‹ De la physchologie d'AristoteChapitre 33 sur 41 · VICES · texte numérisé non relu

VICES

Tacheté.

Intempérance.

Rassesse.

Lésinerie.

Avarice.

Malveillance

Étonnement stupide.

Adulation.

Modestie affectée.

Rusticité.

Témérité.

Insensibilité.

Orgueil.

Ostentation.

Prodigalité.

Flatterie.

Impudence.

Insolence.

Jactance.

Bouffonnerie.

Il faut distinguer avec soin dans les habitudes morales ce qui est un don de la nature et ce qui est l'effet de la vertu. Certaines qualités morales nous sont en effet comme innées, ou du moins nous les contractons de bonne heure ; mais nous n'en restons pas à ces germes de vertus qui , sans la raison , nous seraient tout à fait nuisibles. La vertu proprement dite n'existe qu'avec la raison et suppose la prudence \ et c'est pour cela que certains philosophes , entre autres Socrate, ont prétendu que toutes les vertus étaient des espèces de la prudence (2).

Tandis que les habitudes morales dépendent uniquement de la coutume et ont pour fonction de régler bien ou mal nos passions, les habitudes intellectuelles qui se rapportent à une partie plus excellente de l'âme, s'acquièrent et s'accroissent par voie d'enseignement (3).

(1) Ce tableau est tiré de la Morale à Eudème, H, 3, p. 1220, b. (2) Mor. à Nie, VI , 1.3, p. 1 144, b, pass. — (3) Ibid. , II , 1 inii.

îl faut faire entre les vertus intellectuelles la même distinction qu'entre les puissances de la partie raisonnable de l'àme, et puisqu'il y a dans cette partie deux puissances, Tune scientifique, l'autre logistique ou délibérative , il faut attribuer à chacune d'elles les vertus qui lui sont propres (1 ) .

Les habitudes de la faculté scientifique sont la science et la sagesse ; celles de la faculté délibérative sont la prudence et l'art , l'expérience , l'adresse et la sagacité : ces dernières habitudes ou vertus doivent être appelées pratiques , quand leur effet se borne à agir d'une certaine manière , et poétiques, lorsque leur action aboutit à une œuvre qui lui survit (2).

L'art est une habitude poétique , c'est-à-dire d'exécution , dirigée par un raisonnement vrai : il est bien évident d'ailleurs que l'art ne s'applique à produire que les choses qu'il est en notre pouvoir de faire ou de ne pas faire. Le défaut d'art est une habitude d'exécution qui porte sur les mêmes objets, mais qui se règle sur un faux raisonnement (3).

La prudence semble être la vertu par excellence : c'est une habitude pratique de bien délibérer sur les actions qui peuvent nous apporter quelque avantage, non pour la santé ou la force du corps , ou toute autre qualité particulière , mais en général pour le bien et le bonheur. La prudence n'est donc pas une science, puisqu'elle porte sur le contingent pratique , c'est-àdire sur les objets de l'opinion ; et elle n'est pas non

(1) Mor. à Nie, VI, l ; Gr. Mor., I, 35 ; Mot. à Eud., If, l. — (2) Mor. à Nie, VI, 4, p. 1140, a, 1. 1 suiv. — (3) Ibid., 1. 10 et pass.

plus un art, puisqu'elle ne se propose aucun résultat matériel et qu'elle ne produit rien autre chose qu'une action (1 ).

La prudence a pour condition cette habileté qui souvent se rencontre sans la vertu , et qu'on appelle l'adresse (2).

L'expérience est la faculté qui fournit à l'art ses principes généraux : elle suppose plusieurs souvenirs et en résulte (3).

Enfin la sagacité est l'habitude de découvrir en toute question le terme moyen du syllogisme (4).

Telles sont les habitudes de l'entendement pratique. Quant à la partie scientifique et contemplative, son essence et sa forme propre , nous l'avons déjà dit, c'est la science. Mais on doit se souvenir que la science est une habitude de démonstration qui ne saurait embrasser les principes indémontrables. Or il n'y a de sagesse achevée que celle qui connaît les principes. La sagesse paraît donc tenir à la fois de l'intellect et de la science : c'est la science première , et la possession en est peut-être plus qu'humaine (5).

