La peste , nommée dever par les Hébreux, >>0^0; par les
C) description
Grecs, lues , morbus coniagiosus par les Latins , Robba/i et Ha foufa par les Arabes, plague par les Anglais, peste , pestilenm par les Italiens, pesiilencia par les Espagnols et les Portugais , Pestilenz par les Allemands , powietrze par les Polonais , a été appelée en français par les différons noms de lièvre pestilentielle, de fièvre adéno-nerveuse (1), typlius d’Orient, typhus africain (2), etc.
3. Quelle est l’étymologie de ce mot? c’est ce qu'il est assez difficile de décider. Faut-il admettre qu’il tire son origine de l’un des termes latins pessum ou pessimum , pessumdo , clepascendo , on que l’expression grecque loipoç (peste) soit dérivée du verbe Wtv, défaillir, d’ottvp, je terrasse, ou bien encore de , faim , disette (ce que paraîtrait vouloir signifier le proverbe grec , foifioç us ra V-ov> après famine la* peste)?...
4. Un fait incontestable, c’est qu’à ce mot ont de tout temps été rattachées des idées de calamités, de désolation, et qu’à toutes les époques on l’a choisi comme le terme de comparaison le plus énergique, pour exprimer la mesure du mal et le comble de son intensité. Si Ton parcourt les livres sacrés , on voit l’idée terrible qui se rattachait à lui : c’est de la peste que le législateur des Hébreux menace Pharaon persécutant le peuple de Dieu ; c’est avec la peste que Jérémie jette beffroi au milieu des Israélites qui désiraient retourner eu Égypte : « J’entrerai dans vos habitations d’Égypte, comme je l’ai fait à Jérusalem, avec le glaive, la famine et la peste. » Bientôt les historiens et les poètes adoptèrent cette expression , et tout en lui conservant sa signification première , son acception originelle , ils lui donnèrent un sens figuré qu’ils appliquèrent de différentes manières. Cicéron appelle Catilina la peste de la république, et les mauvais citoyens la peste du gouvernement. Plaute (3) dit en parlant de l’infâme Ballion: « Qui délivrera le peuple et nous tous de cette peste qui nous afflige. » '
Sans nous arrêter davantage aux différentes significations qu’on
(1) Pinel.
(2) Mead.
(5) Pseud., act. i, scena 2,
a attribuées au mot peste, nous allons exposer rapidement les différentes définitions que les auteurs ont essayé d’en donner.
5. La plupart de ces définitions laissées par les anciens n’ont aucune signification, aucune valeur pour la science. C’est ainsi qu’ils nous disent que la peste est une fièvre produite par la mauvaise qualité des aiimens ; que Galien (1) l’appelle une maladie vulgaire qui sévit sur beaucoup d'individus ; que Mercurialis (2) veut qu’on ne puisse appliquer cette dénomination qu’à la maladie qui exerce ses ravages sur une population, prétendant que l’affection ne doit point recevoir la qualification de peste, quand elle ne fait périr que deux ou trois individus par jour. Scott (3) définit la peste une affection multiple, composée de plusieurs autres maladies, fi/vre pestilentielle, charbons et bubons-, enfin Amatus Lusitanus affirme qu’elle a n'est autre chose que la corruption premièrement de toute la substance du cœur , ensuite des principales parties , occasionnée par une souillure ambiante et qui contient en elle-même les ruclimens d'une contagion très-pernicieuse (4). » Toutes ces définitions , disonsnous , sont vicieuses , en ce que les unes conviennent également à une infinité d’affections, et que les autres, sans rien exprimer sur la nature de la maladie, ne sont autre chose qu’un ramassis d’idées plus ou moins absurdes , nées des opinions erronées et des doctrines en honneur aux diverses époques de la science. Pour ce qui est des nosologistes modernes, s’ils ont été moins diffus dans leurs définitions, et un peu plus rationnels peut-être, ils n’ont également émis, pour la plupart, que des opinions imparfaites et contradictoires , à cause des idées que chacun a voulu se faire sur la nature propre et sur les causes de cette affection.
6. L'auteur de l’article Peste de l’Encyclopédie la définit : * « une maladie épidémique, contagieuse, très-aiguë, causée par un venin subtil répandu dans l’air, qui pénètre dans nos corps,
(1) Epid. , lect. 3, comm. 20.
(2) Hieronimi 3Iercurialis opuscula aurea.
(3) Lib de Fehr. , pag. 204.
