‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 23 sur 35 · TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE

Fextrême Nord coloniser la Laponie, nous leur persuaderons d'habiter dans les pays chauds^ et spécialement en Afrique.

Nous pourrons aussi leur indiquer le séjour sur de hautes montagnes ou dans les pays où régnent les fièvres paludéennes.

Nous leur recommanderons d'habiter à la campagne, ou tout au moins dans des appartements vastes, bien aérés, exposés au midi.

Sans proscrire la viande si fortement conseillée par quelques médecins, nous leur recommanderons un régime plutôt végétal, persuadé que nous sommes qu'une nourriture fortement animalisée est une cause fréquente des affections tuberculeuses.

Nous surveillerions avec le plus grand soin leur convalescence, si elles venaient à être atteintes de maladies aiguës, telles que les différentes fièvres éruptives ou la coqueluche.

Enfin, quoiqu'il soit démontré que la pneumonie, la pleurésie et la bronchite ne sont pas ordinairement des causes de la phthisie pulmonaire, nous nous rappellerons que « le poumon enflammé ressemble à une terre profondément labourée après un long repos, et qui fait germer une multitude de graines qu'elle renfermait dans son sein depuis plusieurs années » ; que ces graines pourraient bien être des semences de tuber-

cules ; et nous conseillerons d'éviter avec soin toutes les occasions de refroidissement, toutes les causes capables de déterminer une inflammation des organes respiratoires.

C'est ici surtout qu'il faut se rappeler le : Primo non nocere.

Combien de malades, en effet, les médecins n'ont-ils pas tués, surtout sous l'influence des idées de Broussais, alors que Ton a tant abusé des antiphlogistiques ! Conçoit-on qu'on, ait jamais pu saigner des phthisiques?

On ne comprend pas davantage l'emploi des révulsifs énergiques, tels que vésicatoires, cautères, sétons. Ce sont là, surtout dans le traitement de la phthisie, des vieilleries qu'il faut ranger dans le musée des antiques, afin d'apprendre aux générations futures l'art avec lequel certains médecins torturaient leurs pères.

11 est démontré que ces moyens n'ont aucune influence utile pour combattre le développement des symptômes de la phthisie. On serait peut-être tenté d'apphquer les vésicatoires dans les pleurésies concomitantes : mais ces pleurésies sont ordinairement des pleurésies sèches; et ces pleurésies

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s'aceompagneraient-elles d'un épanchement considérable, que nous ne croirions pas encore à Futilité des vésicatoires.

En eiïet, ce n'est pas répanchement qu'ils enlèvent, c'est la sérosité du sang, et ils deviennent ensuite un obstacle à l'élimination.

Et cependant, quels sont les deux grands moyens éliminatoires de l'organisme?

La transpiration cutanée et la sécrétion urinaire.

Or le vésicatoire anéantit la transpiration cutanée sur le point où il est appliqué.

D'ailleurs, tout le monde connaît l'action des cantharides sur l'appareil urinaire : action telle, qu'on voit quelquefois une inflammation considérable de la vessie et du canal de l'urèthre survenir à la suite d'un vésicatoire de petites dimensions, môme camphré, même appliqué avec interposition de papier Joseph ou de mousseline; et cependant l'inflammation des organes est souvent portée à un tel degré que l'émission des urines se trouve suspendue.

On pourra, nous dira-t-on, recourir aux vésicatoires dans les cas de névralgies intenses; et, pour calmer la douleur, on les pansera avec le chlorhydrate de morphine.

Mais pourquoi y recourir, même dans ce cas, quand par l'injection hypodermique on arrive au

TRAITEMENT CURATIF. !jO

même résultat, sans autant faire souffrir le malade et d'une manière bien plus rapide?

Puisque Ton a constaté des cas de guérison de la phthisie obtenus par les seules forces de la nature, il nous faut suivre les enseignements de la nature : Qua monstrat iter natura scquamur.

Or nous avons vu que, dans le tubercule cru, les parties liquides peuvent être résorbées, et que la transformation crétacée est Tun des modes de guérison.

D'ailleurs, nous avons remarqué que le tubercule à l'état crétacé se trouve formé en grande partie de sels calcaires : il contient des phosphates de chaux et de soude, du sulfate de soude, du chlorure de sodium, et ne renfermerait que trois centièmes de matière organique.

