CHAPITRE XVIII
L'opinion du déiste est-eUe conforme aux intérêts du genre humain? Les plus impies d'entre les sophistes déclarent que l'Ëyangile renferme une morale pure : cet éloge est fort au-dessous de la mérité. Dans l'Évangile sont exprimés, de la manière la plus positive , tous les préceptes qui nous font un devoir de vivre en frères, de respecter le malheur, de soutenir la faiblesse , de révérer ta vertu pauvre , de braver le vice puissant. Ce livre est-il inspiré par la Divinité ? est-il sorti de la main des hommes! Prenez garde à votre réponse. Si l'Évangile est émané de Dieu, à qudque degré d'oppression et d'avilissement que descendent jamais les hommes, ils pourront toujours retrouver leurs titres écrits en caractères sacrés ; toiiyours des voix courageuses pourront , en récitant des passages du livre divin , réclamer les droits de l'humanité: toujours le chrétien pourm faire pâlir les tyrans, en secouant la poudre de ses souliers. Si l'Évangile est un ouvrage ordinaire , la garantie céleste que nous
possédions n'*exisle plus; cet ouvrage peut être
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attaqué, défendu , déUruit comme lU>ut autre. 11 est temps que la pbUo«opbie s'élève audessus des vaines eoosidérattous de pavti et rende hommage à des vérités qu'elle a trop longtemps méconnues- Je n'insulte point k ses défaites. Un des plus beaux génies que la Fmnce ait produits, Voltaire est digae de la reconnaissance publique loarsqu'il se borne à combattre la superstition, l'intolérance, le fanatisme : c'est alors qu'il déj^oie la supériorité de sa raison; et Pon serait injuste en supposant qu'il est toujours un écrivain passionné, le suis frappé de cette phrase qui se trouve dans la première lettre, où il patte k d' Alembert de la mort des Galas. Powr f amour de Dieu , lui dit-il , rendez cmssî exécrable que v&us le pourrez le fanatisme qui a faU pendre un fils par son père, ou qui a faU rouer un innocent par huit conseillers du roi, GeUe phrase impartiale, oe dilemme inévitable o(Kre un modèle de raisoD^nement juste et 4e noble attaque ooatre un horrible fléau. Mais Voltaire conçut le projet insensé d'anéantir le christianisme. Au milieu
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de l'eDlboiisiiiâme qu'èxcitaienl la magie de son talent et le charme toujonrs nouveau de ses productionfi variées, an milieu des applaudie semens dont Fenivraient les jeunes gens , les femmes, les philosophes et les rois, il semble avoir cherché quelle est Fentreprise la plus difficile qu^un homme puisse tenter. Quelques siècles plus tôt y il eût voulu peut-être fonder une religion ; dans son sièdô , il voient eu détruire une. Son génie , ses chefe-d'œuvre exciteront à jamais Tenthousiasme des amis des lettres et de la gloire française ; mais ce n'est pas au sein de sa philosophie lég^e que peut se reposer TEurope.
Un fait bien remarquable, c'est qu'un des plus grands , et peut-être le plus grand résultat de tous les efforts de Voltaire , est un service rendu à la reUgion caUiolique« En général on observe d\me manière si superficielle, que mon assertion étonnera la j^upart des lecteurs; il n'en est pas moins facile de la démontrer* Dans la rétolution, le catholicisme fut proscrit:
quelques hommes songèrent k mettre un puis-
saut obstacle au retour du culte banni , en établissant le protestantisme en France. L'influence obtenue par Voltaire rendit ce projet inexécutable ', elle avait appelé le ridicule sur toutes les communions chrétiennes, elle avait répandu Tindifférence : les places arrachées aux ministres catholiques , restèrent vides ; ils y rentrèrent sans effort après la tempête.
Gomment approfondirons-nous les théories philosophiques , si nous ne savons pas même observer les faits qui se passent sous nos yeux? n est des gens d'un esprit assez frivole pour être intimement persuadés que le christianisme n'existe plus. Selon eux, les démonstrations qui semblent annoncer le contraire prouvent seulement l'hypocrisie ou la crédulité d'un certain nombre d'individus ambitieux ou faibles. Cette opinion peut paraître vraie , si l'on ne considère que telle société , tel coin de terre ; mais que nos regards embrassent l'Europe , et nous verrons bientôt une foule de personnes éclairées que le christianisme anime et dirige. Je prends un exemple chez un peuple qui se
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pique de dédaigner les préjugés et qui a produit de très-grands philosophes. Il existe kLon* dres une Société Biblique , fondée en i804 :
depuis son origine , c'est-a-dire en dix-neuf ans , elle a dépensé pour concourir h. la propagation du christianisme près de 27 millions de notre monnaie; elle a fait traduire les livres saints en cent quarante langues ou dialectes (9); elle a distribué ou fait distribuer bien au delà de six millions d'exemplaires de la Bible ou de FÉTangile ; elle est affiliée, dans les différentes parties du monde, à quatre-vingt-seize sociétés centrales, autour desquelles se groupe un nombre de sociétés auxiliaires et d'associations bibliques tellement considérable, qu'il est impossible de l'évaluer avec justesse; en Angleterre seulement , on compte près de trois mille réunions secondaires. Il n'est pas permis d'ignorer des faits aussi remarquables , quand on veut parler sur des stgets qui exigent que Ton connaisse l'état de la civilisation et le mouvement de l'esprit humain.
Mous devons à FËvangile , considéré avec les
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seuies lumières de la raison , deux immeases bienfaits. L'Ëvangile offrit au monde un corps de morale plus pur que tous ceux qui existaient. On ne peut dire qu'il aitapporté aucune maxime de morale pratique absolument nouvelle ; mais son immense supérioritésur les plusisagesécrits des anciens philosophes n'en est pas moins incontestable. Ces philosophes vivaient dans des contrées souillées par Tesclavage , et leur esprit s'élevait difficilement à l'idée la plus importante , à' l'idée féconde que tous les hommes sont frères: quelques phrases éparses dans leurs ouvrages indiquent cette vérité; mais elle n'est point fondamentale pour eux, tandis qu'elle est une des bases de la morale évangélique , et qu'elle sort de toutes les parties du livre écrit au nom du père commun des hommes.
Le second bienfait complète le premier. Dans les états où régnait le polythéisme ^ la morale , entièrement séparée delà religion positive, n'était enseignée qu'au petit nombre d'adeptes qui fréquentaient les savantes écoles des philosophes. Un changement prodigieux , un chan-
gement dont les effets sont incalculables, s'opéra quand le christianisme vint unir un enseignement moral à la religion publique. Bientôt des milliers de ¥oix annoncèrent k toutes les classes de la société , des idées utiles pour la conduite de la vie ; les gens les plus obscurs entendirent des préceptes dictés par la plus haute sagesse; la dignité humaine s'en ressentit, et par ce fait seul que la lumière était portée à tous , une sorte d'égalité et une fraternité réelle commencèrent à s'établir parmi ]es hommes.
La philanthropie est née du christianisme , dont le double bienfait , dans ses rapports avec Tordre social , est une morale fraternelle uni< versellement annoncée. Philosophes, respectez , aimez , ayez la foi chrétienne ; théologiens, approuvez on du moins tolérez tous les systèmes de philosophie complets, en les regardant comme des moyens de nous préparer à de {dus hautes luniières. Saint Augustin nous Apprend que c'est en lisant VHortensius de Gieéron, qu'il conçut le projet de chercher la sagesse.
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