DANS LES LAZARETS
Les infractions aux lois sanitaires sont fréquentes ; elles ont lieu même avant que le navire soit arrivé en quarantaine, a. 1, 2, 5, 4 — Dans les lazarets, elles sont faciles et nombreuses, a. o, 6. — Faits signalés parmi intendant. Divers abus indiqués par le même intendant, a. 7, S, 9. — Autres abus, a. 10, il, 12.
1. Si les maladies pestilentielles étaient telles que les supposent les réglemens de la santé , il y aurait une chose plus déplorable encore que tous les inconvéniens occasionnés par les mesures sanitaires, plus funeste que tout ce que nous avons signalé jusqu’ici ; ce sont les infractions qui se commettent journellement dans les lazarets, et les abus qui s’y tolèrent.
2. Il n’est pas un seul voyageur qui n’ait été à même déjuger par lui-même combien, dans un lazaret, toutes les communications entre personnes de quarantaines différentes sont faciles et fréquentes, et combien il est aisé de passer en contrebande des objets contumaces ; il n’en est peut-être pas un qui n’ait à se reprocher quelques-unes de ces peccadilles , auxquelles la plupart des quarantaines n’attachent aucune importance.
3. Ces infractions , qui n’ont jamais , j’en suis sûr , occasionné aucun inconvénient , mais qui seraient de nature à produire les accidens les plus fâcheux si les maladies pestilentielles étaient contagieuses, comme on l’affirme \ ces infractions malheureusement sont bien difficiles à empêcher, soit à cause de la distribution des lazarets, de la possibilité qu’on rencontre toujours de soustraire beaucoup de choses à la surveillance des gardiens, et de la facilité qu’il y a de mettre à profit la vénalité de ces hommes, qui, moyennant une rétribution plus ou moins forte, mettent souvent leur complaisance â votre disposition.
4. D’ailleurs , les infractions aux lois sanitaires ont lieu avant
PROPHYLAXIE. àv'
même (JUG le bâtiment soit entre dans le port. Maintes fois, quand le pilote vient â la rencontre du navire, il est le premier à enfreindre les réglemens. D’autres fois cela arrive à l’occasion des barques , qui , dans beaucoup de localités , viennent d habitude entourer le^ bâtimens à leur arrivée ; ces barques sont remplies de marchands qui souvent ne se font pas scrupule d’échanger leurs provisions, leurs marchandises contre de la monnaie qui n’a point encore subi de purification ; souvent même il s’établit des communications plus intimes entre la barque et les gens de l’équipage, et plus d’une lois on a laissé choir du bord du navire en quarantaine des objets de différentes espèces, qui ont eu libre pratique en dépit de tous les
réglemens sanitaires.
5. Dans le lazaret d’autres infractions se reproduisent, et elles sont d’autant plus faciles, que tout semble être disposé à cette intention. On se rencontre dans les corridors, on se coudoie dans les escaliers -, en passant dans les galeries sur lesquelles sont ouvertes les fenêtres basses des appartemens, on jette sans trop de difficulté quelques objets dans la chambre d’un quaranténaire qui doit sortir avant vous , et c’est ainsi qu’on peut faire passer malgré
les ordonnances des châles et des tapis.
6. Mais s’il est des choses qu’on ne peut prévenir, auxquelles on ne peut remédier parce qu’elles restent ignorées , il en est d’autres plus graves qui subsistent quoiqu’elles soient à la connaissance des administrations sanitaires , et qui semblent même approuvées par ces administrations. Qu’il me soit permis de citer à cet égard quelques-unes des révélations faites par un contagioniste lui-même, par un intendant , qui réclame vivement contre les abus qu’il signale. abus qui d’après lui ne tarderaient point à introduire la peste
dans la ville si on n y coupait couit.
7. « Au lazaret do Marseille, dit M. Alby, les individus de quarantaine différente se fréquentent et communiquent entre eux sans aucune espèce de réserve , tout comme s’ds étaient arrives le même jour sur le même navire, et cela au vu et su dcM. »*** (0>
(I) Uans le mémoire cité, le nom est écrit en tontes letucs.
PROPHYLAXIE
capitaine du lazaret , qui se garde bien de rien faire pour l'empêcher Dans les galeries , non-seulement les passagers de quaran-
taine différente communiquent entre eux , mais ils passent une partie des nuits les cartes à la main, autour d’une table, sans que personne y porte le moindre obstacle — »
Après avoir indiqué ces abus , fauteur ajoute (page 53) : « À quoi sert-il donc de faire faire des quarantaines si longues, de les régler avec tant de sévérité et de rigueur, si elles n’ont d’autres résultats que d’inutiles vexations? »
8. M. Alby signale encore différentes fraudes qui s'opèrent au lazaret et dont l'octroi et la douane ont eu connaissance. « Dans plusieurs circonstances , dit-il , la douane a été instruite de la contrebande qui se pratique ; elle en a souvent écrit à l’administration, encore le 29 mai dernier (1831), pour demander à être prévenue lorsque certaines portes du lazaret, autres que la principale , s’ouvriraient ; ce que l’administration a déclaré ne pouvoir faire , attendu que le moment où l’ouverture de ces portes devenait nécessaire ne pouvait se prévoir (page 49). »
9. Enfin , Fauteur termine l’exposition de ses griefs contre la manière dont les abus sont tolérés , par les paroles suivantes :
« Les réglemens et ordonnances veulent que l’entrée du lazaret soit interdite à tous, à l’exception des officiers et employés de l’intendance; mais comme M. D“ est au-dessus des réglemens, il laisse entrer tous les jours et sans permis le jardinier qui vient soigner ses terres, les faucheurs et charretiers qui viennent couper et enlever ses fourrages , les individus qui vont les acheter , des balayeurs , des ouvriers de toute espèce , etc. , etc. Il fait même entrer dans les enceintes des troupeaux conduits par des bergers
qui lui payaient un droit de pacage, et tout cela sans permis (page 50). »
10. Nous pourrions rapporter encore bien d’autres faits qui prouvent les infractions fréquentes qui ont lieu dans les lazarets , sans qu’on prenne des mesures pour les réprimer; mais ce que nous venons d'en dire suffira pour convaincre chacun de la nécessite d une réforme pour des illégalités qui ne sont pas seulement
particulières au lazaret de Marseille , mais qui se commettent dans
tous les établissemens sanitaires (1).
1 1 . 11 est d’autres abus encore qui sc passent dans les lazarets ,
et bien que ceux-là ne soient pas de nature à compromettre , comme ceux que nous \cnons d’indiquer , la sécurité pub! que , en admettant la contagion, ils n'en sont pas moins répréhensibles . Ces abus tiennent peut-être à l'organisation des intendances , a leurs lois , leur juridiction tout-à-fait à part , à la puissance indépendante et presque illimitée des membres de la santé, en exerçant une gestion qui échappe souvent à la censure d'autorités supérieures. ,