CHAPITRE XVIII
DE L*ACCOBO DES STSTÈMBfi COMPLETS AYIC LE CHBlSTIANISttB.
Reconnaissons que plus on réfléchit sur les moyens d'améliorer les mœurs et d'apporter d'heureux changemens dans la société, plus il est évident que nulle puissance, nulle force humaine ne peut suppléer k la puissance, k la force divine du christianisme. Mieux vaudrait anéantir tous les systèmes de philosophie morale que de porter atteinte k la religion. Seule elle est nécessaire à tous les hommes; seule elle peut donner aux plus forles intelligences , ainsi qu'aux plus faibles , la vie et la lumière.
Mais aucun sacriGce ne me semble icn commandé , tous les systèmes complets ont eu des défenseurs profondément convaincus des vérités chrétiennes. Les discussions qui se sont
CHAPITU XYIII. 213
élerées entre la théologie et la philosophie m^étonneraient, s^il n'eût jamais été présenté des systèmes ineom{4ets. L'homme, ayec la raison et la religion naturelle, peut faire quelques pa^i dans les voies de la sagesse; c'est un premier bienfait de la divinité. 11 y a deux révélations , l'une naturelle, l'autre surnaturelle; l'une parle au cœur de tous les hommes, l'autre est annoncée k l'univers par la bouche du Christ. La pr^nière, pour être bien conçue , ne demande que les lumières de la raison; l'autre exige des études spéciales et la fol.
Les deux domaines sont très-distincts : aucun débat ne peut naître si le théologien laisse la raison s'exercer librement sur les sujets qui sont à sa portée , et si le philosophe , loin de prétendre élever la voix dans le sanctuaire , s'incline avec respect pour en écouter les oracles.
n n'est ni possible d'arrêter, ni utile d'improttver le libre exercice de Fintelligence. Toutes les pages qu'on vient de lire offrent, avec surabondance peut-être , les preuves de cotie
assertion. Il n^est ni possible de renverser, ni raisonnable d'attaquer le christianisme. En développant cette vérité , souvent on ne parlç que pour exciter les applaudissemens de ceux qui croient; je choisirai les idééà et je prendrai le ton qui me paraîtront convenables pour être écouté de ceux qui ne croient pas.
Le déiste soutient l'impossibilité de la révélation surnaturelle. Cette opinion est-elle bien philosophique? Ce qui est philosophique , c'est ce qui est conforme k la raison. Peut-on raisonnablement assigner des limites à la puissance et à la bonté divines?
Un professeur de mathématiques, M. Encontre , dit dans une lettre fort remarquable sur Platon : < Le savant M. Dupuis commence « par une assertion singulière le volumineux < ouvrage de VOrigine des cultes. Il doute si « Dieu existe ; mais il est certain que , môme c en admettant son existence , Dieu n'a pu se « révéler aux hommes. J'admire l'indulgence « de ces docteurs qui veulent bien permettre à « Dieu d'exister , sous condition qu'il se taira.»