CHAPITRE VI
La principale raison qui fait admettre l'existence de signes naturels dont Tintelligence serait innée comme la production en est nécessaire, c'est l'impossibilité où Ton estime que se trouve l'homme ou Tenfant de créer un premier signe. C'est pour cela que les uns, déclarant l'homme incapable avec toute sa raison de fabriquer un premier mot, prétendent aussi qu'il a reçu par une révélation extérieure ou intime d'un Dieu personnel ou de la divine nature une première langue toute faite. C'est pour cela que les autres, estimant l'homme capable de créer le premier
COMMENT L»ENFANT APPREND A PARLER. lAô
mol articulé, à la condition qu'il ait pour modèle un signe antérieur et plus grossier, mais radicalement impuissant à inventer ce signe antérieur à tous les autres, proclament l'existence de signes naturels, naturellement produits et compris.
Il faut bien admettre, en effet, que ce qui est ou ce qui est nécessaire à l'existence de l'homme d'une part, et de l'autre ce qu'il est impossible à l'homme d'avoir fait, doit être Toeuvre d'un Dieu ou de la nature que l'homme reçoit toute faite du ciel ou de son instinct. Mais il ne faut pas se tromper sur ce qui est nécessaire et sur ce qui est impossible.
Ce qui est impossible à l'homme, c'est de produire avec intention un cri quand il souffre, s'il ne l'a poussé une première fois sans intention ni conscience. Ce qui est nécessaire, c'est donc que la nature force l'homme par l'instinct dont elle la doué à crier quand il souffre, ou à rire quand il est joyeux; et nous voyons, en effet, qu'il en est ainsi, et que la volonté a peine à réprimer ces élans spontanés de la nature humaine. Mais ce qui n'est pas nécessaire, c'est que l'homme ait reçu de la même manière la science de la signification de ces cris et autres phénomènes corpo-
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rels. Ce qui n'est pas impossible, c'est que Tintel- Hgence de l'homme, instruite seulement par Texpérience, et sans faculté ni révélation spéciales, fasse de ces phénomènes les signes indicateurs des passions qui les provoquent. Or, s'il n'est pas au-dessus des forces de la raison humaine, même dans la faiblesse de sa première enfance, d'ériger en signes véritables des passions de l'âme la matière que la nature lui a si bien préparée dans les cris, le rire, les larmes et autres effets physiques de ces passions, encore moins est-il impossible à cette raison déjà plus habile, aidée d'une expérience plus longue et disposant de ces premiers signes, d'en former de moins grossiers et de remplacer le cri par la parole.
Le cri inarticulé, poussé sans conscience et sans intention^ c'est la matière du premier signe qui ne mérite ce nom que le jour où l'enfant le pousse avec une intention vague et une conscience obscure de ce qu'il signifie. Ce premier signe, le cri compris de celui qui le pousse, c'est à son tour la matière du premier mot. Le cri, c'est déjà la voix humaine; quand il sort de la poitrine de l'enfant dans le martyre de sa première douleur, ce n'est qu'un bruit discordant et indéfinissable.
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mais on y reconoait déjà le timbre de la voix. Déjà l'oreille y distingue les divers sons qui seront tout à l'heure les éléments de là parole, les voyelles elles tons variés qui deviendront les intonations de l'orateur et du musicien. Enfin les mouvements involontaires des joues^ de la langue et des lèvres y introduisent déjà les premiers rudiments d'une articulation grossière et maladroite, quelques consonnes incohérentes et mal accusées. Le cri de l'enfant, c'est la matière de toutes les langues, matière ductile qu'assoupliront, jetteront dans le moule et frapperont au coin des pays et des âges l'expérience, la raison et la volonté. Lia {première intelligence de ce premier signe de la douleur, c'est la raison de l'homme émergeant pour la première fois de ses organes, qui vivifiera peu à peu ces matériaux insignifiants par eux-mêmes, y ajoutera le sens comme une âme, fera passer sur les lèvres la pensée* attachera aux idées les mots qui les porteront comme des ailes jusqu'à l'oreille et à l'esprit des autres hommes.
