‹ De la physionomie et des mouvements d'expressionChapitre 12 sur 32 · L.\aI. — Quand nous cherchons à découvrir un · texte numérisé non relu

L.\aI. — Quand nous cherchons à découvrir un

objet fort petit, l'effort est complet dans sa forme. Nous fermons la bouche avec insistance, la glotte s'élève et se contracte; et comme les conséquences de cet effort trop prolongé pourraient altérer la vision, on s'y reprend à plusieurs fois, cessant de respirer quand on regarde , et respirant pendant les intervalles.

La plupart de ces mouvements étant, nous l'avons dit tout à l'heure, inconciliables avec l'audition , l'effort qui se produit dans l'audition attentive se borne à une simple suspension des mouvements respiratoires, en sorte que la bouche demeure entr' ouverte, hiante, attitude trèsexpressive qui, se mêlant souvent à des signes caractéristiques d'impatience, est un des éléments les plus habituels de la mimique théâtrale.

LXXII. — Mais il n'est pas hors de propos de revenir pour un instant sur nos pas et d'étudier avec plus de détails l'influence que les sensations auditives ont sur les mouvements du corps.

On sait par expérience vulgaire que les sons les plus purs ne prennent le caractère musical qu'à la condition d'être soumis à une certaine mesure et rangés en un certain ordre. Ils reçoivent de cet arrangement une puissance nouvelle; puissance

telle, qu'à peine est-il possible de se soustraire alors à leur influence. L'habitude seule nous empêche d'admirer cette harmonie merveilleuse qui enchaîne des milliers d'hommes, leur inspire une volonté commune, les anime d'un même mouvement quand les sons d'une marche guerrière se font entendre. Chez tous les peuples du monde, les sons cadencés règlent le mouvement de la danse et les évolutions des troupes armées. Ces sons éveillent à la fois l'action et la règlent victorieusement, et leur puissance est telle que des gens d'intelhgence qui se piquent d'être maîtres d'eux-mêmes, s'appliquent vainement à ne point céder à leurs impulsions dominatrices.

Ce prodige , cette merveille que la philosophie et la poésie ont tour à tour célébrée, n'échappe point à l'analyse de la physiologie rationnelle; nous partirons dans nos explications d'un fait simple et facile à constater. Supposons un homme plongé dans une préoccupation profonde, et dans ce moment étranger aux choses extérieures. Qu'un son éclatant et subit se fasse entendre ; éveillé soudainement, il se dresse et demeure fixé dans un état plus ou moins marqué d'extension et de roideur.

236 DE LA PIÏVSIOMOMIE

De ce fait que démontrent l'observation et l'expcrience, résultent deux conséquences immédiates:

1° Le son est une cause d'excitation ; il arrache subitement l'organisme au repos.

2° Le son est fixant, si je puis ainsidire : il détermine une sorte d'extension générale. Or, dans ce mouvement, en même temps que la tête s'élève, la jambe s'allonge; de là, 'une tendance naturelle à frapper du pied la terre.

Ces choses étant posées, supposons que des sons se succèdent à intervalles égaux. A chaque émission nouvelle du son, la tendance au mouvement sera de nouveau excitée, le corps se dressera, le pied pressera sur la terre.

Or, ce qui a lieu dans un homme se produira également dans un autre homme; ainsi dix hommes, cent hommes, mille hommes, réunis en un même lieu, ressentiront l'excitation au même instant; ils se redresseront à la fois, tous à la fois frapperont du pied la terre. Si donc ces bruits cadencés se produisent pendant le mouvement de la marche, la marche sera réglée, toute cette foule semblera n'avoir plus qu'un seul corps et qu'une âme, et c'est dans ce sens qu'on a pu dire avec beaucoup de justesse : un corps de troupe, un

corps d'armée. Ainsi, toute une armée sous l'influence de ces sons , ou de ces bruits , s'avance d'un même pas. Le rhythme des bruits est-il rapide, la tendance au mouvement se reproduit souvent, la marche s'accélère. Le rhythme est-il. plus lent, la marche se ralentit d'une façon correspondante.