C'est donc vers ce résultat qu'il faut tendre, et il nous paraît logique d'essayer de faire pénétrer les substances précitées dans l'organisme. Nous les y introduisons par les voies digestives, et nous nous assurons qu'elles ont été absorbées, en les recherchant dans l'urine.

On peut prescrire les hypophosphites, les diverses préparations au lacto-phosphate, au chlorhydro-phosphate; mais la préparation qui nous a le mieux réussi, c'est un simple mélange de phosphate de chaux, de sel marin pulvérisé et de sucre en poudre. En donnant ce mélange, nous avons

constamment retrouvé dans les urines les sels en plus grande abondance : par conséquent, il y avait eu absorption.

11 va sans dire que nous ne retrouvons pas dans les urines le phosphate de chaux à Tétat tribasique, mais à Fétat bibasique. Comment se fait cette absorption d'un phosphate insoluble? Y a-t-il dans les organes digestifs formation d'acide lactique aux dépens du sucre en poudre, acide lactique qui rendrait le phosphate soluble, et par conséquent assimilable?

C'est une question que nous ne voulons pas résoudre; mais nous savons qu'il se passe dans l'organisme des phénomènes chimiques qu'on ne peut réaliser dans les laboratoires.

Nous ajouterons même que l'absorption nous a paru plus complète et les effets curatifs plus certains, lorsqu'au lieu d'introduire dans le mélange le phosphate de chaux pur, tel qu'on le vend dans les pharmacies, nous y faisions entrer le résidu finement pulvérisé de la calcination de petits os de volailles; résidu qui, chacun le sait, outre le phosphate de chaux, contient une notable proportion de carbonate de chaux.

Il nous arrive assez souvent de ne plus pouvoir continuer l'usage de ce mélange, à cause de la difficulté de la déglutition, occasionnée par les ulcérations de la langue et du pharynx : alors

TllAITEMENT CURATIF. Gl

nous poussons les malades à la consommation du pain, sous forme de potages et de panades, et nous les excitons à y joindre des purées de légumineuses.

Nous y trouvons un double avantage : d'abord une nutrition parfaite, au double point de vue de la réparation des tissus et de la calorification; et en second lieu Tintroduction dans Forganisme, sous une forme éminemment assimilable, de matières minérales, composées en grande partie de phosphate de chaux et des autres éléments qu'on retrouve dans les tubercules àTétat crétacé, de sorte qu'ici l'aliment devient en même temps médicament.

Le blé, en effet, d'après les analyses les plus récentes et les plus exactes, contient :

Matière azotée servant à la réparation de nos tissus, ou

gluten 14.00

„ , ^ , , , / Amidon 59.00

Hydrates de cnarbon, ou l ^ , . ^ , „.

{ Dextrine et glucose 7.00

matières combustibles. 1 ,., ,

\ Matières grasses 1.20

Cellulose 1.70

Matières minérales, formées en grande partie de phosphate de chaux, des sels de potasse et de soude, etc.. 2.50 Eau , 14.00

Total

TRAITEMENT GURATIF.

Les haricots flageolets contiennent :

Matière azotée servant à la réparation des tissus, sous

forme de léguminine ou caséine végétale 27.00

Amidon, dextrine et sucre. 60,00

Matières combustibles... , „

Matières grasses 2.60

Cellulose 2.00

Matières minérales : phosphate de chaux, etc 3 . 30

Eau S. 10

Total 100.00

La coipposition des autres légumineuses ne diffère pas beaucoup de celles que nous venons de voir.

Si la chose était praticable, nous recommanderions tout particulièrement à nos malades le pain d'orge, car Forge est de toutes les graminées celle qui contient le plus de matières minérales : elle en renferme près de cinq parties sur cent, presque le double de celles contenues dans le blé.

Malheureusement il n'est pas très facile de se procurer du pain d'orge à Paris.

On peut conseiller comme ahments le lait et les œufs.

Ces deux substances sont des aliments parfaits, et contiennent, outre les matières azotées (caséine, albumine), propres à la réparation du tissu musculaire, des éléments hydro-carbonés, tels que le sucre de lait, le beurre, les matières grasses du

TRAITEMENT CURATIF. OJ

jaune de Fœuf, éléments destinés à produire la calorification.

En même temps on y trouve des substances minérales convenant à la transformation crétacée des tubercules.