Personne ne peut reconstruire le passé, assister, même par induction, à la formation du premier langage et nous raconter^ comme au retour d'un
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voyage au paradis lerreslre, comment riioimne a parlé pour la première fois ; mais nous pouvons observer tous les jours comment un homme commence à parler. L'enfant a bien plus de part qu'on ne pense au langage qu'on lui enseigne; il en est à moitié Tinvenleur, quand on croit le lui donner tout fait. Voyez-le, quand l'organe de la parole encore embarrassé n'obéit pas à sa làible volonté; déjà cependant il est capable de moduler quelques voix et d'articuler quelques consonnes que forment au hasard les mouvements mal réglés de ses lèvres et de sa langue. Il est à ce moment cri-* tique et charmant où il va entrer en possession du gouvernement de ses organes et manifester ses petites passions par d'autres signes que par des cris. Vous croyez que c'est réellement sa mère qui lui apprend le premier signe articulé, le premier mot ayant un sens; détrompez-vous, c'est l'enfant qui donne la première leçon, c'est la mère qui la reçoit. Le premier mot qu'il prononce et auquel il attache un sens n'est pas un mot de la langue maternelle qu'il tienne de sa nourrice; c est lui qui en fabrique la matière informe, c'est lui qui y attache un sens ; c'est un mot de sa langue à lui, et sa nourrice apprend de lui cette langue avant de lui
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enseigner la sienne. Cette langue de Tenfant, hien pauvre, dont le vocabulaire se compose de quelques sons, de cris modulés, de monosyllabes à peine articulés, et qui se passe de grammaire, c'est l'instrument dont se servira la mère pour lui faire comprendre et accepter la langue savante de son pays et de son siècle. Qui donc n'a pas entendu raconter à sa mère, s'il a eu le bonheur de la connaître et d'écouter d'elle Thistoire de son enfance, qu'il désignait telle chose par tel son, tel autre objet par telle autre articulation n'ayant aucun rapport avec le terme de la langue vulgaire? Chaque père ou mère pourrait dresser le vocabulaire enfantin de chacun des siens et reconnaître que la langue à l'usage des enfants a changé dans sa famille «autant de fois qu'elle a compté de nouveaux membres, que celte langue, inintelligible pour les étrangers, les grands l'ont reçue du plus petit, et ont commencé à la parler pour lui enseigner, grâce à elle, à parler la leur.
C'est là un fait remarquable et singulièrement insiructif, que le psychologue, toutoccupéd'étudier l'homme parvenu à sa maturité, laisse passer inaperçu dans les ténèbres à la fois si obscures et si lumineuses de la première* enfance, mais que ne
saurait nier le père qui épie d'un œil aimant et curieux , dans un autre lui-même, le développement progressifderintelligence humaine. Rousseau, qui avait dans son Emile une occasion si naturelle de le constater et de le décrire, passe légèrement sur ce moment critique de l'enfantement de la parole ; c*est que la froide conception d'un Emile abstrait ne pouvait rien révéler au pédagogue ; il aurait fallu que le père allât chercher la vérité et la vie enfouies de ses mains à l'hospice des Enfants trouvés. Pourtant ce père dénaturé, ce philosophe ami de l'hypothèse, a eu par moment la divination de l'enfanoe. « L'enfant, dit*il, dans le traité où Ton s'attend le moins à rencontrer un tel sujet et une telle doctrine, l'enfant avant tous ses besoins à expliquer et par conséquent plus dé choses h dire à la mère que la mère à l'enfant, c'est lui qui doit fhire les plus grands frais de l'invention, et la langue qu'il emploie doit être en grande partie son propre ouvrage (1). » Mais cette déduclion imprévue d'un principe au moins douteux est dé peu de valeur, sous la plume d'un écrivain dont la doc-
(i) J. J. Rousseau, Discours sur Vorigine de VinégaUté des condition» parmi les hommes^
trine est si ondoyante et si contradictoire, à qui, dans le même discours, « la parole parait avoir élé fort nécessaire pour établir l'usage de la parole i, et qui affirme ailleurs que « la parole , étant la première institution sociale, ne doit sa forme qu'à des causes naturelles > (1). Ce fait significatif n'a pas échappé à la sagacité de Maine de Biran, mais il ne Ta pas assez mis en lumière et ne Ta point dégagé des hypothèses systématiques au milieu desquelles il le noie (2) . Il a été observé dans des conditions un peu différentes par plusieurs voyageurs ou missionnaires. < La pureté et Thar^ monie du langage, dit le voyageur Robert Moffat, parlant de certaines peuplades de l'Afrique du sud, sont maintenues par les assemblées, les fêtes et les cérémonies, parles chansons et les fréquents rapports des naturels entre eux. Pour les habitants isolés du désert, il n'en est pas de même. Souvent tousceux qui peuvent porter un fardeau s'absentent pour plusieurs semaines en laissant les enfants à la garde de deux ou trois vieillards. Ces enfants livrés à eux-mêmes, et dont une partie commençait h
(1) J. J. Rousseau^ Essai sur V origine des langues,
(2) Maine de Biran, Examen critique des opinions de M» de Bonal'i. — Origine du langage, Œuvres inédites, t. HT, p. 259.
