‹ De la philosophie morale: ou, Des différens systèmes sur la science de la vieChapitre 19 sur 41 · LOIS MORALES · texte numérisé non relu

LOIS MORALES

Nocs avons examiné les trois principes d'actions naturels, et nous arrivons k celui que j*ai nonuné scientifique. Ce principe fait obéir Tàme k une idée abstraite qui , dans diverses écoles, s'appelle vérité, convenance, loi du devoir, (zbsolu, etc. Les hommes qui connaissent rinfluence des idéesabstraites doivent pressentir que nous allons porter nos regards sur une doctrine élevée et sévère.

Des philosophes , je Fai dit dans le chapitre précédent, croient que si Ton espère fonder la morale sur Futilité uniyerselle , on ne s^abuse pas moins que si Ton essaye de rétablir sur Futilité individuelle. Selon eux , le but de la morale n'est point le bonheur, c'est la jus-

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tice; en conséquence, il ne s'agit pas d'examiner si la vertu est utile ou nuisible : les lois morales existent; c'est assez, obéissons.

Dieu ne se livre pas à des volontés arbitraires : il se conforme aux idées étemelles de sagesse, de justice et de bonté qui sont en lui ; il est parfait , parce qu'il les voit toujours et ne s'en écarte jamais. Notre faible intelligence, émanation obscure de la lumière infinie, s'élève aussi k des idées universelles, immuables; et, psu* cela même que nous les connaissons, elles sont pour nous des lois souveraines, auxquelles est due la plus entière adhésion. Je choisis dans l'ordre physique un exemple très-simple. Je sais que le tout est plus grand que chacune de ses parties ; il m'est impossible de refuser mon assentiment à cette vérité ; la contrainte peut forcer ma bouche k la nier , mon esprit ne la niera jamais. Cette vérité existait avant

moi , elle existera quand je ne serai plus ; elle existerait alors même que le genre humain disparaîtrait du globe. Qu'il y ait aussi des lois morales , que la mère doive protéger son en-

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fantj, que celui-ci doive être reconnaissant envers elle, etc., ce sont là , malgré de vains soi^ismes et de frivoles arguties , ce sont là des vérités qui portent les mêmes caractères d^univ^rsalité et d'immutabilité que les vérités géométriques. Je ne puis leur refuser mon adhésion ; elle est un résultat nécessaire de leur existence et de la mienne.

Cette doctrine , disent ses partisans , nous montre sous leur véritable jour les lois morales et rétre pensant qui les reçoit. Dans cette doctrine, les règles morales sont obligatoires par leur propre nature ; et la raison n'obéit qu^à ces règles reconnues par dUie-méme. Ainsi nul mélange d'autorité ou d'intérêt ne vient ternir la pureté des lois et du devoir. Les actions humaines acquièrent toute leur dignité; elles expriment les hommages qu'une raison saine rend à des vérités étemelles. Employer , pour nous déterminer à Tobéissance, d'autres considérationsque celle qui naît de l'existence même de la loi , ce serait altérer le mobile de nos actions. L'ami de la vertu passe sesjours en efforts

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continuels , dont Tunique but est de s^exercer k Taccomplissement du devoir.

Bien que j'aie dégagé cette théorie de Fappareil métaphysique dont ses auteurs Fenveloppent , on juge sans doute quMl serait impossible de la mettre h la portée de la plupart des hommes. JTai quelque répugnance, je l'avoue, à voir transformer la morale en une science que le sentiment et le bon sens ne suffisent pas pour comprendre. Ou je m'abuse, ou les plushabiles instituteurs sont ceux dont les leçons, pour être entendues , n'exigent qu'un esprit juste , un cœur droit. Les hommes que la Grèce honora les premiers du nom de sages, bornaient leur enseignement moral k quelques maximes que retenait facilement la mémoire : ils gravèrent sur le temple de Delphes ces deux inscriptions : Connais-toi, — Rien de /r(>j9/donnant ainsi le commencement et la fin du meilleur traité de philosophie. Lorsque , après un long exil du sens commun , l'Italie vit enfin paraître un moraliste , l'appareil scientifique fut dédaigné par lui. C'était Pétrarque, ce poète brillant

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qui n*est gaère aujourd'hui connu que par ses mélancoliques amours, mais qui mérite un rang parmi les sages , pour avoir dans son siècle méprisé les subtilités de Pécole et rappelé la sagesse k l'utilité pratique. Dans nos temps modernes, les deux moralistes qui peut-être ont exercé la plus heureuse influence, sontFénélon et Franklin : Tun, par cet ouvrage que les littérateurs hésitent k caractériser, mais que l'univers s'accorde. k nommer un poème divin; l'autre, par ce petit écrit tout populaire où la raison est k la fois si spirituelle et si naïve.

