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qu'agite la passion dont ils sont le symptôme. II y a donc entre la passion et son expression par le visage un lien qui n'existe pas entre la passion et son expression par la parole. Tandis que le mot est pour une bonne part au moins arbitraire et indifférent, le signe du visage jaillit de Tâme même de celui qui souffre ou éprouve toute autre passion. Et ce lien, l'expérience personnelle apprend à chacun son existence et sa puissance. N'en est*ce pas assez pour concevoir comment le visage est plus expressif que la parole et comment l'enfant apprend de Texpérience à lire sur le premier avant d'entendre la seconde ?
On objecterait en vain que les hommes des temps et des pays les plus divers, qui ne comprennent pas la même langue, comprennent cependant ces mêmes signes des passions humaines et que l'universalité de cette intelligence ne peut s'expli quer que par son innéité. Le fait est vrai, sauf les restrictions auxquelles nous ont contraints les in certitudes et les contradictions des plus habiles, mais l'objection est sans force. Ces apparences corporelles, signes généralement compris des passions de l'âme, sont les conséquences de ces passions et des effets involontaires du moral sur le
ISS GOMMENT B'AF^RëRB II LANGAGE
physique» qui se produisent à peu près les mêmes chez tous les hommes, tant que la volonté ou l'ha-^ bitude n'ont pas eu le tempâ dé troubler le cours naturel des faits. D'une autre part ^ l'intelligence humaine est partout la même et capable partout des mêmes choses. Quoi donc de moins hypothé* tique que de penser que les hommes^ qui ont tous les mêmes passions , qui ^ en conséquence de ces passions, crient, pleurent, rient, rougissent , pâlissent tous avec une égale fatalité^ font tous aussi aYêc le temps cette même expérience de la corré^ lation de l'apparence corporelle et dé là passion, associent tous avec facilité dans l'imagination et le souvenir l'effet et sa cause, les traits du visage et les passions de l'âme, et conçoivent celles^oi en voyant ceux-là ? La nature a fourni la chose signi* fiée , la même partout , les passions humaines , la matière du digne partout la même, le jeu des muscles du Visage et du corps tout entier , une relation fréquente entre l'apparence du corps et rêtit intérieur de l'âme, le rapport de l'effet à sa catisê, elle crée eâfin l'intelligeneê de l'homme toujoiirs la même, avec les mêmes piti£Mnfi6s générales. L& nature fait tout cela, mais eUê ne fait que cela ; elle laisse encore quelque chose à
faire après elle , très-peu de chose , mais un rien indispensable que fait seule Tintelligence humaine instruite par Texpérience de la vie, des jours, des années ou des siècles. A ce rapport de TefTet et de sa cause établi par la nature entre le visage et Tâme de l'homme^ elle en ajoute un autre ^ celui du signe et de la chose signifiée ; elle fait du phénomène physiologique, matière toute donnée, destinée même à cet usage dans les prévisions de la nature, le signe vivant qui n'était pas encore. C'est assez que la providence ait donné à l'esprit humain sa puissance de concevoir, les occasions d'en faire usage et jusqu'à la matière toute prête de ses conceptions^ sans supposer à plaisir qu'elle lui a donné encore ses conceptions toutes faites et qu'elle réalise en quelque sorte dans la raison des hommes, capable de comprendre, l'acte même de la compréhension. Réservons cette espèce de mira* cle perpétuel pour expliquer, si nous ne pouvons nous en rendre un autre compte, comment l'homme conçoit les vérités éternelles et nécessaires ; mais, si nous ne voulons la discréditer, ne recourons pas à la lumière qui illumine tout homme venant en ce monde pour lui révéler, comme un mystère sans elle impénétrable, ce que la simple associa*'
lion des sensations et des images suffit à lui apprendre, la plus facile des notions de l'expérience. L'éducation de l'homme par les choses qui l'entourent et par lui-même commence dès son berceau, avant même son éducation par ses semblables. Son plus grand maître, c'est la vie. Dès qu'il vit, dès qu'il naît, l'homme apprend; la première leçon de l'expérience est sa première douleur et son premier cri. A la seconde douleur qu'il éprouve, au second cri qu'il pousse, il est déjà' plus savant qu'au premier; qui sait si ce, second cri n*est pas pour lui le premier signe ? Maine de Biran dit excellemment : « agir et s'apercevoir, puis se souvenir qu'on a agi, répéter le même acte avec intention, s'imiter soi-même, il n'y a pas là d'intervention mystérieuse.» Agir, c'est pour l'enfant pousser le premier cri ; s'apercevoir, c'est entendre le cri qu'il pousse ; se souvenir, c'est associer dans le présent le cri et la douleur, comme ils sont associés déjà dans son passé d'un jour; s'imiter soi-même, c'est pousser avec conscience et intention le même cri qu'il n'a poussé d'abord que pour satisfaire au besoin de crier. N'est-ce pas là tout le mystère ? Je comprends mieux maintenant ce que je ne pouvais absolument concevoir tout à
riieure, comment il y a beaucoup de phénomènes physiologiques, effets naturels du moral sur le physique, auxquels tous les hommes n'attachent cependant pas un sens, qui ne révèlent l'état de Vâme de celui qui en offre les apparences qu'à l'œil expérimenté du médecin, comment telles expressions du visage n'ont une signification que pour le vieillard qui a beaucoup vécu, 'pour le physionomiste qui a beaucoup observé. C'est que l'apparence en est moins frappante , le sentiment qui les provoque plus délicat, c'est qu'il faut pour saisir l'une et l'autre et leur rapport une expérience plus longue, une finesse d'observation dont n'est pas capable le commun des hommes et surtout impossible à l'enfant.
11 y a des signes naturels , si l'on veut dire par là qu'il y a des effets naturels , constants , nécessaires, ou seulement habituels et involontaires des passions de Tâme sur les mouvements et les états apparents du corps , dont la production ne peut être empêchée qu'avec effort par l'énergie de la volonté ou la puissance de l'habitude , et qui se manifestent également chez tous les hommes. Il y a des signes naturels, si l'on veut dire que quelquesuns de ces phénomènes corporels sont compris par
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tous les hommes comme les signes rétélateurs de certaines passions qui les ont causés , parce que la relation de ces effets à leurs causes est si con-* stante et si visiblci ces passions si comfiittnesy Tassociation des sensations ou des images fti facile que l'intelligence vulgaire et rexpérience de quel* ques jours ou de quelques années suffisent ft rappeler le fait moral qui est la cause à la vue du fait physique qui en est l'effet , c'est-à-dire à faire de l'effet sensible le signe révélateur de la cause in-^ visible. Il y a des signes naturelsi si Ton veut dire, en un mot, que le rire et les larmes sont aussi faciles ou plus faciles encore à interpréter comme signes de Ift joie et de la douleur que la fumée comme signe du feu qui la produit. Il n'y a pas de signes naturels, si l'on entend par là que ces effets constants du moral sur le physique, des passions sur les traits du visage^ sont compris par tous les hommes en dehors de toute expérience personnelle, grâce à une révélation naturelle de leur signification, qu'ils sont compris par l'enfant de la même façon qu'ils sont produits , si l'on prétend que , tandis que tous les hommes savent de science acquise que la fumée est l'indice du feu, ils savent tous de science infuse que les sourcils