(4) De Medicor. princip. hist. , lib. iv.
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y produit des bubons , des charbons , des exanthèmes et autres
symptômes tres-facheux » (1)* t
7. Dans le Dictionnaire universel de médecine , elle est de 1-
nie : « une fièvre très-aiguë, qui doit son origine à un venin contagieux qui a été apporté des pays orientaux , et à moins que la force des mouvemens vitaux ne chasse promptement le venin par les bubons et les cha'rbons, elle devient mortelle » (2).
8. Savaresi l’appelle un typhus très-grave , extrêmement contagieux , accompagné constamment d’éruptions de bubons, et de charbons, souvent aussi de pétéchies , de miliaires, de taches pourprées et livides , et qui a ordinairement une terminaison fu-
neste (3).
9. Fodéré dit que l’affection qui nous occupe « est une maladie éminemment contagieuse, qui a toujours sa première origine dans le Levant, qui produit des bubons, des charbons, des pétéchies et d’autres exanthèmes, le plus souvent accompagnés d une fièvre très-intense , promptement mortelle , s’étendant avec une grande rapidité et, dans la période de force, faisant périr ordinairement les deux tiers des malades » (4).
10. « La peste , » disent MM. Roche et Sanson , « est une affection grave, endémique en Égypte, caractérisée principalement par des buhons, des gangrènes. C’est le typhus d Orient, la fievre
pestilentielle de quelques auteurs » (5).
11. M. Bulard la considéré comme une maladie transformée dont la cause spécifique primordiale , extra-individuelle à son origine (de quelque part qu elle vienne) y levet bientôt , pai un pur phénomène d' élaboration pathologique , un caractère nouveau de spécificité exclusivement individuelle , comme le démontrent la Gontagionabilitè et T immunité par T isolement , à la manière de certaines affections charbonneuses , de la rage , de la petite -vè-
(1) Art. Peste, pag. 452.
(2) Art. Peste, pag. 471.
(5) Ouv. sur la peste.
(4) Dict. des Scienc. méd. , art. Peste.
(5) Pathologie méd. chirurgicale, tora. v
rôle , etc. , çuz naissent d'abord d' influences extérieures et se transforment ensuite de telle sorte qiû elles ne sont plus susceptibles de se propager qui en raison d'une cause spécifique absolument individuelle (I).
12. Plusieurs auteurs ont établi une distinction entre la peste et la fièvre pestilentielle. On a donné généralement cette dernière dénomination à une foule de maladies qui n’ont de ressemblance, d’identité avec la peste , que par les ravages qu’elles exercent, et leur plus ou moins de malignité. Divers typhus, des fièvres malignes , nerveuses , putrides , rémittentes ou intermittentes , pernicieuses ; des angines gangréneuses , certaines pneumonies et varioles épidémiques , etc. , ont été rangés tour à tour dans la catégorie des fièvres pestilentielles. — ce Un des caractères qui distinguent la peste de la fièvre pestilentielle, » dit Foderé, ce c est que celle-ci ne présente jamais de bubons ni de charbons , et est toujours accompagnée de fièvre , tandis que la première peut se présenter sans ce symptôme. »
13. Des distinctions pareilles ne doivent plus exister dans la science • il convient de rejeter cette dénomination de fièvre pestilentielle , qu’on a souvent appliquée à des maladies bien différentes de la peste, et de réunir dans une seule expression deux maladies exactement identiques , et qui ne présentent que quelques nuances d’intensité dans leurs symptômes.
Nous pensons également que les diverses dénominations de fièvre adéno - nerveuse , de typhus d Orient, typhus d’Afrique, doivent être rayées de nos livres, parce que, comme les autres, elles ne servent qu’à jeter de la confusion dans les idées, et à présenter les choses sous un point de vue qui n’est pas le véritable. Ainsi ces expressions de fièvre adéno-nerveuse, etc., sont vicieuses, en ce qu elles n’indiquent qu’un des caractères de la maladie. Celle de typhus l’est plus encore, car si la peste offre cette expression de stupeur propre aux maladies typhoïdes, elle ne se développe pas sous T influence des causes qui favorisent le développement de ces dernières affections.
(1) Bulard, De la Peste d’Orient, pag. o, 1859.
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14. Nous adoptons donc et nous consacrons exclusivement l’expression de Peste, dénomination qui n’emporte avec elle aucune idée d’origine , de caractère ou de causalité , et qui , par son manque de signification, a l’avantage de se prêter à toutes les théories, de se classer dans tous les systèmes.
