le péritoine. Ces dernières sont engorgées , rougeâtres ; il en existe même une qui est aussi grosse que le bubon. Le tissu cellulaire environnant est infiltré de sérosité. Cette extravasation remonte jusqu’au foie , et occupe tout l'hypochondre droit.

Estomac. — Rempli de matières verdâtres, parsemé de points rougeâtres , gros comme une tête d’épingle, mais plus petits et plus rapprochés vers la grande courbure. Les veines sont injectées et distendues.

Intestin grêle. — Rempli de hile d'une couleur rosée; injection générale veineuse , bile jaunâtre.

Gros intestin. — Valvule iléo-cœcale : veines injectées forte-

DESCRIPTION

ment. Tout le tissu cellulaire qui l’environne est infiltré; elle dépose sur cette large infiltration de sang de 1 hypochondre droit. Le gros intestin est rempli de bile et de mucosités. Sur le rectum il y a quelques plaques sanguines. Sous le péritoine , arborisation générale rouge lie de vin (l).

Observation communiquée jictr M, le docteur Loria.

Obs. 68e. — Est ber Curiel, jeune dame d’environ vingt-huit ans, d’un tempérament lymphatique nerveux assez prononcé, était depuis un mois en proie à une profonde douleur , causée par la mort de son père, lorsqu’elle fut atteinte de la maladie qui l’enleva , et dont je rapporte ici l’observation.

Le cette dame fut surprise , pendant son dîner, par

des vomissemens , un grand froid le long de l’épine dorsale et une complète prostration des forces. S’étant mise au lit , elle fut assez mal tout le reste du jour et pendant la nuit. Son malaise était accompagné de délire , pendant lequel elle ne cessa de répéter , sans qu’on pût en comprendre le motif , le mot de eioua.

Le lendemain , second jour de la maladie , la tète était douloureuse et chaude ; les pulsations temporales , fréquentes et dures ; les facultés intellectuelles , saines. Cependant l’esprit était inquiet. Douleurs à l’épigastre et à la région ombilicale; chaleur anormale au ventre , nausées , pas de selles depuis vingt-quatre heures , langue un peu rougeâtre sur les bords et à la pointe , transpiration abondante; pouls élevé, large, fréquent. "N ingt sangsues au bas-ventre , lavement laxatif , fomentation avec infusion de camomille , boisson acidulée.

A trois heures après midi , pouls petit , fréquent et dur ; peau chaude et sèche , surtout à la région frontale ; douleurs à l’épigastre et à la région ombilicale , langue blanchâtre. Tels étaient les symptômes continus. Les suivans alternaient : tantôt la ma-

(1) Depuis qu’il nous a communiqué ces observations , M. Aubert en a réuni un grand nombre dans l’ouvrage sur la peslc qu il vient de faire paraître récemment. — Nous renvoyons le lecteur a cet ouvrage.

DE LA VESTE

Jade était clans une grande agitation ^ elle se plaignait souvent en disant doua ; la respiration était pénible ; elle portait la tête de côté et d’autre, se levait violemment pour s’asseoir ; le corps et les membres étaient agités convulsivement , surtout les inférieurs , elle regardait ceux qui l’entouraient avec des yeux fixes , brillans et menaçans.

Tantôt elle était abattue, la tète appuyée sur l’oreiller, les paupières closes et la respiration moins gênée qu’auparavant.

Il est à noter cependant que le pouls , dans l’état dont nous venons de parler, était moins fort et fréquent que dans l’autre, et que le bas-ventre continuait à être douloureux. Cette exacerbation avait commencé peu de temps après l’avoir laissée le malin. Le lavement n’avait produit aucune évacuation. Le docteur Clot- Bey fut appelé en consultation. On appliqua quarante sangsues derrière les oreilles , des sinapismes aux extrémités inférieures, des cataplasmes émolliens sur le bas-ventre , et un lavement laxatif, qui, n’ayant produit aucun effet , fut répété. Vers le soir du même jour, la malade accusa une douleur dans le creux de l’aisselle gauche.

Dans la matinée du lendemain , l’état de la malade s’est beaucoup amélioré ; le délire , le coma et les mouvemens convulsifs avaient cessé ; la fièvre était moins forte, les douleurs abdominales moins intenses ; la langue continuait à être blanche ; mais il y avait abattement général considérable , malaise, et douleurs à la région axillaire gauche. Les symptômes s’accrurent peu à peu. Vingt sangsues furent appliquées sur le bubon, et on mit par-dessus des cataplasmes émolliens. Les piqûres des sangsues coulèrent abondamment , sans toutefois qu’il y eût diminution dans la douleur locale, qui au contraire s’accrut et s’accompagna d’une grande agitation de corps et d’esprit. Il est à noter que les piqûres des sangsues continuèrent à fournir un sang abondant. On aurait dit que les extrémités des vaisseaux étaient paralysées.