Ces effets sont relatifs à la marche du son , au mouvement du rhythme; quelques autres effets très-remarquables dépendent de la nature et de la qualité des sons.

Ainsi, d'une manière générale, un son aigu détermine une excitation plus vive qu'un son moins élevé, et cette qualité des sons aigus s'explique aisément si l'on considère les conditions physiques de l'acuité du son.

Cette excitation qu'un son élevé détermine est si vive, qu'on ne peut guère écouter une gamme ascendante saijs élever en même temps le corps, tandis qu'on s'affaisse par l'effet d'une transition graduelle d'un son aigu à un son bas. Le premier éveille, le second déprime ou endort; aussi toute marche est-elle essentiellement composée de périodes ascendantes, tandis que le chant des nourrices qui endorment les petits enfants se de-

veloppera surtout en périodes descendantes *. Cette hilluence des sons élevés produit des elîets singuliers dont l'étude serait d'un liant intérêt. C'est ainsi que dans ces périodes musicales, où les pas, qu'on me permette cette expression, sont composés d'un double son, l'un aigu, l'autre plus bas, la tête s'élève constamment au son aigu et s'abaisse au son plus bas, en sorte qu'elle exécute des oscillations obliques de haut en bas, et de l'oreille qui écoute plus particulièrement, vers l'autre, et cela plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de mollesse suivant que le rhythme est plus rapide ou plus lent. Si les chants chromatiquement prolongés descendent en mourant, les mouvements du corps sont traînés comme les sons eux-mêmes, et l'organisme tout entier s' associant à ces sympathies, les mouvements des viscères eux-mêmes sont ralentis et le système nerveux sollicité au sommeil. Ainsi s'expliquent les singuliers effets de la musique, ces effets opposés par lesquels, excitant tour à tour et calmant

1. On peut, à cet égard, comparer deux chants célèbres. Je veux parler de la Marseillaise et du Chant du Départ, La supériorité du premier sur le second comme musique guerrière sera sentie de tout le monde.

les passions, elle s'emi^are victorieusement de l'âme elle-même et anéantit toute liberté. Voilà pourquoi , sans doute , dans son utopie de république parfaite , Platon proscrivait certains modes musicaux comme indignes d'être enseignés à des hommes libres ^

fs'ous venons de voir qu'il y a, entre les sons entendus et les excitations qu'ils amènent, un certain rapport déterminé par le plus ou moins d'acuité. Ce même rapport existe entre le degré d'excitation qu'on éprouve et le son qu'on émet. C'est ainsi que la voix de la joie est haute, celle de la colère est suraiguë ; de même , la douleur qui lutte jette des cris perçants, cris dont le ton s'alïaiblit et s'abaisse à mesure que la force s'épuise. De même, c'est sur un ton très-haut qu'on excite la lenteur et la nonchalance; tandis que la menace, ayant pour but d'affaiblir et de terrifier

1. Je voudrais qu'il me fût permis d'en appeler à ce sujet au grand ouvrage que M. Ghevreul prépare sur la philosophie des sciences, et qui du point de vue élevé où l'auteur s'est phicé, pourrait à Juste titre être intitulé : U Histoire naturelle de l'esprit humain. Ces questions y sont traitées de cette manière large qui n'appartient qu'aux maîtres. Plus j'avance dans cette exposition et plus je regrette de ne pouvoir à chaque instant invoquer cette grande autorité.

à la fois, émet des sons graves et vibrants dont le timbre retentit et détermine le frisson.. Il est évident que la lenteur apparente de ces sons n'accuse point alors un défaut d'énergie, mais indique, au contraire, l'effort d'une puissance qui se maîtrise, d'une force contenue ^

Ces remarques donnent immédiatement l'explication d'un grand nombre de phénomènes; elles permettent de concevoir comment chaque passion, parlant une langue spontanée dont l'énergie est relative à la sienne, produit des intonations capables d'exciter, dans la mesure même de l'excitation qui les a produites. Ainsi, des cris suraigus, effets d'une excitation exubérante, éveillent dans l'être qui lesentend une stimulation équivalente, et sollicitent à la colère. Ils irritent l'homme le plus grave; au contraire, des sons bas, faibles, traînants, attristent, tandis que les sons graves et vibrants éveillent un instinct de contention et do

