‹ De la physiognomonie;Chapitre 73 sur 87 · CURIEUX · texte numérisé non relu

CURIEUX

Il difière du bavard proprement dit par un signe caractéristique : celui-ci parle pour parler; notre curieux fait de sa langue un agent provocateur. Il ne cause pas, il fait jaser ; il emploie un moyen, il ne satisfait pas un besoin; il sait écouter patiemment.

11 se faufile avec une adresse extrême dans les endroits où le commérage se pratique en grand. 11 collectionne des faits ; il en tire des inductions, de nature à le mettre sur la voie de nouvelles découvertes. 11 s'ingénie à dépister un secret avec autant de ferveur qu'un astronome cherche la queue d'une comète, afin de s'en fabriquer une auréole. Éventer un scandale est un triomphe. 11 est malheureux et dépité, s'il perd le bénéfice d'un indice révélateur. L'araignée ne tisse et ne dispose pas plus habilement sa toile qu'un curieux le réseau dans lequel il espère attraper l'indiscret au passage.

Le curieux est-il obligé de rester au logis, il entre-bâille sa porte de manière à voir et à entendre. Sa chambre est à la fois un observatoire et un cornet acoustique. Si le piège tendu n'offre pas assez d'éléments à sa curiosité, il improvise un procédé pour aller sur le lieu même de la scène : il s'y constitue acteur, s'il est possible, ou du moins spectateur accidentel.

Signalement : tête fine et museaulée; front petit, nez au vent, œil aux aguets, oreille érigée, bouche entrouverte, menton en retraite, lorgnon à la ville, longue-vue à la campagne.

Il fréquente plus particulièrement les portières et ne dédaigne pas les sergents de ville. Un groupe de commères, en train de caqueter, a'pour lui un attrait invincible. On le dirait cloué sur le

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sol, quand il ('-coule cl remanie. Il court, comme le venl sème des

graines, colporter ses nouvelles, en augmentait! letir portée à chaque édition.

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