Quatrième jour , tous les phénomènes morbides ont accru d intensité. La physionomie est décomposée • pétéchies aux extrémités supérieures, se développant d’une manière rapide en nombre

jgQ DESCRIPTION

comme en diamètre. Leur marche est telle qu’on les voit se former et s’accroître -, elles s’étendent au cou, au tronc, a la poilrine . le pouls devient intermittent , la chaleur de la peau diminue. Les docteurs Pruner et Duvigneau arrivèrent alors , et furent témoins de l’agonie et de la mort de 1 infortunée Lsthoi , qui succomba a quatre heures après midi.

QliS# gge# __ Le docteur Fourcade, âgé de trente-deux ans, arriva au Caire au mois d’août 1834. 11 entra au service le ... , et fut chargé en chef de la direction de 1 hôpital ne 1 Esbekié. Quelques cas de peste avaient déjà eu lieu lorsque le... février, M. Fourcade assista MM. les docteurs Clot-Bey et Gaétani, dans l’autopsie du cadavre d’un pestiféré. Cette opération ne parut faire

aucune impression sur son moral.

Il y avait déjà trois jours qu’il éprouvait du malaise, lorsque le 17 février il se sentit pris de froid avec un violent mal de tète. Rentré chez lui à sept heures du soir , son malaise augmente et est suivi de vomissemens ; son pouls est très-élevé. À minuit, il fait appeler Clot-Bey, qui le trouve dans un état d’agitation, avec délire, pouls plein, élevé. — Saignée d’une demi-livre, qui produit

de l’amendement dans ces symptômes.

Le 18 au matin, pouls plein, douleur à l’épaule gauche , yeux injectés, regard couvert, pupilles dilatées, langue incertaine. Nouvelle saignée d’une demi-livre ; limonade pour boisson.

A une heure après-midi, M. le docteur Aubert, son ami, le visite : figure rouge le contour des yeux surtout , paupières a demi fermées, les ouvrant difficilement*, prostration, désordre dans les idées, difficulté de parler, langue sèche et blanche , respiration un peu gênée , pouls large , plein , 130 pulsations ; tctc pesante , peau chaude , légère moiteur , douleur vive dans toute l’épaule gauche. — Limonade.

A quatre heures après-midi, le malade est visité par MM. Clot- Bey, Gaétani, Dibary et Bulard, qui lui parlent, le touchent, lui tâtent le pouls et n’ordonnent qu’un lavement émollient qui produit une selle abondante. Amélioration.

A huit heures du soir (18 février), face grippée, moins rouge;

yeux voilés, abattement, pouls (130 pulsations), facile à déprimer* la douleur de l’épaule s’est fixée dans lecreux de faisselle gauche, et est très-vive; il s’y manifeste une glande oblongue, engorgée, un peu au-dessus du pli de l’aisselle gauche. Cataplasmes émolliens.

A minuit, le pouls devient plus petit, plus plein ; moiteur à la peau ; le malade dort pendant quelque temps, et à son réveil ne se plaint que de la douleur de l’aisselle; il demande l’application de sangsues sur le point douloureux.

Le 19 février, six heures du matin , mieux sensible, face moins abattue, légère moiteur du corps, langue blanche et un peu humide, douleur à faisselle, pouls (116 pulsations).

A sept heures du matin , pouls (112 pulsations) ; application de quarante sangsues sur le bubon.

A dix heures, même état ; le malade veut se mettre sur le dos ; ses idées sont lucides, cependant il y a un peu d’abattement.

A midi, 137 pulsations; pouls dur, plein; langue blanche, humide; chaleur à la peau, la douleur de faisselle engourdit tout le bras.

A sept heures du soir, pouls (130 pulsations), réapplication de trente sangsues sur le bubon.

A dix heures du soir, la douleur locale se calme un peu , mais la fièvre persiste; pouls (140 pulsations).

Le 20 février, six heures du matin, pouls insensible, respiration courte, sueur froide sur tout le corps , cessation de la douleur de faisselle, langue blanche et humide, yeux fixes, mutisme complet. Sinapismes, eau bouillante sur les cuisses.

A neuf heures du matin (20 février), mort!

Réflexions. — Comme on le voit, le docteur Fourcade n’avait eu d’autre rapport avec les pestiférés que celui qu il eut avec le cadavre , à la dissection duquel il avait travaillé avec les docteurs Gaétani et Clot-Bey , et cette opération n’avait paru faire aucune impression sur lui.

Le moral de Fourcade n’a été nullement affecté pendant le cours de sa maladie ; on a eu occasion de s’en convaincre dans

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