‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 45 sur 82 · CARACTÈRES ET PROPRIETES DE L AGENT PESTILENTIEL · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET PROPRIETES DE L AGENT PESTILENTIEL

A. Le principe pestilentiel peut communiquer la peste, même pendant sa période d’incubation (Diemerbroeck) , a. 1. — Verdoni partage cette opinion, a. 2. — B. Certains corps inertes peuvent s’imprégner du principe de la peste, a. 5. — C. L’agent pestilentiel peut se conserver inaltéré pendant un temps plus ou moins long, a. 4. — • Opinion de Diemerbroeck, a. 4. — d’Alexandre Benoit, a. 5. — de

Forestus, a. 6. — de Chenot, a. 7. — de Trincavella , a. S. — d’In-

grassias , a. 9. — de Stackelschmitt , a. 10. — de Théodore de Mayerne, a. 11. — de Pugnet, a. 12. — de Mead, a. 13. — de M. Grassi, a. 14. — de M. Estienne, a. 13. — D. Le principe contagieux qui s’échappe du corps du malade est plus ou moins actif > suivant les différentes époques de la maladie, a. 16.

1. A. Dans la période a incubation, et avant quil ait manifesté sa présence pjar aucun phénomène morbide , le principe pestilentiel peut développer la peste. — « Le venin pestilentiel, dit Diemerbroeck, latent chez une personne, peut se transmettre à une autre, avant que le mal se déclare chez la première, si celleci est moins disposée que l’autre à recevoir l’action de l’agent morbide. »

2. Verdoni , médecin de Trieste, qui a observé la peste de Smyrne de 1783 , s’exprime à peu près de la même manière. « Quelquefois il est arrivé, dit-il, qu’une personne retient le principe contagieux, sans en éprouver aucun effet sensible, et au bout de quelques jours elle le communique sans le savoir à une autre, dans laquelle, si son tempérament est disposé à la maladie, ce principe devient très-actif; si son tempérament n’y est pas disposé, il est possible encore que la contagion se communique successivement à d’autres de la même manière, jusqu’à ce qu’elle se dissipe et s’anéantisse entièrement, comme cela est arrivé à Smyrne , en 1783 (1). »

(l) Cité par Howard, Hist. des Lazarets, pag. 121.

3. B. Certains corps inertes nommes contumaces peuvent s' imprégner du principe pestilentiel . - — • Tous les contagionisles sont à ce sujet d’un commun accord. Tous admettent que l’agent pestilentiel , quelles que soient sa nature et sa forme, déposé sur diverses substances peut s’y conserver plus ou moins long-temps, sans y subir d’altération sensible. Les corps ainsi capables de s’imprégner du principe délétère, et qu’on nomme contumaces, sont: la laine, le coton, le crin, le lin, les étoupes, le chanvre, etc., les plumes, les poils, les cheveux, le papier (1), entin tous les tissus formés de substances animales et végétales, et ces substances

dans leur état brut (2).

Les corps gras , tels que 1 huile, la graine, etc., sont iegai des par quelques contagionistes comme susceptibles d’absorber le venin ou miasme pestilentiel ■, tandis que d autres jugent ces substances réfractaires. Ainsi, dans le Levant, les contagionisles se passent une couche d huile sur les doigts avant de tâter le pouls de leurs malades : ils sont persuadés de l’efficacité de leur moyen.

Les opinions sont aussi partagées relativement à d’autres corps inertes. Les bois et les métaux ne sont pas généralement considérés comme contumaces. Cependant plusieuis auteuis veulent qu’ils soient rangés dans la catégorie des corps susceptibles. Roch dit que la peste de Rachsa est peut-être due à un poignard turc (3). Dans celle d’Qstrova , on trouva un poignard semblable et diverses pièces d’argent cachées sous le toit de la maison où éclata d’abord la peste (4).

Mercurialis et Diemerbroeck raillent les timorés qui craignent de toucher des pièces de monnaie. D un autre cote, des auteurs de bonne foi citent des exemples évidens, disent-ils, de contagion développée par ce moyen (5).

