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DU CRANE DES SINGES

En général, le singe a le front surbaissé, les yeux vifs, le nez petit et épaté, la bouche grande et grimacière, comme on le voit

Fi;:. 218.

dans cette figure (217). Il n'est ni le prédécesseur ni la dégénéres-

Fig. 217.

cence de l'espèce humaine; il l'avoisine et ne se confond pas avec elle.

Nous procédons de l'ensemble aux détails; nous traçons trois divisions génériques des signes extérieurs en regard de la cause morale dont ils sont les effets :

1° Traits en équilibre : — calme intérieur;

2° Traits fortement accentués et très-mobiles : — surexcitation habituelle;

3° Traits dirigés vers la ligne médiane : — état concentrique simple; — sous-excitation, s'il y a abattement; — premier degré des passions violentes, s'il y a contraction énergique.

L'homme juste d'Horace appartient au premier type, dans le

degré le plus élevé de l'échelle sociale. Le Koi d'Yvetot, de Déranger, en occupe un des bas échelons.

Le vieux Barneveldt (fig. 218) aurait pu poser 'devant le poëte latin. L'intégrité du grand pensionnaire de Hollande et son ardent amour pour son pays n'ont été égalés que par sa fermeté politique. 11 avait soixante-dix ans quand il mourut sur l'échafaud.

Vincent de Paul (fig. 219) a la sérénité de l'homme utile et dévoué, s'oubliant dans les autres avec la satisfaction d'un devoir accompli.

Fig. 219.

Si le livre d'or de l'humanité montre avec orgueil les noms de ses bienfaiteurs au cœur chaud, surexcité par de nobles sentiments, l'histoire nous fournit trop d'exemples de la seconde catégorie, dans ces monstres qui se sont fait une arme meurtrière du fer ou du sceptre, pour assouvir des passions effrénées.

Les assassins et les tyrans sont marqués du stigmate de la violence. Les plus dangereux essayent en vain de cacher, sous un flegme apparent, l'énergie de leurs vices. Les uns ressortent sur le fond brillant d'un palais; les autres s'effacent dans l'obscurité du bagne, s'ils n'ont pas eu l'occasion de se poser sur un piédestal en subissant courageusement le dernier supplice.

PHYS10GNOMONIE.

Poulman (%. 220) et Soufflard (fig. 221) forment un cortège à l'infâme empereur Néron (%. 222), d'exécrable mémoire. Le caractère de la sous-excitation est l'abattement.

Fig. 220.

De longs chagrins ont affaissé les traits de ce visage (fig. 223) et penché ce front chargé de tristes souvenirs.

La tête affaiblie du Tasse (fig. 224)raconte l'histoire de ses douleurs, en laissant rayonner la partie supérieure, empreinte du génie du poëte.

La sous-excitation attriste les lieux où les découragés vonts'en-

Fig, 222.

terrer, vivant d'une existence végétative, et déjà morts à la vie

Fig. 223.

inlcllcctnelle par la perte de leurs illusions.

PHYSI0GN0M0N1E.

Les faibles, les affligés, les souffrants, les martyrs résignés, les

Fii 2-24.

travailleurs épuisés par d'incessantes fatigues ; ceux dont la fin

Fig. 223.

approche, jeunes ou vieux; les êtres passifs ont l'aspect de l'abat-

tement, les muscles rapprochés de la ligne médiane et les chairs tombantes.

Fie. 226

A côté de cette triple classification expressive, nous ajouterons deux subdivisions topographiques.

l'itr. -m.

La lace se compose de deux parties : l'une, supérieure ou crânienne, a pour base [es yeux; la seconde descend de cette zone

intermédiaire commune, jusqu'au-dessous du menton. Le haut correspond à l'intellect; les passions abdominales se reflètent dans

wdfèff£

■EnMm

Fig. 228.

la région basse ; l'expression habituelle du regard accentue et complète l'indication de prédominance du caractère.

Le front de Voltaire (fig. 225) a beaucoup plus d'importance que

la partie inférieure. Un œil plein de finesse, un sourire ironique, disent l'homme de génie et le lutteur armé du ridicule.

A treize ans, cette jeune fille (fig. 226) était initiée aux mystères de la débauche. Ici la région maxillaire est la plus forte; l'impureté l'enlaidit; les appétits grossiers s'y montrent dans leur crudité native. Ses malheureux parents en attendaient mieux; ils lui avaient donné, sur les fonts de baptême, sainte Angélique pour patronne. Quelle dérision !

