DE LA VÉRITABLE DISTINCTION A ÉTABUR EMTRE LES
Philosophes animés de prétentions exclusives, la morale ne doit pas être une science de mots ; c'est une science pratique. Peu m'importe que vos points de départ soient différens, si vous parvenez toujours k conserver Tintégrité de nos facultés et à leur imprimer une direction utile au genre humain. Toutes les doctrines dont nous avons pesé les avantages peuvent conduire leurs disciples a la pratique des vérités morales ; par conséquent toutes sonl utiles. Taime à proclamer ce fait et cette conséquence; il est essentiel d'en pénétrer les esprits pour Tavancement du bonheur général.
Les plus tristes et les plus ridicules débats^
GHA^RBB XIT. 149
sont ceux qui s'élèyent entre les moralistes. Que penser, quand la guerre éclate parmi ceux qui doivent nous enseigner à vivre en paix?
L'observateur éprouve sans cesse deux senti mens contraires : l'un inspiré par les bienfaits de la Divinité, l'autre causé par la manière dont les hommes abusent de ces bienfaits ou les négligent. Chacun des mobiles d'actions que nous avons examinés pouvant nous conduire au bien, on croirait que les partisans des différons systèmes vivent en bonne intelligence, estiment quiconque travaille à l'œuvre qui leur est commune, et voient, dans la diversité même des moyens en^iloyés pour nous amener à prendre une constante habitude de tempérance et de bienveillance, un moyen général et nécessaire pour nous conduire à ce but. Os sont rares cependant les philosophes assez éclairés pour être vraiment tolérans.
Souvent les écrivains qui fondent la morale sur4'amourdesoi, affirment que leur théorie est la seule exempte de subtilité, de pédantisme, d'exagération, la seule conforme k la nature hu-
150 DB LA PBILOMm» MORALE.
maiae, et traitent de rèYeim leurs antagonistes. Avec quel dédain, quelle hauteur les réfutent la plupart deceux qui s'éventa laloi du devoir, considérée d^une manière alistraitel! Si f en crois ces derniers, eux seuls connaissent la vertu, eux seuls ne dégradent pas la morale. D'autres philosophes s'enoigueiHissent de suivre d'autres rwtes inteUeotuelles; et mcmlrant les avantages de celles qu'ils ont choisieB , les dangers de ceiles dont ils s'éloignent, prétendent «voir le dreit exclusif d'édairer notre raison. Au raiiiett de ces discussions qui plaisent à l'amour-prepre, on perd de vue le but auquel il fauihrait parv^r; la vérité, l'intérêt génénd oeasent d'occuper les esprits; on finit par ne {âus savoir ce qui constitue laiostesse , la bonté d'une doctrine morale.
Pour juger les ^sternes sur la science de la vie , il faut surtout examiner l«irs résultats pratiques. La Grèce eut un sage qui, je crois , eût aisément fait reconnaître le vice des prétenAions exclueyives dont je ^iens de parler. Socrate savait oanduire ses auditeurs du connu
CBinfu XI?. IM
à riaGonnu » en se servant de conipantsons famiJières pour ameoer l'esprit h des idées d'un ojxJbre plus élevé. Peut-être «ous demandoutilcequi nous lait jm^erbonriiistrument qu'emploie UA ouvrier. Cest, lui répwidiait-on suis doa&e» la propriété que cet instrumenl'a de biea exécuter Touvrage pour lequel on l'a ftt- Iviqué. Et, pounrait ^jouter Socrate, si diffé- FOM kistrujBiens sont propres à bien exécuter le mène ouTnge,si chacun d'euxadesavaatages particuliers qui Ae rendent préfénble, selon la fovoe ou l'habileté delà main qui Femplaie , ne iBMidra-t-il pas recoiuiaitre que Umsees in&- Irummis sont bons ? La réponse serait affîrmalive. £h bien ! dirait le cage, pour juger la valeur des différons priw^ipes d'actions et Futitité des systèmes qu'ils produisent, examinez «'ils •ont propres à nous donner une constante baintade de tempérance et de bienveifiance.
Le choix du premier véhicule des idées morales n*« point l'extrême importance que lui aupposeni des esprits étroits ou fkscinés par l'orgueil. Ne raiaourans pas comme si chaque
i52 DB LA PHILOSOPHIE MORALB.
moraliste en adoptant un principe d^aetions repoussait tous les autres. Une sage doctrine doit exciter et mettre en mouvement dans notre àme tous les mobiles d'actions qui peuvent nous diriger vers le bien : dès lors , il n'est pas indispensable que tel ou tel mobile soit employé le premier; les résultats pratiques seront toujours les mêmes. Prenons pour exemple les trois mobiles que j'ai nommés naturels. Pourquoi des débats sur la question de savoir quel est celui quf donnera l'impulsion aux autres? Philosophe , je te suppose un esprit éclairé , un cœur droit; si lu' cherches le bonheur, tu sentiras le besoiu de calmer les peines de ceux qui t'environnent et de trouver un appui dans la Divinité. Si tu suis le désir d'être utile aux hommes, tes jours seront agréables k Dieu, et tu goûteras une satisfaction pure. Si ta pensée est de plaire k l'auteur des êtres, tu seras bienfaisant k son exemple, et sa bonté fera descendre la félicité dans ton âme. Ainsi , chacun de ces principes d'actions peut évidemment produise un système fécond en résultats utiles.
CBAPITHE XIV. f53
En philosophie morale, le point essentiel n^est pas que renseignement commence par telle idée. Quel que soit le principe (Inactions auquel on s'adresse d'abord , le point important est que les autres principes viennent s'unir k ce premier mobile, qu'ils le fortifient et l'éclairent. Alors tous les moyens que Dieu nous a donnés pour nous conduire au bien, sont mis en œuvre; alors le moraliste crée nécessairement un sage système , parce que son système est complet.
Je tiens au contraire pour défectueuses toutes les doctrines qui privent leurs partisans d'un ou de plusieurs des principes d'actions dont nous avons vu l'heureuse influence. La véritable distinction à établir entre les doctrines des moralistes , est celle que je fais dans cet instant : il y a des systèmes complets et des systèmes incomplets.
454 DE LA PHtijOSOraiS KORAUS.
AA A/\ >\A AAAA/WAAAAAAAA /^AA/^AA/^AAAAAA/^AAy^/\/^AA/^A/^ AAA/VAT. O
VWWVWWWWWWWVWWWWtfWWXAfWVW