Voici comment s’exprime Ni. Duvigneau sur le même sujet
«Le fait ( l) des soldats envoyés de l’hôpital du Caire, foyer d'infection par excellence, à celui d’ Abouzabel, prouve qu après une présence de trois jours dans un foyer d'infection on n’a plus à craindre le développement de la maladie. D’un autre côté, lorsqu’il nous a été possible d’obtenir des renseignemens exacts, de la part des malades qui nous étaient fournis par les dillérens corps stationnés à Banka , nous avons toujours appris que les pre-
(1) Ce fait sera rapporté au chapitre de la contagion, dans une lettre de M. Duvigneau.
DESCRIPTION
mi ers symptômes s étaient manifestes dans les t i o i s jours qui avaient suivi la présence de ces individus dans un foyer d’infection ; beaucoup avaient passé ou séjourné plus ou moins de temps au Caire. Mais comme la peste, de même que le choléramorbus, peut se développer spontanément, ainsi que cela a lieu chaque année en Égypte, et que les cas de cette peste sont d'autant plus nombreux que l’influence générale est plus énergique et de plus longue durée, elle a très-bien pu se développer de cette manière chez quelques-uns d’entre eux , sans que le séjour au milieu d’un foyer cl’infection y influât en quelque chose. Trois jours me paraissent être, d’après mes observations, le temps d’incubation le plus long. On ne comprend même pas comment un poison aussi actif peu rester au milieu de nos organes, pendant vingt-quatre heures , sans manifester sa présence par les symptômes qui lui sont propres (1). »
4. « Je crois, dit le docteur Fischer, d’après le fait que j’ai » observé, relatif aux premiers malades d’Àhouzabel , que l’épo- » que de l’incubation de la peste ne se prolonge pas au-delà de » trois ou quatre jours en temps d’épidémie , et que le terme le » plus long pourrait être de huit à dix jours au plus (2). »
5. M. le docteur Aubert , ancien médecin en chef de l’hôpital des troupes de terre, à Alexandrie, et qui est l’auteur d’un ouvrage tout récent sur la peste qu’il a observée en Égypte, est de l’avis des médecins que nous venons de citer. « J’ai moi-mème, dit-il , bien étudié cette question (de l’incubation), et chaque fois que j’ai pu recueillir quelques données sur les plus légers prodromes de la maladie, i’ai remarqué que jamais ceux-ci n’ont apparu plus de deux ou trois jours avant l’alitement complet du malade (3). »
(1) Extrait d’une lettre adressée au consul-général d’Angleterre, par M. Duvigneau, directeur de l’École de médecine du Caire.
(2) Extrait d’une lettre adressée au consul-général d’Angleterre par le docteur Fischer, professeur d’anatomie à l’École de médecine du Caire.
(3) De la peste ou typhus d’ Orient , pag. 83.
6. M. Billard, en traitant de l’incubation de la peste, cite, parmi ses observations, un fait qui est très-remarquable [De la Peste orientale , obs. ix , pag. 57) à cause des conséquences qu’il en déduit. Nulle pari dans son livre M. Bulard n’a été, selon moi, plus raisonnable que dans ses conclusions; mais nulle part aussi il n’a été plus en contradiction avec les principes qu’il a émis dans les autres parties de son ouvrage. Ainsi , la tbèse que soutient vigoureusement M. Bulard, c’est que la peste est toujours l’etTet de la contagion. Ici, au contraire, il modifie singulièrement ses idées , car il prétend a qu’on ne peut rationnellement soutenir qu’un certain nombre d'individus attaqués après deux, trois, quatre, cinq, six, huit jours de rapports avec des pestiférés, l’aient été nécessairement par le fait de ces rapports, puisqu’ils se trouvaient en même temps dans le centre d’activité de la maladie , c’est-àdire sous l’influence d’autres causes qui peuvent être tout aussi facilement invoquées comme productrices des mêmes faits. » — Admirable conclusion pour un contagioniste forcené !
7. Voici quelle est l’opinion du docteur Grassi sur l’incubation. a L’état d’incubation peut varier beaucoup suivant diverses circonstances; l’âge, le tempérament, la saison, la nature plus ou moins délétère du principe morbide , constituent des différences importantes. Par exemple, un âge plus avancé, outre qu’il offre des conditions moins favorables au développement du virus pestilentiel , peut encore prolonger l’état d’incubation , à cause de l’affaiblissement et du peu d’irritabilité des organes , qui ne cèdent que tard à l’action des puissances et desagens externes.
» Également, une personne à tempérament lymphatique,
et pour cela plus sujette qu’une autre à des maladies de diathèse asthénique, est aussi moins susceptible de contracter la peste , et l’incubation chez elle se prolonge bien davantage ».
Ici l’auteur du mémoire cite deux exemples à l’appui de son assertion. L’un a pour sujet sa femme, âgée de trente-cinq ans, et douée d’une constitution lymphatique. Chez elle les prodromes furent lents à se dessiner, et l’affection ne se développa que peu à peu. L’autre cas se rapporte à sa tille, jeune personne de l’âge
16 description
de seize ans , robuste et vigoureuse, et chez qui les symptômes morbides se déroulèrent brusquement , quelques heures apiès les
premiers signes d'incommodité....
« Au printemps, la peste redouble d’intensité en Égypte... *, en été elle diminue et devient chaque jour moins dangereuse....
)> La différence des races a une grande influence sur le plus ou moins de durée de l’incubation pestilentielle. Ainsi, parmi les nègres j’ai eu fréquemment occasion d’observer une espèce de peste, qui , en raison de la rapidité de sa marche , pourrait recevoii le nom d 'apoplectique..., Lntîn , pour le temps de 1 incubation, il faut tenir compte encore du caractère des individus, de leur plus ou moins d’impressionabilité et des dispositions plus grandes qu ils ont à contracter la maladie. »
L’auteur rapporte encore ici deux cas : l’un du docteur Bella , cité plus loin par M. de Ségur; l’autre est relatif à une petite fille de neuf ans dont une partie de la famille, domiciliée à Jaffa , contracta la peste. L’enfant fut séquestrée , mais six jours après elle fut atteinte de la maladie. Cet exemple, que nous n’ayons pas jugé à propos de rapporter dans ses détails, n’est pas plus probant que celui du docteur Bella.
