DE LA CONTAGION ET DE SES DIFFERENTES ESPECES
Les contagionistes entendent de différentes manières la contagion de la peste ? a. 1. — A. Contagion à distance , admise par les anciens, a> o L, Opinion de Chénot , a. 5. — de Fodéré, a. 4. — de Frank, a. 5. — de GiovaneLi, a. 6. — de They , a. 7.— Tous cependant admettent l’efficacité plus grande du contact, a. S. — B. Contagion par contact , admise exclusivement par d'autres, a. 9. — Opinion de Pas q u ale Panvini, a. 10. — Les contagionistes modernes n’admettent en général que ce moyen de transmission de la maladie , a. 11. Opinion de M. Grassi , a. 12. — de M. Estienne, a. 12. — Futilité des précautions employées par les contagionistes , a. 15. Les contagionistes n’ont pas précisé à quel point le contact devait être prolongé pour que la maladie puisse se déclarer, a. 14.
1. Les contagionistes entendent de différentes manières la contagion de la peste. Tour les uns la communication s’opère à distance , et par l’intermédiaire de l’air (contagion miasmatique) ; pour les autres , le contact est indispensable pour qu’on puisse contracter la maladie (contagion virulente)-, pour quelques-uns enfin, la transmission a lieu ou peut avoir lieu des deux manières.
2. À. Contagion à distance. — - Le mode de communication de la maladie a été admis par les anciens. Parmi les modernes, Salius Diversus (1), Fabricius de Hilden (2), Diemerbroeck (3), Robert Calvaire(4), citent des faits d’individus isolés sur de hautes montagnes, privés de toute communication avec les personnes ou les choses infectées, et qui neanmoins ont contracte la maladie , comme ceux qui demeuraient dans la >ille,
(1) Lib. cit. , cap. x.
(2) Cent, iv, obs. 2S.
(5) Ouv. cit. , liv. î , chap. îv.
(4) Ouv. cit.
COiM'AGiON ET !\O\ C0MAGIO\.
Chenot dit : a qu’il est quelquefois arrivé que des voisins ou des proches des malades qui, par crainte de la contagion, parlaient à ceux-ci de la fenêtre ou de la porte entr’ouverte, ont pourtant été infectés. L’air vicié se précipitait en effet dans la bouche de ceux qui parlaient , et pénétrait rapidement et avec force dans les premières voies (J). »
4. Foderé (2) admet qu’un air libre , pur et ventilé , placé entre un pestiféré et une personne saine, met celle-ci à l’abri de la
contagion , mais qu’un air stagnant , chargé d’exhalaisons, d’effluves marécageux , « fait l’effet du contact immédiat, et n’est qu’un trop bon conducteur des principes contagieux. »
5. ce Quoique je sois persuadé, dit Frank, a\ec la majeure partie des médecins, qu’il faille le contact d’un malade ou d’objets contaminés pour contracter la peste , la question de savoir si la contagion se contracte uniquement par le contact , ou bien aussi par le séjour dans une atmosphère pestilentielle , est en effet d’une telle importance pour la chose publique, qu’on ne saurait apporter trop de réserve pour la résoudre... Jusqu’à présent l’expérience journalière nous a appris que les médecins , ainsi que les soldats placés en sentinelle, peuvent impunément approcher les malades atteints de la peste, en prenant les précautions voulues. Mais, comme parmi ces précautions se trouve comprise la pureté de 1 air, il est bien permis de soupçonner qu’une atmosphère emprisonnée peut se saturer de la sueur et du souffle des pestiférés , à une certaine distance, tellement que son contact puisse être dangereux (3). »
(F Foici comment s exprime Giovanelli (4) relativement à la distance à laquelle le principe contagieux peut étendre son action.
« S il est question d’une personne infectée, et qui se trouve renlermée dans une chambre où l’air ne circule pas librement , on peut dire que toute l’atmosphère de cet endroit est dangereuse ;
(1) Pag. 40 , de la Peste.
(2) Art. Peste du Dictionn. des Scienc. méd. , pag. 109.
(3) Frank, Pathol, ext., traduction française, p. 515.
(4) Giovanelli, médecin du lazaret de Livourne.
mais s’il s’agit d’un malade exposé au grand air, il est démontré ,.ue |a sphère d’infection ne s’étend pas à plus de cinq pas géométriques au-delà de son corps ; hors de cette distance , on est en
sûreté. »
7. T lie y (l) dit qu’à la distance de dix pas les miasmes sont si corrigés par l’air, qu’ils perdent toute leur activité.