Il suit évidemment de tout ce que nous venons de dire que la sagesse, la science et l'intellect sont ce qu'il y a de plus précieux et de plus digne d'admiration (8).

Les autres habitudes intellectuelles sont, comme les habitudes morales, des objets d'éloge ou de

(i) Mor. à Nie, VI, 7, pass.; ch. 13; Mor. à Eud., liv. V, pass. ; Gr. Mor., 1 , 35. — (2) Mor. à Nie, VI , i % p. 1144 , a. — (3) Métaph. ,1,1, p. 980, b; p. 981, a. — (i) Dern. Anal., I, 34, § 1.— (5) Mor. à Nie, VI , 7, pass.; Gr. Mor., I, 35; Métaph., I, I pass.— (fi) Tîjiiov. Mor. à Nie, VI, 7, p. 1141, b, 1.2, 3. Cf. Gr. Mor., I, 2 init.

blâme, par cela seul qu'elles sout vicieuses ou vertueuses (1). Toute vertu est louable , tout vice mérite qu'on le blâme -, et la raison en est que ce sont choses volontaires et propres à l'homme (5); mais il nous faut expliquer commeut et dans quel sens nos habitudes sont dites volontaires.

A en croire Socrate , il ne serait pas en notre pouvoir d'être vertueux ou vicieux : « Car, dit-il , jamais un homme à qui l'on demanderait s'il aime mieux être juste qu'injuste, ne préférera être injuste (3). »Un poète a dit aussi : « Nul n'est méchant à dessein, ni heureux malgré lui (4). » Cette pensée nous paraît vraie sous un certain rapport , et fausse sous un autre : car sans doute nul homme n'est heureux malgré lui ; mais le vice est volontaire ainsi que la vertu. En effet, dans tous les cas où il dépend de nous d'agir, nous pouvons aussi ne pas agir : en sorte que si nous sommes maîtres de faire ce qui est bien , nous le sommes aussi de faire ce qui est mal. Or, si nous sommes maîtres de faire de bonnes ou de mauvaises actions , il dépendra donc de nous d'être bons ou méchants, dignes d'éloge ou de blâme. Dire que le vice n'est pas volontaire, c'est nier que l'homme ait en soi le principe de ses œuvres et qu'il en soit pour ainsi dire le père (5).

Il est vrai que les habitudes ne sont pas volontaires de la même manière que les actions particulières , et que, par exemple, lorsqu'on est devenu injuste par

(1) Mor. à Eud., II, 1, p. 1220, a, 1. 5.— (2) Ibid., II, G, 11 ; Gf. Mor., 1,2; Mor. à Nie, I, 13 fin. — (3) Gr. Mor., I, P. — (4) Mor. à Nie, III, 7, p. 1 1 13 , b. — (5) Ibid. : ipyrt xoù ys.vvwzy\<; xwv irptitéctov.

la pratique volontaire de l'injustice, on ne saurait cesser tout d'un coup de l'être, pas plus qu'un homme qui se sera rendu malade par son intempérance , ne pourra recouvrer instantanément la santé , quand il le voudra. Mais toutes nos habitudes dépendent de nous dans leurs commencements , puisqu'elles résultent de la répétition de certains actes voulus et choisis librement (4).

Nous sommes donc jusqu'à un certain point cause de nos dispositions ou habitudes , et par conséquent de nos vertus et de nos vices. Rejeter sur la nature la responsabilité de nos fautes et de nos vices , c'est nous méconnaître nous-mêmes, comme auteurs de nos propres actions : c'est oublier que ce que nous avons fait suivant un choix libre et raisonné, il dépendait de nous de ne le point faire (2).

(i) Mor.àNic, III, 7, p. Ilt4,a. — (2) Ibid., p. 1113, b;p. 1114, Jb,

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