Yoici comment M. Grassi termine la question de l’incubation :
« Il ne manque pas de gens qui, par mauvaise foi ou par ignorance, citent des faits d’incubation prolongée au-delà du vingtième jour, ce qui donnerait lieu de croire qu’il existe dans notre économie des espèces de réservoirs appropriés qui , pendant un temps donné , seraient inaccessibles à l’action délétère du virus pestilentiel ; ou bien que nos fibres sont organisées de telle manière , qu elles peuvent supporter impunément pendant vingt jours l’action de l’agent délétère qui , ce temps échu , exercerait tout-àcoup ses ravages au sein de l’organisme (1). »
Après avoir cité ce terme de vingt jours d’incubation, qu’il regarde comme une ridicule exagération, M. Grassi, sans dire ce qu’il pense de la durée moyenne de l’incubation , sans donner
(1) Mémoire adressé au consul-général d’Angleterre, par M. Grassi, inspecteur du service rpiaranlénaire à Alexandrie.
aucun chiffre même approximatif, conclut par la proposition d’une surveillance de cinq à six jours , pour les individus qui viennent de lieux suspects ; et, pour ceux qui sortent d’une localité infectée, il demande une quarantaine de onze à quatorze jours.
8. M. de Ségur-Dupeyron, dans un rapport adressé à son Exc. le ministre de l'agriculture et du commerce, rapport qui résulte de différentes enquêtes faites par lui en 1833 — 34 — 39 , donne sur l’incubation de la peste des détails fort inléressans. Certes, l’opinion de M. de Ségur doit être d’un grand poids, car, outre que ses recherches ont été faites avec une loyauté et une bonne foi que chacun se plaît à lui reconnaître , elles l’ont été encore avec beaucoup de discernement ; et, moi qui ai l’avantage de connaître M. de Ségur et qui l’ai vu en Égypte, je déclare que j’ai rencontré peu d’hommes comprenant aussi bien que lui la question administrative des quarantaines, et les réformes dont celles-ci sont susceptibles.
Mais, comme les faits qu’il a rapportés, outre qu’ils sont du domaine de l’administration, présentent encore des inductions médicales, j’interviendrai pour ce qui est de ma compétence, et je réfuterai quelques-unes des conclusions de M. de Ségur.
Ainsi (1) l’honorable secrétaire, après avoir établi sur une masse d’observations que la durée de l'incubation n’atteint jamais huit jours, veut que dans deux cas ce terme ait été porté bien au-delà.
«. À Alexandrie, dit-il, M. le docteur Bella a bien voulu me faire connaître les deux plus longues durées d’incubation que sa pratique l’ait mis à même de constater; l’une de ces observations est relative à sa personne. Comme je n’avais jusque-là rien entendu dire au Levant qui prouvât que l’incubation de la peste pût durer autant, j’ai prié M. Bella de me donner ces détails par écrit, et voici le texte de deux paragraphes de la lettre qu’il a bien voulu m’adresser :
(1) Liv. cit. , p. 31 et suiv. (deuxième partie).
1 g DESCRIPTION
(( Premier fait : Dans l’année 1819, ma femme fut atteinte de la peste; elle mourut le 17 mai, vers minuit. Le 18, ayant midi, e fo le spoglio avec des bardes sortant d’une maison où 1 on faisait stricte quarantaine, et j’allai habiter une chambre propre et lo.n de tout foyer de maladie. Jusqu’au 29 mai , ma santé fut assez bonne, malgré les chagrins que j’éprouvais. Mais le 29 au malin ie sentis en me réveillant en sursaut, une douleur a 1 aine droite, c'était la peste qui commençait. (Du 18, avant midi, époque du spoqlio , jusqu’au 23 au matin , il y a dix jours trois quarts.) .
, Deuxième fait : En 1821 , la peste se déclara dans la maison d’un certain Spiteri, Maltais résidant à Alexandrie. Toute la famille périt, à l’exception d’une jeune fille de treize ans, qui , restée seule, fut transportée le 11 juin avant midi dans une chambre ou l’on exécuta le spoglio avec la plus grande précaution. Le 21 , au matin, elle eut les premiers symptômes de peste , et mourut le 25. (Du 1 1 avant midi, au 21 au matin, il y a trois jours trois quarts.)
» M. Bella termine sa lettre en disant : « Je pourrais bien vous citer des cas d’incubation de sept et môme de huit jours ; mais je pense qu’ils ne pourraient plus vous être utiles dans le but que
vous vous proposez. » . .
)) Je nai pas besoin de répéter que M. Bella est contagioniste -,
lui et le docteur Grassi , qui étaient présens à notre conversation ,
sont attachés au conseil sanitaire d’Alexandrie, et ils n’ont été
placés là que parce que leur opinion est que la maladie se commu-
nique par le contact.
» Il résulterait donc de la lettre de M. Bella , que la peste peut demeurer occulte chez 1 homme pendant dix jouis trois quarts, et cette assertion repose sur des précautions qui offrent toute garantie , car M. Bella a fait le spoglio, et il s’est tenu dans le plus
grand isolement »
Je ne tirerai pas de la lettre du docteur Bella les conclusions qu’en a tirées M. de Ségur. Pour moi, les dix jours trois quarts écoulés depuis le spoglio ne prouvent rien , et je ne trouve pas étonnant que M. Bella , vivant au milieu d’une atmosphère épidémique , en proie au, chagrin causé par la mort de sa femme,
DE IA PESTE
assiégé peut-être aussi par la terreur et par l’effroi puisqu’il était contagioniste, je ne trouve pas étonnant, je le répète, qu’au milieu de toutes ces conditions, M. Bella ait contracté la maladie. — Du reste, M. de Ségur lui-même a bien prévu l’objection qu’on pourrait lui faire, puisqu’après avoir rapporté le fait, il ajoute quelques lignes plus bas : a Peut-être les personnes qui ne croient pas cà la nécessité de longues quarantaines , — et ces personnes sont assez nombreuses dans le Levant , — pourraient faire observer que, la peste régnant alors à Alexandrie, M. Bella a pu contracter la maladie par l’air infecté de cette ville , et que l’incubation pourrait bien en réalité n’avoir pas duré dix jours trois quarts (1). »
Cette objection, quel est celui qui ne la fera pas, non-seulement pour le fait propre à M. Bella, mais encore pour celui du nommé Spiteri, et les cas analogues qu’on veut citer à l’appui de la longueur de l'incubation?