1 Sic quum, squalentibus arvis

yEstiferte Lybies, visô leo cominus lioste Subsedit dubius, totam dum colligit irara ; Mox ubi se saevse stimulavit verbere candie, Erexitque jubaai, et vasto grave murmur hiatu Infiemuit. ■ » > ^

' (Luc. Pharsaliœ, lib. I}.

retraite que toute l'attitude du corps exprime , dans les animaux qui se menacent.

LXXllL — Ces choses peuvenlêtreainsirésumées:

1° Une sensation vive détermine l'émission de sons très-aigus. Pareillement des sons aigus éveillent et déterminent une excitation générale proportionnée à leur acuité. Ce que je dis ici de l'acuité du son peut se dire également de la rapidité du rhythme.

2° Des sons lents^ faibles et bas, une voix traînante, sont l'effet d'une puissance affaiblie et d'une volonté qui s'éteint. Réciproquement, des accents faibles, lents, traînants, ralentissent une action trop vive, calment par degrés les grandes excitations et sollicitent au sommeil.

0° Des sons bas et vibrants sont l'expression d'une, volonté luttant contre l'éruption imminente de la voix, ils ont le caractère d'une action rétrograde. L'énergie de leurs vibrations sollicite à l'action, mais leur gravité impose une sorte d'immobilité. Or, l'immobilité dans l'action, c'est la roicU'ur. Aussi produisent-ils la rigidité du corps, i'horrlpllation , le tremblement; leur effet immédiat est d'arrêter et de contenir.

Ainsi, par ces trois choses : le rhythme, le

ton, le timbre^ les animaux entrent dans la communication d'une vie commune, une harmonie nécessaire s'établit entre eux, et ils vibrent à l'unisson les uns des autres. Sous ce point de vue, l'oreille est surtout le sens social, tandis que l'œil est le sens de la pensée intérieure et de l'intelligence pure. Aussi les intelligences créées sont-elles surtout entendement, tandis que l'être infini s'appelle lumière.

LXXIY. — Le jeu des organes de l'olfaction, du goût et du toucher, amène également dans le corps tout entier des mouvements sympathiques.

Or, ces mouvements diffèrent singulièrement, suivant qu'ils répondent à la recherche extérieure de l'objet, ou à la contemplation intérieure de l'impression qu'il a produite.

Dans le premier cas, les mouvements se rapprochent de ceux de V attention, leur caractère est eœpansif. Dans le second, ces mouvements ont une grande analogie avec ceux de \ intention, si je puis me servir dans ce sens de cette expression remarquable, leur caractère est essentiellement rêjlêchi ou intuitifs

1. Si les néologismes n'étaient pas à redouter dans notre langue, je serais tenté de proposer ici le mot intenlifqm s'opposerait

11 y a, à cet égard, entre les mouvements que les organes des sens sollicitent, une différence trèsgrande, et cette différence trouve sa raison dans le mode de leur action, dans leur essence même, si je puis ainsi dire.

C'est ainsi que, Vœiï, Voreilley et dans certains cas le toucher^ nous donnant des sensations, la nature ou l'habitude de notre intelligence nous porte immédiatement à les considérer comme extérieures. En sorte que, par une illusion singulière , nous nous sentons , nous nous voyons au milieu des objets que cette sensation nous représente, bien qu'en réalité nous les contemplions en nous-mêmes , comme la plus simple observation le démontre.

Ainsi , nous nous imaginons voir bien loin de nous, et dans une perspective infinie, les différentes choses visibles, les eaux, les forêts, les montagnes, le ciel, tandis qu'en réalité nous ne contemplons qu'un tableau microscopique peint sur notre rétine.

