‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 73 sur 82 · Parmi ces abus ou ces illégalités, de quelque nom qu on · texte numérisé non relu

Parmi ces abus ou ces illégalités, de quelque nom qu on

veuille les appeler , j'indiquerai les suivons : On achète des vins lins pour rafraîchir MM. les intendans à l'issue de leurs séances., et on les fait payer par la caisse de l’administration en supposant des frais de voilure , etc. (2); ou bien , 1 intendance fait le ;our Je Saint-Koch un dîner en l’honneur du saint. 1! n’y a pas long-temps même qu’il était d’usage que chaque intendant emportât0 avec lui , à la fin du repas , le couvert dont il s était servi à table. Je crois que ces coutumes commencent à se perdre , au grand regret de beaucoup des membres bienheureux de la santé

publique.

Parmi les abus, je place encore le parfum , qu’on vous impose une ou plusieurs fois , suivant votre patente , et qu’on vous fait naver 4 fr. 50 c. quand il ne vaut que 15 c. ; le restaurateur attaché au lazaTet, qui jouit du privilège de vous mal nourrir et. de vous écorcher à son gré ; enfin, les portefaix, qui ont le monopole du transport de vos effets , et que vous êtes obligé d’employer de par l'intendance et ses recjleniens . . . .

H) Je le répète encore, ce. n'est point le procès de l’intendance de Marseille. Si je parle des imperfections qui se rencontrent dans le » ,lé! c de nos établissemens sanitaires, c’est afin d indiquer ce qui c ou

passer dans les autres lazarets.

(2) Voir le mémoire de M. Alby, pag. 5-î.

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REFORMES a INTRODUIRE DANS LE SYSTEME SANITAIRE.

La nécessité d’une réforme pour les différentes parties qui se rattachent au système sanitaire est incontestablement démontrée, a. 1. — Réformes cà faire dans l’administration, a. 2, 5, 4.— Réformes dans la disposition des lazarets, a. o, 6. — Réformes dans la législation à apporter dans les quarantaines et le mode de purification pour les personnes. Du spoglio , a. 7, 8. — Durée de la quarantaine pour les personnes , et selon la patente, a. 9, 10, 11, 12. — Quarantaines et purifications pour les choses, a. 15, U, 1 o. — Réformes pour le code pénal, a. 16. — Barbarie de certaines mesures sanitaires, a. 17, 18.

1. En parlant de la législation, de l’administration, des pratiques des lazarets , ainsi que de l’emploi des différentes mesures sanitaires, nous ayons indiqué les yices, les défauts, les inconvéniens et les inconséquences de ces institutions ; nous ayons fait yoir combien sont imparfaites dans certains cas, inutiles et vexatoires dans d’autres, ces mesures soi-disant prophylactiques. Nous allons indiquer maintenant quelles seraient les réformes à introduire dans le système sanitaire, réformes dont la nécessité est démontrée par ce que nous ayons établi précédemment.

<2. Reformes clans V administration. — La composition des intendances sanitaires est vicieuse, avons-nous dit, en ce que la plupart des membres qui en font partie sont des juges incompétens. Les médecins qui auraient du être consultés dans une question semblable, les médecins, a-t-on dit, n’ont que faire dans l’administration sanitaire. Qu’ils soient employés dans les lazarets pour soigner les malades et surveiller les quaranténaires, rien de mieux ; mais nous n’en voulons pas comme administrateurs, comme intendans.

3. Qu’est -il résulté de tout cela? Beaucoup de choses fâcheuses, disons-nous, qui n’eussent point existé, si des médecins avaient fait partie des conseils d’administration. Si

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les membres de 1 intendance étaient uniquement destinés ci fane exécuter lesréglemcns, s ils n avaient qu à tenir la main au maintien des ordonnances, si eux-memes n étaient que les insliumcns de la loi ; certes, tous les individus, quelle que fut leur spécialité, seraient à même de remplir les charges de 1 intendance. Mais de la manière dont se passent les choses, nous disons que les médecins eussent été là bien mieux a leur place, que des hommes qui, quelle que soit leur capacité, n’entendent rien en matière d’hygiène publique.

