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toute autre couleur, plus d'un rapprochement à faire avec certains
fe5âr
faciès exotiques, peu favorisés au point de vue de la beauté plas-
Fis. 128.
tique. Plus d'une tête française, il faut l'avouer, pourrait figurer
sur des épaules de Chinois ou de Lapons, par exemple, sans paraître trop hétérogène.
Les proportions du corps varient avec le principe dominant dans chaque individu. Elles constituent la prestance.
Fig. 1:10.
Il y a plusieurs dimensions transitoires à observer, en passant de la forme trapue à la forme élancée. Entre ces deux extrêmes
LofC.
est un terme moyen normal : les Grecs en ont extrait les canons de leurs admirables statues.
Chacune de ces natures est harmonique dans son ensemble et ses détails. Albert Durer a rendu cette loi évidente dans une série de dessins, où il a coté mathématiquement les mesures proportionnelles de ces variétés de l'espèce humaine dans les deux sexes,
FiS. 131.
à l'âge adulte. L'enfance y est aussi représentée avec ses données graphiques déterminées parle calcul.
Nous empruntons au savant travail de l'artiste de Nuremberg ces exemples frappants de vérité. En les réduisant à une petite échelle, nous avons soigneusement respecté la naïveté des contours.
Ici (fig-. 130), nous voyons le système charnu soulever le tissu graisseux de l'enveloppe d'un homme fortement sculpté.
La femme (fig1. 131) conserve la môme homogénéité dans sa corpulence exubérante.
La plume n'a pas de description à faire quand le crayon a tout dit. Nous ajouterons néanmoins cette observation importante :
Fig. 132.
dans les figures solides et ramassées, la portion supérieure, à partir du bas du torse, est plus longue que celle descendant do ce point, jusqu'au-dessous des talons. Le contraire a lieu dans les statures élancées masculine (fig-. 132) et féminine. Les courbures s'allongent. Les jambes montent plus haut, aux dépens du tronc
amoindri. La matière s'étire. La vigueur des muscles s'éparpille; l'être s'affaiblit par l'extension.
Cette déperdition de puissance est moins sensible chez la femme (fi g. 133); l'on recherche avant tout en elle la grâce et la suavité des lignes. La faiblesse est dans son essence; la forme oblongue
Fis 133.
s'allie heureusement à la finesse, si elle s'arrête avant d'arriver à la maigreur, ce redoutable écueil.
Nous voyons les formes équilibrées dans cette proportion (fig. 13-4). Plus ou moins de saillie rapprocherait ce modèle de la vitalité de l'hercule ou de l'affaissement des facultés physiques. Cependant, si la charpente osseuse restait la même, on n'obtien-
drait ni l'un nr l'autre de ces effets contraires. La disposition et la structure des os déterminent l'ensemble général.
Dans les mêmes conditions, le corps de la femme (fig. 135) offre la réunion de ravissants contrastes, harmonisés par un galbe resplendissant de vie et de santé.
Fig. 134.
Dans ces trois modifications principales de la forme, la femme se montre toujours ; on la retrouve dans tous les linéaments corporels retracés par le dessinateur allemand.
Albert Durer a taillé' son patron d'enfant (fig. 130) dans un style grandiose. Les morceaux sont largement rudimentaires. Ils contiennent l'étoffe de l'homme à venir.
Ici, les rapports des parties entre elles ont un autre aspect. La hauteur de la tête se répète seulement quatre fois dans la stature, dont le point milieu remonte au nombril. Le ventre et la tête dépassent le reste en développement. De dos, la petitesse relative des jambes est très-sensible.
Ce profil (%. 137) permet de juger de l'étendue du diamètre
3$sa/« «
Fig. 135.
antéro-postérieur du crâne et de la saillie du tronc et des extrémités.
Albert Durer a consigné dans son livre les formules géométriques dont il s'est servi pour la construction de ses figures. On s'étonne de voir des dessins, offrant la spontanéité d'une inspiration, sur des pages noircies de chiffres, accusant le travail opiniâtre
l'Kul'OKTIONS DU CORPS HUMAIN.
du calculateur. Nous renvoyons à l'œuvre originale le lecteur curieux de connaître les procédés du maître et leurs résultats.