Fig. 230.

Voici un poëte illustre à deux époques de sa brillante carrière. Le chantre des Orientales (fig. 227) se reconnaît à son vaste front, à l'enthousiasme de sa prunelle ardente. Plus tard (fig. 228), l'exil a sillonné ce front sans lui rien oter de son ampleur magistrale. L'œil a la sévérité du juge et la fermeté d'une conviction profonde. Devons-nous y voir aussi les regrets de la patrie absente?

Le penseur absorbé par une idée fixe a le cerveau plein et les joues creuses. Cicéron (fig. 229) s'amaigrit en songeant à Catilina.

Une préoccupation constante donne un aspect sévère à cette tête

de Brutus (%. 230), que le général Bonaparte exigea du pape, pour être envoyée au Musée français. Bonaparte commençait alors son apprentissage de la dictature.

Avec l'inertie de l'esprit et l'activité de l'estomac, le front est étroit ; les muscles des mâchoires sont gras et charnus.

Nous reproduisons le masque antique de Vitellius (fîg. 231), dont la gloutonnerie excita l'admiration de ses affîdés, si renommés pour leur gourmandise. La surabondance des chairs pèse sur le col

Pig. 231.

tuméfié. Cette masse a l'apparence du tissu graisseux d'un animal immonde.

A toute la distance qui sépare de véritables qualités personnelles des vices de l'ancien maître de Rome, nous placerons un exemple récent : le dernier roi des Français, mort sur le sol étranger, avait le bas du visage élargi. On n'a pas oublié la préoccupation de ce père de famille. 11 se complaisait à l'amélioration et à l'augmentation de ses domaines; passion tenant aux appétits physiques. Son règne a été celui des intérêts matériels.

John Dryden (fig\ 232) aimait l'argent. Il a laissé plus d'une fois sa muse céder aux propositions de Plutus.

J.-B. Tavernier (fig. 233) parlait un grand nombre de langues. Il a rapporté de ses lointains voyages des richesses immenses. Le savant s'alliait au commerçant. Le bas de son visage est développé, sans néanmoins empêcher d'apprécier un front intelligent, comme

Fig. 23Ï.

on le remarque aussi chez le poëte anglais que nous venons de nommer.

En général, les êtres positifs ont un visage à base large et solide. Il devient charnu sous l'influence abdominale ; il s'amoindrit de ce que le cerveau acquiert par un long travail.

Le masque au front et au menton fuyants témoigne d'une incapacité morale et physique. Ce profil (fig. 234) est celui d'un idiot.

Ici l'esprit et le ventre sont inertes; l'insouciance est son état habituel. Un tel infirme est plus qu'un végétal et moins qu'un homme.

Fig. 233.

En raison de l'antagonisme existant entre les facultés de l'intelligence et les facultés purement matérielles, il est impossible d'as-

Fig. 234.

seoir un jugement complet sur la valeur réelle des unes et des autres, si l'on ne s'aide pas de la comparaison des deux portions

haute et basse du visage. L'importance delà dernière vient en déduction de la signification de la région supérieure, et réciproquement. Le front de Voltaire et celui de Lamennais ont toujours surmonté des joues maigres. La tête de Napoléon présentait le même contraste sous la République. Son front a eu un masque plein pour appendice sous l'Empire.

Me. 2S5.

La tête de François de Malherbe (fig. 235) montre, dans la région frontale, une imagination poétique dominant le reste de la face.

Le front de Pascal (fig. 236) est soutenu par un visage accentué intérieurement, qui ajoute les qualités du positivisme à la fécondité de l'intelligence.

Il y a dans cette étude comparative tout un système de pondération dont on ne peut s'affranchir. Aussi nous insistons, en con-

seillant de ne jamais considérer une partie en faisant abstraction du reste. Le spectateur placé sur la rive ne regarde pas seulement

Fig. 236.

de quel côté le vent souffle dans les voiles; il a besoin d'examiner la direction imprimée par le gouvernail au navire, afin de mieux apprécier les intentions du commandant de la manœuvre.

BU FRONT OSSEUX

Le front est le relief de l'intelligence.

Les dimensions de la région frontale correspondent à la force et à l'étendue des facultés supérieures.

Empruntons d'abord deux observations à l'enfance. Gall a constaté dans ce sujet (fig. 237) une aptitude singulière pour la mimique.

