‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 21 sur 35 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

Nous avons été frappé de ce fait que dans les grandes villes la mortalité par la phthisie pulmonaire est plus considérable qu'à la campagne.

Cela dépend évidemment d'une infinité de causes, telles que l'insuffisance des logements dans les villes pour la classe ouvrière, les habitudes d'une certaine partie des citadins, qui font du jour la nuit et de la nuit le jour, etc., etc. Mais ce résultat nous paraît dépendre aussi en grande partie de l'alimentation.

En effet, dans les villes l'alimentation est surtout animale, tandis qu'à la campagne elle est surtout végétale.

Or la viande, nécessaire pour réparer nos tis-

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SUS, n'est pas Taliment calorificateur : elle n'est brûlée par l'oxygène de la respiration, si nous pouvons nous exprimer ainsi, qu'avec un effort considérable de l'organisme, et elle n'est jamais brûlée qu'imparfaitement; tandis que le calorificateur par excellence, le véritable producteur de la chaleur, et par conséquent de la force animale (puisque toute force est de la chaleur), c'est le féculent.

D'ailleurs M. le professeur Bouchardat a prouvé, par une analyse savante, que la continuité dans la perte des éléments de la calorification en très notable proportion, conduit en quelque sorte fatalement à la phthisie.

Mais les considérations précédentes sont d'un ordre purement théorique; dans une science expérimentale il faut des faits : or ces faits, nous allons les produire.

Nous avons interrogé des religieux, entre autres des dominicains et des capucins, dont le régime habituel est le maigre : ils nous ont déclaré que la phthisie pulmonaire est presque inconnue dans leur ordre.

11 y a plus : nous avons vu tout à l'heure que les professions sédentaires prédisposent plus à la tuberculose pulmonaire que les professions actives; nous avons constaté que la réclusion en est une cause très énergique.

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Or la phthisie est très rare, paraît-il, chez les dominicaines et les autres religieuses qui sont cloîtrées.

Mais ces religieuses font maigre une grande partie de Tannée, et il semble que leur alimentation principalement végétale vienne contrebalancer rinfluence désastreuse de la réclusion, et même presque Fannihiler, puisque chez elles la mortalité par la phthisie pulmonaire serait beaucoup moindre.

On rencontre à notre époque beaucoup d'anémiques, et lorsqu'un de ces pauvres malades va consulter certains médecins, on lui répond presque invariablement : « Mangez de la viande. » 11 semble vraiment que ces médecins s'en tiennent encore à cette définition de l'aliment que nous avons trouvée dans un vieil ouvrage de 1625, publié par René Moreau, docteur médecin parisien : Defmitur edulium id omne quod propter convenieiuiam alque familiaritatem naturœ, substantiam hominis alere, hoc est, reparare atque augere aptum nalum est.

La réparation et l'augmentation des tissus, ils ne voient que cela dans l'ahment, comme si Lavoisier n'avait pas existé; comme s'ils ne connaissaient pas le rôle considérable de la calorification, qui est la force, qui est la vie même de l'homme, si nous pouvons nous exprimer ainsi.

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Quand donc l'organisme est exténué, au lieu de dire : ce Mangez de la viande », c'est plutôt : « Mangez des légumes », qu'on devrait dire.

D'ailleurs la nature elle-même, révélée par l'instinct des malades, ne semble-t-elle pas indiquer ce qui lui convient?

Que de fois de pauvres malades, nous entendant leur répéter qu'il fallait se nourrir, ne nous ont-ils pas déclaré avec des larmes dans la voix qu'ils ne pouvaient plus avaler de viande, qu'ils en étaient dégoûtés, qu'ils ne pouvaient plus la sentir ! et que de fois aussi ces mêmes malades ne nous ont-ils pas quitté enchantés, quand nous leur avons répondu que nous ne tenions pas à la viande, mais qu'ils pouvaient manger des légumes!

Entre une nourriture trop animalisée et une nourriture insuffisante, il y a un juste milieu : In medio virtus ; et nous admettons que l'insuffisance de l'alimentation, parce qu'elle prive l'organisme d'éléments nécessaires à la calorification, est aussi une cause très efficace delà phthisie.