La morale ne peut-elle se comparer k l'éloquence , qui , pour être vraie , doit frapper tous les esprits et parler k tous les cœurs?

Le sentiment et le bon sens, dons vulgaires et précieux, révèlent k l'homme les préceptes de la philosophie pratique. Quand ces préceptes sont connus, au lieu de vouloir en démontrer la justesse par de profondes recherches «t de subtils argumens, ne vaudrait-il pas mieux en inspirer l'amour par de sages institutions et

d'ingénieux écrits?

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Lorsqu'on emploie pour nous guider un système difficile k saisir, on peut, en nous fatiguant par son aridité , nous éloigner de la sagesse ; on peut aussi, en nous inspirant le goût des discussions oiseuses , nous faire oublier le but de la vie dans les disputes de Fécole. Oh! que la nature se fût montrée peu prévoyante si, pour nous éclairer sur nos devoirs, les doctrines scientifiques eussent été nécessaires! Autant aurait valu que nous ne pussions respirer sans nous être exercés k faire usage de quelque moyen mécanique.

Gommât la morale pratique n'est*elle pas la seule qu'on ail cultivée? Sa prépondérance est universellement reconnue. Le mattrede Leibnitz, Thomasius, qui se plut k mêler de savantes rèveriesk la morale, dit néanmoins que le twyogeur offcmà a raison de dévorer les mets, saiM s'inquiéter d'éclaircêr H le goût est dans le p(Uais im dans les alimens. Écouter les conseils de la sagesse naturelle , les suivre et les répandre, c'était assez pour occuper la vie.

Cependant, le^ recherches théoriques sont

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pour rhomme civilisé un impérieux besoin de son intelligence; Touloir les lui interdire, ce serait méconnaître ses facultés et prétendre en arrêter l'essor. De telles recherches dirigées avec sagesse donnent à ses idées de la rectitude , de Tensemble et de la fixité. Si les écrivains qui font peu d^estime de la morale populaire , qui regardent comme incertains et faibles les moi»les d''actiotts naturels , sont évidemment des rêveurs aveuglés par Porgueil, n'est-ce pas tiMiiber dans un autre excès que de s^exagérer l'obscurité de certains principes philosophiques et de les attaquer avec violence ou de les vouer au ridicule? Pour sentir qu'on doit être plus réservé, ne suffit- il pas de voir que ces principes inspirent le respect et l'enthousiasme à des écrivains pleins de lumières et de vertus?

La doctrine dont j'ai tracé une rapide esquisse est peu propre à diriger la plupart des hommes. C'est une grande imperfection sans doute; mais examinons l'influence que cette théorie peut exercer sur des esprits méditatifs.

L'habitude d'attacher constamment ses re-

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gards sur une idée abstraite, invariable , donne de la force au caractère et de Tinflexibilité aux déterminations. Quand un bomme est parvenu à se pénétrer de la sainteté des lois morales, au point d^agir dans Tunique dessein d'obéir kces lois , il peut enfanter les prodiges du plus héroïque dévouement. Ces obstacles qui nous effrayent, ces revers qui nous désolent sont .vus par lui d'un autre œil : ils peuvent causer quelque dérangement dans les oljets extérieurs, ils ne sauraient avoir dUnfluence sur le seul point qui le louche , Taccomplissement du devoir.

Austère et noble doctrine, capable de former des hommes devant lesquels doit s'humilier notre faiblesse !

Les esprits superficiels croient que les idées abstraites manquent de force pour nous guider. Les faits démontrent au contraire avec quelle puissance une idée abstraite agit sur nos facultés : ce qu'elle a d'invariable semble se conununiquer k nos jugemens; ce qu'elle a de vague et de mystérieux excite , enchante notre imagination . Quelques systèmes philosophiques,

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nés en Allemagne, ont sur leurs disciples un ascendant analogue à'Celui qu'exercent des re^ Ugions positives. Ces systèmesabstraits exaltent rame , s'identifient avec sa manière d'être y de sentir et de concevoir. Un Français s'étonne, en lisant ff^'oldemar^fde trouver des personnages qui, dans des situations douloureuses , parlent en métaphysiciens; il s'écrie que cela n'est point naturel. Mais, un être pieux n'écouterat-il pas dans ses douleurs la voix amie ou révérée qui lui citera 'de saintes paroles; et souvent n'aura-t-il pas la force d'en discuter le sens pour excuser sa faiblesse ou pour relever son courage? Des idées métaphysiques, très-répandues parmi les Allemands , ont à peu près le même empire.

n serait difficile de ne pas croire aue les élémens avec lesquels nous formons nos idées sont

* Roman philosophique de Jacobi, presque inconnu en France ; mais si célèbre en Allemagne, que madame de Staël a cru devoir lui consacrer on chapitre dans un ouvrage ou elle avait à parler de toute la philosophie allemande.

