‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 29 sur 82 · ORIGINE · texte numérisé non relu

ORIGINE

Diodore de Sicile, cité par Phocius, raconte qu’une grande peste régna en Égypte, quelque temps avant la sortie de Moïse , et confirme ainsi le récit des livres saints.

En 1285 avant J. -G., d’après ie témoignage d’Homère, la peste se répandit dans l’armée des Grecs, réunie devant Troie, et fit d’immenses ravages parmi les assiégeans. Quatre années après, elle dépeupla la Crète.

Dans le onzième siècle, elle ravagea la Palestine, la Grèce et l’Asie mineure, et la Judée sous le règne de David.

Pendant le huitième et le septième siècle, au dire des historiens latins, elle éclata trois fois à Rome, sous Romulus, Numa et Servins Hostiîius.

Enfin, dans le sixième et le cinquième siècle, la maladie désola Jérusalem, pendant que Nabuchodonosor en faisait le siège, ravagea Delphes en 541 , et emporia à Rome, sous le règne de Tarquin-le- Superbe, un nombre prodigieux d'en fa ns et de femmes enceintes. À des intervalles de quinze et \ingt années, la peste visita souvent la capitale des Latins, jusqu’en 430 et 431, époque où se développa cette terrible épidémie qui parcourut le monde, désola le pays d’Athènes et fit périr l’illustre Périclès (1).

2. Peste d’Athènes. — Cette peste a été énergiquement décrite par Thucydide et Lucrèce. Au dire de ces auteurs , elle venait d’Egypte; et l’historien grec, qui en constate la migration, prouve l’antériorité de son existence dans la vallée du Nil. On a pu, dans le premier chapitre de cet ouvrage, voir la description de cette épidémie, d’après Thucydide.

Yoici en résumé quels étaient son caractère et les principaux symptômes. — L’invasion en était subite et sans cause apparente ; les yeux étaient rouges et enflammés. Dans le début , nausées , vomissemens, rougeur et sécheresse de la langue ; plus tard, diarrhée et petites pustules sur la peau. Le mal s attachait aux parties honteuses , aux extrémités , et y laissait des traces profondes.

(1) VoirPapon, Epoques mémorables de la peste, tom. n, pag. 249 et suiv.

Cette maladie attaquait de préférence les étrangers , et durait généralement de sept à neuf jours , époque à laquelle elle se terminait par la mort ou par de rares guérisons (1).

3. Diodore de Sicile raconte que les Carthaginois apportèrent souvent la peste dans son pays. Pendant le siège d’Agrigente , Fan 406 avant Jésus-Christ, la maladie fit parmi eux de grands ravages et emporta leur général Anmbal. Dènys , tyran de Syracuse, profita d une épidémie de peste qui avait affaibli les Carthaginois, et désolé toute la Libye, vers Fan 333 avant Jésus- Christ,

pour opérer une descente dans leur pays. L an 336 , en faisant le siège de Syracuse , les Africains , après avoir détruit un faubourg de la ville et saccagé le temple de Gérés et de Proserpine , furent affligés d’une peste horrible. Le fléau fut encore général en Afrique, 1 50 ans avant l’ère vulgaire. Il périt, selon Orosius, 800,000 habita ns en Nubie , et 200,000 dans le territoire carthaginois. Ces calamités sont décrites par Diodore avec des détails tres-intéressans (2).

A. La peste qui sévit sur Rome à l’époque de Marc-Aurele et de Lucius- Vérus venait, selon Lucrèce, de 1 Ethiopie et de i Égypte. Galien se trouvait alors à Rome , et eut l’occasion de traiter cette maladie qui se prolongea pendant dix années.

Plus tard , sous Galien et Volucien , vers la moitié du troisième siècle de notre ère , Rome fut de nouveau la proie d une épidémie pestilentielle qui dura quinze ans, et, dit-on, qui avait paru d’abord en Éthiopie et en Egypte.

5. Tous les faits historiques prouvent donc, outre l’ancienneté de la peste , son développement constant dans la terre des Pharaons, et c’est ainsi que se justifiait cette sentence de la sibylle qui conseillait aux soldats romains de se méfier de 1 Égypte : u Miles romane , Ægyptum cave! »

6. Mais ce ne serait qu’en 542, d’après l’opinion de MM. Pariset et Lagasquie , que la peste aurait fait sa première appari-

(1) Thucydide, lib. n, cap. xLvm.

(2) Ilist. univ., lib. xiv, pag. 18.

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