‹ De la physchologie d'AristoteChapitre 8 sur 41 · DE LA PARTIE SENSITIVE OU SENSIBILITÉ EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA PARTIE SENSITIVE OU SENSIBILITÉ EN GÉNÉRAL

(r) at(j6rixixT) ôùvajuç, to ataôrjTixdv).

Tandis que les plantes n'ont que la nutrition , il est des êtres qui ont la puissance nutritive à la fois et la sensibilité ou puissance de sentir (1). Cette puissance est une des parties essentielles de F âme , et l'on ne peut douter qu'elle lui appartienne : car c'est bien par l'âme que nous sentons premièrement (2).

La sensation est une connaissance (3) et consiste en une certaine manière de pâtir de la part des objets (4). Pour comprendre ce que c'est que sentir, il nous faudra donc avant tout étudier les objets sensibles (5). Il y a cinq sens, qui sont le toucher, le goût, l'odorat , l'ouïe et la vue : chacun d'eux réside en un organe et perçoit les objets qui par leur nature sont propres à l'affecter (6) . Mais de plus il y a un sens commun , qui est le premier sensitif , qui réside en l'organe central de la sensibilité , et qui compare les données des sens particuliers (7).

C'est la sensibilité qui communique aux animaux les mouvements contraires qui produisent la respira-

(1) De l'âme, II, 3, § 2. — (2) Ibid. , II, 2, §§ 6, 12; ch. 3, § i.-

— (3) Générât, des anim., I, 23, p. 731, a. — (4) De l'âme, II, 5, § l. -* (5) Ibid., II, 4, § 1. — (6) Ibid., III, 1, § 1 ; Mor. à Nie, X, 4.-

— (7) Du somm. , II, § 3 ; De la jeunesse, 1 , pass. ; III, § G.

tion (1). 11 semble même qu'on lui doive rapporter la santé et la maladie , la jeunesse et la vieillesse , la vie et la mort dans les animaux (2). C'est elle encore qui est la cause du sommeil et de la veille , des défaillances, de l'évanouissement et du délire (3).

L'imagination et la mémoire supposent la sensation et en résultent , et par conséquent les songes doivent être aussi attribués à la puissance sensitive (4).

D'un autre côté , la sensation est accompagnée de peine ou de plaisir, et là où se trouve le plaisir, on voit naître les désirs , par exemple la faim et la soif (5). Or le désir est une sorte d'appétit, puisque l'appétit est désir, passion ou volonté (6). L'appétit semble donc être une partie de la sensibilité (7) , mais non l'appétit tout entier ; car la volonté ne se produit qu'avec la raison (8) .

Enfin les peines et les plaisirs du corps donnent naissance à des vices et à des vertus (9) qui se rapportent à l'appétit et à des facultés non raisonnables, et qui par là appartiennent à la sensibilité (10).

Quoique la locomotion suppose toujours quelque imagination et quelque appétit (1 \ ) , ce n'est pourtant pas la sensibilité qui meut les animaux ; car il y a des animaux qui ont la sensation et qui n'ont ni la puissance de se mouvoir, ni les organes néces-

(l)De la sensat. , 1, §3; Métaph.,V, 5. — (2) De la sensat., I, §3. — (3) Du soram., I, pass. ; II, § 5. — (4) De l'âme, III, 3, § 11 , § 13; Delà mém. , I , pass. ; Des songes, I, pass. — (5) De l'àme, II , 2} § S ; II , 3, § 2, § 3 ; III , 1 1 , § i ; Du somm. , I , § 1 1 . — (G) De l'âme , 11, 3, § 2 ; De la sensat., I, § 2; Mouv. commun des anim. , VI, § 4, § 5. — (7) De l'âme, II, 3, § 2; 111,7, § 2.— (8) lbid. , III, 9, § 3. — (9) Physique, VII, 4 med.— (10)Mor. à Nie, 111, 13; Mor. à Eud., Il, 4.— (Il) De l'âme, III, ï), § 5 ; Mouv. commun des anim. , VI , § 8.

saires pour se transporter d'un lieu à un autre (1 ) . L'appétit n'est même pas absolument maître de tous nos mouvements , mais l'entendement y a aussi sa part (2).

Il ne faut pas non plus attribuer à la sensibilité l'action morale , car elle en est incapable (3) , ni la science , car celle-ci porte sur l'universel , et la sensation sur le particulier (4).

Cependant la vérité ne nous est connue que par ces deux facultés : la sensibilité et l'entendement (5) . La sensation est en soi un acte excellent , et elle est une fin pour tout ce qui en est doué essentiellement (6). Elle ne naît dans l'être vivant qu'après la nutrition , et ainsi elle est d'abord en puissance avant que d'être en acte. En effet, l'animal qui vient d'être engendré a déjà en puissance la sensibilité , puisqu'il est fait pour la posséder plus tard ; mais en acte il n'a que la nutrition (7). La semence des animaux vit et engendre aussi bien que les plantes : elle contient donc évidemment la puissance végétative. Il est certain du reste que la partie sensitive s'y ajoute avec le temps. C'est qu'un être animé ne devient pas tout d'un coup animal et homme , ni même animal et cheval ; la fin ne se produit qu'en dernier lieu (8). La sensation ne naît donc qu'avec l'animal qui sent (9). Il faut d'ailleurs plusieurs conditions pour qu'elle se produise.

(1) De l'âme, 1,5, § 13:11, 2 , § 4; III , 9, §6.— (2) Ibid. , III, 9 , § 8. - (.3) Mor. à Nie, VI, 2, p. 1139, a.— (4) Dern. Anal., II, 19, § 7. Cf. Topiq., IV, 4, § 13, etc. — (S) De l'àine, III, 9, § 1 ; Mor. à Nie ,

VI, 2; Des songes, I, § 1.— (6) Du somm. , II , § 7. - (7) De i'àme, II, 5, § 5 suiv. — (8) Générât, des anim., II, 3, p. 7 30, a. — ^9) Catég,,

Page 1