CHAPITRE V
AI}TBB DIVISION.
Que les sophistes attaquent les philosophes et se combaUeut les uns les autres, rien n''esl moins étonnant; nuus comment les philosophes ne sont-ils pas d'accord entre eux? Tous essayent de répandre la tempérance et la bienveillance; comment l'unité d'intention n'at-elle pas amené l'unité de doctrine? Puisque en ayant un même but, ils se divisent et créent différens systèmes, il faut nécessairement que plusieurs routes conduisent ou paraissent conduire à ce but.
En effet , il existe dans l'homme plusieurs mobiles, plusieurs principes d'actions, qui peuveut le déterminer et diriger sa vie. Un moraliste nous ouvre telle ou telle route, se-
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Ion qu'il fait naître sa doctrine de tel ou tel mobile qui , à ses yeux , est le meilleur ou le seul pour nous guider avec sagesse.
Il y a peu de mobiles d'actions capables de dominer la vie entière et de nous diriger vers te^ien; aussi, Fintelligence humaine n'est-elle destinée à concevoir qu'un petit nombre d'idées fécondes, d'où l'on puisse tirer des systèmes de morale. Ces idées premières se modifient, se combinent de diverses manières:
mais les nuances des couleurs se multiplient au gré de nos caprices, sans augmenter le nombre des couleurs primitives.
Selon plusieurs moralistes, le principe d'actions qui domine nécessairement en nous est l'amour de soi , le désir du bien-être. Selon d'autres moralistes ^ aussitôt qu'on veut améliorer l'homme, il faut chercher dans le ciel un appui pour sa faiblesse ; et le désir de plaire à la Divinité est le premier véhicule de leurs doctrines. Beaucoup de philosophes ne croient pas sans danger de prendre , pour éveiller les idées morales , un de ces deux principes d'ac-