Albert Durer ne s'est pas arrêté à ces trois grandes divisions. 11 s'est occupé de plusieurs autres natures, dont il a tracé les ensembles avec le même soin. Peu de peintres d'histoire auraient le courage de s'astreindre à cette rigoureuse exactitude. Le statuaire y puiserait au moins des moyens de rectification ; la ronde-bosse
Pip. «36.
n'a pas de raccourcis. Le mouvement étant réussi, l'artiste peut, sans déroger, employer le compas à corriger les écarts de l'ébauchoir, avant que le ciseau n'ait rendu la faute irréparable sur le marbre ou l'airain. Notre grand sculpteur Rude recommandait l'usage de l'instrument de précision.
Les proportions normales généralement admises sont celles-ci : dans la station rectiligne, le pubis marque le point équidistant du
sommet de la tète et du dessous du talon. La tète, servant de module, est contenue de huit à neuf fois dans' la taille humaine. La jambe, comprise entre le sol et le milieu du genou, égale en élévation la cuisse à partir de la limite supérieure de la jambe jusqu'à l'attache du muscle couturier, vers l'épine antérieure de la crête de l'os du bassin. Ces deux longueurs, semblables l'une à l'autre, le sont chacune à la dimension du tronc, s'étendant du point cen-
Fig. 137.
tral à la rencontre des clavicules avec le sternum. La mesure du col est très-variable ; elle équivaut à un peu plus du quart de la tête. Il est court chez les trapus ; il s'allonge avec une taille élancée. La largeur de la poitrine, vue de face, est de deux têtes ; on en compte une et demie dans le bras ; une dans l'avant-bras ; trois quarts dans la main étendue. Le profil du pied est la moitié de la hauteur de la jambe.
L'utilité de ces canons est surtout dans la facilité de leur comparer les mesures correspondantes de chaque sujet. On constate plus aisément les différences existant chez tous les hommes en les soumettant isolément à la môme unité métrique.
Gérard Audran a publié, en 1G83, les Proportions du coRrs humain mesurées sur les plus belles figures de l'antiquité.
Le Laocoon père est vu sous quatre aspects ; il a 7 tôtes, 2 parties, 3 minutes de hauteur; celle de ses fils est de 7 têtes, 2 parties pour l'aîné, et de 7 têtes pour le second. L'Hercule de Farnèse est dessiné de trois cotés; sa stature est de 7 tètes, 3 parties, 7 minutes. La grandeur de l' Antinous égale 7 têtes, 2 parties. La bergère grecque (Vénus Callipyge) a 7 têtes, 3 parties, G minutes. La Vénus de Médicis compte 7 tètes, 3 parties; elle est représentée sous quatre points de vue. L'Apollon du Belvédère mesure 7 tètes, 3 parties, G minutes. Le Gladiateur mourant a 8 fois sa tête. Celle de l'enfanta l'urne est répétée 5 fois dans, sa petite taille. Ce travail sur les marbres antiques est analogue à celui d'Albert Durer sur le vivant.
Gérard Audran a joint à sa collection une statue égyptienne de face et de profil. Il en a relevé les cotes de chaque partie, comme il l'a fait pour toutes les autres ligures. Il lui a trouvé 7 tètes, 1 partie et 7 minutes. Les Égyptiens avaient établi des canons auxquels leurs artistes devaient se conformer. Deux de ces règles se sont conservées dans les monuments de l'Egypte. On peut les étudier dans les dessins exécutés sur place par M. Prisse d' Avenues, et gravés dans les livraisons déjà publiées de son consciencieux ouvrage : Histoire de l'art égyptien.
L'un des canons a été en usage depuis la cinquième jusqu'à la vingt-sixième dynastie; l'autre a servi de type depuis Psammétik Ier jusqu'à Caracalla.
Le plus ancien canon comprenait i 9 subdivisions pour les ligures debout et 15 pour les figures assises. Dans la seconde période, la figure debout comptait 23 parties et la figure assise 19.
Ainsi, dans le premier cas, la tête, ayant 2 parties et demie, est avec la hauteur totale dans la proportion de 5 à 38. C'est un peu plus d'un septième.
108 PHYSIOGNOMON1E.
Du temps de la domination romaine, la tête contient un peu moins de 3 parties sur 23. C'est presque le même résultat pour la
IIIUIIIO U.C <J IJCll l/l^O OUJ. — U- KJ <o
figure debout de cette époque.
La physiognomonie apprend à lire sur la forme corporelle le caractère moral, dont elle est l'enveloppe et l'agent. Comparer entre eux ces deux termes est la méthode la plus sûre pour trouver la signification corrélative. Nous allons d'abord considérer la forme sous son apparence générale.
Fig. 133.