15. Nous n’adoptons aucune des définitions diverses qui ont été données par les différens auteurs anciens et modernes , parce que toutes sont fausses, inexactes ou incomplètes. Nous dirons que la peste est une maladie épidémique dont la cause , comme celle de toutes les épidémies, échappe à tout moyen d’investigation. Elle a pour caractère spécial d’offrir des bubons, des charbons et des pétéchies ; elle a une marche aiguë , qui présente plus ou moins de gravité, suivant les périodes de la constitution épidémique. Agissant quelquefois avec une énergie incroyable sur les fonctions de l’innervation, les solides et les fluides , elle y détermine des lésions profondes qu’aucune intervention thérapeutique n’est capable d’arrêter. Mais le plus souvent ces divers symptômes se développent avec moins d’intensité et ont une terminaison favorable ,* soit par les seuls efforts de la nature, soit à l’aide d’une médecine symptomatique, rationnelle. Enfin, cette maladie, endémique dans tout l’Orient, ne se répand jamais ni par contagion ni par infection ; elle se développe uniquement sous l’influence des causes qui l’ont produite, et quand disparaissent celles-ci, la peste disparaît et cesse avec elles.
ÉTIOLOGIE, CAUSES TftÉDlSTOSANTES.
Pour contracter la peste, il faut une disposition particulière des organes, a. 1. — Prédisposition selon les races, a 2. — Les tempéramens , les constitutions, a. 5. — Le sexe, Page, a. 4. — Les professions, a. 5. — « L’état morbide existant, a. 6.
1. Pour être apte à contracter la peste, comme toute autre maladie épidémique, il faut de la part des organes une disposition particulière, nécessaire pour recevoir F influence du stimu-
DE LA LESTE
lus. Celle aptitude n’est pas appréciable aux sens, et a priori on ne peut pas dire que tels ou tels individus doivent subir rinduence de l’agent délétère. Beaucoup de personnes ont vécu, sans éprouver la moindre atteinte, au milieu de foyers d’infection et de constitutions épidémiques. Cette observation a été faite non-seulement pour la peste, mais encore pour le typhus, la fièvre jaune, le choléra, la fièvre intermittente, 1 ophthalmie, etc. Cette aptitude des individus n’est pas toujours la même , et souvent des personnes qui ont bravé impunément bon nombre de fois la maladie, peuvent plus tard en être victimes. Le chirurgien Dussap , qui s’était trouvé au milieu de vingt épidémies , pendant lesquelles il avait constamment soigné les pestiférés , sans aucune précaution , a succombé à celle de 1835.
2. Races. — La Peste sévit en Égypte sur les différentes races d’individus , mais toutes ne sont pas egalement aptes à la contracter. Ainsi, dans toutes les épidémies, la race nègre est ordinairement la plus maltraitée; après elle, ce sont les Barbarins ou Nubiens ; puis viennent les Arabes de l’Hedzas et du Yemen; puis les Européens, et parmi ceux-ci, surtout les Maltais , les Grecs , les Turcs, et généralement les habitans du midi de l’Europe.
3. Tempcramens , constitutions. — Les sujets faibles, d’une constitution délicate, surtout avec prédominance du tempérament nerveux , contractent la maladie avec plus de facilité que les individus à constitution robuste, à tempérament sanguin ; mais aussi, quand ces derniers sont atteints , l’affection marche chez eux avec plus de rapidité , et souvent alors elle les fait périr en très-peu de temps.
4. Sexe , âge. — Les femmes sont généralement attaquées en proportion plus considérable que les hommes; parmi ceux-ci les hommes à la fleur de l’âge sont plus exposés aux atteintes de la maladie que les vieillards ; ils le sont moins cependant que les enfans. On a remarqué, dans la peste de Marseille, que ceux-ci furent généralement épargnés; aussi le nombre des orphelins a-til été considérable.
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5. Professions. — Les gens qui par suite de leur profession sont exposés à des travaux pénibles, à des excès de fatigue, aux intempéries des saisons, à de brusques changemens de température, sont bien plus aptes que les autres à contracter la peste. Les manœuvres, les boulangers , les forgerons , les cuisiniers rentrent dans cette catégorie. — Les baigneurs publics, dans l’épidémie de 1834 à 1835 en Égypte, ont été généralement épargnés. Quant aux corroyeurs, aux vidangeurs et aux individus vivant au milieu d’émanations putrides, nous n’avons pas eu occasion d’observer qu’ils aient été plus ou moins atteints que les autres. Du reste, le nombre d’individus livrés aux occupations de cette espèce est peu considérable en Egypte. Cependant on a remarqué, et c est du reste un fait qu’on observe dans toutes les épidémies , que les malheureux qui vivent entassés dans des quartiers sales et mal aérés, de même que ceux qui souffrent de toute espèce de privations , ont fourni de nombreuses victimes au fléau.