(1) Voir Frank, ouv. cit., à l’endroit où il parle des différentes substances contumaces.

(2) Fodéré, ouv. cité, art. Peste.

(3) L. c. , pag. 30.

(4) Pfisterer, cité par Frank, pag. 319, note 97.

(3) Richter, Schraud, cités par Frank, Path. ext., pag. 320, note 99.

Dans nos lazarets on a l’habitude de passer au vinaigre toutes les pièces de monnaie, quoiqu’on introduise sans désinfection et sans précaution préalable tous les métaux imaginables quand ils se présentent sous d’autres formes.

« On assure dans le Levant que le pain ne peut point porter la peste, et on n’use d’aucune précaution sur cet article ; mais on a observé le contraire, pour le pain frais, au lazaret de Marseille, et surtout pour celui qui est encore chaud. Aussi est-ii un objet de précaution dans cet établissement (1). »

Les autres substances contumaces sont : les fleurs nouvelles desséchées ou artificielles, le safran, le carthame, les fruits de la saison, pulpeux ou à enveloppes, les fruits secs, les pistaches, les amandes et les dattes non privées de leurs écorces, le son, toutes les espèces de blés et de grains, etc. (2).

On peut consulter à ce sujet le catalogue des lazarets.

4. G. U agent pestilentiel peut se conserver inaltéré dans les substances contumaces , pendant, un temps plus ou moins long . — Diemerbroeck (3) raconte que de la paille qui était restée tout un hiver exposée au vent et à la pluie donna la peste à un individu qui eut le malheur de la toucher du bout du pied. Celui-ci eut un charbon à l’endroit qui éprouva le contact.

5. Alexandre Benoit (4) rapporte qu’un matelas, qui recelait la peste depuis plusieurs années, la communiqua à l’instant même aux serviteurs qui vinrent le prendre pour le secouer.

6. Forestus (5) rapporte un exemple de principe contagieux conservé long-temps dans une toile d’araignée.

7. Chenot (6) raconte qu’un maçon porteur d’un bubon en suppuration avait enfermé dans le mur de sa maison un linge imbibé de pus , en bouchant avec un coin de bois l’ouverture

(1) Fodéré , art. cité, pag. 108.

(2) Frank, ouv. cit. , pag. 320.

(3) Liv. iy, hist. 119.

(4) Liv. cit.

(5) Liv. vi, obs. 22.

(6) L. c. , pag. 45.

pratiquée. Un an après , mu par une vaine et funeste curiosité , il enleva le coin et mourut au bout d’un court espace de temps.

Sa famille entière s’éteignit successivement avec tous les signes

8. Trincavella (1) rapporte qu’à Capo d’Istna le germe pestilentiel resta caché pendant vingt ans dans des cordes qui avaient servi à descendre des cadavres-, qu’au bout de ce temps, ces cordes restées enfouies dans quelque coin, ayant été rendues a I air, communiquèrent la peste à ceux qui s’en servirent , et bientôt à plus de dix mille personnes.

9. Ingrassias raconte un fait semblable, encore plus extraordinaire. C’est l’histoire d’ün sacristain qui retira de derrière un vieux coffre descordes qui n’avaient pas vu le jour depuis vingt-cinq ans.

Il contracta la peste, et cinquante mille personnes en moururent (2).

10. D’après Slackelschmitt, après la peste de Podoliede 1/97, un Juif, qui avait enfoui ses vètemens dans la terre pendant les derniers jours de cette année, les ayant retirés quatre mois apres, répandit de nouveau la maladie dans la ville de Szawogrod (3).

1 1 . Théodore de Mayerne (4) cite le fait d’un ouvrier de Paris qui ressuscita la peste dans cette ville , en rendant au joui de

vieilles hardes enfouies dans des décombres.

12. « Le germe de la peste étant déposé sur des corps susceptibles de la retenir, dit Pugnet (5), il peut y demeurer inerte longtemps, et se reproduire avec la même vigueur... En remontant à la cause des pestes de Messine , de Rome , de Marseille , etc., on trouve qu’elles naquirent dans des magasins où étaient renfeimées des marchandises depuis long-temps en possession de leur germe. En faisant des recherches exactes , on trouverait également que presque toutes les pestes européennes, orientales d origine, ont vu se succéder, avant leur développement , un plus ou

(1) Liv. ni, consil. 17.