peine à parler^ s'habituent à un langage à eux. Les mieux parlant se mettent à la portée des moins précoces, et ainsi de cette nouvelle Babel sort un dialecte de mots bâtards, et dans le cours d'une seule générationle caractère tout entier delà langue est changé. » M. Fréd. Baudry, à qui est emprunté cet extrait et qui parait être l'un des plus fervents adeptes des idées de M. Max Mûlier et surtout de M. Renan, ne peut s'empêcher de reconnaître que < beaucoup de faits de cette sorte étudiés avec soinéclaireraientsans doute d'un jour nouveau les origines du langage, mais que ce n'est point de ce côté que la plupart des savants ont cherché la lu* mière (1). »
S'agit-il pour l'enfant d'apprendre la langue maternelle, il y met encore plus d'invention qu'il ne semble. On dirait qu'il n'a qu'à répéter en balbutiant les mots les plus simples que sa nourrice et son entourage prononcent à l'envi comme des modèles à ses oreilles, en indiquant à ses yeux l'objet ou la personne que ces mots désignent. Son travail est bien autre, et son mérite bien plus
(1) Frédéric Baiidry, De la science du langage et de son état actuel^ extrait de la Revue archéologique, Paris, 1864.
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grand. Rien n'est plus facile pour nous, hommes, qui disposons déjà d'une langue parfaite, que . d'apprendre une autre langue, llien n'exige moins d'invention que ce rôle d'écolier : de la docilité, de la mémoire, de l'attention y suffisent. Nous écoutons un maître ou nous ouvrons un dictionnaire qui nous parlent tous les deux dans notre langue: maison^ disent-ils, c'est en grec oTxo; et donms en latin» ou bien au contraire BauseiHouse sont en français maison. L'explication est si claire, la chose si simple, nous savons déjà si bien le sens du mot maison et la nature de la relation qui existe entre ce signe et la chose signifiée, que nous n'avons à faire pour comprendre aucun effort ; il suffît de voir ou d'entendre. La chose est déjà moins facile et l'effort plus grand, si nous sommes placés dans d'autres conditions. Jetés au milieu d'un peuple dont nous ignorons absolument la langue et qui ignore aussi complètement la nôtre, sans interprète et sans dictionnaire, nous avons dans l'esprit assez de ressources pour comprendre et apprendre peu à peu cette langue inconnue. Mais c'est à la condition de développer une plus grande activité d'intelligence, de deviner le sens des' mots sans autre maître que la nécessité. Cette divina-
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lion, c'est une véritable myention, où nous sommes aidés par la possession d'une langue qui, même sans analogie avec celle que nous avons à apprendre, n'en est pas moins comme elle un système de signes vocaux, par la vue des circonstances semblables au milieu desquelles l'étranger articule et répèle le même son, enfin par la possession de la langue universelle des signes physiologiques et par la pantomime.
