‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 12 sur 49 · DOCTRINE DE M. MOREAU · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE M. MOREAU

M. Moreau de la beauté de la figure humaine et de r^dmirable appropriation de sa structure à l'expression des états de l'âme. Ce qui, selon lui, caractérise le mieux la face humaine, c*esl qu'elle est presque tout visage.

De ce visage « toiles les parties agissent nonseulement ensemble, mais isolément, et chaque région, chaque fibre, parle son langage, prend un caractère dans chaque émotion et forme un trait particulier dans le tableau des passions... Chaque genre de pensées, de sentiments, d'affections, trouve dans ces organes éloquents l'expression qui lui est propre, et parmi tous ces muscles il y en a pour toutes les modifications de la joie, pour l'amour, la tendresse, le mépris, l'orgueil, la colère, la crainte, la tristesse, etc. »

Considérant les passions au point de vue de la façon dont elles s'expriment, M. Moreau les classe en trpis catégories, suivant que l'expression en est une convulsion du visage, qu'elle en opprime les traits ou qu'elle l'épanouit. Selon lui, dans les passions dont l'expression est oppressive l'action des muscles gourciliers domine ; dans celles qui épanouissent le visage, c'est l'action des zygomatiques, car les mouvements des muscles sont bori-

zontâux dans la joie el perpendiculaires dans le chagrin ; Tune élargit , l'autre allonge le visage (1) : « Les chagrins semblent porter rimagination à revenir vers elle-même, à se contracter et à s'amoindrir comme pour offrir moins de prise et de surface à des impressions importunes. » Le muscle frontal exprimerait également bien des sentiments très -divers; contracté faiblement de bas en haut, il forme des rides légères à la partie supérieure du front et exprimerait la joie, l'attention, l'extase et les sentiments agréables. Contracté plus fortement et de haut en bas, il accumule les rides vers le nez et exprimerait la haine, le remords, la tristesse, la méditation profonde. L'élévateur de la paupière supérieure, outre qu'il participe à l'expression des passions où le frontal se contracte, exprime encore par son relâchement la pudeur, l'abattement, le désir de la volupté ; dans ces passions en effet la paupière tombe, elle n'est pas abaissée de force, comme dans quelques autres et dans le sommeil,

(1) C'est à peu près dans les mêmes termes que peut se résumer la doctrine exposée par M. Sarlandière dans une brochure intitulée : Physiologie de l'action musculaire appliquée aux arts él'imitaUon^ in-8. Paris, 1830,

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par une contraction de Forbiculaire. Lorsque ce muscle clôt vivement la paupière, il exprime une affliction profonde en ramenant vers l'œil une partie des joues et de la peau du front et formant des rides rayonnées et caractéristiques à l'angle externe des paupières. Que n'expriment point les muscles moteurs de l'œil! Le droit supérieur élève le globe oculaire et exprime l'orgueil, le droit inférieur qui l'abaisse est le muscle de la modestie et de l'humilité , le droit externe aidé du précédent méprise, despicit. Danâ l'admiralion l'œil est fixe et à fleur de tête par l'action simultanée des six muscles qui le meuvent; les quatre droits, en le tirant dans tous les sens, le maintiennent immobile, et les deux obliques le poussent hors de son orbite. Dans le langage des passions l'œil n'a qu'un défaut, c'est de tout exprimer. Les muscles qui dilatent les narines et élèvent les ailes du nez expriment l'orgueil et le dédain comme dans l'Apollon Pythien, ou encore la volupté ; ceux qui resserrentles narines, la sévérité. L'orbiculaire des lèvres fait la moue, c'e^t assez dire ce qu'il signifie. Les muscles qui relèvent ou tendent la lèvre supérieure sont les interprèles de la joie et du plaisir ; le zygomatique sourit et rit

aux éclats, le peaucier elle buccinateur ont le rire sardonique. Au contraire les muscles de la lèvre inférieure traduisent les passions chagrines et sombres. C'est la lèvre tragique, la lèyre de Talma, tandis que la lèvre supérieure serait celle de la comédie. En continuant l'image on pourrait dire que le zygomatique est le muscle bouffon; et c'est en effet chez d'habiles grimaciers que ce muscle aurait été trouvé triple. Ne voyez pas seulement le relief de tous ces muscles, regardez encore la peau qui les recouvre, et vous surprendrez dans sa couleur le signe précis de quelques passions. La pudeur ne rougit pas comme la colère; le rouge violet de la fureur diffère encore plus par sa cause que par sa nuance du rouge aimable et pur dont la pudeur couvre tout à coup les joues d'une jeune fille. Tandis que la rougeur de la colère comme celle de Tapoplexie est produite par l'engorgement des veines qui retient dans les vaisseaux capillaires de la peau un sang noir et épuisé, le rouge de la pudeur provient d'un appel subit du sang artériel dans ces petits canaux transparents. Il n'y a pas jusqu'aux larmes qui n'aient des propriétés physiques différentes quand c'estla joie ou la douleur qui les fait couler ; tandis que les larmes

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