De même, nous entendons bien loin de nous les sons d'un cor que l'écho nous renvoie, tandis

avec tant d'évidence au mot attentif. Mais il ne m'est pas permis do, l'employer.'

qu'en fait nous n'entendons directement que les vibrations intérieures de notre bulbe auditif.

Cette illusion, qu'elle résulte d'une disposition première de la nature ou de l'habitude, a sur nos mouvements une influence remarquable et nécessaire ; elle nous porte à sortir en quelque façon de nous-mêmes ; si bien que l'attention de l'œil et de l'oreille a, dans sa forme générale, un caractère évident d'expansion.

Or, il n'en est pas tout à fait ainsi des mouvements d'attention qui accompagnent les sensations de l'odorat, du goût et certaines sensations cutanées.

Si le besoin que l'animal ressent éveille le désir ou l'idée de l'objet qui le doit satisfaire, l'être exécute des mouvements de recherche dont la forme estévidemment et nécessairement expansive.

Mais, l'objet une fois trouvé, une fois possédé, l'animal s'en empare; il l'amène à lui, l'embrasse, l'enveloppe, le cache, et tout son corps prend alors une attitude contractée, égoïste, avare. Il ferme les yeux, ses oreilles se couchent; il s'accroupit en voûte, et ces mouvements sont d'autant plus marqués qu'il s'y mêle un mouvement de crainte de voir sa proie lui échapper. Puis, ces pre-

miers mouvements passés, l'animal, maître de sa proie, commence à la savourer. Il y applique toute son attention, toutes ses forces.

Alors, ainsi que nous l'avons vu plus haut, c'est moins l'objet lui-même qu'il savoure, que les sensations que cet objet détermine. C'est là une volupté immédiate qu'il considère en lui-même; il ne revêt point de ces sensations l'idée d'une chose extérieure pour se la mieux représenter; en réalité, il ne voit que lui-même sentant et savourant, il n'est attentif qu'à ses impressions intimes. Ces mouvements ne peuvent donc avoir la forme d'une expansion vers le monde '^ mais ils expriment un retour vers soi et se rapprochent singulièrement de ceux qui accompagnent la réflexion y ou pour m' exprimer plus justement la contemplation intérieure.

C'est ainsi que tout homme qui déguste ramène SCS bras contre son corps; sa tète se fléchit, ses yeux se ferment à demi, si bien que le mouvement d'attention se réduit à une extension partielle et à peine apparente du co.rps. Ce que je dis ici du goût peut se dire également du sens des odeurs, et à certains égards du sens cutané lui-même.

L'analogie singulière qui rapproche de la rr-

flexion ces actes divers a frappé à juste titre les plus vulgaires observateurs, comme le prouvent les expressions naturelles du langage familier. C'est ainsi qu'en ayant égard au mouvement d' absorption qui les caractérise, le mot ruminer exprime à la fois et d'une manière aussi vraie que pittoresque la réflexion stupide des brutes et l'idiotisme majestueux de la pensée intérieure.

LXXV. — Ces observations nous révèlent des analogies nouvelles entre le sens de l'olfaction, .celui du goût et même celui du toucher, ils se ré- . pondent sympaihiquement et leurs actions sont en quelque sorte inséparables. Aussi voit-on les enfants qui se régalent d'un mets savoureux, sa caresserV 3ihàomQn, et réciproquement les caresses cutanées amener un mouvement de dégluliiion très-marqué. Les yeux et les oreilles, au contraire, se ferment alors, l'être se suffisant en quelque sorte à lui-même et s'isolant du monde extérieur. Les sensations génitales donnent lieu à des remarques analogues ; semblables, en effet, au chatouillement, leurs sympathies s'exercent surtout sur les organes des sens inférieurs. Je citerai, à cet égard, ces mouvements des narines, des lèvres et de la langue si habituels aux ruminants et aux

boucs, ces animaux lubriques auxquels les anciens avaient emprunté la forme idéale de leurs pans et de leurs satyres. Ces remarques pourraient nous conduire à des développements infinis; mais je dois me borner ici aux choses essentielles.