Il existe bien, pour le système sanitaire, des lois, des ordonnances émanées d’autorités supérieures. Mais les intendans ont le pouvoir de modifier ces lois. Ils peuvent, selon qu’ils le jugent à propos, augmenter ou diminuer la durée d une quarantaine. Ce sont eux qui , sur le rapport d’un capitaine, rarement d’un médecin , jugent et décident de la salubrité d un équipage. Ce sont eux qui forment des tableaux de marchandises ou objets susceptibles et non susceptibles, avec l’approbation d un ministre, il est vrai. Mais tout approuvés qu’ils sont, ces tableaux n’en sont ni plus rationnels, ni mieux établis *, et nous a\ons fait voir tout ce qu’ils présentaient de défectueux*, en outre, les intendans ont leurs réglemens propres à eux , émanés d eux-mèmes, et qui ont leur application aux mesures sanitaires. Pourquoi donc, encoie une fois, vouloir que des hommes etrangers à la méuecine soient précisément ceux qu’on choisit pour traiter une question d hygiène publique.

4. Nous ne prétendons point exclure entièrement des intendances les hommes qui en font partie. Nous ne voulons pas remplacer les négocians par des médecins, et rien que des médecins *, mais nous disons, que dans une administration qui est appelée à discuter autre chose que des questions de police inténeuic, de constructions, de travaux, d’entretien des ports, etc., dans une administration dont les membres s’occupent de police judiciaire aussi bien que d’hygiène publique, je dis qu il serait convenable de changer la composition des intendances et de donnei place dans

leur sein non-seulement à des médecins, mais a des légistes, a

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des jurisconsultes, qui y entreraient les uns et les autres pour un tiers . de façon que chacune des branches de l'administration eût

ses hommes spéciaux.

5. Réformes dans la disposition des lazarets. — Les lazarets ne sont pas seulement destinés à emprisonner les maladies pestilentielles : ils ont aussi pour objet de recevoir dans leur enceinte des voyageurs et souvent des malades ; ils doivent donc réunir toutes les conditions de salubrité, de bien-être et de commodité désirables.

6. La première réforme qu’on devrait leur appliquer, seiait d'abattre les murailles qui les entourent, et leur donnent la physionomie d une prison. Placés dans certaines localités, les lazarets n auraient pas besoin d’être protégés de la sorte, et offriraient, pai la nature même de leur emplacement, des conditions d’une garantie suffisante. Mais pour ceux quon serait obligé de ceindre de murailles, il nous semble inutile d’élever des barrières doubles et triples, ainsi que cela se pratique ordinairement. Un mur unique doit suffire, et l’argent qu’on dépense mal à propos à l’édification de ces remparts de circonvolution serait bien mieux emploi é à apporter des améliorations dans d autres parties de 1 etablissement. Ainsi, l’on construirait pour les quaranténaires des logemens commodes où ils trouveraient des lits, des meubles, une cheminée ou un poêle pour se chauffer l’hiver ; où le gardien aurait un cabinet à coté de la chambre du quaranténaire. On construirait des lieux d’aisance dans diverses parties du logement où les personnes de quarantaines différentes ne seraient plus exposées h communiquer entre elles. On ferait des corridors plus piopres que ceux qui existent, des cours, des jardins necessaires a des gens en détention. On établirait des fontaines, etc.; enfin, on organiserait les lazarets de façon qu’ils ne fussent plus un séjour d’ennui, de

privations et une cause de maladies.

7. Réformes dans les reglemens sanitaires . - La première lé-

forme qu’il nous paraîtrait rationnel d’opérer , ce serait de tenii compte aux navires du temps qu’ils ont passé à la mer ; de façon qu’un batiment qui fait une traversée de trente-cinq jours, subît

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une quarantaine moins longue que celui qui en fait une de quinze. Mais enfin, comme nous sommes censés raisonner dans l'hypothèse de la contagion, et que, d’après les contagionistes, le germe pestilentiel peut rester latent dans des hardes, des effets, un temps plus ou moins long, nous accordons encore que la quarantaine ne datera que du jour de l’arrivée du navire ou des individus.