En 1861 , ce front de deux ans (fig. 238) donnait déjà des preuves d'une conception remarquable. Ces promesses se sont largement réalisées depuis.

Il ne faut pas s'arrêter rigoureusement à la mesure de la surface antérieure du front; il est indispensable de jauger sa capacité réelle, en calculant les trois dimensions de la calotte sphérique qui le forme.

Dans plusieurs cas, la qualité de la substance cérébrale supplée le volume. Nous citerons Arago; personne n'a été plus habile à

Fig. 238.

généraliser la science. Peu de savants ont réuni tant de connaissances diverses. Son profil seul, abstraction faite des autres signes

Fig. 239.

révélateurs, ne semble pas, au premier aspect, appartenir à cette haute organisation intellectuelle ; elle s'explique subsidiairement

DU FRONT OSSEUX

par une constitution énergique et par la masse de l'encéphale contenue entre les parois latérales et la base.

Le front se modifie avec le progrès des facultés de l'entendement. Une série de fronts, moulés sur le même individu, de cinq en cinq années, à partir de l'enfance jusqu'à l'époque de la maturité, le démontre clairement. L'acquis de l'intelligence se cote en augmentation et en condensation cérébrales.

En examinant le plan du front vu de profil, selon l'angle qu'il

*'ig. 240.

forme avec la ligne passant par l'œil et le trou auditif de l'oreille, il est droit, — fuyant en arrière, — ou penché en avant.

Le front droit (fig. 239) est l'indice des facultés dont l'imagination agrandit la puissance, s'il est large et haut.

Ce front (fig. 240) est plus positif; il est apte à recueillir, à élaborer et à transmettre les connaissances fournies par l'étude.

L'inclinaison surbaissée du front (fig. 241), avec étroitesse latérale, marque l'absence complète de lucidité d'esprit.

Le front surplombant signale une propension à la rudesse et à l'emportement. Ce jeune sourd-muet (fig. 242), doué de dispositions incontestables, avait de fréquents accès de colère suscités par la jalousie.

Fig. 241.

Le front du penseur est moins en dehors. Nous en empruntons un modèle à l'Angleterre, le profil de Cobden (fig. 243), ce méditateur studieux, dont le nom européen se lie à de grandes vues

politiques, et dont la parole puissante et habile a su défendre et propager des idées généreuses.

La tête de Richard Cobden est très-caractéristique par le développement du front et le peu de volume de la partie inférieure

DU FRONT OSSEUX

du visage. L'œil est vif; il paraît fatigué par un travail assidu. Le nez tend à la forme aquiline ; les narines sont mobiles ; leur ouverture est largement accentuée ; la bouche sourit avec bienveillance ; le menton est fin ; des plans solides attestent la fermeté de conduite et la ténacité des convictions. Le sceau du génie rayonne

Fig. 24:1.

sur cette noble physionomie empreinte du type national. De beaux cheveux retombent en arrière : le temps les a rendus gris. La taille de Cobden est élevée ; ses gestes, pleins de dignité, sont souples et expressifs.

La séance unique accordée par Cobden fut courte pour l'ar-

tiste et ne parut pas longue au modèle. Il écrivait, s'interrompant seulement pour dire : « C'est vraiment bien agréable de poser ainsi. » Il désira savoir dans quel but je prenais sa tête. Il écouta le bref exposé du système physiognomonique auquel se rattachait l'étude de ses traits, où prédominaient visiblement les facultés intellectuelles, la portion supérieure étant le siège de l'intelligence. « C'est-à-dire, continua Cobden, que le diable loge dans la partie basse. »

Il n'avait pas quitté la plume. 11 inscrivit spontanément son nom et la date du jour au-dessous du dessin. Il me tendit la main

Fig. 244.

cordialement; je la serrai avec le sentiment d'une respectueuse reconnaissance.

Cinq ans se sont à peine écoulés depuis l'instant où cette note fut écrite. Le grand citoyen ne pouvait plus grandir dans l'estime des amis de la liberté. La mort a consacré ses titres à l'admiration publique, en excitant des regrets universels.

Voici le profil de l'auteur de la brochure publiée en 1789 sous ce titre : Qu est-ce que le Tiers Etat? Tout. — Qua-t-il été jusqu'ici ? Rien. — Que demande-t-il? Devenir quelque chose. L'abbé Sieyès (fig. 244) fut un homme politique plein d'initiative dans des circonstances difficiles. Il avait le front élevé, se projetant légèrement en

DU FRONT OSSEUX

arrière. Sieyès eut une influence marquée dans la direction des affaires nationales ; il prit une part active à la grande révolution rançaise.

