Lazarets et quarantaines en Êcjypte. — Comme je 1 ai dit
ailleurs, il est des personnes qui pensent que la peste n est point originaire d’Égypte; d’autres, tout en admettant qu’elle s’y développe quelquefois, montrent aussi la possibilité de son importation ; c’est d’après l’admission de ces idées que 1 influence des Francs a convaincu le vice-roi de Futilité des quarantaines et de rétablissement des lazarets dans les ports soumis à sa domination.
2. Ceux qui ont le plus contribué à ces institutions ont consulté autant leur intérêt personnel que le salut du pays. Il y a d honorables exceptions à faire; mais le nom de peste, il faut le dire, empoisonnait trop la vie douce et tranquille des hauts fonctionnaires européens et celle des riches négociais
3. L’intention du vice-roi était pure^ elle ne considérait que la préservation de l’Égypte , elle ne voulait point une institution fiscale, puisque la construction et 1 entretien des lazarets eut exigé des dépenses supérieures aux revenus; elle ne voulait point, comme à Tripoli , à Tunis et dans plusieurs îles de la Grèce , mettre indistinctement en quarantaine les bâtimens pour un seul but de spéculation. Sauver l’Égypte du fléau était toute sa pensée.
4. Les lazarets ont été établis sur le même pied que ceux d’Europe. Les consuls des diverses nations , sous le nom de commission consulaire de santé, ont reçu du vice-roi tous les pouvoirs nécessaires pour l’exécution des mesures. La commission , corn-
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posée d’ailleurs de membres fort respectables , sans aucun inteièt personnel et seulement par conviction, accomplit ses devoirsvavec un zèle remarquable. Plusieurs d’entre eux , dans 1 épidémie de 1835, avaient su exposer leurs jours en pénétrant dans les localités où la peste exerçait ses ravages.
5. Toutefois on ne peut se dissimuler l’inutilité de l’institution des lazarets en Égypte, la peste y étant endemique. Il est ridicule de garder les côtes quand elle naît dans l’intérieur. La quarantaine pour les bâtimens étrangers venant des pays exempts de peste n’est pas une mesure réellement sanitaire, et je ne sais, en vérité, comment qualifier l’inconséquence de l’avoir fait subir aux navires arrivés des ports de Marseille, par cela seul que le cbolera y régnait, tandis que deux cents pestiférés périssaient chaque jour à Alexandrie! Ce fait s’est répété sur les navires venus de Trieste.
6. La. commission explique pourtant sa conduite : elle répond que les provenances de Syrie ou de Turquie pouvaient apporter de nouveaux germes, qu’il était d’ailleurs prudent de ne pas joindre le choléra à la peste. Ce sont là certainement des raisons d’hommes étrangers à la science.
Une des preuves principales en faveur de la quarantaine sur laquelle se fonde la commission , est la préservation de l’Egypte pendant dix ans. Mais la peste de 1834-35 est venue lui donner un démenti formel. Depuis cette époque, la maladie n a-t-elle pas éclaté plusieurs fois en Égypte? Et au moment même où nous écrivons (juin 1840), elle sévit à Alexandrie et au Caire. Si la commission eût pris la peine de consulter les annales des épidémies, elle aurait appris qu’un pareil laps de temps entre deux invasions a été observé maintes fois, alors que les communications étaient libres et que des milliers de pèlerins affluaient chaque année.
7. Des cas de peste ont été arrêtés, dira-t-elle, et auraient suffi à la propagation. Mais, avant l’établissement des quarantaines, des cas semblables avaient été observés, et l’invasion n’a pas eu lieu. Les' quarantaines, d’ailleurs, sont illusoires, même
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d'après l’opinion do la commission , qui pense que la peste de 1834-35 n’est duc qu’à l’infraction des règles, et convient par là
que pareils abus sont inévitables (l).