La forme a deux aspects typiques autour desquels ses modifications viennent se grouper : elle est ramassée ou oblonguc. La première annonce l'énergie; la seconde, l'élégance, aux dépens de la force. Le règne végétal nous offre une analogie de contours dans la pomme et la poire.
10 M-IYSIOGNOMONIE.
La musculature de l'Hercule de Farnèse est trapue. L'ensemble
Fig. 130.
de l'Apolline est svelte et gracieux, il manque de virilité. La tête
Fig. 140.
largement charpentée du Scythe accuse la rudesse ; la tête ovale des Grecs indique des mœurs douces et faciles.
Le poing gros et court frappe brutalement; la main allongée se refuse au pugilat ; elle a recours à la prière ; elle est disposée à s'ouvrir et non à se crisper; elle est onduleuse et caressante.
On apprivoise aisément les animaux à tète longue. Nous citerons le mouton, la biche (fig. 138), le cheval, le chien. Le bouledogue ne fait pas exception à la règle : il la confirme. Ses mâchoires sont courtes et tenaces. Le chat a la tête ronde ; il ne vit réellement pas à l'état de domesticité; ce sybarite s'approprie la maison et ne s'attache pas au maître. La race féline est indomptable. On s'applique
Fig. Ml.
en vain à corriger son naturel : il réapparaît au plus léger réveil des appétits carnassiers. L'aspect de l'hyène (fig. 139) est rabougri.
L'axis (fig. 1 40) a des contours oblongs et une grâce remarquable.
Le grand protecteur de l'inquisition espagnole et son propagateur féroce, Philippe II (fig. 141), a les traits massés et antipathiques.
Une face étroite et dépourvue de caractère nous représente le
PHYSlOGNOiMONIE.
dernier rejeton de la branche aînée d'Autriche, ce Charles II (fig. 142) toujours gouverné, sans gouverner jamais.
Comparons les têtes de ceux dont les travaux ou les actes sont empreints d'un esprit délicat à celles des hommes d'un caractère absolu de vigueur. Les premiers appartiennent à la catégorie des formes oblongues, où nous classons l'auteur du Génie du christianisme et à'Atala, Chateaubriand, et Lamartine, le poëte des
Fis. 142.
Méditations et de Jocelyn. Il faut ranger dans la seconde le grand Corneille et Descartes (fig. 143).
Jean de Muller (fîg. 144), surnommé le Thucydide de la Suisse, a la tête ronde.
Même aspect dans celle d'un savant infatigable (fig. 145), dont la volonté sait triompher des obstacles apportés à ses nombreuses recherches par une santé faible, tenue en équilibre à force de ménagements.
Parmi les grands capitaines, nous ne connaissons pas de têtes
allongées. Celles de César et de Napoléon sont à citer entre toutes.
Vis. 143.
Faisons figurer Drake(fig. 146), le célèbre marin anglais. Ilbat-
Fig. 144.
tit maintes fois les Espagnols; il fit un voyage autour du monde,
PHYSI0GN0M0N1E.
sous les auspices de la reine Elisabeth; il coula à fond vingt-trois vaisseaux de la flotte espagnole dans le port de Cadix.
Flg. 145.
Notre marine française compte clans sa riche galerie un grand nombre de portraits où ce type est des plus saillants. Le crayon
Fig. no.
consciencieux de Maurin les a reproduits avec talent dans l'ouvrage intitulé : Biographie maritime, par M. Hennequin.
S3WJOE
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Fig. 147.
Ambroise Spinola (fig. J47), de Gènes, l'appui de l'Espagne dans les Pays-Bas.
Flg. 148.
Marlborough (fig. 148), l'élève de Condé et de Turenne qui lui
Fig l'r9.
apprirent à gagner la bataille de Malplaquefc contre le maréchal de Villars.
li'. 150.
Le général Kléber (fig. 149), qui porta si haut la gloire française en Egypte.
DE LA FORME EN GÉNEliAL.
Haclgï Petros (fig. 150), le soldat intrépide dont le statuaire Cordicr a fait le médaillon.
La conformation de la tête d'Abd-el-Kader (fig-. 151) n'est pas un argument contre ces principes. Elle n'a pas la concrétion des traits de l'homme de guerre; mais il ne l'a pas faite pour ellemême : il a combattu pour sa foi, pour la liberté de son pays et non dans un but personnel de domination ou de conquête. 11 y a plus en lui du croyant que du soldat; il l'est devenu par l'obliga-
i-ig. isi.
tion d'être conséquent avec ses idées religieuses. Il a succombé sous une stratégie habile, sons la discipline et la valeur de nos troupes; il s'est soumis à la fatalité. La tête porte l'empreinte du caractère des ouvrages de l'homme
de génie.