8. Mais dès que des passagers arrivent dans un port, nous voudrions qu’on les séparât des objets, des effets, marchandises, etc. , et du navire avec lequel ils ont été en communication. Nous voudrions qu’on employât une mesure générale mise en usage dans différentes contrées, et qui, connue sous le nom de spoglio , consiste à séparer les quaranténaires de tous les objets avec lesquels ils ont eu des rapports , à les déshabiller , à les mettre au bain , pour leur donner ensuite de nouvelles hardes non contaminées, ou des effets appartenant aux quaranténaires, auxquels effets on aura fait subir, par le lavage, la chaleur, etc., une désinfection préalable (1).

Cela posé , établissons les bases de la durée de la quarantaine.

9. Quarantaine et purification pour les personnes. — La durée des quarantaines pour la peste doit se régler sur celle de l’incubation de la maladie. Or, si de l’aveu même des contagionistes d’aujourd’hui la maladie n’a jamais dépassé dix jours , pourquoi maintenir dans la loi des quarantaines de vingt jours, que les intendances sanitaires portent souvent, sans aucun motil, à trente et trente-cinq, et même davantage. Qu’on adopte donc le terme de dix jours pour la même durée des quarantaines avec patente brute , après avoir fait subir aux individus l’opération préalable du spoglio.

10. Pour la patente suspecte, nous avons démontré que c’était, une mesure ridicule et qu’il fallait abolir. Si l’on a des soupçons sur l’état sanitaire du pays dont provient le bâtiment, ou sur celui de l’équipage , qu’on se comporte comme dans le premier cas ; car il est ridicule d’employer à l’égard de la même maladie des précautions qui ne sont pas les mêmes. Si, au contraire,

(1) Voir la note D.

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on n’a aucun motif pour concevoir le moindre soupçon, qu on se

comporte comme pour la patente netle.

11. Pour celle-ci, alors que la maladie n’existe pas dans le pays d’où proviennent les passagers et le bâtiment , alors que ce pays n’a aucune communication avec d’autres contrées suspectes et qu'il est préservé suffisamment par des lazarets et des quarantaines, alors, en un mot, que la santé de l’équipage ne peut inspirer aucun soupçon , nous ne concevons pas pourquoi on maintiendrait la quarantaine pour ces cas. Il me semble que les plus timorés contagionistes n’ont rien à redouter quand les choses se passent de la sorte ; à moins qu’ils ne supposent qu’on puisse donner ce que l’on n’a pas. Donc pour la patente nette avec les circonstances que nous avons indiquées , toute quarantaine est inutile, et on doit mettre les individus en libre pratique, apiés leui avoir fait subir l’opération du spoglio . Telles sont les quarantaines

pour les personnes (1).

12. Les réformes que nous indiquons ici ne sont que des déductions rationnelles des principes des contagionistes eux-mêmes. Les partisans des lazarets ne nous accuseront donc point de proclamer des choses absurdes ; ils ne diront point que nous voulons favoriser la propagation de la peste. Nous ne faisons qu agir d’après leurs principes. Nous sommes même plus rigouieux et plus logiques qu’ils ne le sont, puisque nous voulons ajouter à leurs mesures une nouvelle mesure de précaution; puisqu enfui les autres réformes que nous demandons sont d’une efficacité bien reconnue , et qu'elles ont l’avantage immense de remédier à des

pertes de temps, d argent, etc., etc. (2).

13. Quarantaines et purification pour les choses . Nous avons établi que les quarantaines des marchandises , des hardes, etc., étaient longues et coûteuses avec les mesures cm-

(1) Nous indiquons cette opération du spoglio, dans ce cas, plutôt comme une mesure de propreté et pour satisfaire aux exigences des contagionistes, que comme un moyen de précaution. Car, selon nous, dans ces circonstances, il ne peut exister aucun danger.

(2) Voir la note E.

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ployées aujourd'hui ; et qucle système de désinfection mis en usage était inefficace dans beaucoup de cas, dispendieux dans d autres.

