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lion dans le monde. Ces médecins prétendent qu’avanl celte époque , aucune des épidémies auxquelles on a donné le nom de peste n était la maladie bubonique que nous connaissons, el que ce n est quedaris Grégoire de Tours, Procope, Évagrius et Agathias, que l’on trouve, pour la première fois, la description du terrible fléau, épidémie sans pareille dans T histoire antérieure , nouvelle pour tous les contemporains y véritable peste de l Orient.
Les raisons sur lesquelles se fondent nos honorables confrères, pour soutenir leur assertion, sont les suivantes: 1° La dénomination de peste était donnée dans l’antiquité à toutes les maladies qui offraient quelque intensité. 2° Les épidémies retracées par les historiens antérieurs à Thucydide, et par Thucydide lui-même, ne présentent point les caractères de la peste. 3° Hérodote, Diodore de Sicile , Strabon , qui ont écrit sur l’Égypte , ne parlent pas de ce fléau. 4° Enfin , la première affection qui ait offert la véritable physionomie de la peste n’a paru que l’an 542 après Jésus-Christ . . C’est celle qui est décrite par Procope et Évagrius. Or, comme cette épidémie coïncide avec la décadence de la civilisation de 1 Egypte, l’oubli des mesures hygiéniques , la cessation des embaumemcns, etc. , ils en ont conclu que la peste n’avait pris naissance que dans le sixième siècle.
Examinons ces différentes assertions. 11 est vrai que le mot peste qui date de temps immémorial a été appliqué à toutes les épidémies meurtrières, qui ne présentaient pas toujours le caractère de la vraie peste de 1 Orient ; mais trouve-t-on là le moindre motif qui établisse que celle-ci ne s’est jamais montrée avant l’époque fixée par l’honorable secrétaire de l’Académie royale de médecine ? Les écrits qu’il a invoqués en faveur de son opinion peuvent tout aussi bien prêter appui à une opinion contraire. Les récits des premiers historiens du fléau, médecins ou non médecins , ont dû nécessairement se ressentir de l’influence d’une époque pauvre en connaissances positives, amie du vague et du merveilleux, privée encore des lumières de l’expérience et de la méthode ; mais il est évident que , si les écrivains à l’autorité desquels ces honorables médecins font appel n’ont pas assez caracté-
risé la peste dans leurs écrits, ils n’ont également rien avancé qui pût nous persuader que les épidémies qui si souvent ont décimé les peuples anciens n’avaient pas été déterminées par elle. Il nous semble plus logique de croire que la cause de ces mortalités périodiques était la peste elle-même , soit parce qu’on l’appelait dès-lors du nom qu’on lui conserve aujourd’hui , soit parce qu il n’y a pas de raison valable pour nier qu’elle se développât à cette époque, comme elle le fait encore à présent.
MM. Pariset , Lagasquie et Guilhon ne croient pas que les grandes épidémies dont parle la Bible , que celle terrible plaie d’Égypte appelée peste dans le texte sacré, que le fléau qui ravagea Athènes et dont nous avons esquissé plus haut les caractères et la physionomie, soient la véritable peste, telle qu’on l’observe aujourd’hui. Mais l’opinion de ces Messieurs n’est qu’un simple soupçon, une hypothèse sans fondemens, sans preuves. Ils suppriment la peste de l’antiquité • mais quelle sera dès-lors la maladie qu’ils lui substitueront? quel fléau imagineront-ils à sa place, en scrutant avec soin l’histoire du passé, et en s’appuyant sur des faits ? Disons-Ie , toutes leurs recherches seront infructueuses , et les âges modernes qui ne leur présentent dans ces contrées d’autres épidémies que celles de peste , de variole ou d’ophthalmie , ne leur permettent pas d’en supposer d’autres dans des siècles antérieurs.
7. Le silence d’Hérodote , de Diodore de Sicile, de Strabon , ne prouve pas davantage contre la peste. Les épidémies n’apparaissent qu’à des intervalles éloignés ; il s’écoule des périodes plus ou moins longues, pendant lesquelles la constitution pestilentielle ne se développe point.