Si l'homme en pleine possession d'une langue parfaite et nécessairement semblable à toute autre par cela seul que c'est une langue, si différente d'ailleurs qu'elle en puisse être, met beaucoup du sien et invente réellement quelque chose quand il attache le sens à un mot qui n'était jusque-là qu'une voix sonore, que devrons-nous dire de l'enfant qui, privé de ces ressources, apprend la lan • gue de sa mère ? Il se l'approprie, il la fait sienne, et elle est sienne en effet, car c'est lui qui ajoute à chaque bruit modulé à son oreille le sens qu'il devine. La seule chose qu'il n'invente pas dans cette langue en se l'appropriant, c'est le son, c'est le bruit déterminé de la voix, c'est le matériel de la langue.
Quand je lis dans les ouvrages de quelques phi-
lolog^es contemporains que Thomme parle nécessairement sa pensée, qu'il naît parlant comme il naît pensant, que la pensée et la parole sont deux phénomènes corrélatifs et inséparables, ou mieux un seul phénomène à deux faces, Tune intelligible, l'autre sensible, mon esprit s'applique avec plus d'attention que jamais à surprendre chez l'enfant qui vient de naître et qui va penser la moindre preuve de cette affirmation, et ne trouve rien qui ne lui soit défavorable. Si l'homme ne peut inventer une première langue, et si cependant il naît parlant comme il naît pensant, pourquoi, la nature humaine étant partout la même, l'enfant qui commence à penser ne commence-t-il pas aussi à parler naturellement la langue naturelle? Les partisans d'une langue révélée extérieurement ont la ressource d'invoquer le miracle de Babel ; mais ceux qui prétendent que la parole est l'expression naturelle et nécessaire de la pensée, n'expliquent pas comment l'art a pu remplacer la nature dans l'histoire du langage, au point que l'enfant même n'offre pas le moindre vestige d'une langue naturelle, tandis que la nature est demeurée pour tout le reste avec toute sa force, suscite dans l'âme de l'enfant les mêmes passions et pro-
Yoque sur son visage et dans ses organes les mêmes effets nécessaires de ces passions de Tâme. Les philologues répondent que la nature force rhomme à parler sa pensée dans une langue, mais en lui laissant la latitude de la parler dans une langue quelconque, de telle sorte que trois, quatre ou cent langues primitives sont possibles aussi bien qu'une seule. Est-ce que la nature agit jamais ainsi avec l'indécision du potier :
Currente rota cur tirceus exit ?
Ce qui est remarquable dans les œuvres de la nature, c'est la précision de ses instincts et la minutieuse détermination du but auquel ils poussent l'animal. L'oiseau n'a pas l'instinct de faire un nid, mais un tel nid, de chanter, mais de chanter telle chanson ; l'abeille n'est pas poussée par la nature à construire une cellule , mais une cellule hexagonale; l'homme lui-même n'est pas contraint par elle à exprimer sa joie par un mouvement quelconque de son corps, par quelque contraction indéterminée de son visage , mais par tel mouve-* ment et telle contraction, le rire, et sa douleur par les larmes. S'il parle naturellement dans une
langue, ce doit être dans une telle langue, si grossière que Ton voudra. Comment , si Ton suppose que les langues sont sorties toutes faites du cmoule de Tesprit humain » , comment , ce moule étant le même, en peut-il sortir plusieurs langues différentes et irréductibles? Ou il y a plusieurs esprits humains, Tesprit humain sémite, l'esprit humain indo-européen et quelques autres encore ; et Ton conçoit alors que chacun de ces esprits humains puisse engendrer dans un moule spécial l'organisme d'une langue spéciale. Ou bien il n'y a qu'un seul esprit humain, et la profonde différence que signalent les philologues entre les langues aryennes et sémitiques prouverait qu'elles ne sont pas fatalement issues de l'universelle nature humaine. Or la première hypothèse renferme une conclusion bien grave, et c'est pour la philologie prendre beaucoup sur elle que de trancher négativement la question pendante de l'unité de l'espèce humaine, sans autre base que la science nécessairement imparfaite des langues connues, qui ne sont peut-être pas toutes les langues éteintes , et sans souci des arguments considérables et contraires de l'anatomie et de la physiologie. Pour prouver que le langage de la parole n'est