Les traits de Raphaël (fig. 152) respirent la snavié de son divin crayon. Ceux de Michel-Ange (fig. 153) ont la mâle âpreté de son pinceau grandiose et de son ciseau hardi.
Voici le peintre grand seigneur, ;i la palette brillante, à la
118 PHYSI0GN0M0N1E.
brosse rapide, l'auteur de la Galerie de Médicis et de la Descente
Fig. 152.
de croix, l'ambassadeur instruit, ami du faste et de la représentation, P. -P. Kubens(fïg. 154).
Fig. 153.
Le créateur des Noces de Cana, l'artiste fécond, ne trouvant pas de toiles assez vastes pour ses compositions gigantesques, Paul
Véronèse (fig. 155) se distingue, par l'ampleur de la forme, de
Fig. 154.
Rembrandt (fig-. 150), au visage modelé de plans vigoureux et
Fig. 155.
serrés, laissant percer l'intelligence, mais manquant de noblesse.
PHYSIOGNOMO^IE.
Si, des hautes régions de l'art, nous descendons dans la couche vaseuse de l'humanité, nous ferons des rapprochements analogues. 11 existe, dans l'une des salles du Musée anatomique de l'École de médecine de Paris, une collection nombreuse de têtes tombées sur l'échafaud dressé par la vindicte publique au nom de la loi. Celles des assassins entreprenants et doués d'une certaine intelligence ont une dimension et une finesse comparatives au-dessus des autres, appartenant à des complices sans initiative, et surtout à des révélateurs timorés et lâches.
Fig. I5li.
Même disposition se montre dans la configuration des apôtres de la vertu : les résignés ont plus d'oblong dans la physionomie que les militants.
Si l'on examine les portraits authentiques des saints inscrits au martyrologe catholique, on remarquera l'allongement de la face béate des sectateurs passifs, différents en cela des fidèles actifs ayant ajouté l'audace à la fermeté de leurs convictions religieuses.
Sur vingt disputes vidées dans la rue, dix-neuf ont été suscitées par des tètes rondes.
La face étroite est commune chez les dévots, observateurs scrupuleux de pratiques méticuleuses.
De l'un des trônes que nous avons vu crouler est tombé Charles X, dont le visage allongé reflétait la dévotion, bien connue, de ses dernières années.
Faire une mine longue est une locution proverbiale, exprimant le désappointement et l'absence d'impulsion réactive.
On devrait toujours enseigner l'histoire en présence des images
-tL\
Fig. 157.
des acteurs principaux. Un conflit entre Jacques Ier (fig. 157) et Cromwell (fig. 158) devait se terminer par la victoire du second.
Il est fâcheux d'avoir affaire à un représentant de la force publique porteur d'un faciès rabougri. Le gendarme par vocation innée a rarement une tétc dans le genre de celle du mouton.
La forme est une dans l'ensemble et les parties d'un même individu. L'inspection d'un détail donne une idée du système complet. On ne verra pas une main courte avec un corps élancé. Une tète
allongée surmonte un col long- et termine une haute stature. Rien de ce qui vit n'est composé de pièces et de morceaux hétérogènes. L'être procède d'un jet unique, à moins de déformations accidentelles. Les monstruosités de naissance ont leurs règles de déviation dans un développement anormal. La puissance vitale agit logiquement. Dans ce qui semble des aberrations, la nature suit une marche rationnelle ; elle utilise les matériaux restés à sa disposition.
Quand la maigreur n'est pas le résultat d'une altération patho-
Fig 15».
logique, elle indique la prédominance de l'esprit sur la chair. L'Église catholique amaigrit ses ouailles pour y semer l'ascétisme et la croyance à ses dogmes. Je doute un peu du renoncement aux choses de ce monde par ces hommes de paix dont le menton descend à triple étage sur un rabat bien blanc. Le diable ne mériterait pas sa réputation d'adresse, s'il ne trouvait moyen d'apposer sa griffe sur un endroit quelconque de cette masse exubérante de santé. La volonté ne doit pas avoir à vaincre l'insurrection des sens. Il faut les amortir pour s'en rendre maître. La maigreur des
anciens cénobites explique leur persévérance à sacrifier les joies de la terre à la béatitude céleste. Il ne viendrait à l'idée de personne de juger possible la canonisation d'un religieux dont la dépouille mortelle pèserait plus de cent cinquante kilos. On inscrit, sans scrupule, un brevet de sainteté sur une peau humaine réduite à l'état de parchemin par le jeûne et les macérations. Les légendes des élus sont ajustées sur ce patron.