LXXYI. — Les propositions que nous venons de développer s'appliquent avec une grande évidence aux sensations agréables, et elles semblent également convenir aux sensations pénibles, à quelques exceptions près que nous allons examiner.

En général, toute sensation douloureuse dont le siège est à la périphérie du corps, possède au plus b^X degré le caractère excitant. L'animal, ainsi que nous l'avons dit plus haut, se révolte contre cette douleur, il fait effort contre elle et les mugissements ou les clameurs qu'il pousse sont la marque évidente de cet effort. De même, l'homme qu'une douleur excessive tourmente s'agite avec fureur; il essaye par tous les moyens possibles d'échapper à ses étreintes, de briser ses liens invisibles, et tous les mouvements de son corps rappelant ceux d'un combat suprême, le langage le moins figuré peut employer avec la plus grande justesse ces expressions : lutter contre la douleur, la vaincre, s en délivrer.

Ainsi voit-on les malheureux qu'une grande douleur possède, se roidir de ioulcs lews forces, serrer les poings et les dents, et pousser avec une insistance furieuse ; leurs muscles tremblent, leur corps se couvre de sueur, et les organes des sens expriment dans la sphère de leur activité une douleur sympathique. D'autres fois, au terme de l'impatience et du désespoir, V homme essaye de se dépouiller; il déchire ses vêtements comme pour détacher de soi cette robe deNessus; il veut s'enfuir, il s'élance, il veut en quelque façon sortir de lui-même, son cou s'étend et se détache des épaules comme si l'âme voulait s'envoler en emportant avec elle la tête, son organe essentiel.

• Ceux qui ont éprouvé de grandes et longues douleurs, telles que les douleurs néphrétiques, savent bien que je n'imagine rien dans cette exposition des sympathies de la douleur et que mes expressions traduisent la réalité. Ainsi les douleurs extrêmes ont, comme la joie, un caractère essentiellement èruptif; et ce que je dis ici des douleurs extérieures s'applique également aux douleurs intimes. De là cette inquiétude, ce besoin incessant de changer de lieu, dont sont tour-

mentes la plupart des malades. Dans l'angoisse qui accompagne l'invasion des maladies pestilentielles, le premier mouvement est de s'enfuir. Toutefois ces faits, bien que vulgaires, ne se produisent pas toujours.

Et, en effet, certaines douleurs intimes, loin de solliciter des mouvements d'éruption, semblent, au contraire, isoler l'être vivant du monde par un retour complet vers lui-même. Cette absorption peut-être portée si loin qu'il devient alors insensible aux excitations extérieures. Cette forme de la douleur a donc avec celle de la volupté une sorte d'analogie. Mais les expressions sympathiques qui se développent alors ne permettent pas de les confondre; en effet, tous les signes de l'indiflereiiceetdu dégoût se développent alors vers le visage, et l'abandon du corps est tel qu'il donne l'idée d'une paralysie générale. Cette forme concentrée de la cloideur parait surtout se produire lorsque des lésions 2jro fondes, troublant ou arrêtant Vaction des principaux viscères, ébranlent les bases et les fondements de la vie.

LXXVIl. — Telles sont les sympathies qui modifient la surface du corps. Disons maintenant un mot de celles qui agissent sur les viscères. Il

m: LA PUYSIONOMIE

suffira d'énoncer quelques propositions très-générales.

1° Toute cause capable d'exciter le système nerveux cérébro-spinal sollicite au mouvement^ non-seulement dans le système entier des muscles périphériques y mais encore dans toute V étendue du système viscéral.

Ainsi une excitation modérée détermine, en même temps qu'une tendance au mouvement extérieur, une accélération dans le rhythme des mouvements du cœur, et dans la succession des mouvements respiratoires; des observations nombreuses permettent d'admettre que les viscères hypogastriques ressentent en même temps les effets de cette excitation.

Une excitation excessive capable de solliciter outre mesure la contraction des muscles périphériques et d'amener la roideur, peut déterminer dans les muscles viscéraux des contractions spasmodiques capables de suspendre les fonctions des organes. C'est ainsi qu'un excès de contraction tétanique peut arrêter les mouvements du cœur. Cet effet se produit fréquemment dans le paroxysme de la colère, et détermine une pâleur subite du visage.