9. Conclusions. — - On a pu voir par ce qui précède, et l’on a dû comprendre combien il est difïîcile de déterminer la durée exacte de l’incubation à l’égard de la peste; il en est ainsi pour toutes les maladies épidémiques non contagieuses, parce qu’on peut rarement apprécier le moment où les causes délétères ont agi sur l’organisme. Cependant , des faits que nous avons recueillis nous-mêmes , et des observations que nous avons citées , il nous semble rationnel de déduire que la durée moyenne de l’incubation est de deux à trois jours environ. Si cette incubation a paru se prolonger dans quelques circonstances jusqu’au huitième jour , ces cas sont très-rares, et souvent ne méritent pas la conclusion qu’on en a tirée. D’ailleurs, il est diverses circonstances appréciables qui influent sur le plus ou moins de durée de cette période, ce sont :
1° L’état sporadique ou épidémique de l’affection. On conçoit,
(1) Rapport adressé a S. Exc. le ministre de l’agriculture et du commeice sur les modifications à apporter aux règlemens sanitaires, par 31. de Ségur-Dupeyron , secrétaire du conseil supérieur de santé.
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en effet , que dans le premier cas les causes délétères ayant moins
d intensité, leurs effets doivent être aussi moins rapides.
Les époques diverses de la maladie. Ainsi , au début de l’épidémie , l’incubation est très-courte; des individus en pleine santé sont presque foudroyés et périssent en vingt-quatre, trentesix ou quarante-huit heures. Au contraire, à mesure qu’on s’éloigne de l’époque de l’invasion, l’agent délétère perd de sa violence , et les phénomènes morbides ne se développent que plus long-temps après que la cause morbide a agi.
3° Le séjour plus ou moins prolongé des individus au mibeu des conditions d’épidémicité ou d’infection. Ici encore le raisonnement vient à l’appui des faits. Car, n’est-il pas rationnel de penser que les individus qui seront demeurés long-temps dans une localité où sévit l’affection, continuellement soumis à l’influence des causes morbides, éprouveront plus rapidement les divers symptômes de la maladie que ceux qui n’ont ressenti que peu de tem s l’action des diverses causes épidémiques ou infectantes?
SYMPTOMATOLOGIE.
Les auteurs de toutes les époques se sont attachés à décrire avec soin la symptomatologie de la peste, leurs travaux présentent des défauts nombreux, a. 1. — 11 est hou de comparer les symptômes des différentes épidémies de peste, a. 2. — L’histoire en cite vingt-quatre avant celle d’Athènes, mais les descriptions nous manquent, a 5. — Peste d’Athènes, a 4. — Peste du sixième siècle, a. 5. — Peste du quinzième siècle , a. 6. — Peste de Londres, a. 7. — Peste de Marseille, a. 8. — Peste de Russie, a. 9. — Peste d'Égypte observée par les médecins de l’expédition française, a. 10. — Peste de Constantinople (M. Brayer), a. 11. — Peste de Constantinople (M. Chollet) , a. 12. — Épidémie de 1854-55 (observée au Caire), a. 15. — La maladie a offert plusieurs phases, a. 14. — Première variété, a. 15. — Deuxième variété, a. 16. — Troisième variété, a. 17. — Bubons, a. 18. — Char-
bons, a. 19. — Pétéchies, a. 20. — État du sang, a. 21. — Phénomènes accidentels, a. 22. — Symptômes observés à rhôpital de l’Esbékié , a. 25. — Symptômes observés à Abou Zabel, a. 24. — Symptômes observés à Damiette, a. 25. — Symptômes observés à Alexandrie (M. Estienne), a. 2G. — Symptômes observés à Alexandrie (M. Aubert), a. 27.
1 . Sans contredit la symptomatologie de la peste est la partie de lhistoire de cette maladie qui laisse le moins à désirer dans la plupart des traités anciens ou modernes. Les tableaux qu’en ont laissés les différons nosologistes sont retracés en général avec assez d’exactitude et de fidélité, bien qu’ils soient souvent incomplets. Cela tient peut-être aux nuances diverses de formes qu’a pu présenter la maladie, aux modifications qu’elle a subies, au plus ou moins d' intensité des symptômes morbides ; il faut encore l’attribuer au défaut d’observateurs habiles ou consciencieux , car beaucoup d’historiens, peu soucieux d’être rigoureusement vrais, ou dominés par des idées préconçues, ont sacrifié la vérité aux exigences de leur imagination ou de leurs systèmes.
2. Quoique l’objet principal de notre travail soit la peste d’Orient, et principalement celle que nous avons observée durant les années 1834-35 , nous avons jugé à propos de retracer brièvement la symptomatologie des différentes épidémies pestilentielles , qui , à diverses époques, ont ravagé le monde ; puis de résumer dans un tableau général tous les phénomènes variés qui ont été indiqués par les divers observateurs. Ce tableau permettra de comparer les diverses pestes entre elles, et d’apprécier la variété ainsi que les différences que présente cette affection dans ses caractères morbides.
3. L histoire fait mention de vingt-deux pestes, qui parurent dans différentes parties du monde, antérieurement au fléau qui ravagea le pays d’Athènes, fan 431 av. J.-C. Mais les descriptions qui nous en sont parvenues sont peu exactes, peu complètes. U
faut arriver jusqu’au cinquième siècle avant fère chrétienne pour trouver une histoire un peu détaillée de la maladie. Ce premier travail a été entrepris par Thucydide ; mais quoique très-rcmar-
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quable , il est encore insuffisant pour donner une idée précise de l’affection , telle du moins qu’on l’observe de nos jours.
