‹ De la physiognomonie;Chapitre 37 sur 87 · DE IA COIFFURE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

DE IA COIFFURE PERSONNELLE

Il est des hommes dont la coiffure est stéréotypée : les révolutions et les modes n'ont aucune prise sur elle. Ils témoignent ainsi de la stabilité de leurs principes. Les émigrés, par suite des grands événements de 89, sont revenus en France avec les mêmes ailes de pigeon et les mômes idées politiques, sans avoir rien oublié ni rien appris. Il faut les classer parmi les partisans de la routine ; il en reste peu maintenant.

Les puritains laissent leurs cheveux suivre la direction de la nature, en limitant leur longueur.

Le prêtre orthodoxe se fait un scrupule de rien innover en matière de coiffure, comme en toute autre chose. Les abbés mondains risquent de légères concessions. Ces derniers sont assez tolérants dans l'exercice de leur ministère. Les premiers sont inflexibles.

La coiffure est souvent une partie de l'uniforme ; elle doit être considérée alors à ce point de vue exclusif, si des modifications sensibles ne viennent attester le peu d'aptitude pour la carrière dont on est obligé de suivre les prescriptions. Le mauvais soldat se reconnaît à la négligence de sa coiffure.

Il y a tout un abime entre la coiffure inculte du savant distrait et les combinaisons ingénieuses du petit maître, appelant le regard pour se faire admirer. L'homme aux distractions n'a jamais songé à dompter sa chevelure inextricable et à l'utiliser au profit de son amour-propre ; pour lui, les cosmétiques sont des mythes, et s'il possède un démêloir, c'est du superflu. Le fat aux prétentions ridicules a essayé de tous les ingrédients de la toilette ; il porte constamment un petit peigne dans sa poche. Il sait les noms et adresses

de tous les habiles parfumeurs. Chaque matin, il s'arme du fer à friser ; plus d'une papillote , abandonnée au balai du valet de chambre, fait remonter à la veille le commencement de cette grave opération.

L'excentricité intentionnelle de la coiffure tend à augmenter l'importance du personnage en évidence. Nous pourrions citer un ex-ministre littérateur, qui, selon l'expression de l'un de nos amis, semblait porter le monde sur un de ses cheveux. Il a, du reste, laissé de bons souvenirs à ses administrés.

L'aplatissement systématique des cheveux sur la convexité crânienne montre l'intention de s'amoindrir extérieurement. Combien de nos contemporains cherchent à dérouter les investigations, afin de marcher sans bruit à leur but !

Cherchez dans votre mémoire, vous avez dû rencontrer un de ces fauteurs de l'obscurantisme, allant, à pas de loup, recruter des prosélytes au sein de familles sans défiance.

Ce pourvoyeur de confréries mystiques, aux allures cauteleuses, et craignant d'éveiller une attention importune, n'avait-il pas une coiffure sale, plate et graisseuse?

Voici l'image d'un être tout en dehors. Il n'a pas besoin de voiler son front sous sa chevelure. Chacun peut lire à haute voix sur ce visage honnête. Un tel homme ne s'applique pas à soustraire une fille à l'influence maternelle pour s'en faire un titre de rémunération dans ce monde ou dans l'autre. C'est le père de famille, bon, généreux, humain sans égoïsme et sans ambition, ouvrant largement sa main au pauvre et à l'ami qui veut y poser la sienne. Ses cheveux sont libres comme sa pensée, sans apprêt comme sa conscience; ils ont l'abandon du cœur.

Les enfants ne s'occupent pas de leur chevelure ; ils ont une incurie constante à cet égard, à moins d'en être tirés par la crainte de trahir une infraction aux règles d'une bonne conduite par le désordre de la coiffure. L'expérience leur apprend que l'agitation corporelle se répète dans ce signe irrécusable. Examinez l'état de la coiffure de l'écolier rentrant en classe, vous aurez une idée exacte des préoccupations rapportées à l'étude. La turbulence éclate dans les touffes inégalement ébouriffées. L'esprit de soumission à

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