FIN
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(f ) Pagt 40. La philosophie de Platon a été diversement interpi'étée. II ne fUudt-ait pas en être surpris, alors môme que Tauteur eût exposé ses idées avec plus d*ordre. L*amour-propre, qui lious donne tant de confiance dans notre sagacité , et (}ui hôus fait mettre dans nos jugemens tant de précipitation, nous empêche de sentir à que) point il est difficile de concevoir parfaitement un écrivain : je m*arrôte i!in moment sur ce sujet.
Lorsqu'un hoinme qui s*en'tretlent avec nous développe la théorie d*une science , combien n*at-il pas de moyens potir nous transmettre avec clarté ses pensées! La liberté de la conversation lui permet d'entrer dans des détails minutieux , d'employer des comparaisons familières ; les inflexions de sa voix nous indiquent le degré d'im-
portance quHI attache aux diverses idées qu'ii énoDce ; il lit dans nos regards Tefifet qu*il produit sur nous , et passe ayec rapidité ou s^arréle sur une opinion , selon quMl sent le besoin de ne pas nous fatiguer ou de nous éclairer- davantage. Cependant nous avons quelquefois peine à le comprendre, et nous sommes obligés de lui demander des explications. Quand les pensées d*un auteur sont privées de tous ces secours, quand elles nous sont abandonnées sur un papier muet, qui seul les présente à nos yeux, combien n*est-il pas incertain que nous puissions toujours en saisir le sens exact? Avec la plus grande impartialité et la plus forte attention , nous devons fréquemment nous tromper. Souvent un auteur que nous critiquons, s*il élait présent, pourrait nous répondre : Vous parlez à merveille ; mais je n'ai jamais pensé ce que vous me faites dire.
Platon, au lieu de réunir ses idées en un corps de doctrine , les a répandues dans plusieurs dialogues. Ce défaut d'ordre ajoute à la difficulté de bien comprendre sa théorie ; je suis loin cependant de croire qu'elle soit inintelligible. Il ne peut exister, ce me semble, que trois opinions, plus différentes en apparence qu'en réalité, sur la
question de savoir quel est le principe moral de Platon. C'est y ou le dé^ir de ressembler à Dieu, ou le désir de donner à toutes les facultés de rame un harmonieux accord, ou enfin le désir de se conformer aux idées archétypes morales. Ces opinions assurément ne sont pas identiques ; elles peuvent faire classer la philosophie platonicienne dans différentes sections du tableau que j*ai tracé. Mais observons d*abord que toutes ces opinions se fondent sur des passages de Tauteur grec, et que chacune d'elles peut être soutenue en Tappuyant de citations assez nombreuses. Observons ensuite qu'elles n*ont rien d'opposé, ni de contradictoire ; et que, par conséquent , elles sont susceptibles d'être conciliées.
Cette dernière assertion blessera les philosophes à systèmes exclusifs ; cependant elle est vraie. Les opinions dont il s'agit peuvent être conciliées d'autant plus facilement que Platon n'a point forcé les conséquences de ses principes. Par exemple, il veut qu'on obéisse à l'idée du bien absolu ; mais il nous invite k jouir du bonheur qui suit l'accomplissement du devoir. Ce sage ne rejette aucun des mobiles qui doivent exercer sur nous une utile influence.
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En généni , les exàgérttttODd sttHbtfées à Platon viennent de ses diiciîfles. Le rèprôbbe qu'il ne sâarait éviter, est celai de disposer ses admirateurs à s*é)olgner âe la ro<ite de TeibserYation , en leur fiiisant goûter le chartne des rèteries qu'enfante son imagination poétiqtie.
(t) Pa(/e 50. Je reprocherais à la France de n'6tre pas assez fière de son Descartes. CTest ce grand homme qui, avec Bacon , a fait succéder les lumières dé la philosophie aux ténèbres de la seèlàstique. On peut ajouter, sans blesser la vérité, que le philosophe français eut la plus grande part à cette heureuse réforme : le nom de Desèartes retentissait déjà dans toute TEurope, lorsque celui de Bacon était à peine connu hors de TAngleterre.
Le Discouts sur la méthode ékt un des chefsd'œuvre de PespHt humain. On y trouve un certain nombre d'idées qui paraisâeîlt aujourd'hui bien comtnunes. Quelle gloire pour l^auteur!
Quand il écrivit ces idées, il fallait autaht de génie pour les découvrir que de courage jpdtir lès énoncer; et c'est lui, c'est sdii inildèricé qui les a rendues vulgaires. Jamais on u'oflHra de plus sa-
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g^ conseils ^ cei|x qui cherchent la vérité ; jamais on f^p sauF^ Adieux inspirer 4jb8 pensées jus> t^ ^t lies «entimens élevés. Je croirai qu*on s*occw|ke réeU^nusfit d^études philosophiques , lorsque je verrai le DUc9wr$ sur la méthode dans les mains de tons les jeunes gens qui suivent nos facultés des lettres.
