‹ De la philosophie morale: ou, Des différens systèmes sur la science de la vieChapitre 3 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ou RANG QUE LA MORALE DOIT AVOIR PARMI LES

SCIENCXS.

Quelques écrivains enflammés d'enthousiasme pour la vertu, et quelques autres curieux de se singulariser, ont soutenu qu'il faut cultiver la morale , et dédaigner le reste des sciences. J'éviterms cette exagération, alors même qu'elle aurait encore l'éclat de la nouveauté. Les paradoxes, je laisse k ce mot le sens défavorable que lui donne l'usage, les paradoxes me semblent être dans les écrits ce que sont dans le monde ces gens dont le facétieux et hardi babillage amuse quand on les rencontre pour la première fois , mais qui bientôt excitent le mépris et l'ennui. Les vérités ,

au contraire, ont du rapport avec ces hommes

(fun bon naturel qui n'éblouissent point au premier coup d'œil, mais dont l'entretien paraît toujours plus aimable.

Toutes les sciences ont droit à notre estime, puisque toutes concourent k civiliser la terre. Malgré leur imperfection , je ne puis jeter les yeux autour de moi sans apercevoir leurs bienfaits, et sans être ému par la reconnaissance. Je visitais un jour, avec deux amis, les bords du canal qui doit unir la Sa6ne au Rhin. Au moment où nous descendions de voilure pour examiner de plus près un travail remar- ({uable, une pauvre femme nous demanda l'aumône, et nous lui donnâmes quelques pièces de monnaie. Après avoir considéré longtemps les procédés ingénieux et simples au moyen desquels on peut, en amassant les eaux, élever une barque du fond d'une plaine jusqu'au sommet d'une montagne , je dis en moi-même : parmi les moyens d'adoucir la misère, qu'est-ce que le faible secours de quelques pièces de monnaie données » une infortunée, comparé au riche préseni qu'a fait

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