CHAPITRE Xn
DU DÉSiB DB SE PBKnCTlOHlIBB.
i'Ai peu d^obsenralions à soumettre au lecteur sur ce dernier mobile. S'il faut que , dans ce monde , la grande occupation de Thomme soit le perfectionnement de son être , s'il est évident que les moralistes doivent avoir pour but de Taider dans cette noble tâche, le désir de se perfectionner est le mobile générateur de la morale.
rai nommé philosophique ce principe d'actions , parce qu'il embrasse Fhomme tout entier. Ce principe élève , fortifie notre âme , de manière h la rendre plus digne d'^obéir k tous les autres mobiles qui peuvent nouk guider avec sagesse. 11 semble donc que , 'pour bien saisir Tensemble de la science de la vie , pour s'at-
tacher au vrai moyen de la mettre en pratique, on doive écouter et suivre le désir d'améliorer son être.
Pai fait voir quels secours et quels dangers le désir du bonheur présente aux moralistes.
Le désir de se perfectionner nVt-il pas à peu près les mêmes avantages , sans exposer aux mêmes périls ; et s'écarterait-on de la vérité en disant que celui-ci est pour un sage ce que le premier est pour le vulgaire?
Le besoin d'être heureux me parait bi^i plus naturel k notre àme que celui de se perfectionner ; mais est-il aussi certain qu'on le croit au premier coup d'œil, que le bonheur soit le but de la vie, la fm de toutes nos actions? Peu d'hommes voudraient acheter le bonheur en lui sacrifiant leur raison. Si cependant la félicité est tout , pourquoi ne voudrais-je , ni pour moi, ni pour les miens , d'une démence qui nous ferait passer nos jours dans des rêveries délicieuses? Serait-ce préjugé^, faiblesse de ma part? Non; car j'obéirais à un noble instinct qui parle en moi, et j'aurais l'approbation de tous les sa-
CHAPITRB XII. ^7
ges. Il y a donc pour Thomme quelque chose d''indéfinissable peut-être , qui le touche plus intimement encore que son bonheur; dès lors, la réflexion doit ramener à reconnaître que le vrai mobile de sa vie morale est le désir de se perfectionner^
Un mobile si pur produit évidemment de bons résultats. Cependant, sa prééminence n^est pas incontestable. Il a moins d'attrait que le désir 4u bonheur, moins de puissance que le désir de plaire h la Divinité, et même que celui qui nous inspire Tamour des doctrines scientifiques; enfin il estplus sujet à s'égarer que le désir d'être utile à nos semblables. Ce dernier donne constamment une activité toute pratique, tandis que l'ardeur de se perfectionner peut arrêter l'esprit dans la région des idées spéculatives.
Le perfectionnement de l'homme doit s'étendre k ses diverses facultés. Si nous voulons seulement améhorer la plus noble partie de nor* tre être moral, si, pour lui donner un plus haut degré de pureté, nous voulons nous dégager de
nos liens terrestres , cherchant alors une perfection imaginaire, nous nous abandonnons à toutes les folies mystiques.
^ Nous entrons encore dans une fausse route si, charmés, séduits par quelques progrès obtenus en suivant le mobile dont je parle , nous laissons Torgueil s'emparer de notre àme. Quand on gravit une montagne , bien qu'on se rapproche du soleil, la distance & laquelle on reste de cet astre est toujours immense ; de même , quelques efforts qu'on fasse vers la perfection , on n'en est pas moins très-èloigné du but. Le plus sage des humains peut seulement mériter dans ce monde que Fauteur de tout bien daigne le perfectionner dans un autre univers. Si le désir d'améliorer leur être exalte l'amour-propre de ceux qui veulent suivre ce noble guide, s'ils perdent de vue que la défiance de soi est le commencement de toute sagesse , il n'y a plus pour eux qu'erreurs , fautes et misère. Abusé par l'orgueil, l'homme est d'autant plus ignorant qu'il croit être instruit , et d'autant plus faible qu'il oublie sa faiblesse.
CHAPITSI XIII. 189
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