La France peut citer avec orgueil des hommes de génie dans tous les genres; mais, si Ton demandait quel est le Français dont les méditations ont exercé la plus vaste et la plus utile influence, c^est Descartes qu'il faudrait nommer. Cependant, combien il est rare que dans nos écoles , dans nos liirres , nous lui rendions hommage 2 il est même difficile de se procurer celui de ses écrits que je viens de citer. Négliger la gloire de Descartes est une monstrueuse ingratitude. Il serait digne du gouvernement de faire imprimer avec luxe les œuvres de ce philosophe , pour en déposer les exemplaires dans toutes les bibliothèques publiques. *
* Le» raproches' qa« ottte aole contient aoat avjoard'hoi moins mérités. M. Cousin a publié ane édition complète des OEuTres de DMcartes. Le DUeoun sur la méthode « été réimprimé par les soins de M Renoviard, avec ui«e noLioe dont je ferais !'«•
(S) FtigB 78. On a beaucoup discuté pour savoir si Aristote croyait à rimmortalité de Tâme, et les érudits ont porté des jugemens différens. Le traité de VÀme, composé par ce philosophe , est d'une extrême obscurité. J'ai parlé de la difiBculté qu*il y a toiiyours à concevoir bien nettement un livre; la difficulté fait plus que s'accroître , elle se change en impossibilité , lorsqu'il s'agit des ouvrages où les anciens traitent des questions purement métaphysiques. La nature des idées abstraites, l'exactitude rigoureuse qu'elle exige dans les expressions , le vague inséparable de tant de mots dont la signification variait dans les diverses écoles , toutes ces causes 4'obscurité multiplient à chaque page les énigmes. Nous pouvons donner aux mots que nous traduisons un sens trôs-clair pour nous , très- plausible pour nos lecteurs ; mais nous n'avons aucune garantie que ce sens soit précisément celui que les auteurs originaux attachaient à leurs expressions. Disons plus : si nos études ne sont pas superficielles , nous acquérons fréquemment la preuve que le sens qui d'abord nous avait paru juste, ne saurait être admis. Ce
loge , si les liens les plus chers ne m'attachaient à Tantear , M. Auguste Michelot.
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sens convient pour telle phrase, pour tel chapitre; mais nous voyons bientôt qu*il ne convient point dans telle antre phrase, dans tel autre chapitre; et nous finissons , après avoir tenté des interprétations diverses, par reconnaître Tinutilité de nos conjectures et IMmpuissance de nos efTorts. En disant que nous arrivons à ce résultat, je suppose qu'au milieu de laborieuses recherches , nous avons conservé la bonne foi et Tamour de la vérité ; car si nous ne voulons qu*étaler notre érudition, rien n'est plus facile que àe voir dans un ouvrage obscur tout ce qu*on veut y voir. Je puis choisir dans le Traité d*Aristote des passages qui prouvent que , selon ce philosophe , Tâme est une {De AnmA, lib. i , c. 9.) ; d*où je conclurai qu'il la croit indivisible, et destinée à jouir d'une vie étemelle. Je puis choisir d'autres passages et soutenir que, selon ce philosophe , l'Ame est de même nature dans l'homme , dans l'animal et dans la plante; bien qu'elle soit simplement n«tritive dans la plante , mUritiffe et seiuUive dans l'animal, mUrHivef sensiUve et inUHUgmte dans l'homme (lib. 2 , c. 3.). Quelque parti qu'il me plaise de prendre , je saurai donner de l'ensemble h mes idées, je ferai croire aui ignorans que j'ai
raison , et peut-être finirai-je par me persuader que j*ai porté la lumière dans un des vénérables édifices de Tantiquité. Vaines recherches ! Les ouvrages des anciens sur la métaphysique pouvaient être fort précieux lorsqu*on avait les moyens de les comprendre; mais aujourd'hui ces ouvrages présentent des espèces de chiffres dont la clef est perdue pour toujours.
(4) Page 163. Combien de disputes sur les causes finales! Des moralistes en parlent avec enthousiasme, des physiciens les jugent avec dédain. Il faut tout expliquer par elles, disent les uns, et Ton aura la véritable science. Rejetons-les, disent les autres , ou jamais nous n'aurons de véritable science; et ces deux opinions sont soutenues avec des avantages à peu près égaux , et ces deux opinions sont également fausses. Si je demande pourquoi le disque de la lune éclaire , et qu'on se borne à me répondre : parce que Dieu a voulu nous donner le secours de ce flambeau dans les ténèbres de la nuit, on ne m'explique point ce que je voulais apprendre. Les réponses de ce genre n'avanceront certainement pas les sciences physiques; et Bacon, dans son ingénieux lan-
gage , a raison de comparer les causes finales à ces vierges qui se consacrent au culte des dieux , et qui n*enfant«nt point. Mais pourquoi le physicien , après des explications savantes, refuseraitil de nous montrer comme une preuve de Téternelle prévoyance, le cours de cet astre qui , pendant les heures du repos, remplace par sa douce lumière celui dont Téclat vient animer les heures du travail? On est inconséquent si Ton dédaigne cette seconde exi^ication. Vainement des savans essayeraient-ils de nous enseigner à ne voir que des lois mécaniques dans Tunivers; notre esprit est formé pour reconnaître des causes finales. Si Ton disait à ces savans que les globes célestes ne sont pas habités, ils jugeraient cette opinion fausse, par la raison qu*il serait absurde d*i maginer que, ces milliers de mondes existent seulement pour offrir à nos yeux une décoration brillante.
(5) Page 171. Une discussion relative aux opinions de Cabanis s*étant élevée il y a quelques an* nées , je fis insérer dans un recueil périodique le morceau suivant: