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DU FRONT MOBILE

Le tissu mobile du front est un voile transparent où la pensée est d'autant plus apparente que le foyer réflecteur est plus vif. C'est le champ clos des passions morales : on y suit facilement leur lutte entre elles. En ce sens, l'étude du front s'applique principalement au côté spiritual iste du caractère. En effet, il s'agit ici spéciale-

Fig 259.

ment des formes déterminées par l'usage des facultés intellectuelles. La forme acquise devient la confirmation des présomptions indiquées par la construction solide, s'il existe une analogie complète entre ces deux éléments fondamentaux.

En prenant pour base nos trois divisions génériques des passions,

nous posons ces principes : la sérénité du front (fig. 259) correspond à la tranquillité de l'âme. L'affaissement des tissus provient d'une disposition concentrique simple et continue. L'extrême mobilité des muscles frontaux annonce la force et la fréquence des passions causées par la surexcitation.

Dans les fluctuations des fibres du front de Hugues Donneau (fig. 260), nous lisons les préoccupations de la jalousie de ce jurisconsulte éminent contre son illustre émule le savant Cujas. Nous

lis. 260.

mettons en regard sa tête remarquable (fig. 261). Une coiffure malencontreuse cache le sommet du front. La portion visible atteste l'étude. Les autres traits reflètent la bienveillance du professeur pour ses élèves.

La proéminence des sourciliers (fig. 262) indique un caractère vif, dont l'emportement est peu durable, avec un nez presque droit.

Le front inerte avant l'âge dénote un état mélancolique. C'est

DU FKONT MOBILE.

dans la profondeur et le mouvement des lignes persistantes que se logent les soucis, les chagrins, les inquiétudes de l'esprit, l'attention soutenue et le désir de satisfaire des impulsions ambitieuses.

Le front retient la plus noble expression de la majesté de

l-'ig. 261.

l'homme ayant conscience de sa puissance dominatrice. On y voit rayonner l'amour de la justice, les inspirations du génie, l'exaltation sympathique d'un cœur généreux, le sentiment de la liberté: tout ce qui tend à élever l'âme en élargissant son horizon.

L'innocence appelle la lumière sur un front épanoui. Le vice incruste sur le front un stigmate indélébile. Le crime dégrade le

Fig. 262.

front, en ternissant sa pureté native, et le contraint à se courber sous le poids de la honte et de l'infamie.

Les rides sont au front ce que sont les plis à la surface de l'eau : elles montrent la force d'un souffle extérieur ou d'un mouvement intérieur. Des deux côtés, il y a trouble; seulement, la trace en demeure chez l'homme, elle s'efface sans retour sur l'onde avec

la cause de l'agitation,

jfig. 2B3.

La signification des rides frontales se déduit de leur direction, de leur saillie et de leur nombre ; elles sont horizontales, — verticales, — obliques, — plus ou moins brisées et rapprochées. Chaque détail tire sa valeur de son accentuation.

Le pli vertical entre les deux sourciliers est creusé par l'appli-

cation énergique de l'esprit inquiet et chercheur. 11 est très-

Fig. 20-5

marqué chez Bronchorstius (%. 263), le professeur de jurisprudence.

fiWi

Fig. 265.

Ce pli est plus profond chez Raphelingius (fig. 264), l'orientaliste. Il a laissé un lexique arabe et un dictionnaire chaldaïque.

Charles do l'Ecluse (fïg\ 265), le célèbre botaniste, a ce signe.

Fig 2G6.

Cet infatigable travailleur est l'un des premiers qui ont décrit la

tlf»

Fig. 267.

PHYSIOGNOMON1E.

pomme de terre. 11 parcourut la France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, cherchant les plantes rares et utiles.

Citons aussi Grotius (%. 266), l'historien hollandais versé dans les lettres et le droit, poëte, philologue, l'un des savants les plus illustres.

Le créateur de la philosophie expérimentale, l'auteur de découvertes d'une haute importance, la victime de la stupidité du Saint-

Fig. 208.

Office, Galilée (%. 267), présente, en outre du pli vertical, les rides transverses amenées par la persécution.

Les rides transverses résultent, en effet, de la pression d'idées importunes et pénibles. Nous retrouvons ces rides multipliées sur le front du savant professeur et philologue hollandais Juste Lipse (fîg. 268). Il fut en butte aux tracasseries de querelles religieuses et aux attaques réitérées de ses collègues.

Les plis verticaux de la méditation se croisent avec des rides

transverscs sur le noble front du Poussin (fig\ 269). Ses nombreux et immortels ouvrages expliquent le signe de la contention d'esprit. On comprend, aux sillons horizontaux, les motifs qui contraignirent le sublime artiste de retourner à Rome, afin de se soustraire aux mauvais traitements de ses envieux.

Si les rides transverses s'abaissent vers le centre, l'abattement est habituel et vient de l'inquiétude. Si le centre s'élève au-dessus

i-ig. 26a.

des extrémités de la courbure, il y a penchant aux sentiments d'admiration et d'étonnement, accompagnant parfois la difficulté de compréhension.

Les plis obliques de bas en haut et surgissant du sommet du nez impliquent un état de colère violente.

Les rides rompues dans divers sens et soulevées en flots mouvants attestent des passions sans cesse actives.-

PHYS10GNOMONIE.

La faiblesse du caractère et la pauvreté de la constitution organique apparaissent dans le peu de saillie des entre-lignes. L'énergie est dans le mouvement élevé des rides saillantes dirigées en haut et de dehors en dedans. La sous-excitation produit l'effet opposé, par le relâchement des fibres musculaires.

