INTRODUCTION
dans leurs systèmes , et qu'ils nous ont légué un certain nombre de théories ingénieuses ou profondes sur la nature et les facultés de l'âme. Mais il faut bien l'avouer, la science expérimentale de l'âme humaine, cette étude que toute philosophie suppose et à laquelle toute vraie méthode nous ramène, la psychologie n'avait point alors la forme scientifique qui lui convient : elle ne reposait pas uniquement sur l'observation; surtout elle n'était pas assez nettement distinguée des autres parties de la science, elle qui les doit précéder et dominer toutes, puisqu'elle contient en germe la solution de tous les grands problèmes et touche à toutes les questions qui intéressent l'humanité. La psychologie n'a été véritablement constituée que dans les temps modernes, lorsque , placée à l'entrée de la philosophie , elle a été étudiée à la fois pour elle-même et pour la philosophie tout entière ; et sans doute cette attention spéciale accordée aux questions psychologiques a dû en avancer la solution.
Toutefois, ce progrès n'a pas été l'œuvre d'un jour : les philosophes de tous les temps y ont contribué. Il nous a paru intéressant de rechercher dans les grands systèmes de l'antiquité les premiers éléments d'une science qui était alors sans nom , mais qui ne pouvait manquer entièrement à ceux qui connaissaient et mettaient en pratique cette grande maxime : Yv&Qi ceavTov. Aristote entre tous nous offrait un beau sujet d'étude. Il a été le précepteur du genre humain en presque toutes les autres sciences ; partout ailleurs il est facile de retrouver la trace de ses idées et jusqu'à son langage. Ses opinions sur la nature de l'homme ont aussi exercé une grande influence , et le tableau des
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emprunts qui lui ont été faits dans cette partie de sa doctrine ne serait pas le chapitre le moins curieux de l'histoire du péripatétisme. Notre intention n'est pas de suivre les développements de la psychologie après Aristote et sous son influence. Nous nous sommes simplement proposé de constater à quel point en était cette science dans le vaste système du péripatétisme et d'apprécier dans la mesure de nos connaissances la théorie des facultés de l'âme, telle qu'on peut la reconstruire d'après tous les ouvrages d' Aristote que le temps a respectés.
Les notions psychologiques occupent une plus grande place qu'on ne pourrait le croire dans la philosophie d'Aristote. Sa logique n'est qu'une suite et une conséquence de l'analyse des procédés intellectuels ; sa rhétorique et sa poétique sont tirées de la connaissance des instincts et des passions de l'homme; sa morale repose sur l'étude de la volonté et des habitudes de l'âme; sa politique prend pour point de départ la nature humaine et se rattache à nos penchants sociaux; enfin sa métaphysique elle-même fait appel à la conscience sur la question de l'essence et sur l'important problème des attributs de Dieu. Ainsi , en bien des parties de cette vaste encyclopédie qui porte son nom , Aristote emprunte ses principes à la science de l'âme et souvent il en traite les points les plus délicats. Ce n'est pas tout : non content de ces analyses partielles , il a esquissé dans son traité De l'âme un système presque complet de nos facultés. On trouve donc dans ses écrits tout ensemble une théorie générale des facultés de l'âme et une analyse particulière de chacune d'elles. N'allons pas nous imaginer