4. Peste cV Athènes (431 ansav.J.-C. ). — Plutarque, Diodore de Sicile, Hippocrate, Lucrèce et Thucydide parlent de cette épidémie mémorable , qui parcourut l’Ethiopie , la Libye, l’Egypte, la Judée, la Phénicie, la Lydie et la Perse, d’où elle fondit sur l’Attique, et particulièrement sur Athènes. Les deux premiers auteurs nous ont transmis peu de détails. Hippocrate, qui s’y dévoua noblement , n’en a laissé qu’une description fort abrégée. Lucrèce n’en a parlé qu’en poète ; Thucydide est le seul qui nous en ait transmis une relation détaillée.
« Elle prenait subitement par un grand mal de tête , avec des yeux rouges et enflammés , la langue et le gosier sanglans , une baleine infecte , une respiration difficile , suivie d’éternumens et d’une voix rauque. De là, descendant dans la poitrine, elle excitait une toux violente. Quand elle attaquait l’estomac, elle le faisait soulever et causait des vomissemens de toute sorte de bile avec beaucoup de fatigue. La plupart des malades avaient un hoquet suivi de convulsions , qui s’apaisaient aux uns pendant la maladie, aux autres long-temps après. Le corps, rougeâtre et livide, était couvert de pustules , et ne paraissait pas fort chaud au toucher, mais brûlait tellement au dedans qu’on ne pouvait souffrir aucune couverture...
» Ces symptômes étaient suivis de veilles et d’agitations continuelles sans que le corps du malade s’affaiblit , tant que la maladie était dans sa force ; la plupart mouraient au septième ou au ncu vième jour sans que leurs forces fussent beaucoup diminuées. Si l’on passait ce terme , la maladie descendait dans le bas-ventre , et, ulcérant les intestins, causait une diarrhée immodérée qui faisait mourir les malades d’épuisement ; car la maladie attaquait successivement toutes les parties du corps , commençant par la tête et se portant aux extrémités. Le mal se jetait tantôt sur les parties de la génération , tantôt sur les doigts des pieds et des mains. Plusieurs n’en guérirent qu’en perdant l’usage d’une ou de plusieurs de ces parties ; heureux encore s’ils avaient conservé
les facultés de Pâme ! ruais ils ne reconnaissaient plus leurs parens, leurs amis , ils ne se reconnaissaient plus eux-mêmes (1) ».
5. Peste du sixième siècle. — Cette épidémie meurtrière, qui parut vers i an 542 de J.-C., prit naissance a Antioche, selon Evagrius , à Peluse en Égypte , au dire du Procope. Elle parcourut le monde entier , décima les populations , et répandit partout la mort et répouvante. Voici quelles étaient sa physionomie et sa marche d après les deux historiens que nous avons cités.
Cette maladie attaquait subitement, àlimproviste, sans annoncer sa présence par aucun prodrome. Cependant , ces impressions soudaines ne produisaient pas de grands changemens dans le corps -, et, au milieu d’aecidens très-légers, d une fièvre a peine sensible, il se faisait une éruption de bubons, de charbons, de boutons noirs delà grosseur d une lentille. Alors la maladie pienait une physionomie nouvelle. Les uns tombaient en léthargie 5 d’autres devenaient furieux , fuyaient de tous cotés croyant voir 'partout des hommes prêts à les égorger. Alors les cuisses se desséchaient comme si elles eussent été flétries par un souffle bridant. Plusieurs malades mouraient épuisés par des vomissemens de ^ang • tous, selon Agathias, tombaient comme s ils étaient fr appes d’apoplexie. « Enfin , dit Evagrius , la parenté ou la naissanc e semblaient être fatales dans tout le cours de cette peste *, car , en se répandant hors des lieux infectés , le mal poursuivait ceux qui y étaient nés • il les allait saisir dans les pays éloignes, où ils éprouvaient seuls les malheurs de leurs compatriotes (l). »
6. Peste du quinzième siècle. — « Jusqu’au quinzième siècle, dit Chicoyneau, la peste avait eu la même face; mais alors ses accidens dégénérèrent , ou, pour mieux dire , il régna une nouvelle maladie , qui , sous des dehors différens , produisait dans les corps les mêmes ravages*, les accidens étaient entièrement opposés a ceux qui caractérisaient les autres pestes. Ce ne fut point par des taches , par des charbons , par des bubons que la peste se montra
Thucydide , Guerre du Péloponèsc, Uv. 11.
Evagrius, ci! é par Chicoyneau (Traité de la Peste, pag. 21
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sur les corps. ïl n’y eut aucune cle ces éruptions que l’incendie des viscères poussait de tous cotés dans les autres maladies. La peau n’était point flétrie par la sécheresse..., au contraire, elle fut inondée par des torrens de sueur ; il semblait que tout le corps se fondit en eau. Cet écoulement desséchait les viscères...; les langueurs, les défaillances, le mal au cœur, les douleurs de tète, le pouls fréquent et inégal , les palpitations violentes, tous ces accidens se réunissaient dans cette sueur... Malgré les précautions , cette peste fut presque toujours mortelle... Elle saisissait cinq ou six cents malades par jour; de cent à peine y en avait-il un qui pût résister à la violence des accidens : deux ni trois attaques ne garantissaient point des récidives (l). a
Dans le siècle suivant la maladie reprit son caractère et ses al lures accoutumées.
7. Peste de Londres (de 1664). — Les symptômes et la marche de cette épidémie ont été admirablement décrits par l’immortel Sydenham, et ensuite par le docteur Hodges. La maladie débutait par une fièvre plus ou moins violente, plus ou moins prolongée, suivant les divers individus. Les vomissemcns suivaient, abondans et d’une couleur verte ou porracée. La langue était sèche et noire ; un feu dévorant brillait les entrailles. Les céphalalgies étaient atroces et duraient constamment jusqu’à la mort. Le délire survenait bientôt, souvent même sans être précédé par le signe le plus léger. Rien ne l’annonçait chez plusieurs malades, qui étaient saisis subitement chez eux et dans les rues ; et tel qui était sorti sans éprouver aucune incommodité , perdait d’abord la vue et le jugement. « Mais un symptôme plus extraordinaire encore consistait dans les sueurs abondantes qui coulaient comme par torrens , tantôt blanchâtres ou citronnées , ou vertes , tantôt noires , ou rouges ^ ou pourprées; si fétides, qu’en frappant le nez elles causaient des défaillances ; si âcres et brûlantes , qu’ en se répandant sur le corps elles y laissaient une impression de feu (L). » À ces divers
(1) Chicoyneau (Traité des causes , des accidens et des cures de la Peste, imprimé par ordre du roi, pag. 24).
