‹ De la phthisie pulmonaire et de sa curabilité [electronic resource]Chapitre 24 sur 35 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

Vers le 10 avril 1869, je suis appelé auprès de M""" B., femme d'un employé de ministère. Elle se plaint d'une toux qui survient par quintes et la fatigue énormément.

Elle a beaucoup maigri depuis quelque temps; Tappétit est diminué et capricieux : elle a pendant la nuit des sueurs assez abondantes au cou, à la face et aux mains. Elle n'a jamais craché de sang; sa toux remonte à cinq mois; ses crachats sont blancs, peut-être un peu filants.

Elle a trente ans. Son père, âgé de soixante ans, est encore employé dans l'administration ; il est toujours très solide. Il est venu à Paris du département du Gers, où sont encore ses parents, deux vieillards octogénaires qui se sont toujours bien portés.

Sa mère était Parisienne ; elle est morte d'une maladie de poitrine, deux ans après la naissance de sa fille, en 1841. Ses grands-parents du côté maternel, eux aussi, étaient Parisiens : son grandpère était mort également d'une maladie de poitrine, et sa grand'mère avait été emportée par le choléra en 1832.

Elle est mariée depuis dix ans et n'a jamais eu d'enfants. Elle est fille unique.

A l'examen, je constate une diminution de la sonorité en un point de la fosse sus-épineuse gauche.

En ce point le murmure vésiculaire est altéré ; le bruit expiratoire est notablement plus long que le bruit inspiratoire, il est aussi plus fort.

Si on le fait parler, on entend en ce point le retentissement de la voix ; mais on ne la perçoit pas articulée : il n'y a là que de la bronchophonie.

Elle a, paraît-il, quelquefois de la fièvre ; mais au moment où je fexamine, elle est complètement apyrétique .

La menstruation est troublée depuis quelque temps. Elle a été réglée pour la première fois vers sa seizième année elle a vu régulièrement jusque dans ces derniers mois, mais il y a six mois elle a eu une perte légère quinze jours après son époque ordinaire, puis elle n'a rien revu avan

six semaines, et alors elle avait à peine taché son linge. Depuis rien n'est apparu.

Elle est ordinairement constipée et n'obtient généralement une selle qu au moyen de lavements ou de légers purgatifs. Mais depuis qu'elle tousse, elle a eu cinq ou six diarrhées, qui ont duré deux ou trois jours et se sont terminées à la suite de lavements laudanisés, pour reparaître huit ou dix jours, quelquefois douze ou quinze jours après.

Depuis, la constipation n'a pas reparu; et, sans avoir la diarrhée, elle fait chaque jour une ou deux selles demi-consistantes.

Je constate sur la muqueuse de la langue quelques petites ulcérations : elle dit avoir des aphtes depuis longtemps.

En somme, le symptôme qui la tourmente le plus, c'est la toux; toux opiniâtre, qui la prive de sommeil et provoque même le 'vomissement.

Je lui prescris des pilules formées de quelques centigrammes d'extrait gommeux d'opium et d'un centigramme de poudre d'ipécacuanha, trois par jour.

En même, temps elle prendra avant chacun des deux principaux repas, une cuillerée à café d'une potion à l'acide arsénieux, et je retournerai la voir dans quelques jours.

Le 15 avril, la toux est beaucoup moins fré-

quente, elle a pu dormir tranquille, n'a plus vomi, n'a plus qu'une selle dans les vingt-quatre heures. Mais l'appétit n'est pas revenu, elle a surtout beaucoup de répugnance pour la viande.

Malgré cela, elle se croit presque guérie; mais les signes physiques m'indiquent que la lésion du poumon n'a pas diminué.

Je prescris une potion à l'hypophosphite de chaux. En même temps, effrayé des progrès de la dénutrition, je lui déclare qu'il faut absolument se nourrir; que si elle ne peut manger de viande, elle mangera des potages, des légumes, mais qu'il faut absolument manger.

Pour activer l'appétit, j e lui conseille de prendre de temps en temps une cuillerée à bouche d'une macération de quassia amara.

Je suis assez heureux pour qu'elle prenne goût à ce régime végétal, et j'insiste sur le même traitement pendant quatre mois.

Les signes physiques m'indiquent une amélioration progressive : le bruit inspiratoire redevient plus long et plus fort, le retentissement de la voix diminue, la bronchophonie finit par disparaître complètement.

A la fin du mois d'août, il n'y avait plus aucun bruit morbide ; et, dans les premiers jours de septembre, elle venait m'annoncer avec enthousiasme que ses règles avaient reparu.

Comme Fhiver approchait et que je redoutais pour elle Finfluence de la mauvaise saison, je lui conseillai d'aller à Menton.

Elle y resta du 20 septembre 1869 au 15 mai

Elle n'eut aucun accident pendant cet hiver ; et, quand je la revis au printemps de 1870, elle se portait à merveille, avait un appétit magnifique et reprenait de Tembonpoint.

Pendant Fautomne de 1870, elle suivait son mari, qui était attaché à la délégation gouvernementale de Tours.

Le siège survint, puis la Commune, et je ne revis M"' B. qu'en août 1871. Elle venait m' annoncer qu'elle quittait Paris, et que son mari était nommé à un poste important dans le département des Bouches-du-Rhône. Depuis, je l'ai complètement perdue de vue. Puisse le séjour de la Provence lui être favorable !

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