Il est des rides tracées par le doigt seul du temps pour établir le compte des ans écoulés. Celles-là ont le calme de l'âge, où tout s'apaise en s épuisant dans le cœur humain. Elles sont reconnais-

Fiï. 270.

sables à leur aplatissement et à leur finesse sur une peau sèche et parcheminée.

L'absence de rides est le privilège de la jeunesse. Il s'allie à la simplicité des mœurs, à l'éloignement des agitations malsaines de l'existence.

Ce front plein de pensées ne laisse pas apercevoir de rides. C'est celui d'Eustache Lesueurffig. 270), le peintre calme et doux de l'histoire de saint Bruno. Ses belles toiles reproduisent les qualités de l'homme qui vécut loin des intrigues de la cour, et mourut à trente-huit ans.

DE L'ŒIL

La région oculaire (fig. 271) comprend extérieurement :

1° L'orbiculaire (3) fixé autour de l'orbite et, par sa fente médiane, aux cartilages des paupières; il tend aies resserrer; il tire en bas le sourcil (10), et sert à l'épanouissement de la joue.

2° L'élévateur de la paupière supérieure ; sa dénomination dit son usage (h,- fig. 275).

3° Le sourcilier(lO) s'étendant de la partie moyenne de l'arcade

sourcilière à la base nasale ; il abaisse et rapproche les sourcils, dont il érige les poils. Il concourt puissamment à l'expression de l'œil.

Le système moteur du globe de l'œil (fig. 272) se compose de six muscles cachés sous l'orbite, dont quatre droits, s'insérant à des points rapprochés, au fond de la cavité orbitaire, et venant s'at-

tacher au globe de l'œil (a), l'un en haut (c), un second en bas (d), le troisième à droite (e), le quatrième (/) à gauche. Leur position respective explique leur fonction. Le premier (c) renverse le globe de l'œil de haut en arrière ; le second (d)le tire en bas. Chacun des

Fig. 272.

deux droits latéraux (e et /) fait mouvoir l'œil en dedans ou en dehors, selon sa place; ils sont alors adducteurs et abducteurs. Enfin, deux muscles obliques complètent cet ensemble ; le supérieur (b) est le plus long ; de son point d'attache au fond de l'or-

bite, il va traverser un anneau (7) servant de poulie de renvoi, et vient se fixer derrière le droit supérieur (c).

Le grand oblique porte l'œil en dedans et en avant ; il dirige la pupille de bas en dedans.

DE L'ŒIL

Le petit oblique (g) est en dessous du globe de l'œil, et se porte en dedans et en avant, comme l'oblique supérieur, mais en tournant la pupille en haut et en dehors.

Ces six muscles participent à l'expression par leur action sur l'œil. Le muscle supérieur agit dans l'orgueil, la prière, l'inspiration ; l'inférieur, dans les actes d'humilité.

Fig. 274.

Le muscle latéral interne ramène la sérénité; l'externe se meut en jetant le dédain et la défiance.

Pour expliquer clairement ce mécanisme, nous intercalons trois aspects différents donnés par Cloquet dans son Anatomie.

Cette figure 273 montre le globe de l'œil (a) comme il se pré-

Fig. 27.5.

sente après l'ablation des paupières et des parties molles environnantes.

Dans la figure 274, l'œil est enlevé de la voûte orbitairc, et vu postérieurement, dans l'axe du nerf optique (ï). C'est une projection des quatre muscles droits et des deux obliques.

L'orbite se trouve ici (fig. 275) coupé dans un plan vertical, pour

laisser voir la situation des muscles, leur attache et leur insertion. Le muscle droit externe (f) est enlevé, afin de mettre à découvert le nerf optique (i) passant au devant du droit latéral interne (e) sans le cacher entièrement.

Tout en haut, glissant sous la voûte orbitaire, on voit l'élévateur de la paupière supérieure (h) faire l'office d'un cordon ouvrant un store par traction, et, par relâchement, le laissant retomber pour intercepter les rayons lumineux.

Il faut considérer dans l'œil la forme oblongue ou arrondie de son ouverture, sa saillie ou son enfoncement , sa grandeur, sa petitesse, sa couleur, son éclat. La dimension, la tension, le laisser aller et la coloration des paupières ont leur enseignement. La longueur, l'épaisseur et la teinte des cils entrent en ligne de compte, et aussi les plissements, plus ou moins charnus, entourant l'œil. Le sourcil nous occupera particulièrement,

L'axe horizontal des yeux est à peu près équidistant du sommet de la tête et du dessous du menton. Dans la race caucasienne, cette ligne est généralement droite, excepté chez certains peuples, dont les angles externes de l'œil sont légèrement relevés.

Cette disposition est commune chez les Chinois.

Les animaux ont les yeux situés plus haut, leur front étant surbaissé.

Un artiste distingué et savant orientaliste, M. J. Boilly, a bien voulu nous communiquer sa traduction inédite d'un poëme persan : Joseph et Zouleïkha, par Abderrhaman Djami, nous y lisons: «Qu'est-ce que le monde? Un être unique et collectif, composé de matière et d'intelligence, et dont l'œil de l'homme reproduit l'image en petit. »

Un philosophe français, moins enthousiaste, a dit simplement : « L'œil est la face de la face. »

L'importance de l'œil tient encore à son rapprochement du cerveau, auquel il se relie par de courts faisceaux nerveux. L'œil reçoit et reflète instantanément les impressions externes et les sensations internes : c'est un système de télégraphie électrique, mettant les points visibles les plus éloignés en contact immédiat avec le centre cérébral ; aussi, pour compenser la perte de ce sens,

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