(2) Hodges (de la Peste de Londres).
phénomènes se joignaient des charbons , épars , nombreux , généralement de la grosseur d’une fève, se terminant quelquefois par la gangrène ou le sphacèle; et des bubons qui fournissaient une suppuration interminable, faisant de profonds ravages, et consu~ mant les parties qui les avaient produits .
8. Peste de Marseille (de 1720). — Les médecins de Montpellier qui furent envoyés par le roi pour observer la peste de Marseille nous en ont laissé une description aussi complète que fidèle. L’épidémie qu’ils traversèrent leur offrit des variétés et des différences bien marquées , tant sous le rapport de l’ intensité des symptômes que sous celui de l’efficacité des moyens qu’ils employèrent. Ce fut dans la première période de la maladie que les phénomènes furent les plus violens, les accidens les plus graves et le plus souvent mortels. « Les symptômes mortels étaient des frissons irréguliers, un pouls mol, lent, inégal , fréquent; le regard égaré... , la voix entrecoupée , plaintive , la face plombée , cadavéreuse , des inquiétudes mortelles , etc. Ces tableaux représentent la peste comme un embrasement rapide... ; mais ce feu destructeur passait dans certains corps sans y laisser des impressions dangereuses. A peine se faisait-il sentir dans les entrailles; il n'agissait que sur la surface du corps, car, tandis que le sang coulait sans obstacle dans tous les ■vaisseaux, que les fonctions des viscères continuaient sans trouble, qu’enfin tous les mouvements suivaient leur règle ordinaire sans violence et sans ralentissement , des charbons et des bubons s’élevaient en diverses parties ; ils s’ouvraient par une suppuration facile... La plupart se dissipaient insensiblement sans traîner après eux des suites fâcheuses. Durant ces éruptions favorables les torces se soutenaient; rien n’obligeait alors les malades à changer de régime. S’ils consultaient les médecins, ce n’était qu’en passant dans les rues ; ils s’appliquaient eux-mèmes les remèdes nécessaires sans s inquiéter de leur guérison... Les heureux malades n étaient pas en petit nombre; il y en a eu plus de vingt mille qui ont éprouvé cette peste bénigne (l). »
(1) Chicoyneau (ouv. oit., png. 41).
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9. Peste de Russie (de 1771). — Samoilowitz (1), qui a décrit cette peste, lui considère trois degrés ou périodes qu’il appelle périodes de V invasion , du milieu et de Ici fin. Le premier degré est caractérisé par des phénomènes peu dangereux. Les symptômes les plus considérables qu éprouvent les malades sont les céphalalgies et les vomissemens, accompagnés de bubons. Ceux-ci donnent ordinairement issue d eux-mêmes au pus qu ils contiennent. « Nous avons vu, dit l’auteur, plusieurs pestiférés qui se sont ainsi guéris, sans autre secours que celui de la nature. Le second degré de la peste , celui du milieu de son cours , est le plus terrible , le plus meurtrier , et les symptômes qu’il présente sont des plus graves : apparition de charbons, de pétéchies, céphalalgie, délire suivi de prostration, vomissemens continus, diarrhée, incontinence d’urine (2). Quelquefois ces deux dernières excrétions sont si opiniâtres, qu’il est impossible de les arrêter. D’autres fois il arrive aux femmes que les règles coulent au point de ne pouvoir les tarir ; si pour lors elles se trouvent enceintes , elles font à coup sûr une fausse couche, car l’orifice de la matrice se relâche et s’ouvre avec autant d’aisance que celui de la vessie et de l’anus (1), Le troisième degré, de la peste est le déclin. Ce degré présente à peu près la même physionomie et offre les mêmes caractères que le premier , celui de Y invasion. »
10. Pestes observées en Égypte par les médecins de V expédition française. — MM. Larrey, Desgenettes , Pugnct, Savaresi , etc., ont également reconnu divers degrés dans la maladie, fondés sur la nature et l’intensité des symptômes. Chez les uns, la maladie se développait brusquement , et presque sans prodromes, par des vomissemens , une céphalalgie intense , l’apparition presque instantanée de charbons, de bubons ou de pétéchies, des déjections noires ou sanguinolentes, etc. Chez les autres (et c’était la majorité), la maladie s’annonçait plusieurs jours auparavant, par un commencement de dégoût, de la lassitude, un malaise
(1) Mémoire sur la peste qui, en 1771, ravagea l’empire de Rassie.
(2) Ouv. cit. , pag. 15o.
général, etc., comme cela arrive dans la plupart des affections graves et aiguës ; à l’anxiété succédaient des douleurs sourdes a la tète, des coliques, la décoloration du visage, 1 expression particulière du regard , etc. Dans ce cas, la fièvre survenait ordinairement le second jour. D’abord petit et prompt, le pouls s’élevait et s’accélérait ; la surface de la peau était brûlante , et se couvrait d'un enduit gommeux (1). Puis survenaient le délire et les diverses éruptions que nous avons signalées.
Un autre symptôme fréquemment observé fut les hémorrhagies. Elles étaient toujours de mauvais présage. — Enfin , chez beaucoup de malades, l’affection ne développe que quelques légers symptômes, sans fièvre intense, souvent sans bubons ni charbons, seulement avec des pétéchies.
11. Peste observée à Constantinople ( de 1815 à 1824) par le docteur Brayer . — Voici la manière dont ce médecin résume les différens symptômes qu’il a observés.