6. Etats morbides. — - Il est certains états pathologiques qui , au lieu de disposer à contracter la peste, semblent au contraire en garantir. Ainsi, dans les hôpitaux, nous avons observé que Laffection n’atteignit qu’un petit nombre des malades qui présentaient des blessures d’une certaine gravité , quoique les individus de cette catégorie lussent placés dans les conditions les plus favorables d infection ou de prétendue contagion. On doit une remarque de ce genre au baron Larrey. Du reste, cette observation a été faite depuis long-temps, et c’est peut-être ce fait qui a fait supposer que l’application de cautères devait garantir de la maladie.
On peut admettre aussi qu’une irritation aiguë de la muqueuse gastrique, et surtout de la peau, produit un effet analogue à celui des lésions extérieures.
En revanche, les irritations chroniques des voies digestives, déterminées par une cause quelconque, sont plus favorables au développement de 1 affection , soit que l’agent délétère agisse plus diiectement sur la surface malade, soit à cause des sympathies que celle ci a déjà exercées sur les ganglions lymphatiques, organes plus spécialement soumis à l’action du principe morbide.
Ce qui viendrait a l'appui de celle opinion , c’est l’aptitude, le funeste privilège qu’ont les scrofuleux , d'être plus facilement atteints que les autres, et ceux même qui échappent à la peste souffrent souvent de douleurs glandulaires , accompagnées ou suivies de tuméfaction dans les parties que les ganglions occupent.
Les personnes affectées de maladies chroniques du (oie , de la rate, des reins, résistent rarement aux mouvemens fluxionnaires , provoqués par l'action délétère des miasmes. Le parenchyme de ces organes s'engorge, et le défaut de cohésion de leurs tissus, les laissant se déchirer avec la plus grande facilité, donne lieu à des hémorrhagies mortelles.
On a prétendu depuis long-temps que la variole , la vaccine , la syphilis, la gale, etc., préservaient de la peste. Prosper Alpin, Orain , Sclmarrer , Larrey, Yally et plusieurs autres sont de cet avis et citent de nombreux exemples a l'appui de leurs assertions. Pour nous , nous ne partageons pas entièrement leur opinion , du moins à l’égard de la syphilis et de la gale qui ne nous ont jamais paru garantir de la maladie. Quant à la variole et la vaccine, le petit nombre de cas de ces affections qu’on observe durant les épidémies pestilentielles ne nous a pas permis de porter un jugement définitif à cet égard (1). Sur le petit nombre d'individus qui ont eu la variole pendant l’épidémie de 1835, nous ne nous rappelons pas , il est vrai , qu'un seul ait contracté la maladie; mais nous ne craignons pas d’affirmer, contrairement à l'opinion de Yally, que l'affection varioleu e aussi bien que la vaccine ne sont point capables de préserver de la peste les individus qu'elles ont une fois atteints, l une ou l’autre. Une infinité de faits nous ont prouvé que beaucoup de personnes qui ont eu préalablement la variole ou la vaccine ont été attaquées plus tard de l’affection pestilentielle.
(1) M. Bulard affirme qu'à Sinyrne, sur plus de trois cents enfans qui ont succombé à l’hôpital grec, quarante-sept ont présenté des traces vaccinales. Sur cinq cents pestiférés, vingt-huit offraient des traces de petite-vérole. A Constantinople , sur trente-cinq pestiférés , il trouva huit varioleux (ouv. ch. , pag. 445). Nous rapportons ces assertions, quoiqu’on ne puisse pas y attacher une grande foi.
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Les individus dont le système nerveux est dans un état d’excitation anormale sont facilement influencés par l’agent morbide dont l’action primitive paraît s’exercer sur le centre nerveux et ses dépendances.
La grossesse ne garantit point de la maladie. Au contraire, ravortement , qui est assez fréquent parmi les musulmanes, rend plus apte à la contracter. Mac-Lean rapporte que, dans la peste de Malte, toutes les femmes enceintes furent attaquées et avortèrent , à l’exception de deux.