Les hommes pour qui vouloir c'est pouvoir, sont maigres. Les ambitieux, devant leur élévation à leur ténacité, étaient ainsi.
lig. 15*1.
Bonaparte, général en chef, était mince et sobre. Dans une direction différente , un prêtre qui a confessé sa foi philosophique jusque sur son lit de mort, l'illustre Lamennais, était maigre et de petite stature.
Un grand agitateur dont les opinions n'ont jamais fléchi pendant la Révolution française, Robespierre (fig\ 159), avait le corps sec et vivait de peu. Faites disparaître avec ses appétits charnels la corpulence de Mirabeau (fig\ 160), vous aurez l'incomparable orateur, moins la conscience élastique du ventru.
Au malheur d'être roi dans des temps de régénération politique, Louis XVI joignit celui d'une nature trop soumise aux exigences de l'estomac, et par conséquent trop replète pour avoir l'énergie de résister à l'orage.
L'obésité est la fille de la gourmandise et la mère de la paresse. Il n'y a pas de place pour lès soucis et les chagrins chez l'obèse. Il est, par excellence, l'homme du repos et du far riienlc, l'activité lui répugne : il mange, il dort. L'esprit et la matière sont constam-
Fig. 160.
ment en lutte. Quand le cerveau travaille, l'organe de la digestion est mal à l'aise.- Le mangeur songe peu. Le génie est sobre.
Certaines professions où l'imagination n'est pas obligatoire prédisposent à l'obésité. Celle des chanoines d'autrefois était proverbiale. Les hommes d'Église d'aujourd'hui sont plus remuants et moins gras. Les premiers se laissaient vivre dans un milieu tranquille, les seconds reçoivent le contre-coup de l'agitation de l'humanité qui progresse.
DE Là FORME APRÈS LA MORT
Les effets de l'impulsion morale demeurent dans le relief corporel, môme après l'extinction de la force vitale qui l'a produit, comme la feuille métallique, repoussée en bosse, reste dans l'état où l'artiste l'a laissée.
Non-seulement le type du caractère ne s'efface pas avec l'exis-
Fig. 16t.
tence, mais la mort ajoute souvent sa majesté à l'expression subsistante sur un noble visage. Les traces du vice s'imprègnent de sa hideur. Les traits du juste, bouleversés par une cruelle agonie, se rassérénèrent quand elle a cessé.
Voici plusieurs masques recueillis sur une couche funèbre.
L'astronome illustre, le citoyen aux convictions fortes et gêné-
reuses, l'éloquent tribun du peuple, toujours désintéressé dans son dévouement à la chose publique, Arago (fîg\ 101), n'est pas
Fig. 162.
absent de ces restes qu'il nous a été permis de soustraire à la destruction.
Ce front a réalisé la reconstruction de races animales éteintes.
Ce nez aquilin rappelle la persévérance du grand chercheur. Cette bouche a été façonnée à l'art oratoire, elle s'est embellie en offrant
et en faisant accepter un secours efficace à l'infortune. Cette organisation, habile à élucider les hautes questions administratives et les spéculations de la science, a été celle de Cuvier (fig. 162).
Fig. ilM.
Ici (fig. 163), Béranger dort de son dernier sommeil, à l'écho des souvenirs de gloire évoqués par sa muse populaire en atté-
Fig 165.
nuant le cri de la liberté. La chevelure de Lisette a laissé son parfum sur ce froid oreiller.
Cette tète s'est courbée, sous le poids du désespoir, dans les eaux de Meudon, sans perdre l'empreinte de la triple couronne
PHYSI0GN0M0N1E.
d'Eylau, d'Aboukir et de Jaffa. Les traits de Gros (%. 164) marquent le terme de la lutte suprême de l'artiste. Le sourire de
Fig. 100.
l'affranchi s'est figé sur ses lèvres, invoquant et recevant la mort. L'auteur des Paroles d'un croyant, Lamennais (fig. 165), se re-
Fig. 167.
trouve dans ces plans anguleux, dans ces formes rigides, dans ce vaste laboratoire crânien d'où la pensée a pris un libre essor. Le
coi-billard du pauvre a transporté ces débris dans la fosse commune, d'après l'ordre du logicien inflexible, qui, prêt h quitter la vie, n'admit aucun intermédiaire entre lui et Dieu.
Casimir Périer (fig\ 166) conserve après sa mort les traces d'un caractère irascible; son œil rétracté indique la maladie aiguë à
ri.-. IG9.
laquelle il a succombé, le choléra, foudroyant surtout ceux dont une inflammation intestinale surexcite le système nerveux.
Le masque de Dupré (fig. 107), le graveur de médailles, a retenu
l'expression douce et bienveillante due à la disposition des muscles de la joue et a la grandeur de l'ouverture de la narine.
Cette ossature, perçant à travers la peau desséchée et l'atrophie musculaire, attire l'attention par l'énergie de la forme. C'est l'auteur de la page terrible et grandiose du naufrage de la Méduse, Géricault (fig. 168), au moment où il acheva de mourir, épuisé par une maladie cruelle, à l'âge de trente-trois ans.
Jacques Delille (fig. j 09) vient de s'éteindre. Son visage calme reflète l'existence du traducteur des Géorgiques, du poëte ayant brillé surtout par un grand talent de versification. Ses contours n'ont pas le heurté de la fougue du génie inventif : ils sont coulants et doux. La couronne dont on avait orné le front du défunt témoigne de l'estime de ses admirateurs. C'est un préavis à la postérité, juge en dernier ressort.
CONCORDANCE DES TRAITS DU VISAGE
Quelle que soit la variété des traits faciaux, il existe entre eux une concordance harmonique ; des causes accidentelles seules la détruisent.
Ainsi, la forme du front détermine celle du nez, dont la courbure est la conséquence de la ligne frontale.
l'ig. 170.
Le front droit (fig. 170) surmonte uu nez de même genre.
Le nez s'aquilinise légèrement avec un front dont la courbupi
supérieure sort un peu du plan vertical pour se porter en arrière (fig- 171)-
Fig m.
rz<K. -0s
Fig. 172.
CONCORDANCE DES TRAITS DU VISAGE
Le front fuyant a pour continuation un nez aquilin (fig\ 1 72).
Le front dont le milieu est saillant s'harmonise avec un nez retroussé. Le profil de M""' de Pompadour (fig\ 173) est dans ces conditions.
On ne verra pas un nez droit et long sur une face courte et rebondie (fig. 174).
Une figure effilée porte un nez mince, allongé et cartilagineux.
Fig. 173.
Cette tète est celle de Joseph Scaliger (fig. 1 75), Son front élevé rappelle la science et les nombreux travaux du savant célèbre.
Aucun chaDgement ne survient dans une partie sans amener une transformation analogue dans les autres.
Les muscles des joues et leur revêtement graisseux ont pris un développement énorme avec la gourmandise de Vitellius; le nez s'est arrondi par le bout et s'est mis au diapason du bas du visage.
Gaspard Barieus est représenté ici (fig. 176), à l'âge de quarante
et un ans. Nous allons voir ses traits s'épaissir avec l'accumulation des années. 11 reste encore le fond de la physionomie de l'homme vert chez le vieillard (fig. 177); la construction osseuse s'y retrouve. Le tout s'éclaire de l'intelligence de l'éminent professeur; mais le bas de la face a pris de l'ampleur et s'est chargé de tissus mous et pesants.
Le physiognomoniste doit connaître ces lois de structure et de transmutations. Là se trouve le mot entier du caractère.
Il est une expérience facile et démonstrative ; elle consiste à rem-
Fig. m.
placer un trait important par un autre appartenant à une classification différente. Substituez à un nez camus un nez aquilin, il y aura une discordance saisissante. Des enfants s'amusent à se rendre méconnaissables en portant le bout du nez en haut, de façon à montrer l'ouverture des narines en pleine lumière. Il suffit de cacher un fragment du visage pour faire douter de son identité. De nombreux exemples confirmeront cette loi harmonique et universelle de création et d'accroissement.
Sans avoir jamais vu l'original, on affirme la ressemblance du
CONCORDANCE DES TRAITS DU VISAGE
portrait sur l'homogénéité des détails. On croit reconnaître le personnage, si l'on est frappé du caractère de vérité résultant de cet accord. Le moindre dérangement dans l'ordre naturel altère l'image; un rien suffit pour la compléter.
Ce profil (fig. 178) est défectueux : son expression est fausse; la partie inférieure est en désaccord avec le dessus ; un menton carré