CHAPITRE IV
PREKIÈRB DIVISION DES SYSTÈMES OB PHILOSOFHIB
MORALE
En appelant les hommes à cultiver la morale, il est naturel de leur indiquer les divers systèmes que les philosophes ont tracés , et parmi lesquels la raison nous invite à choisir. Mais, après avoir lu les moralistes, si Ton essaye de se rendre compte de leurs opinions et de les rassembler sous un seul point de vue, la confusion produite par une foule d'idées plus ou moins divergentes, fait éprouver un sentiment inquiet et pénible. Eh quoi ! il s^agit de la science destinée à nous guider dans la vie , les; écrivains qui nous renseignent sont honorés du nom de sages, et ces écrivains ne s'accor-
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(Icnl pas entre eux, et cette science n'a pas une clarté égale h son importance!
Pour éloigner la confusion, il est nécessaire d'établir uue diTisîon exacte et simple des systènies de philosophie morale. Malheureusement il n'est point iactle de juger quels sont , parmi les divers principes des moralistes, ceux qui peuTent servir de base k cette division.
Lorsque j'eus formé le projet de m'en occuper, je rencontrai des obstacles sans nomlve. Tant6t, des différences d'opinicms qui passent pour très-graves, et qui souvent ont excité des discussions très-vives, me semblaient perdre leur importance à mesure que je les examinais avec impartialité; tantôt, des questions que j'avais d'abord jugées frivoles, me paraissaient, en y réfléchissant, mériter une attention sérieuse. Quelquefois je m'arrêtais sur deux jugemens opposés et d'un haut intérêt ; ils me servaient très-bien à distinguer tel système de tel autre , mais ils ne me donnaient point les moyens d'embrasser et de diviser toutes les doctrines. Fatigué de recueillir si peu de fruit de cet exa-
men , je pensai que , pour atteindre mon but , il fallait donner une autre direction k mes recherches.
Plaçonsrnous sur une hauteur d'où nous apercevions d'un coup d''œil les moralistes de tous les siècles, de toutes les contrées. Ne nous laissons point étourdir par les Yoix de tant d'hommes qui discutent avec chaleur ; et, pendant que la plupart d'entre eux déclarent que leurs opinions sont inconciliables , examinons s'il n'est pas quelques principes communs a tous, reproduits dans chacun des systèmes pour lesquels ils combattent. Peut-être discernerons-nous ensuite , avec plus de facilité , les points qui les divisent.
Oh ! s'il y a des principes que notre conscience approuve, et que proclame l'universalité des moralistes, quelle^ profonde vénération, quel pieux respect ne devrons-nous pas a ces principes visiblement émanés de la sagesse éternelle! Que notre àme troublée par les débats des philosophes se rassure: il est des vérités nécessaires à Texislence de la société, et
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Dieu les a mises hors de Tatteinte des soptiistes. Tous les philosophes s'humilient deyant les vérités de morale pratique.
En parcourant les doctrines qui méritent le nom de doctrines morales, on reconnaît bientôt qu^elles ont des traits de ressemblance entre elles. Les auteurs des systèmes applicables à la science de la yie, Yculent. tous conserver Tintégrité des fisu^ultés de l'homme et leur donner une direction utile; tous nous invitent h la tempérance et à la bienveillance. Les idées que ces mots réveillent se trouvent dans les divers sys> ièmes, depuis les plus purs jusqu'aux plus voisins des limites hors desquelles la dépravation conunence.
La vertu , si l'on veut n'employer pour la définir que des idées admises ^ tous les moralistes , la vertu est une constante habitude de tempérance et de bienveillance *.
" Je prends ces mots dans l'acception la plus étendue qu'on puisse leur donner. Ainsi la tempérance ne nous garantira pas seulement de grossiers excès , elle éloignera tous les mouvemens désordonnés de l'âme, qui
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Celte définition est incomplète ; mais elle fixe notre esprit sur les deu]^ qualités les plus immédiatement utiles à Tordre social. Je remploierai jusqu^au moment où nos observations nous auront amenés à reconnaître ce qu'il est nécessaire d'y «goûter, pQur qu'elle réponde k tous les besoins de notre àme.
Je suis conduit par celte définition à diviser en deux grandes clauses les auteurs qui nous oITrent de» idées sur la science de la vie. Dans Tune se placent les écrivains occupés de répandre la tempérance et la bienveillance; dans Tautre, ceux qui dédaignent ces qualités ou Tune d'elles.
Ainsi , je vois qu'il est de prétendus moralistes dont je dois repousser les leçons. Une foule de sophistes entraînés par diverses erreurs viennent se confondre à mes yeux en
peuvent altérer nos facultés. La bienveillance ne sera pas ce sentiment léger , plus affectueux que la politesse , mais presque aussi répandu; elle inspirera tous les actes de générosité, de dévouement que réclame l'intérêt de nos semblables.
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une seule classe. Ces étranges inslituteurs blessent la tempérance , soit qu'ils nous invitent à de honteux excès, soit qu'ils nous prescriTent de funestes aust^tés; ils oublient la bienveillance, soit qu'ils se plongent dans Tégoisme, soit qu'ils se perdent dans des rêveries mystiques et superstitieuses qui leur font mépriser les actions utiles. On peut dire que tons les intolérans appartiennent à cette même classe, car ils veulent arracher de nos âmes la bienveillance. faiblesse de notre nature!
avec un systèmeôuste et des intentions droites, rborome peut encore s'égarer; il lui suffit de s'enflammer pour son- noble système au point de regarder comme des êtres pervers ceux qui ne l'adoptent pas. Alors il corrompt les meilleures maximes , il combat les sentimens affectueux; le voilà parmi les sophistes! Les écrivains qui se consacrent à répandre la tempérance et la bienveillance, ont entre eux un lien commun : ils savent quel est le but de la morale considérée dans ses rapports avec la société ; ils veulent nous diriger vers
ce but ; et, sous ce point de vue du moins, ils méritent notre estime. La division des moralistes en deux grandes classes parait d'abord être la seule nécessaire. Hélas I parmi ceux sur lesquels je porte en cet instant mes regards, je trouve encore une grande divergence d'opinions; plusieurs d'entre eux s'appuient sur des raisonnemens faux , quelques-uns énoncent des idées pernicieuses. Non , cette première division ne suffit point; et je vois qu'il faut en chercher une nouvelle.
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