« Si la saison est ordinaire et la peste bénigne, on y fait peu d’attention. Les symptômes sont peu graves, la marche régulière, la convalescence presque immédiate, et la propriété contagieuse presque nulle , au dire des contagionistes(2). » Quand au contraire la maladie revêt un caractère de malignité , elle présente les
phénomènes suivons, qui sont les signes les plus caractéristiques de l'affection : « Les yeux sont étincelans, phosphorescens ; le regard fixe, féroce , comme hydrophobique ; il se fait une altération prompte et inusitée des traits du visage. Chez un jeune Turc, les yeux étincelans et le regard fixe ont décidé le diagnostic de la maladie qui , sans eux, eût été prise pour une fièvre inflammatoire: avec phénomènes cérébraux , dans un sujet sanguin. » — A ces divers signes pathognomoniques de l’affection, M. Brayer joint les bubons, les charbons, les pétéchies. 11 décrit encore, sous le nom d 'aura pestilentialis , une variété de la maladie, dont les symptômes sont ordinairement des plus bénins. Cette affection
(1) Larrey (Campagnes d’Égypte, pag. 517).
(2) Neuf années de séjour h Constantinople, tom. it, pag. 219 et suiv.
description
qui n’a, dit-il , aucun retentissement sur la santé générale, est caractérisée par le développement de petits bubons durs , de furoncles noirs et de pustules qui, le plus souvent, se terminent par résolution , et sans avoir la moindre conséquence funeste pour les individus. Dans d’autres cas enfin, 1 a ura peshlentialis est accompagnée de symptômes plus ou moins graves , qui souvent même sont suivis de mort.
12. Symptômes observés à Constantinople , en 1834, par le docteur Cholet. -- ■ M. Cholet signale les symptômes qui ont été exposés par la plupart des écrivains que nous avons passes en re-
vue ; il n’indique à la maladie aucun caractère particulier, aucun trait que nous n’ayons déjà mentionné. Toutefois il insiste sur le cachet spécial offert par l’œil des pestiférés.
« Outre l’expression mélancolique , mêlée de frayeur, que 1 œil donne à la face, il est ordinairement injecté dès 1 invasion de la maladie; quelquefois il y a écoulement des larmes. La pupille est fortement dilatée dans la première période, tandis quelle est contractée, quand ies symptômes inflammatoires prédominent; la sclérotique est d’un blanc mat , et, dans quelques cas, la cornée présente l’aspect de cristal dépoli, parla disparition de l’arc précornéo-sclérotidien (1). »
13. Épidémie de 1834 à 1835 , observée au Caire. — L’épidémie de peste que nous avons vue en Egypte, en 1835 , a offert la plus grande analogie avec celles qu’eurent occasion d’étudier les médecins de l’expédition française. Je reproduirai l’histoire de la maladie' que j’ai observé au Caire, conjointement avec les docteurs Gaëtani-Bey , Lachèse et M. Bulard. Cette description a été composée par les quatre membres de la commission sanitaire, peu de temps après la cessation du fléau, d’après les matériaux divers qu’ils avaient recueillis en commun.
14. ci Dans le cours de l’épidémie, la maladie a présenté trois phases bien distinctes, caractérisées par la nature et l’intensité des symptômes. C'est d’après ces phases que nous avons établi
(1) Cholet (Mémoire sur la peste, pag. 92).
DE LA LESTE
trois variétés: et dans cette distinction , il nous a paru plus mé-
tliodique de procéder plutôt du plus léger au plus grave, que de suivre l’ordre dans lequel ils se sont développés dans le cours de l’épidémie. 11 est bon de faire précéder la description des symptômes de celle de l’état particulier qu’a présenté la grande majorité de la population en dehors de la maladie , et qui peut être considéré comme le produit de l’influence épidémique.
» Dans cet état, on observait des douleurs glandulaires aux aines , aux aisselles , quelquefois pongitives , et le plus souvent faibles, très- supportables ; mais augmentant par la pression, la contraction musculaire ou le mouvement des membres ; se faisant sentir dans un ou plusieurs points à la fois; souvent paraissant et disparaissant tour à tour , pour reparaître encore a^c malaise, inappétence, langue blanchâtre, nausées, étourdissemens. L’expression de la physionomie était altérée.
» Ceux qui recevaient cette influence sans cesser de vaquer à leurs affaires , étaient dans une sorte de lutte incessante contre elle , et d’imminence perpétuelle d invasion de la maladie. » 15. Première variété. *— a Outre les phénomènes exposés dans l’état que nous venons de décrire, on observait : léger mouvement fébrile , céphalalgie frontale , faciès plus altéré, nausées quelquefois suivies de vomissemens ; bubons et charbons apparaissant simultanément ou isolément, sur les diverses régions ganglionaires *, les premiers se terminant par résolution, suppuration ou induration ; les seconds , plus ou moins nombreux, étaient toujours superficiels.
» Dans cette première variété , les malades étaient rarement
alités , la transpiration s’établissait facilement , la terminaison n’était jamais funeste. Cette forme s’est rencontrée vers le milieu et surtout au déclin de l’épidémie. »
IG. Deuxième variété. ~~ « Frissons, vertiges, céphalalgie, abattement plus ou moins grand , lassitude générale, maiche titubante comme dans l’ivresse, douleurs lombaires, air stupide, regard couvert , yeux injectés, parole embarrassée, iespiiation fréquente , nausées , vomissemens de matières mucoso-bilieuscs y
quelquefois, et à une époque plus avancée, noirâtres, avec ou sans chaleur à la peau ; pouls fréquent et concentré ; quelquefois délire tranquille ou agité; rêves fatigans , peu ou po nt de sensibilité à l’épigastre ; langue humectée, blanche et rose à la pointe et sur les bords , devenant , après le deuxième ou le troisième jour, sèche, rouge, noirâtre à son centre, fendillée; les dents fuligineuses ; diarrhée se déclarant quelquefois après les premiers vomissemens; les urines rouges, parfois sanguinolentes, diminuant de quantité vers la fin, tarissant même. Du second au quatrième jour apparition de bubons aux aisselles, aux aines, au cou , très-rarement aux jarrets (1) , et de charbons et de pétéchies ; délire continu , coma , mort, du quatrième au cinquième jour; ou bien, les symptômes perdant de leur intensité, la langue devenait humide , la peau moite , le pouls moins fort ; les bubons marchaient à leur fin par résolution , suppuration ou induration ; les charbons, s’il en existait, bornaient leurs ravages ; les pétéchies se résolvaient à la manière des ecchymoses , et les malades entraient en convalescence du sixième au huitième jour. D’autres fois la maladie se prolongeait , la langue restait sèche , rouge ou fendillée; son centre se couvrait d’un enduit noirâtre, les dents devenaient plus fuligineuses , le ventre se ballonnait , la diarrhée persistait, les selles étaient fétides ; alternatives de transpiration et de sécheresse à la peau ; pouls fréquent , irrégulier ; sommeil agité, quelquefois délire; les bubons marchaient lentement vers la suppuration, et quand elle existait , elle était séreuse et fétide. Le malade arrivait à la convalescence du quatorzième au vingtième jour ; ou bien les symptômes s’aggravaient , et l’issue était funeste.
