DE LA DILATATION DU CŒUR DROIT DANS LA PHTISIE
Sommaire. — Historique ; Jaccoud Ja trouve chez tous les phtisiques. — La dilatation du cœur droit appartient à certaines formes. — Observations anatomiques dans lesquelles existe cette dilatation. — Son mécanisme et ses conditions de production. — Gêne de la circulation pulmonaire. — R61e des productions fibreuses. — Influence de la dyspnée.'
L’insuffisance tricuspide est-elle un phénomène favorable? Dangers de cette complication.
Au moment où la tuberculose se constituait sur les recherches de Bayle et de Laennec, l’attention était attirée déjà sur les relations étroites qui unissent les lésions du poumon à celles du cœur, sur la dépendance réciproque de ces deux grands appareils. Déjà signalées par Sénac en 1749, les lésions du cœur consécutives aux maladies pulmonaires avaient été nettement définies par Corvisart en 1806 ; il n’est donc pas étonnant que les premiers auteurs qui se sont occupés de la tuberculose signalent avec soin l’état du cœur. Si nous laissons de côté les localisations diverses de la diathèse sous forme de péricardites ou de tubercules du cœur, si nous ne retenons
HISTORIQUE
que les lésions qui peuvent être considérées comme la conséquence directe de la lésion pulmonaire, ce n’est que dans le cœur droit que pourront se faire sentir les troubles de la petite circulation : les maladies du cœur gauche sont primitives et la question de leur coïncidence avec la tuberculose, encore à l’étude, sort absolument de notre cadre; on peut en dire autant des rétrécissements de l’artère pulmonaire qui, comme Lebert ‘ d’abord et plus tard Constantin PauP l’ont démontré, sont une cause et non un résultat de la tuberculose pulmonaire ; et nous ne comprenons pas que cette confusion si facile à éviter ait pu être faite par M. Brun-Bourdaux. Mais d’autre part la tuberculose, maladie lente par excellence, et qui, en restreignant graduellement le champ de l’hématose, élève le degré de la tension sanguine intrapulmonaire, semble, au premier abord, devoir nécessairement entraîner comme altération secondaire l’insuffisance tricuspide; c’est cette question que nous allons examiner dans ce chapitre.
Les premiers observateurs sont tous d’accord pour rejeter une relation nette entre ces deux maladies. Laennec^ déclare « que le cœur chez les phtisiques présente ordinairement une coloration vermeille et est presque toujours remarquable par la petitesse et la fermeté de son tissu. » C’est à cette affirmation de Laennec que se rallient tous les auteurs du commencement du
^ Lebert, Berlin Klin. Wochenschrift,, 1867 no®, J22, 24»
* Constantin Paul, Ga:;ette hebdom., 1871, n° 27. — Union médicale^ 1871, nos 99 à 112.
^ Laennec, Traité de l'auscultation médiate^ Paris, 1879, éci. de la Faculté, P» 366»
Si
DILATATION DU CŒUR
siècle, dans cette première période, pour tous le cœur des phtisiques est petit, atrophié, graisseux même. Bizot^ d’abord, Louis* plus tard, rejettent la dilatation du cœur des lésions produites par la phtisie, et déclarent que la diminution de volume que l’on observe liabituellement n’a rien de spécial à la maladie, et que le cœur présente seulement les caractères communs à toutes les maladies chroniques ; quand le cœur est gras, le foie l’est aussi, donc pas de rapport mécanique avec la lésion pulmonaire ; l’atrophie, la dégénérescence graisseuse sont le simple résultat de l’amaigrissement général ou de la persistance delà fièvre, et on ne voit pas bien pourquoi M.Barrabé, dans sa thèse inaugurale (Paris 1878), accorde tantde place à ces deux lésions.
Bien que Portai^ ait un passage qui paraisse vouloir dire que la phtisie peut devenir une cause de dilatation du cœur, il ne développe pas cette interprétation, et il faut arriver jusqu’aux leçons de M. Jaccoud pour entendre affirmer que la dilatation du cœur droit est la conséquence ordinaire de la phtisie. Avant lui, dans les ouvrages ou les articles de dictionnaires qui traitent de l’influence exercée par les maladies pulmonaires sur le cœur droit, on ne trouve pas qu’il soit fait mention de la phtisie, à moins que ce ne soit pour nier son action avec Louis et Grisolle, opinion que M. Gouraud adopte encore dans sa thèse en 1865.
1 Louis, Recherches anat.-palh. sw lapht., 2' ëd., Paris, 1843, p. 5ï.
2 Bizot, Recherches sur le cœur. Mémoires de la Société vncd. d obs.. I, 1837, p. 262.
3 Portai, Observations sur la nature et le trait, de la pht.
Paris, 1809, t'. II.
■* Jaccoud. Leçons de clinique méd.,\y'oi. h riicipital Larib^dsiêre, ]i. 34a.