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apportés h Tesprit 'par les sens , car elles ont pour ainsi dire une empreinte matérielle. Les abstractions prennent de la réalité dans notre entendement , et celui qui fonde la morale sur une idée abstraite donne souvent un corps h cette idée. Pour mieux obéir k la vertu , k la vérité , pour mieux les adorer , une àme ardente arrive sans réflexion à les per^nnifier. On peut mourir pour l'absolu, et croire qu'on se dévoue pour un être réel. Une espèce d*anthropomorphisme s'unit aux doctrines abstraites et contribue k leur puissance.

On a prétendu que les systèmes qui maintenant dominent en Allemagne ont une tendance irréligieuse; jeisuis loin de partager une telle opinion. Il semble k quelques personnes que par cette loi du devoir , par ces idées archétypes auxquelles Dieu même se conforme, on élève un pouvoir au-dessus du pouvoir divin et que l'absolu remplace Dieu dans fesprit des adeptes. Je ne m'étonnerai poinl s^il en est ainsi pour certains écoliers dont le jugement est faux; mais je crois facile de montrer l'impos-

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sibilité d'allier avec ralhéiçme la doctrine de Tabselu. ])ans cette doctrine on nous dit : Les lois morales subsistemient alors même que le genre humain disparaîtrait de Tunivets. Celte proposition est juste; mais il n'est qu'un seul moyen de la concevoir et de l'expliquer. Si^les hommes étai^t anéantis, certes il n'y aurait plus d^amour paternel ni de piété filiale : comment ridée de ces vertus, c^est-k-dire des rapports qui les constituent , pourrait-elle encore exister? Une idée s'évanouit, elle n'est rien sans un esprit qui la conserve. Ainsi, pour que ridée des lois morales survive à la destruction du ^nie humain , il faut admettre qu'elle suhsisterait en Dieu. Après que l'imagination a détruit le monde , si elle anéantissait la Divinité , où se placeraient les notions de rapports et de lois? Le théisme est donc nécessaire à la doctrine dont je parle. Ses sectateurs comptent parmi ses plus grands avantages celui de nourrir l'^me de pensées élevées et religieuses , sans mélange de superstition , de mysliiilé ni de fanatisme. Cela est vrai h certains égards; ce-

pendant il faut observer q,ue les méditations qu^exige ce genre de philosophie» les régions dans lesquelles il nous transporte , le vague mystérieux dont il s'environne , disposent ses élèves à beaucoup de rêveries; en sorte que les doctrines quMl produit peuventavoir aussi leurs superstitions , leur mysticité et leur fanatisme. Les disciples fidèles de la théorie esquissée dans ce chapitre ne se laisseront jamais entraîner à l'intolérance. En effet, d'après cette théorie, les lois morales nous sont intimées par la raison qui seule nous soumet àleur empire. Un homme ne peut donc agir sur un autre homme qu'avec sa raison, c'est-à-dire, en essayant de lui donner les lumières qui doivent le diriger ; tout acte violent serait une usurpation faite dans le domaine de la liberté. Les philosophes que dominent ces pensées sont nécessairement doux, paisibles, et des argumens sont leurs uniques armes. Néanmoins plusieurs causes inhérentes au principe d'actions scientifique peuvent rendre les partisans de ce principe ardens à la disputa. L'habitude d'obéir k une idée abstraite

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donne , ainsi que nous Tavons yu , de Tinflexibilité au jugement et de laroideur au caractère. La fidélité qu'on doit à cette idée souveraine interdit les conciliations que demande notre iiublesse; il ne s'agit point de consoler nos semblables , de les aider , de les servir; il s'agit de respecter la justice. Cette roideur , cette inflexibilité, ce mépris des conciliations, n'amèneront-ils jam^d'intolérance danslesdébats philosophiques? On ne peut embrasser une idée abstraite et la prendre pour guide sans avoir de l'exaltation; c'est ce qui supplée à la force que trouvent dans notre cœur les mobiles naturels dontj*ai précédemment parlé. Or, l'exaltation de l'esprit est rarement compagne de la modération du caractère. Ajoutons que ceux dont le système moral naît d'une abstraction, emploient pour le démontrer une métaphysique obscure qui , par elle-même , est une source d'aipmientations pointilleuses et de disputes interminables. Enfin , les jeunes gens qui se livrent avec enthousiasme kla philosophie dont je parle , voyant qu'elle est inintelligible pour

beaucoup d'hommes, et la concevant ou croyant la concevoir, ont souvent un amour-propre, un orgueil peu fovorable aux discussions paisibles.