» Cette variété est celle qui a prédominé vers le milieu de la marche de l’épidémie et à son déclin. »
17. Troisième variété , *— « Exagération de tous les symptômes
(1) Ils étaient annoncés par une douleur locale. Ceux de l’aisselle étaient plus sensibles que ceux de l’aine , et leur présence était un symptôme plus fâcheux encore s’ils apparaissaient au cou.
delà variété précédente : de plus ; air d hébétude, piostiaiion extrême des forces, station impossible, violens frissons, douleurs aux lombes, chaleur a la peau presque noimalc, respiration
courte, accélérée ; pouls fréquent, petit, concentre, langue humectée, large et bleuâtre ; vomissemens bilieux , jaunes, vert feuille, quelquefois noirâtres ; point de douleur à l’épigastre ; souvent apparition de pétéchies de couleur foncée ; réponses balbutiées, divagation, délire, intelligence comme anéantie, anxiété extrême avec coma -, mort en vingt-quatre ou quarante-huit heures, rarement plus éloignée, avec un aspect cyanose, et sans agonie.
» Quand la maladie se prolongeait au-delà de ce terme , la réaction survenait, le pouls se relevait, la langue était rouge et sèche , la peau chaude , la face animée , les yeux injectés , et vers le troisième jour , éruption de bubons , rarement de charbons. Alors s’établissaient des chances de guérison , et on retrouvait tout-à-fait l’aspect de terminaison de la deuxième variété-, mais cette terminaison était rare. Dans cette variété , on a remarqué quelquefois l’absence des bubons, des charbons et des pétechies.
)> Ce degré terrible est celui qui a régné le premier mois de la
maladie, presque d’une manière exclusive, bien qu’à toutes les époques il s’en soit montré quelques cas.
M Les bubons, les charbons et les pétéchies étant les symptômes les plus constans et en quelque sorte caractéristiques, nous avons cru devoir les décrire avec quelque développement. »
18. Bubons ( 1). — a Les bubons avaient leur siège aux régions
(1) Les bubons peuvent être divisés en internes et externes. Les premiers sont situés dans la cavité abdominale , soit qu’ils occupent l’orifice interne de l’arcade crurale ou de l’anneau inguinal , ou qu’ils se prolongent dans la fosse iliaque ou le long du psoas. Des douleurs très-vives indiquent l’engorgement des ganglions lymphatiques de ces régions. Ils sont souvent sensibles à l’œil et au toucher. Presque toujours les malades qui en ont été atteints ont succombé; et l’on conçoit qu’alors l’inllam-
32 DESCRIPTION
cervicales, aux aisselles, aux aines, aux jarrets, et nulle autre part. Leur forme était ronde ou oblongue, lisse ou bosselée, et le plus souvent sans changement de couleur à la peau ; plus ou moins volumineux, et plus ou moins douloureux. Les bubons des régions cervicales siégeaient en arrière ou à la base de la mâchoire et au cou. En général ils étaient peu volumineux , et quand ils le devenaient davantage , ils gênaient, mécaniquement ou en propageant l'inflammation , les actes de la respiration et de la déglutition. »
« Les bubons axillaires étaient en général moins volumineux et beaucoup plus douloureux que les bubons inguinaux ; apparaissant d’abord dans le fond du creux de l’aisselle, ils s’étendaient
mation de ces glandes se prolonge au péritoine et aux autres organes du bas-ventre , on appelle sur eux une fluxion sanguine qui produit les hémorrhagies que nous avons rencontrées dans le tissu cellulaire qui les
entoure.
Les bubons externes sont ceux qui se présentent hors de la cavité abdominale. Ils sont situés plus ou moins profondément; ainsi, parfois ils affectent les ganglions sous-cutanés, et plus souvent les ganglions placés sous l’aponévrose. Les premiers sont peu douloureux et passent plus promptement à la suppuration. Au contraire , les sous-aponévrotiques sont volumineux , prennent une forme allongée , étant resserrés dans l’espace triangulaire formé par le bord interne du couturier et l’adducteur; déterminent une douleur profonde, de l’engourdissement dans le membre , et passent plus difficilement à la suppuration. Souvent ils restent indolens pendant quinze ou vingt jours, se terminent par résolution, ou restent pendant plusieurs mois dans un état d’induration.
Les bubons des aisselles peuvent aussi être divisés en internes et en externes : les premiers sont ceux qui sont placés dans le médiastin postérieur ou antérieur et derrière les bronches. Les autres occupent le creux de faisselle. Ces derniers sont les plus douloureux, parce qu'ils se trouvent au milieu du plexus brachial qu’ils compriment.
Les bubons au cou ont été rares et généralement funestes , soit à cause de la proximité du cerveau , soit par leur action mécanique sur la respiration ou la déglutition. La plupart des malades qui en offraient ont péri, surtout quand les bubons affectaient les deux côtés du cou. Ils étaient presque toujours accompagnés de charbons.
Jamais les bubons n’ont été des symptômes primitifs.
en bas et en avant sur les pectoraux, lis se sont quelquefois annonces par une très-xivc douleur perçue dans l’épaule-, d'autres fois la douleur n’était que locale et s’étendait en avant.