On a cru pendant longtemps que la pneumonie, la pleurésie et la bronchite déterminent la phthisie; mais cette opinion n'est pas du tout démontrée;

Il est prouvé, au contraire, que la phthisie succède bien rarement aux inflammations du parenchyme pulmonaire et de la plèvre, et si, chez quelques individus ayant succombé à ces inflammations, on rencontre des tubercules, il est facile de se convaincre, en considérant le développement de ces produits morbides, que presque toujours ils ont précédé Finflammation, et peut-être même l'ont excitée, de sorte qu'au lieu d'en être les effets, ils en seraient plutôt les causes.

Nous ferons remarquer cependant qu'une pleurésie bien franche du côté gauche précède souvent une phthisie pulmonaire.

Le catarrhe pulmonaire n'a pas une influence mieux démontrée sur la production de la phthisie.

En effet, un grand nomdre de malades qu'on interroge sur la fréquence de leurs rhumes antérieurs, vous répondent qu'avant la maladie ils n'étaient pas sujets à s'enrhumer. D'ailleurs, à l'autopsie, on trouve les muqueuses bronchiques ordinairement saines au voisinage des granulations grises et des tubercules; on ne les voit enflammées que lorsque, les tubercules s'étant ramolHs, elles ont fourni passage au liquide des cavernes.

Autrefois on considérait la phthisie comme une suite de l'hémoptysie ; on l'avait même dési-

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gnée sous le nom de tubes ah hœmorrhagia : mais ici encore on avait confondu la cause avec Feffet. On conçoit parfaitement que la présence de tubercules dans le poumon puisse déterminer une hémoptysie; mais on comprend moins bien comment une hémorrhagie pulmonaire pourrait produire des tubercules.

Les affections qui pourraient être considérées comme sources de la plithisie, auxquelles du moins la phthisie succède très fréquemment, sont les maladies débilitantes, telles que le diabète.

Un allaitement trop longtemps prolongé, en affaiblissant la constitution de la nourrice, paraît provoquer également chez elle Tapparition des tubercules.

Enfin la phthisie survient assez souvent après la coqueluche, après les fièvres éruptives, et spécialement après la rougeole et la variole.

Mais la maladie qui est ordinairement Tune des causes les plus actives de la phthisie pulmonaire, c'est la scrofule.

Ainsi, dans la période des écrouelles énormes, ulcérées, on observe fréquemment le développement des tubercules en divers organes : on en trouve dans les poumons, dans le cerveau, dans les méninges, dans les ganghons, dans fintestin,

dans le péritoine.

Des scrofuleux engendrent des phthisiques, et

réciproquement des phthisiques engendrent des scrofiileux.

Il y a une telle analogie entre la scrofule et la phthisie, que l'on voit ces deux maladies se développer aux mêmes lieux.

Ainsi la scrofule, comme la phthisie, est très fréquente dans la zone tempérée; comme la phthisie également, elle est inconnue dans l'extrême Nord, dans la Laponie et l'Islande; on la trouve aussi très rarement dans la zone torride.

Elle reconnaît les mêmes causes occasionnelles que la phthisie, telles que l'habitation dans les grandes villes; les logements humides, obscurs, mal aérés; l'ahmentation insuffisante ou trop animalisée, l'allaitement trop prolongé.

C'est à ce point que quelques auteurs ont fait de ces deux affections une seule et même maladie, et ont confondu la scrofulose et la tuberculose.

Pour résumer l'étiologie de la phthisie, nous déduirons de ce qui précède que les causes de cette maladie sont, dans l'ordre de leur importance :

1" L'hérédité ;

2° Une alimentation insuffisante ou trop animalisée;

3° L'habitation dans les grandes villes, dans des lieux humides, obscurs et mai aérés ; 4" Le climat;

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5" Parmi les antécédents pathologiques, en premier lieu, la scrofule; ensuite, les fièvres éruptives, et principalement la rougeole et la variole, la coqueluche; et enfin les inflammations du parenchyme pulmonaire, delà plèvre et des bronches.

Les autres coefficients ordinaires des maladies que nous avons passées en revue n'ont qu'une importance tout à fait secondaire.

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