pas Fœuvre de Texpérienee , mais une institution de la divine nature, il ne suffirait pas encore d'établir par des faits que l'homme accompagne instinctivement ses pensées par des paroles , que les idées de son esprit appellent naturellement sur ses lèvres certains sons articulés , comme les passions de son âme excitent fatalement sur son visage le rire ou les pleurs. Ces syllabes arrachées par la nature ne seraient pas encore des mots, mais la matière propre à en devenir. Il ne faut pas oublier que la condition la plus nécessaire pour constituer un signe, c'est qu'il soit compris. Un signe naturel, ce n'est pas seulement un signe naturellement produit, mais un signe qui serait compris naturellement. Une langue naturelle , ce n'est pas une langue dont l'homme arliculerait naturellement les mots , dont il prononcerait instinctivement les radicaux divers selon que diverses idées s'offriraient à son esprit , mais une langue dont les radicaux seraient compris nécessairement par tous les individus de même espèce sans le secours de l'expérience et de la raison. Parler une langue, ce n'est pas produire aux oreilles le cliquetis des syllabes, c'est attacher un sens à ses paroles et à celles d'autrui ; c'est la parler et l'entendre. La
parler ainsi naturellement serait concevoir instinctivement les mêmes idées que conçoit celui qui parle en Tentendant parler (1). Ceux qui affirment que l'homme parle naturellement sa pensée prétendront-ils aussi que l'homme comprend naturellement la parole d'autrui? On a pu le dire avec plus de vraisemblance que de vérité des signes de la physionomie; personne, ni philologue , ni philosophe, ne l'a dit expressément d'une langue quelconque. Or parler sa pensée n'est rien, le tout est de comprendre naturellement la parole des autres. Le premier pourrait n'êlre qu'un besoin, le second serait vraiment une faculté spéciale, une science
(1) Philolo{;ue8 et mâme philosophes semblent croire que ia production de la matière du signe soit tout et que Tinterprélation de la lettre ne soit rien. Ainsi M. Jouffîroy lui-même , qui a cependant proclamé si haut que tout signe suppose une intelligence qui le comprenne, défînit la faculté expressive qu'il range au nombre des capacités irréductibles de l'âme humaine, le f>ouvoir que nous avons de traduire au dehors par des signes ce qui se passe en nous et de nous mettre par là en communication avec nos semblables. Il n'y a que M. Garnier qui ait bien compris que le propre d'une telle faculté doive être Tinterprétalion et non la production des signes, c'est pourquoi il l'appelle faculté inter" prétative et renvoie la production des signes à ce qu'il nomme la faculté motrice, — Voy. La physiologie et la phrénologie com' paréesy p. 142 et sniv.
infuse. Ou est la preuve, où est la vraisemblance que rhomme comprenne instinctivement une langue quelconque ou seulement ses radicaux? C'est en vain que Ton proclamera que la parole est le vêtement indispensable de la pensée , si Ton n'admet et ne prouve que ce vêtement est transparent pour toutes les intelligences de même famille, et que la pensée est aussi nécessairement comprise par l'auditeur de la parole que parlée par le pen^ seur. D'ingénieux philologues ont pu chercher dans les interjections, les cris, les gémissements, dans tous les bruits vocaux arrachés à l'homme par Télat de son âme , là matière et comme l'étymologie physiologique des premiers mots (1), et il n'est pas interdit de les suivre avec prudence dans celle aventure; on a pu dire même qu'il y a loujours une raison pour laquelle une certaine racine a été attachée à l'idée d'un certain objet ; mais, en ajoutant que ce lien n'est pas plus nécessaire qu'arbitraire, on reconnaît qu'il n'y a point de mot dont l'homme ait une intelligence naturelle.
(i) Une des tentatives les plus savantes en ce genre est celle <]eN. Chavée dans sa Lexiologie indo-européenne^ Paris^ Franck,
COMMENT LENFANT APPREND A PARLER. iôi
Nos plus vieux ancêtres, les plus voisins du berceau du monde ou de Thumanité, qui ne parlaient, dil-oDy que par monosyllabes, ne comprenaient pas plus instinctivement le sens de ces embryons de toutes les langues , que nous n'entendons aujourd'hui, à moins de l'avoir appris, celui de nos mots longs d'une loisc.