» Les bubons inguinaux (1) occupaient le plus souvent la partie supérieure interne de la cuisse. Leur forme était oblongue, dirigée de dehors en dedans et de haut en bas ; la base en était large. Quelques-uns se formaient aussi au-devant et au-dessus de l'arcade crurale, en dedans ou en dehors, ressemblant assez aux bubons vénériens. Ils étaient moins volumineux , moins douloureux, plus superficiels, et entraient plus promptement en suppuration. Dans quelques cas , des bubons internes , situés derrière la branche horizontale du pubis ou dans la fosse iliaque, étaient perceptibles à la vue ou au toucher , ou décélaient leur présence par l’expression d’une douleur extrêmement vive, qui était toujours un symptôme mortel.
)) Les bubons de la région poplitée sont rares : quatre seulement ont été observés.
» Les bubons inguinaux ont été plus fréquens que les axillaires , et ceux-ci plus que ceux des régions cervicales. Quoique le plus communément ils aient été observés isolément dans l’une ou l’autre des trois régions , néanmoins plusieurs malades les ont quelquefois offerts au cou et à l’aisselle, ou à l’aisselle et au pli de l’aine, ou dans tous ces endroits en meme temps, mais jamais dans des lieux privés de ganglions lymphatiques. Sur le même individu , nous avons vu souvent deux, quelquefois trois et quatre bubons, rarement davantage. Jamais nous n’avons observé de charbons ou pustules malignes sur des bubons , comme l'ont dit quelques auteurs. La suppuration n’a pas été aussi fréquente que la résolution. Quelquefois, près cette dernière direction, les
ft) Quelquefois le malade commençait à éprouver la douleur dans la fosse iliaque. Cette région se tuméfiait, et on pouvait sentir facilement l’engorgement des ganglions lymphatiques à travers les parois du basventre.
DESCRIPTION
bubons revenaient à l’état aigu et suppuraient. Jamais la terminaison gangréneuse ne s’est montrée ( 1 ). »
19 Charbons. - « Les charbons ont été observes sur presse toutes les parties du corps, plus particulièrement aux membres et surtout aux jambes ; mais jamais sur le cu.r chevelu , m aux faces palmaires ou plantaires. Leur nombre a été jusqu a dix ou douze. Un seul malade en a eu plus de trente disséminés sur
la cuisse et la jambe droite , mais tous bénins.
» Us se sont présentés sous trois aspects differens. Les plus bénins s’annonçaient par de petits points rouges, qui s agrandissaient jusqu’à l’étendue de quatre à cinq lignes , et au centre desquels il se formait une vésicule contenant un liquide jaunâtre, puis noir s’ouvrant et se desséchant deux ou trois jours apres la formation en ne détruisant que l’épiderme; quelquefois nous en avons vu plusieurs se réunir et ne former qu’une seule plaque irrégulière.
» D’autres débutaient de la même manière, mais bientôt ils envahissaient toute l’épaisseur de la peau et du tissu cellulaire, qui se tuméfiaient modérément dans une certaine étendue, avec une auréole d’un rouge obscur. La gangrène se limitait, et il en résultait une eschare d’un à deux pouces de diamètre qui se détachait par la suppuration en laissant à nu une plaie dont les nords étaient taillés à la manière d’un emporte-piece.
,, Les plus intenses débutaient comme les précédons ; mais la rougeur et la tuméfaction s’étendaient au loin. La gangrène envahissait rapidement la peau , le tissu cellulaire et les muscles, quel-
quefois même les os. 7
)) Chez deux sujets, ils avaient affecté l’angle interne de 1 œil
et détruit le sac lacrymal.
» Nous avons vu un individu qui avait presque tout un cote de la mâchoire mis à découvert.
» Chez un autre, un charbon , placé à l’angle de la mâchoire,
(1) J’ai vu quelques individus, ayant des tumeurs scrofuleuses anciennes, éprouver des douleurs violentes dans ces engorgcmens, qui s’enflammaient, et passaient quelquefois à la suppuration.
avait détruit tout le tissu cellulaire, les ganglions lymphatiques, et mis à découvert les muscles , les vaisseaux et les nerfs de cette région , sans les intéresser.
)) Chez un autre enfin , une grande étendue du tibia avait été mise à nu.
)) Nous croyons inutile de citer un plus grand nombre de faits de cette nature. Ces différons sujets ont survécu; mais d’autres
moins heureux ont succombé. Nous avons vu aux lèvres et aux
joues des charbons qui avaient déterminé une tuméfaction de toute la face , et qui lui donnaient un aspect hideux. En un mot, ceux qui occupaient la tète ou le cou déterminaient quelquefois des phénomènes cérébraux et de la gêne dans la respiration et la déglutition. Un seul malade a eu un charbon dans T intérieur de la gorge ; il a succombé.
» Nous avons remarqué que la bénignité ou l’intensité des charlions étaient en rapport avec le degré de la maladie, et, en général , ceux de la deuxième et de la troisième espèce , loin d’ètre un symptôme fâcheux , étaient presque toujours d’un augure favorable. Us se sont souvent montrés vers le milieu et au déclin de la maladie.
» Nous avons employé la dénomination de charbons , adoptée par les auteurs , pour désigner ce mode d’altération. Mais en considérant ses caractères et sa marche , il nous a paru qu’elle ne lui convenait pas plus que celle d’anthrax , et qu’il eût été peut-être plus exact de lui donner celle de pustules gangréneuses. »
20. Pétéchies. — « Les pétéchies se sont montrées sur toutes les parties du corps, sur la langue même, mais plus particulièrement au cou, sur la poitrine et sur les membres. Deux ou trois fois seulement nous en avons observé à la face. Elles étaient discrètes ou confluentes; leur étendue variait depuis celle d’une ligne jusqu’à deux. Il yen avait de plus étendues à cause de leur confluence.
» Elles ont présenté trois couleurs distinctes en rapport avec l’intensité de la maladie, en allant du degré le plus faible au plus grave : rosées, violettes et noires.
DESCRIPTION
,, Nous avons remarqué pour leur disparition la même marche que pour celle d'une ecchymose. Elles se sont montrées à toutes les époques de l’épidémie , beaucoup plus à la première (1).
» Dans des cas plus graves, nous avons observé des plaques, des ecchymoses plus ou moins intenses , plus ou moins grandes ,
sur diverses parties du corps. » . , ,