« Un corps vivant dont le sang est infecté d’un germe pestilentiel le pousse hors de lui , avec la matière de son insensible transpiration , par son mouvement machinal interne, ce qui rend l’approche de ce corps très-dangereuse , jusqu’à une certaine distance qui est la sphère d’activité. Ce même mouvement machinal interne continue en partie encore après la mort , tout autant de temps que le cadavre a quelque chaleur qui n’est que l’effet des parties mobiles qui en exhalent, et qui , par conséquent , s’en défendent l’approche (2). »
8. Parmi les médecins que nous venons de citer, quelques-uns, en attribuant à Pair la faculté de transmettre inaltéré le principe contagieux, soutiennent également que le contact est le moyen le plus efficace pour la production de la maladie.
9. B. Contagion par contact. — 11 en est d’autres, avons-nous dit, qui veulent que le contact soit l’unique moyen de propagation. Ces contagionistcs sont en grand nombre , et nous ne pouvons citer que les principaux. Ce sont Lind (3), Dicmerbroeck (4) , Gianini , Samoïlovitz (5) , Larrey , Paris (G) et
d autres plus modernes.
(1) Médecin du lazaret de Naples.
(2) Pestallossi , Avis de purification contre ta peste, pag. 61.
(5) Lind a recueilli un grand nombre de faits qui démontrent que la
peste ne se communique que par le contact.
(4) Diemerbroeck dit avoir constamment observé, dans la peste de Nimègue, que les personnes vivant au milieu des pestiférés évitèrent la
contagion en se préservant du contact* De la 1 este.
(3) Samoïlowitz (Mémoire sur la peste) déclare que, dans la peste de Moscou, l’unique moyen d’éviter la maladie était de se soustiaiie au
contact.
(6) Mémoire sur la peste.
10. (( Pour moi, dit Pasquale Panvini (1), la seule manière dont je pense que la peste, comme les autres affections conta» gieuses, puisse être transportée par Pair, c’est pendant un orage, une trombe, qui auraient chassé devant eux des portions de laine, de plume, de paille renfermant le principe contagieux.
11. Les médecins de nos jours, qui sont contagionistes, n’admettent généralement que le contact comme moyen suffisant de déterminer la maladie.
12. M. G rassi soutient cette opinion , et dit qu’on pourrait être à quelques lignes d’un pestiféré, sans avoir rien à redouter. Il cite , à Pappui de cette manière de voir , les porteurs d’eau et les marchands d’huile qui, les uns mouillés, et les autres oints, ont rarement été attaqués (2). « Quiconque se garantira du contact d’un pestiféré, dit M. Estienne (3), sera infailliblement préservé
13. Comme nous venons de le dire, la majorité des contagionistes qui habitent le Levant est dans l’opinion que la maladie ne peut se communiquer que par le contact. Aussi reçoivent-ils sans scrupule leurs amis, dont ils ne sont séparés que par de simples grillages en branches de palmier ou autres matières semblables. Les médecins contagionistes auxquels Ton doit cet usage , visitent les malades sans autre précaution que de celle de se garantir du contact au moyen d’un vêtement de toile cirée, et ne tâtent le pouls des malades qu’après avoir trempé les mains dans l’huile, ou avoir placé entre le bras du malade et leur maiu une feuille de tabac.
14. Ici semblerait se rattacher une autre question. Un simple contact suffit-il, ou est-il besoin d’un contact prolongé pour contracter la maladie? On pourrait répondre à cela par ces exemples de peste gagnée par le contact d’un peu de paille, au moyen du pied et à travers une chaussure plus ou moins épaisse ; et cette
(1) Exposé des vrais moyens préservatifs de la peste.
(2) Mémoire cité.
(3) Mémoire sur la peste adressé à l’Académie royale de médecine ,
histoire rapportée par Howard (1), d’après laquelle la peste a été communiquée par une fleur, dont le parfum avait été respiré d’abord par deux personnes qui furent exemptes de la maladie, et ensuite par une troisième qui la contracta et en mourut. Ici nous pourrions citer encore l’opinion de M. Estienne (2), qui dit «que le contact le plus léger effectué par mie personne prédisposée , et surtout à l’époque où la constitution atmosphérique favorise le développement de la maladie, suffit pour provoquer l’apparition de la peste. » Marts comme les contagionistes n’ont point encore pu nous dire le degré de contact nécessaire et suffisant, nous attendrons que de nouvelles expériences de leur part viennent résoudre ce point en litige.
DE L’ORIGINE ET DE LA NATURE DE l’aGENT PESTILENTIEL.
Les médecins n’ont jamais pu s’accorder sur l’origine et la nature de l’agent pestilentiel , a. 4. — Les contagionistes ne sont pas arrivés à un meilleur résultat, a. 2. — Opinion du père Kircher (animalcules) , a. 5. — de Manget , de Langius ( maladie animée) , a. 4. — On a renouvelé ces hypothèses de nos jours, a. o. — D’autres ont avancé que le virus de la peste était un gaz subtil, etc., a. 6.