Si cependant ces philosophes examinaient avec impartialité les opinions de leurs maîtres , ils verraient quedes paroles mystérieuses déguisent quelquefois des idées trè&-coramunes. Ten citerai un exemple assez remarquable. Leur école veut trancher la question de savoir si la souveraineté appartient aux rois ou aux peuples, en disant : Ni aux tins ni aux autres ; le souverain, c'est l'absolu. On est surpris d'abord; cette opinion paraît neuve et singulière ; mais bientôt on reconnaît que l'eipression seule a de la nouveauté et de la singularité. Qui n'a pas entendu dire mille fois ; Il existe un pouvoir au-dessus des pouvoirs de la terre ; il est des lois éternelles que doivent révérer tous les législateurs , soit qu'ils siègent sur des trônes , soit qu'ils s'assemblent au forum? Si f on excepte les plus lâches flatteurs des rois et les plus effrontés courtisans des peuples , nul n'a pu pro-

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férer des maximes contraires h des vérités si simples.

On se fait illusion, on s^imagine créer les idées qu^on déguise sous des formes nouTelles ; mais souvent on ne fait ainsi qu^obscurcir la vérité. Les mots inaccoutumés trompent facilement rimagination : quand vous parlerez des idées générales » il sera difficile de penser qu'elles puissent avoir une existence réelle , on les T^ra comme de simples abstractions de l'espri t; mais si nous les nommons idées archétypes , il y aura des hommes qui en feront des êtres existans. Bientôt des élèves disputeront pour savoir si les idées archétypes sont en Dieu ou hors de Dieu ; il y aura des nominaux et des réalistes : plus d'une fois l'appareil scientifique fera regretter le bon sens.

Le partisan de la morale fondée sur la loi du devoir accomplie pour elle-même, peut se laisser entraîner k des erreurs graves, effrayantes, s'il suit les rigoureuses conséquences de sa doctrine. Tout nous rappelle combien l'homme est faible; il fuit un danger, il en

rencontre d^autres. Quand la morale a des intérêts pour base, on craint que ses leçons ne soient pas assez pures , on craint que ses disciples ne soient égarés par des considérations vulgaires ; et l'on nous dit de chercher dans l'idée absolue du bien un moyen plus sûr de guider notre esprit avec sagesse. En suivant cette route nouvelle , on se garantit des écarts que produisent les préjugés de l'intérêt propre et les notions fausses sur l'intérêt général. Mais en accoutumant l'homme à prendre une idée abstraite pour règle invariable de ses actions , à' ne voir qu'elle seule , à. réaliser avec une inflexible sévérité tout ce qu'elle prescrit, on peut le faire arriver aux plus étranges résultats. C'est ainsi que le philosophe de Kœnigsberg, dans son fanatique respect pour la vérite, déclare. que si un assassin nous demande où nous avons vu se réfugier le malheureux qu'il poursuit, nous sommes obligés de ne point le tromper , quoique notre franchise lui livre sa victime. Observons que cette effroyable erreur n'est point celle d'un homme qui

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ifllerprèie faussemenl une sage doctrine :

c^est Ferreur d^iin philosophe qui suit rigoureusement son principe abstrait. Les aberrations de ce genre, condamnées par le simple bon sens de chaque individu et par la conscience de tous, ramènent Tesprit vers ces théories moins imposantes qui, nous faisant considérer les résultats de nos actions, nous donnent des moyens pour en apprécier l'équité et pour prévenir ou rectifier les écarts de notre raison.

Je sais rendre hommage à tout ce que produit de noble , d'austère et d'héroïque le mobile d'actions que j'examine. Si le principe le plus désintéressé est le principe générateur de la morale , c'est celui-ci qu'il faut choisir pour premier véhicule des saines doctrines. Refuset-on de reconnailre en lui cette prééminence? on ne saurait du moins lui contester la gloire de plaire à des âmes fortes , de leur inspirer Fenthousiasme de la vertu , et de les porter k un degré d'élévation où les coups du sort peuvent difficilement les atteindre. Je demanderai , cependant, si commander aux faibles humains

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d'obéir h la loi morale uniquement pour lui obéir, sans considérer le bien qui doit en résulter, sans qu'^aucun retour satisfaisant sur eux-mêmes leur soit jamais permis ; je demanderai, dis-je , si tracer une pareille théorie, ce n'est point composer un roman surPhomme etsurla>ertu?

Assurément une idée abstraite peut être choisie pour premier véhicule de la morale ; mais il est nécessaire que les autres principes d'actions viennent seconder, éclairer celui-ci. Des philosophes s'écrieront que j'altérerais ainsi le véritable système, puisque sa pureté résulte de ce qu'il nous apprend èi obéir dans le seul dessein d'accomplir le devoir. Sans doute, répondrai-je, je fais un grand changement dans votre doctrine , mais je la rends plus utile , plus* vraie, mieux appropriée à la nature humaine, moins sujette à s'égarer ; et tous ces avantages m'obligent à croire que vous avez, sur la morale , des idées qui ne sont pas exactes.

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