En effet, le lait de vache contient :

Eau 86.40

( Caséine 3.00

Substances azotées j ^^^^^-^^ 1.30

( Sucre de lait 3.20

Principes calorificateurs . j j^^^^,^,^ ^^^^^.^^^^ ^^^^^^^ 3 ^0

Sels insolubles : phosphate de chaux, de magnésie, de fer, chaux combinée avec la caséine 0.2b

Sels solubles : chlorure de potassium, chlorure de sodium ou sel marin, phosphate de soude et soude 0.1b

Total 100.00

L'œuf de poule se compose de deux parties : le blanc et le jaune.

Le blanc représente une solution concentrée

d'albumine, ainsi formée :

Eau, 80.00

Albumine Ib.OO

Matière incoagulable • b . 00

Total 100.00

Le jaune de Tœuf serait composé ainsi qu'il suit :

Eau 51.486

Vitelline '18.760

Margarine et oléine; , 21 .304

A reporter. j 88.bb0

Ci TRAITEMENT CURATIF.

Report 88.5o0

Cliolestcrine 0 . 438

Acides oléique et margarique 7.226

Acide pliosphoglycérique i .200

Chlorhydrate d'ammoniaque 0.034

Chlorure de sodium et de potassium, sulfate de potasse 0.277

Phosphate de chaux et de magnésie i.022

Extrait de viande 0.400

Ammoniaque, matière azotée, matière colorante, traces

d'acide lactique, ti'aces de fer, etc 0.853

Total 100.000

Nous ferons remarquer que ces deux aliments contiennent beaucoup d'eau, et, le lait surtout, une proportion bien minime de matières minérales.

L'usage du poisson est aussi excellent : car le poisson contient une quantité considérable de phosphore, et il viendra agréablement varier le régime.

Varier le régime, c'est là une recommandation capitale : car il importe au plus haut point de conserver l'appétit. Aussi, quoique nous soyons persuadés de l'influence néfaste exercée par une alimentation trop animalisée, nous ne proscrirons pas un usage modéré de la viande, si les malades n'éprouvent pour elle aucune espèce de répugnance et de dégoût, auquel cas nous leur déclarerons formellement qu'ils peuvent très bien s'en passer.

Nous ne sommes pas assez naïf pour supposer

TRAITEMENT CURATIF, Go

que les sels inorganiques introduits par nous dans la masse du sang sont déposés par la circulation dans l'épaisseur du tubercule : car nous n'ignorons pas que le tubercule est un corpus mortuum, que le sang n'y pénètre pas, et qu'il est entouré par une espèce de coque, formée de petits vaisseaux. Mais nous admettons qu'il peut et qu'il doit y avoir, entre le tubercule et la coque vasculaire qui l'entoure, un échange continuel de substances; qu'il doit se produire là des phénomènes d'endosmose et d'exosmose, par lesquels le tubercule cède ses matériaux liquides et reçoit les substances propres à sa transformation crétacée.

Nous ne désespérerons pas de la guérison des malades, alors même que les signes stéthoscopiques nous auraient démontré l'existence d'une caverne, pourvu que la lésion ne soit pas très étendue et qu'il n'y ait pas trop de cavités.

Nous avons vu que, dans les cas de cicatrisation d'une caverne, le tissu pulmonaire qui l'entoure se trouve infiltré d'une matière noire charbonneuse, y déposée en très grande quantité ; et ce phénomène , toujours constant, nous a paru l'une des conditions indispensables à la cicatrisation.

Pour le déterminer, nous aurons recours aux substances très riches en carbone,idans l'espérance

que leur combustion laissera un résidu charbonneux qui remplira notre but. Ici encore nos féculents sont évidemment indiqués. Nous pourrons aussi prescrire rhuile de foie de morue, non parce que nous lui reconnaissons une vertu médicamenteuse spéciale, mais parce qu'elle est un très puissant calorificateur et qu'elle est très riche en carbone.

Si les malades avaient pour elle une certaine répugnance ou ne la supportaient pas convenablement, nous n'hésiterions pas à la remplacer par de grandes tartines très beurrées et saupoudrées de sel de cuisine.

Le traitement que nous venons d'indiquer, est le traitement rationnel dirigé contre la lésion; mais, comme cette lésion se rattache à l'affaiblissement général de la constitution, nous nous efforcerons de relever celle-ci.

L'acide arsénieux, les arséniates de strychnine, de fer, de soude et de potasse, nous paraissent indiqués ; selon que l'affaiblissement de la constitution est primitif, dépend d'un état chlorotique, ou reconnaît pour cause le vice scrofuleux.