Si l'on considère l'ampleur relative, le front le plus vaste sera le mieux partagé. Les deux fronts ci-dessous ont porté la couronne de Suède. Celui de Christine (fig. 245) est le moins élevé; la partie inférieure de la face est développée.

Le front d'Ulrique Éléonore (fig. 246) prédomine dans l'ensemble des traits.

Ces deux reines ont également cultivé les lettres et les arts. La fille de Gustave-Adolphe a mené une vie irrégulière, où les passions ont joué un rôle, dont l'assassinat de Monaldeschi est un épisode et un résultat. La fille de Charles XI a laissé des souvenirs purs de tout alliage de mauvais aloi.

Le front de Benjamin West (fig. 247) est remarquable par ses dimensions. Ce peintre américain a produit des tableaux d'histoire d'un grand caractère. Cette organisation est celle d'un penseur et d'un artiste.

Girodet (fig. 248), poëte dans ses peintures et peintre dans ses poésies, avait un front étendu.

Le degré d'ouverture de l'angle frontal correspond à celui de la valeur des conceptions.

Voltaire (fig. 249) a l'un des plus vastes fronts connus.

Nous signalons l'Arioste (fig. 250); il a créé le Roland furieux, l'un des beaux poëmes de l'Italie. Comme le peintre Rubens, il s'est occupé d'affaires politiques.

Fig. -Ut

Les Italiens s'honorent aussi des œuvres poétiques du cavalier Marin (fig. 251), l'auteur d'Adonis et d'autres ouvrages dont l'amour est le thème important. Le bas de ce visage indique cette tendance aux molles rêveries du sensualisme.

Les images de nos grands poètes sont dans toutes les mémoires, aussi bien que leurs œuvres ; nous avons retracé les portraits de la plupart d'entre eux, nos lecteurs pourront les analyser. Nous croyons utile maintenant de placer ici des profils à angles moins ouverts.

DU FRONT OSSEUX

J.-B. Legouvé (fig\ 252) doit sa réputation à des vers gracieux sur le Mérite des femmes.

Fig 247.

Emmanuel Dupaty(fig. 253), auteur dramatique, a publié des

Fig. 248.

poésies spirituelles. Ni l'un ni l'autre de ces auteurs ne peuvent être classés au premier rang.

Paillet de Plombières (fig. 254) avait une fécondité étonnante de versification. La qualité ne valait pas la quantité.

Fig. 249.

Ce jeune front contemporain (%. 255) donne plus que des espé-

Fig. 250.

rances : il en est sorti plusieurs compositions poétiques où la fraîcheur n'exclut pas la fermeté du coloris.

DU FRONT OSSEUX

En résumé, l'ampleur du front accuse l'abondance des moyens; les contours spécialisent l'aptitude dominante.

Fig. 251.

Une longue expérience nous a donné les résultats suivants : la

Fig 252.

simplicité des lignes appartient aux passions douces; le heurté des plans coïncide avec l'inégalité du caractère; le front allongé

PHYSI0GN0M0N1Ë.

manque de résolution; le front à courbure puissante annonce l'énergie.

Nous devons nous bornera ces généralités fondamentales. Il n'y

Fig. 253.

a rien d'absolu dans les indications physiognomoniques isolées. Leur signification est dans un ensemble de considérations tirées des rapports des parties entre elles.

Fig 254.

Dans l'examen du front, il faut commencer par constater le point saillant de la courbure totale, et voir dans les sous-conlours de simples modificateurs.

DU FRONT OSSEUX

Nous traçons, sur la même échelle, le profil du front de Voltaire (fig. 256), sculpté par Houdon; celui de Napoléon (fig\ 257), d'après le plâtre coulé sur nature, par Antomarchi, à Sainte-Hélène.

Une belle épreuve d'un moule de la tète de Lamennais (fig. 258), après sa mort, nous a fourni ce développement frontal.

Fig. 450.

Le point culminant de la silhouette de ces grands foyers d'intelligence se rapporte à chacune des spécialités dont ils ont contenu les éléments distincts.

gj PHYSIOGNOMONIE.

La causticité du génie étincelle sur le front de Voltaire. L'esprit

de domination siège sur le front impérial. La profondeur de la

Fig. 258.

pensée se montre chez Lamennais.

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