IX INTRODUCTION
cependant qu'Aristote ait compris la science de l'âme comme les philosophes modernes , comme l'école écossaise par exemple. Loin de là : alors même qu'il observe et qu'il analyse , il se place toujours à un point de vue général et synthétique. La psychologie n'a même pas reçu de lui un nom ; à vrai dire , elle n'est pas une partie distincte de son système ; les éléments en sont épars dans la physique et dans la métaphysique, dans la logique et dans la morale, en un mot dans toutes les sciences qu'Aristote a cultivées , honorées, perfectionnées. C'est une grave difficulté dans l'exposition de ses théories psychologiques que ce mélange d'idées de toutes sortes dont il les faut dégager. Une fois cette séparation opérée , quand on a sous les yeux et l'ensemble et le détail de ces théories, bien souvent on a lieu d'en admirer la profondeur; on admire cette analyse à la fois savante et hardie, une sagacité merveilleuse et une incomparable précision. On s'étonne de voir un philosophe ancien aussi avancé, plus avancé parfois que les plus grands philosophes modernes ; et d'un autre côté , à de nombreuses, à de graves imperfections, on reconnaît aussi la différence des temps et surtout des méthodes. Soit donc que l'on expose , soit que l'on discute poulies apprécier ces doctrines un peu vieillies , on doit se garder à la fois d'un aveugle enthousiasme et d'un mépris irréfléchi , et la justice veut qu'on ait présente à l'esprit cette pensée de La Bruyère : « On se nourrit des anciens ; on les presse , on en tire le plus qu'on peut ; et quand enfin on croit marcher tout seul , on s'élève contre eux , on les maltraite , semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé , qui