Toutefois , quand le premier des historiens que nous venons de citer énumère les moyens hygiéniques prescrits à tous , quand il raconte le soin que les Égyptiens apportaient à la culture des terres , à l’écoulement des eaux , à l’enlèvement des immondices ; lorsqu’il parle des fumigations aromatiques , pratiquées dans les appartenions , des feux purificateurs allumés périodiquement dans les villes, ne donne-t-il pas à entendre que les habitans de l’É-
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gypte étaient sous la menace continuelle cle quelque maladie épidémique ? toutes ces mesures de précaution n’ indiquent - elles pas l’existence préalable de quelque grand fléau ? D’aiileurs, le même auteur s’explique d’une façon moins équivoque encore, quand, après avoir fait observer qu’en Égypte les maladies des yeux , de la tète, du ventre, etc., avaient chacune des médecins particuliers, il avoue qu’il y avait aussi dauties médecins uniquement occupés au traitement des maladies inconnues . Or, chacun sait que, chez les anciens, la peste occupait le premier rang parmi les maladies inconnues , les maladies sacrées , etc. (!)•
Enfin, d’après M. Lagasquie , il est question dans différens auteurs anciens de diverses lésions qui ne seraient autre chose, d’après lui , que des charbons et des bubons.
Voici ce qu’il a dit à cet égard : « Parmi les maladies qui » coïncidèrent avec cette constitution particulière de 1 air que » les traducteurs d’Hippocrate ont appelée pestilentielle, nous » remarquons qu’il est question de gangrène, de tumeurs diver- » sement situées, mais principalement aux aines, de charbons » enfin , et ce sont là des caractères essentiels de la véritable » peste (2). »
On croirait , d’après ce qui précède , que ce tableau des symptômes caractéristiques et pathognomoniques de la peste a du ébranler les convictions de M. Lagasquie. Il n’en est rien, etl auteur conclut de tout ce qu’il vient d’avouer que les affections décrites par les anciens n’étaient point la peste, mais d’autres maladies qui avaient plus ou moins d’analogie avec elle.
Pour lui encore , les tumeurs inguinales malignes nommées bubons pestilentiels par les Grecs, ne sont que des bubons vénériens , des hernies étranglées. Mais quiconque veut juger sans idées préconçues , sans partialité, sera obligé d’avouer que les symptômes décrits par les médecins dont parle M. Lagasquie ne pouvaient appartenir qu’à la peste.
(1) Voir Pugnet, Mémoire sur l’endémicité de la peste en Egypte.
(2) Ouv, cit. , pag. 15.
8. La description de la peste de 542, donnée par Procope , Evagrius , a la plus grande analogie avec l’épidémie rapportée par Thucydide. Comme ce dernier, Evagrius fait provenir la maladie d’Éthiopie ; Procope, au contraire, veut qu’elle ait pris naissance à Peluse , d’où elle gagna Alexandrie , le reste de l’Égypte, la Syrie, la Palestine, pour se répandre ensuite dans toutes les parties du glohe. Les symptômes de l’épidémie du sixième siècle , rapportés par les auteurs cités , sont les mêmes que ceux que Thucydide a constatés ; de sorte que Ton serait aussi fondé à récuser le caractère de celle-ci que celui de la peste d Athènes , ainsi que de beaucoup d’autres. A 1 aide de quelles autorités voudrait-on convaindre d’erreur l’autorité du temps et de l’expérience ? Et quand même les épidémies de peste décrites par les anciens auteurs manqueraient de quelqu un des caractères qu on observe aujourd'hui dans cette maladie , faudrait-il en conclure de sa non-existence? N’est-il pas plus juste de penser que les descriptions ont pu parfois demeurer incomplètes sous la plume d écrivains qui se bornaient la plupart du temps au rôle d’historiographes , et qui presque tous se trouvaient étrangers a 1 observation comme à la pratique médicale ?
Après avoir établi par un aperçu rapide l’identité des pestes de l’antiquité avec celles de notre temps , examinons si les causes du fléau n’étaient pas antérieures à l’année 542 , et si la pratique de l’embaumement avait pour objet et pour résultat de le pievenii .
L’Égypte depuis l'antiquité n’a pas éprouvé de changemens considérables ; le climat , le sol, les productions sont les mêmes ; ce sont toujours le même Nil, les mêmes inondations. Les habitans ont conservé en grande partie les mœurs de l’antiquité. Les mouvemens rétrogrades de la civilisation , pas plus que ses progrès n’en ont fait sentir leurs transitions d une manière instantanée.. L’agriculture n’a pas été abandonnée tout a la tois et d emblée, lia fallu de longues années pour amener la ruine ou la détérioration des canaux, pour permettre aux animaux de se mullipliei dans des proportions numériques exagérées , et 1 usage des embaumemens n’a disparu de même qu’avec lenteur et à mesure
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que les nouvelles idées religieuses se substituaient aux. anciennes.