(2) Cité par Pestallosi, ouv. cit. , p. 26.

(5) Lernet, liv. cit.

(4) Conseils contre la peste.

(o) Mémoires sur les fièv. pestil. du Levant, pag. 96.

moins grand nombre de saisons ou d’années : d’où il résulte que ce germe abandonné à lui-même peut s’assoupir , mais non mourir, au moins aussi promptement qu’on le pense. Tels dans le corps humain les germes mal traités de la gale et de la vérole. Tel celui du scrolule et de plusieurs autres maladies contagieuses. Semblables à des feux qui couvent sous la cendre , ils ne donnent pendant long-temps aucun signe de leur existence , on les croit anéantis pour jamais; mais excités par la plus légère cause, ils s’annoncent tout-à-coup par l’explosion la plus terrible. »

13. Mead ne fixe point la durée de la conservation des miasmes dans les corps inertes; il conseille, pour pouvoir apprécier l’époque précise où les émanations ont entièrement abandonné les différentes substances , de retenir auprès d’elles quelques animaux comme de petits oiseaux. On sera , dit-il , en droit de conclure que 1 agent délétère n’existe plus, s’il n’est résulté aucun inconvénient de cette épreuve (1).

14. M. Grassi formule ainsi son opinion à cet égard (2) : « On ne sait pas précisément combien de temps le principe contagieux de la peste peut se conserver sur une substance inanimée, cela peut dépendre de la nature même de la substance et plus particulièrement de la manière avec laquelle elle a été conservée... Ce principe morbide, semblable à la poudre à canon, quand elle brûle, plus il est comprimé, active , plus il se déploie avec force et vigueur , soit dans sa qualité contagieuse , soit dans sa qualité délétère. »

On voit que l’auteur n’assigne pas de terme précis au temps que la peste peut rester cachee ; et quoique, dans les exemples qu il rapporte, les faits cités par lui n’indiquent qu’une incubation d’une ou deux années, celle-ci pourrait se prolonger indéfiniment, si, comme il le dit, les circonstances étaient favorables.

15. Mais de tous les auteurs dont nous avons parlé, il n’en est

(1) Mead, de la Peste, pag. 502.

(2) Mémoire cité.

aucun qui ait prétendu que le virus puisse se conserver inaltéré aussi long-temps que l’indique M. Estienne(l) relativement a un fait qu’il rapporte dans son mémoire sur la peste; fait d apres lequel le principe pestilentiel serait resté des siècles entiers dans une momie , sans rien perdre de sa funeste propriété.

Laissons parler M. Estienne. « A Livourne, dit-il , il y a p usieurs années, on débarrassa une momie de toutes ses enveloppes. Les bandelettes furent enlevées , et la peste atteignit celui qui lut chargé de cette opération. Ce fait doit-il atténuer l’ opinion naguère émise par un médecin français qui a avancé que la peste n’existe en Égvpte que depuis que la décomposition des ca avres dans le terrain alluvien du Delta n’est plus arrêtée par les procédés de momification autrefois usités. Une telle observation est sinon entièrement détruite , du moins altérée par ce que nous venons de rapporter , d’où il résulte que la peste existait déjà a une époque où les procédés de la conservation des corps sous forme de momies étaient probablement encore généralement us.tee (2). » 16. D. Le principe contagieux qui s’ échappe du corps ma ai e est plus ou moins actif, suivant les différentes époques de la maladie. — Les contagionistes admettent généralement qu il est une période de la maladie où le virus a une intensité plus gran e. Mais quelle est celte période, c’est en quoi ils different opinion, est-ce au début de l’affection? Manget (3) prétend que cela doit être, et dit que l'agent morbide perd de sa violence à mesure que a

maladie s’approche de sa terminaison. <

D’autres , au contraire, affirment que c’est à l’agonie que e mal est le plus à redouter. « J’ai constamment observé, dit bavaresi (4) , que ceux qui avaient le malheur de toucher les pestiférés agonisans ou dans la période d’augment, étaient atteints par le moindre contact. Au contraire, la maladie se transmettait rarement dans le principe de l’invasion. »

(1) Mémoire cité.

