‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 57 sur 82 · SUR LA CONTAGION · texte numérisé non relu

SUR LA CONTAGION

Opinion des médecins de l’antiquité et des médecins modernes, a. 1 à 6. — - Opinion des médecins d’Égypte, M. Gaëtani-Bey, a. 7. — M. Duvigneau, a. 8. — M. Seisson, a. 9. — M. Perron, a. 10. — M. Primer, a. 11. — M. Fischer, a. 12. — M. Bowring, a. 15. — M. Gregson, a. 14. — M. Chammas, a. 15. — Réflexions, a. 16.

Pour donner plus de valeur à notre opinion sur la nature de la peste, nous avons du invoquer, à l’appui de nos idées, le témoignage d’autres médecins qui ont observé et décrit la maladie à différentes époques et dans diverses contrées.

1 . Les médecins de l’antiquité n’avaient aucune connaissance de la contagion telle que nous l’entendons aujourd’hui. Hippocrate (1), Celse, Galien, Sénèque (2), et, parmi les modernes, Pringîe, Lind, Cullen, bien qu’ils parlent de contagion, ne donnaient point à ce mot le sens qu’on lui attribua plus tard. Fracastor paraît être le premier qui ait admis le mode de transmission de cette maladie par un virus. Je ne puis et ne veux point m’enquérir s’il mérite

(1) Liv. ii, De naturâ 1mm. , tcxt. in-4°, Hippocrate parle d’effluves morbides; et (lib. cle Fiat.) de miasmes, de semences de peste.

(2) Sénèque (iv, de Ira, cap. v) dit : «Dans la peste, il faut prendre garde de s’approcher des individus déjà infectés et en proie à la maladie, parce que nous nous exposons , et que le souffle même de ces personnes nous rend malades. »

CONTAGION ET NON-CONTAGlON.

l’accusation portée contre lui, d’avoir propagé cette croyance poui plaire au pape Paul III , qui voulait la translation du concile de Trente à Bologne. Quoique cette doctrine ait joui pendant longtemps d’une faveur immense et quelle ait compté de nombreux partisans , cependant il est des observateurs distingués qui bravèrent les idées de leur siècle , et osèrent proclamer hardiment la non-contagion du fléau. Qu’il nous suffise de citer Sydenham, qui observa les épidémies de Londres de 1665 et 1666; Massaria T Bartholo, médecins de Crémone, qui étudièrent la peste en Italie; Chicovneau et Vernier, qui, en 1720, vinrent à Marseille donner leurs soins aux pestiférés. Voici comment s’exprime le premier de ces médecins i — ce Ln assurant que la peste est contagieuse,on assurera qu’elle a du se répandre par toute la Fiance. Le^ barrières , les quarantaines , la mort même n’ont pu arrêter le commerce frauduleux. Il s est échappe de Marseille des hommes infectés : les marchandises ont été transportées partout. Il en es*, que la désinfection n’a point purifiées. L avidité les a répandues par toutes les villes commerçantes. Tant d’effets pernicieux n ont pas même porté la crainte dans l’esprit de ceux qui ses ont négociées. Un manteau, dit-on, qui a traversé le Languedoc avec les semences de la peste , l’a portée dans le Gévaudan. Or , peut-on s’imaginer que tant de matières enlevées furtivement à Marseille n’avaient pas un principe d’infection aussi efficace que le manteau? Ces preuves si solides sont confirmées par des faits qui forment ma démonstration contre l’existence de la contagion. Ln 16- >6, la peste s’alluma en Angleterre. Les précautions furent exactes; les malades furent renfermés ; les familles suspectes furent séquestrées; mais les soins semblaient ranimer la peste. Ses ravages s’étendaient et se multipliaient. Enfin, un édit rapprocha les habitans de Londres qui se fuyaient. Us sortirent de leurs prisons domestiques. En se revoyant, ils se communiquèrent leuis biens et leur fermeté. Alors l’infection ne fit plus de progrès : sur vingt personnes qui se répandirent dans la ville , a peine une sui Cngl éprouvait la maladie; de dix malades , on en guérissait neuf. Les prisons, les infirmeries portaient les marques d un ravage aftieux.

et les maisons ouvertes furent un asile contre la contagion (t). »

Plus loin ? îe même auteur continue : « Des témoins oculaires déposent enfin contre la contagion. Quatre médecins partent de Montpellier ; les ordres du roi les envoient à Marseille. Dans cette ville désolée , . ceux qui étaient chargés du soin des malades étaient saisis de frayeur. Les médecins de Montpellier ne trouvent pas les vestiges de la contagion ; ils remarquent que la peste est plus meurtrière lorsqu’on enlève les malades. Elle leur parait toujours calmée par la liberté et par l’abandon. Enfin, ces quatre hommes si courageux sont eux-mêmes des preuves qui, selon eux, font disparaître la contagion. Durant une année, ils sont exposés sans cesse aux atteintes de la peste. Ils cherchent les malades les plus infectés; ils parcourent toute la Provence. Seraient-ils inaccessibles au venin de la peste si elle était contagieuse? Les corpuscules si actifs épargneraient-ils les quatre corps qu’ils environnent et qu’ils pénètrent durant un temps si long? »

2. Yoici comment îe grand Stolî s’exprime à cet égard : « Celui qui nierait la contagion de la peste et déterminerait la cause épidémique d’une maladie très-grave, agissant également sur tous, et ne produisant pas sur tous les mêmes effets , et la ferait rapporter soit à la constitution de l’année, soit à une altération de l’air, plus propre à produire des maladies putrides que pendant les autres années ; celui-là, dis-je, avancerait un paradoxe; mais en même temps quelle vérité il dirait , et quel service il rendrait pendant ces temps malheureux que je prie les dieux d’éloigner î Celui qui soutiendrait cette opinion trouverait des argumens que l’on ne pourrait réfuter, non- seulement dans les auteurs qui ont écrit sur la peste, mais même dans ceux qui sont d’une opinion contraire , à moins que l’amour du merveilleux et des choses extraordinaires ne lui fît mépriser les causes les plus simples et qu’il trouverait à ses pieds (2). »

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