Parmi les eaux minérales arsénicales, le Mont- Dore est excellent dans quelques cas; Ems ne convient qu'au début, lorsqu'il n'y a ni fièvre ni travail inflammatoire. Nous employons aussi les eaux de la Bourboule et de Saint-Honoré.

En même temps, nous combattons la fièvre par Taconit, lorsqu'elle ne présente pas le caractère intermittent. Lorsque nous constatons la périodicité, nous administrons le sulfate de quinine à haute dose.

Nous calmons la toux, si fatigante pour les malades, par Fopium et la codéine, Dans quelques cas, les granules d'iodoforme nous ont rendu des services.

Nous facilitons Texpectoration par l'ipéca,cuanha et par les sulfureux. Les Eaux-Bonnes sont indiquées dansFétat catarrlial; mais leur emploi exige la plus grande circonspection ; elles sont souvent dangereuses et déterminent des hémoptysies.

Cet accident paraît plus fréquent lorsque ces eaux ont été transportées, peut-être à cause de la décomposition chimique qu'elles peuvent avoir subie pendant le transport.

Dans les cas d'oppression excessive, causée par Faccumulation des crachats dans la trachée et dans les bronches, Fipécacuanha, à doses fractionnées et trop petites pourprovoquer des vomissements, nous a rendu des services signalés.

Nous nous efforçons de combattre la diarrhée, qui est une cause considérable d'affaiblissement, et nous y réussissons au moyen des opiacés, de Félixir parégorique de Dublin, et surtout en in-

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sistant sur la dièie des liquides. Nous activons la contractilité de Tintestin au moyen de la noix vomique, et nous entretenons Tappétit au moyen de quelques granules de quassine. Contre Thémoptysie nous employons Tergot de seigle, ou mieux encore Fipécacuanha, dont les propriétés hémostatiques ne sont pas assez appréciées.

Dans une maladie aussi longue que la phthisie pulmonaire, les soins hygiéniques jouent un rôle considérable. Nous en avons déjà parlé dans le traitement prophylactique ; nous y reviendrons

Les malades seront placés, sous le rapport du climat et de l'habitation, dans les meilleures conditions.

Sous le rapport du climat, nous rappellerons ce que nous avons dit du climat africain ; et, sans envoyer nos malades chez les nègres de la zone torride, nous leur conseillerons principalement Alger et Madère; quelques-uns même vont en Egypte.

Mais ceux qui ne pourront aller si lom, se trouveront encore très bien d'habiter les contrées où Ton n'observe pas une grande variation dans la température, telles que Menton, Cannes, Fréjus et Pau. Hyères est moins bon, parce que la brise des Alpes y souffle en permanence. Nice paraît excellent sous le double rapport de Tégalité

de la température et de Tétat hygrométrique de l'air.

En tous cas, Témigration ne sera cojiseillée que pendant la première période de la maladie, alors que la fièvre hectique ne se sera pas déclarée : car, dès qu'il existe de graves désordres dans les poumons, le déplacement paraît précipiter une terminaison funeste.

Les malades qui ne pourront émigrer, habiteront un appartement vaste, aéré, exposé au midi, et dans lequel on entretiendra toujours une température égale au moyen de foyers, et non au moyen de poêles.

Quand le temps sera sec, ils pourront, autant que le leur permettront leurs forces, sortir un peu, faire quelques promenades à pied, prendre un exercice modéré et de tous les jours.

Mais surtout ils éviteront les brusques changements de température, ils porteront de la flanelle, et on excitera chez eux les fonctions de la peau au moyen du massage et des frictions.

Telle est la série des moyens que nous proposons pour combattre la phthisie pulmonaire. Ces moyens sont purement rationnels, et nous n'avons pas la prétention charlatanesque d'avoir trouvé un spécifique : car nous savons parfaitement que les spécifiques n'existent pas.

Mais ces moyens, maniés par un médecin intel-

ligenf, qui en déterminera l'opportunité, pourront enrayer la marche de la maladie, retarder de beaucoup la terminaison fatale, et dans certains cas procurer une guérison véritable. C'est ce que nous allons démontrer par quelques observations de cas de phthisie pulmonaire que nous avons traités, et dont nous avons eu la joie de constater l'heureuse terminaison.

Comme notre pratique médicale date déjà de douze ans et que les cas de guérison que nous avons obtenus sont assez nombreux, nous ne citerons que les observations les plus importantes.

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