(2) Ouv. cit.

(5) Ouv. cité.

(4) Mém. et opusc. sur l’Égypte.

Forestus(l) a fait la même observation.

Quelques-uns prétendent que la contagion n’est pas à craindre, une fois que la fièvre est passée. Desgenettes est de cette opinion. D’autres auteurs citent des faits à l’appui d’une opinion contraire. Ainsi Lernet(2) dit avoir vu une femme qui, après la guérison de la fièvre , eut un bubon pestilentiel qui se déclara pendant sa convalescence, et qui communiqua la peste à deux familles.

Papon, d’un autre côté, dit qu’à Marseille « un jeune homme , nouvellement échappé à la maladie , mais ayant ses plaies encore fumantes, infecta la couche nuptiale (3). »

Plusieurs écrivains pensent que l’époque la plus favorable à l’infection est celle où le malade est baigné de sueurs (4).

« Un corps vivant, dit Pestallossi, dont le sang est infecté d’un germe pestilentiel le pousse hors de lui avec la matière de son insensible transpiration , par son mouvement machinal interne ; ce qui rend l’approche de ce corps très-dangereuse, jusqu’à une certaine distance... Ce même mouvement machinal interne continue en partie encore après la mort, tout autant de temps que le cadavre a quelque chaleur qui n’est que l’effet des parties mobiles qui s’en exhalent. Mais lorsque le mouvement machinal interne est arrêté, dont le froid sensible est une preuve, rien ne sort de ses pores • toutes les parties mobiles sont en repos -, le ferment même de peste s’y trouve enseveli, et le cadavre, dès lors, peut faire moins de mal qu i! n’inspire de frayeur (5). »

Cette opininon , que les cadavres ne peuvent communiquer la peste , est celle de plusieurs contagionistes. Savaresi la partage , et dit que ce ne sont que les effets des morts , leurs cheveux ou leurs poils, qui peuvent recéler encore le principe contagieux. Il cite à 1 appui de ses idées des caveurs de morts qui échappèrent au fléau, en ne prenant d’autre précaution que d’éviter le contact

(5) Ouv. cit., tom. r, pag. 526.

W Buday, voyez Schraud , 2e édit

(o) Pestalossi, ouv. cit. , pag. 61.

des objets dont il parle. Desgenettes a dit de même que 'es morts ne semblent pas communiquer la peste. En in , a p upa ^

decins contagionistes du Levant ont, à cet tgai ■ , idées, s’appuyant probablement sur cet adage : m e

mort le venin .

absorption du principe pestilentiel.

L'absorption J. p~oi,o P— « <* t» '“f™ ^ par 1rs orjonts roopiraioire. et par la peau ^

sorption par les voies digestives , a. 2. - M. Bularü me 1

par l’appareil pulmonaire , a. 5.

1. L’absorption du principe pestilentiel s’opère par trois voies . par les organes digestifs, les organes respirato, res, et par la peau.

P « Le veniu, dit Manget, peut être porté dans nos corps pa r a respiration, qui peut l’introduire dans le sang , tant immuhatemcnl par la voie des poumons, ou entre 1 air qui en es 1 que médiatement par l’estomac, où tombe a sa ive qui chargée, après que cette même respiration la attirée dans «abouche; mais encore qu’il peut s’insinuer par les pores du corp , comme la matière des bains s'y insinue, et comme ils son p très par les particules du mercure au moyen de ludions ( )• Mead (2) s’exprime ainsi à cet égard :

, P» *. «<« "■ '”fe“ïs “ ;

émanées des substances odoriférantes, n’agissent pas d une autre manière que les corpuscules pestilentiels , et que la conta n’est autre chose que l’effet d’une substance volât, le et nu s attirée dans l’intérieur de l’économie animale, par le sens

Page 1