1. L’origine et la nature du principe pestilentiel (virus, venin, germe, agent pestilentiel, miasme, etc., de quelque nom qu’on l’appelle) ont toujours été un sujet de discussion pour les médecins. Les uns, ceux qui n’admettent que la contagion pour le développement de la peste , les contagionistes purs , si on peut les appeler ainsi , prétendent que l’agent pestilentiel a existé de tout temps; que ce môme agent, qui se conserve inaltéré depuis des siècles, est l’unique cause de la propagation de la maladie, de telle sorte que si on parvenait à le détruire entièrement, à le neutrali-
(1) Histoire des lazarets.
(2) Ouv. cité.
ser dans tous les points où il se cache, on parviendrait par cela même à empêcher toute nouvelle apparition de la peste. Pour les autres contagionistcs , ceux qui admettent que la peste peut se développer non-seulement par contagion , mais encore par Tinfluence d’autres causes ; pour ceux-là , l’agent pestilentiel prend naissance dans l’économie de 1 individu malade i et les choses se passent pour la peste comme elles se passent pour la variole, la rougeole, etc., qui, nées souvent spontanément, se propagent quelquefois par le moyen du virus quelles élaborent. «
Quelle que soit l’hypothèse qu’ils aient adoptée, les contagionistes n’en ont pas été plus d’accord sur la nature de l’agent morbide. Chacun Ta entendu à sa façon, et d’une façon différente, ainsi que cela arrive toujours. Nous citerons seulement les principales opinions émises à ce sujet.
3. Une des plus anciennes théories , une de celles qui ont joui dans le temps d’une immense réputation, et sur laquelle le père Kircher nous a laissé beaucoup de détails, est celle des animalcules.
Le père Kircher décrit dans son livre ces êtres vivants qu’il a étudiés au microscope. Ils ont, dit l’auteur, une viscosité qui les attache facilement aux matières sur lesquelles ils tombent : ces insectes font des œufs, qu’ils déposent sur différents objets , et là s’opère une génération successive, de sorte que bien des années après, les effets sur lesquels ont été mis en dépôt les premiers germes sont encore susceptibles de donner naissance à la peste.
4. Languis professa les mêmes idées, et déclara que la peste est une maladie animée. Enfin, Manget rapporte qu’un habitant de Copenhague, ayant remarqué que, pendant la peste de 1712, toutes les fleurs de son jardin paraissaient rongées, sans qu’il pût y découvrir d’insectes , eut la curiosité de les examiner au microscope, et « s’aperçut alors qu’elles étaient couvertes de petits animaux ailés. » Le même Manget ajoute que l’habitant de Copenhague, « ayant ensuite étendu du papier blanc à l’entrée de la nuit sur ses fenêtres et dans d’autres endroits , il l’avait vu le matin suivant, avec le même microscope, chargé des mêmes animaux , dont il observait que la quantité devenait beaucoup plus
grande à mesure que les ravages de la peste augmentaient (1). »
5. Depuis ces dernières années, la théorie des animalcules a été reproduite de nouveau , et appliquée à toutes les maladies miasmatiques ou contagieuses, a la peste, au choléra et aux typhus , à la gale , a la variole , etc.
G. D’autres contagionistes ont dit que le principe pestilentiel, virus , venin, etc., est une matière imperceptible (2), un gaz subtil qui s’introduit dans tout, s’attache à tout , se trouvant en abondance à la superficie du corps affecté (3), une substance volatile et nuisible (4), un agent quelconque qui passe en nature dans le sang, pour en être expulsé en nature (5), un principe d’élaboration pathologique (6), etc. Mais rien dans ces définitions n’indique ce qu’on veut savoir, la nature de l’agent pestilentiel. Quelques contagionistes seulement ont émis à cet égard des idées plus complètes. Ainsi, Le Chevalier de Rose a dit que Y agent contagieux est un mélange de vapeur humide , d’air et de matière animale. Le professeur Moscati (Compendium des connaissances vétérinaires) a exprimé la même opinion. 11 affirme que la composition du principe pestilentiel est une vapeui aqueuse, trèç-rarêfiée, qui tient en dissolution un mucus animal réceptacle du venin. La partie aqueuse se dissipe, et la muqueuse s attache
à hanimal et est absorbée par lui.
On voit que toutes ces explications laissent encore beaucoup à désirer, et on se prend à regretter que les contagionistes ne nous aient pas fourni de documens plus détaillés sur une matière aussi intéressante.
(1) Manget, Traité de la Peste, pag. 48.
(2) Romani.
(5) Savaresi.
(4) Mead.
(5) Roche et Sanson, Pathol, génér. , pag. 656.
(6) Bulard, pag. 5, ouv. cité.