14. Au lieu de se servir de la ventilation comme d'un moyen général de désinfection pour les marchandises , comme balles de coton, de laine, tapis, étoffes, etc. , nous pensons qu’on emploierait avec avantage la chaleur ou le lavage pour tous les objets qui ne seraient point altérés par l’action de ces moyens. La disposition d’un local particulier où l’on produirait une chaleur artificielle, et la construction de quelques bassins en bois ou en pierre destines au lavage, occasionneraient, il est vrai, quelques dépenses, mais je suis sur que celles-ci seraient amplement compensées par tous les avantages qu’on retirerait de la promptitude de ces moyens de désinfection. Il est peu d’objets qui ne soient susceptibles d’ètre lavés ou chauffés à une température de 40 à 60 degrés ; et pour !e petit nombre de ceux qu’on ne pourrait traiter de la sorte , mais pour ceux-là seulement, on conserverait 1 usage de la ventilation (l).

15. Enfin les deux moyens que nous indiquons, et que nous nous gardons bien de donner comme de notre invention, pourront remplacer dans tous les cas le chlore et tous les parfums du monde, qui souvent n’ont aucune efficacité et qui toujours détériorent plus ou moins les objets soumis à leur action. Le lavage pourra également, comme déjà nous l’avons dit, être employé pour les personnes, et sans qu’on ait besoin, ainsi que l’a propose M. Bulard, de le combiner à la chaleur, ce qui pourrait déterminer de fâcheux

accidens chez beaucoup d individus (5).

16. Code vénal. — Ce qu’il faut réformer encore dans les réglemens sanitaires, c’est le code pénal, qui rappelle à l’esprit les cruautés et les épouvantables supplices qu’on faisait subir aux malheureux qu’on accusait d’avoir propagé la peste. Qu’on se bâte de faire disparaître de la loi ces articles qui ne peuvent plus s’accommoder à notre époque. L’administration sanitaire est assez puissante pour empêcher toute infraction grave aux lois sanitai-

(1) Voir la note F. , .

(2) 31. Bulard a proposé de renfermer les individus dans une etuve, a

une température de 25 à 55° Réaumur.

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res. qu’elle prenne donc ses mesures en conséquence. D'ailleurs, dit M. Londe dans un excellent article qne nous avons cité souvent , « quel juge , à moins que ce ne soit un Laubardemont ou un Fouquier-Tainville , osera prononcer contre l’habitant effrayé qui s’échappe d’un foyer d’épidémie l’horrible peine de mort , aujourd’hui qu’un conseil de guerre ne condamne qu’à deux ans de réclusion un soldat assassin qui , aux portes de Paris , sans les voler, sans querelle aucune et pour l’unique plaisir de voir couler leur sang, tue deux malheureux qui regagnaient paisiblement leur domicile. Aujourd’hui que , grâce au gouvernement et aux mœurs, l’instrument de mort aux colonnes rouges souille si rarement nos places, et ne démoralise plus le peuple, que signifie encore cette sentence de mort portée contre l’individu, agent du gouvernement, médecin, chirurgien, officier de santé, etc., qui aurait sciemment altéré ou dissimulé les faits de maniéré à exposer la santé publique ! Qui peut jamais résoudre affirmativement pareille question! Il faudrait pour cela n’avoir aucune idée des controverses auxquelles donnent lieu les théories médicales (1). »

17. Il est encore d’autres pratiques barbares que n’ont pu faire disparaître jusqu’à ce jour le temps ni la civilisation. Je veux parler des rigueurs employées contre les navires suspects qu’on repousse souvent en mer, et qu’on expose quelquefois à d’affreux dangers, par le refus qu’on fait de les admettre en quarantaine.

18. Je veux parler encore des moyens dont on use à l’égard des pestiférés , de la manière inhumaine dont on les traite , de la façon dont on les séquestre et des précautions barbares qu’on emploie avec eux. — Si ce sont là les conséquences nécessaires du système de la contagion, si ce sont des mesures rationnelles et inévitables, combien ne doit-on pas se hâter de faire des recherches pour connaître enfin la véritable nature des maladies 'pestilentielles et pour les anéantir si les expériences prouvent qu’elles sont inutiles.

(1) Article cité.

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