Même avant que T Egypte arrivât au degré de civilisation où elle était au temps d’Hérodote, de Strahon, de Diodore de Sicile, n’avait-elîe pas du passer successivement par des états intermédiaires? Eh bien ! les circonstances alléguées comme causes pestilentielles ne devaient-elles pas exister aussi puissantes aux époques antérieures à la civilisation quà celles qui l’ont suivie?
L’honorable M. Parisef , qui nie que la peste soit antérieure au sixième siècle et à la pratique des embaumemens , dit pourtant à ce sujet qu'on Égypte comme par fout on a commence par inhumer les corps , et qu’une fois cette habitude établie , il a fallu pour en
sortir quelque grande infortune , quelque grande nécessité physique ; car , en toute chose , les nécessités de cette nature précédent et font naître les nécessités morales (t). Or, je le demande, n’eshee point admettre positivement que la peste ou quelque autre fléau de ce genre régnait antérieurement à ces pratiques que notre honorable confrère considère comme des mesures hygiéniques?
Nous sommes loin d’admettre comme un fait incontestable que l’usage des embaumemens ait été la conséquence d’une mesure hygiénique. Il nous paraît bien plus probable que le sentiment religieux avait seul inspiré cette pratique. La combustion des corps, ou des inhumations bien faites dans des lieux de sépulture éloignés des habitations , auraient suffi pour atteindre le but supposé.
Ce n’est donc pas à une cause née d’un motif d’hygiène que l’Égypte devait ces précautions, mais bien à une superstition qui , comme les autres , ne peut trouver d’explication raisonnable.
L’absurdité de ces premières croyances a pu être indirectement favorable à la salubrité publique ; mais je ne vois pas là l’intention du législateur. Si la superstition seule n’eût pas consacré cette coutume , eût-on puni de mort celui qui tuait un ibis ou un éper- \ier ? Pourquoi les chats auraient-ils eu une sépulture à eux seuls réservée à Buhastis? Pourquoi chacun inhumait-il les chiens dans sa ville? et pourquoi rendait-on les mêmes honneurs aux ichneu-
(1) Mémoire sur les causes de la peste, par M. Pariset, pag. 10.
DE LiV PESTE.
nions ? Pourquoi les musaraignes el les éperviers avaient-ils une sépulture particulière à Buto , les ibis àHermopolis?
9. Je terminerai par une note critique de M. Labat sur l'ouvrage de M. Lagasquie (Annales de médecine physiologique, p. 727, tom. xxv ). Ce médecin s’exprime ainsi :
(( S’il était vrai , comme le prétendent MM. Pariset et Lagas- » quie , que l’antique Égypte ne dut la salubrité de son atmos- » phère qu’à V embaumement général des corps humains et de » ceux des animaux , et que la peste n’a trouvé son origine dans » la terre des Pharaons qu’à dater de l’époque où cette momifica- » tion universelle cessa d’y être mise en usage , on comprend fa- » cilement qu’il n’aurait pas fallu une longue suite de siècles pour » convertir la populeuse vallée qui sillonne le Nil en un vaste ci- » metière , d’où les morts auraient fini par expulser les vivans.
» Le terme moyen de la vie humaine étant de vingt années (d’après x' les calculs de Buffon), chaque siècle voit donc mourir et renaître » cinq fois la masse corporelle d’une population. Trois mille ans » auraient par conséquent donné lieu à l’embaumement de cent » cinquante populations égyptiennes , qui , représentant chacune » sept millions d’individus , auraient formé un total d’un milliard » cinquante millionsde momies, toutaussi bien conservées quecelles )> qu’on trouve encore dans les hypogées deThèbes. Cette effrayante » quantité de cadavres , jointe à celle non moins considérable des » animaux momifiés , aurait occupé par la suite une étendue de » terrain supérieure à la superficie de toute l’Égypte , qui se- » rait devenue un immense ossuaire. Les recherches auxquelles » je me suis livré pendant mon séjour dans ces contrées m’ont » convaincu que , malgré le nombre considérable de momies que » l’on trouve journellement dans les hypogées égyptiens, l’em- » baumement ne dut cependant être employé que pour les princes, » pour les gens riches ou aisés , pour les castes privilégiées , et » quelques espèces particulières d'animaux quadrupèdes ou d oi- » seaux, dont la forme ou le caractère se rapportaient à des symboles n religieux. Ce qui me resterait à dire sur ce sujet exigerait des de- » veloppemens que ne comporte pas l'étendue d une note. »