Des effets analogues peuvent se produire dans le système des organes respiratoires, et dans ce cas la dyspnée et l'angoisse surviennent, soit à l'occasion d'un spasme du poumon ou d'une contraction de la glotte, soit à la suite d'une roideur tétanique des muscles du thorax. Nous avons parlé plus haut des congestions périphériques que ces différents états déterminent.

Enfin, des effets semblables sont ressentis dans les viscères hypogastriques, mais l'excitation excessive de la colère peut-elle amener un spasme tétanique des conduits biliaires d'où résulterait une suffusion de bile? Ces choses ne peuvent être qu'indiquées ici, mais nous en avons dit assez, j'ose du moins l'espérer, pour en faire comprendre l'importance.

2" Toute cause capable d'affaiblir ou de paralyser r action nerveuse agit à la fois sur les systèmes de la vie animale et sur le système viscéral.

Ainsi, les causes qui ralentissent la production du mouvement dans les muscles périphériques, se propagent dans la profondeur des viscères. Elles ralentissent les mouvements du cœur, paralysent l'appareil respiratoire et relâchent les cavités hypogastriques. C'est ainsi que les grandes

commotions, en même temps qu'elles suspendent l'innervation dans les muscles volontaires, déterminent une sorte de dillluence, d'où résultent des effets presque subits chez les natures faibles et impressionnables. Aussi dans beaucoup d'expériences physiologiques, voit-on les animaux répandre leurs excréments. La plupart des grandes douleurs sont sympathiquement ressenties dans les viscères : elles portent au rœur- elles ^sujfoquent. Ces choses n'ont pas besoin de commentaires.

LXXVIII. — Mais puisque j'ai parlé de commotions, il ne sera pas inutile, je pense, de dire ici quelques mots d'une de leurs conséquences les plus habituelles. Je yeux parler de Y élonnemcnt , dont l'analyse trouve ici sa place naturelle.

L'étonnement est la suite ordinaire d'une grande impression subite. Nous n'essayerons point d'expliquer à la manière des cartésiens les mouvements du fluide nerveux d'où l'étonnement résulte, mais nous essayerons de déterminer expérimentalement dans quelles circonstances il mouifie l'organisation.

Formulons en premier lieu deux règles fondamentales :

A. Toutes les fols qu'une impression cCune certaine vivacité frappe subitement l'organisme^ la conscicïice des imjyressions concomitantes s'affaiblit et peut même s'éteindre d'une manière complète.

Cette règle répond à cet aphorisme célèbre d'IIippocrate : « Duobus doloribus simul obortis non in eodem loco , vehementior obscurat altcrum. » (Aph. Sect. 2. /i9.) Elle domine en pathologie toute la théorie des révulsions. On dirait que l'âme tout entière se concentre alors dans la contemplation de l'impression dominatrice et qu'elle est attirée vers un seul organe. C'est ainsi qu'un son terrible et soudain venant à frapper inopinément l'oreille, l'œil cesse de regarder et de voir.

Voici la seconde règle expérimentale :

B. Une tendance particulière au mouvement s'éveille dans les organes dont on a la conscience actuelle, c'est-ci-dire sur lesquels l'attention de l'âme est dirigée. Elle s'éteint au contraire dans ceux oii ne s'élèvent point des sensations distinctes.

C'est ainsi qu'il suffît d'écouter les battements de son cœur pour les sentir bientôt s'accélérer; nous avons vu plus haut que lorsqu'un organe des

sens est seul attentif, il dirige et diminue sympatliiquement l'action de tous les autres organes. Toutefois au terme d'une attention absolue,' lorsqu'elle est exclusive, absorbante, ces sympathies cessent de se produire ; les autres organes semblent oubliés. Dès lors, des phénomènes de résolution paralytique se développent de toutes parts : la bouche, abandonnée à son propre poids, s'entr'ouvre; les bras retombent, les jambes fléchissent, les mouvements du cœur lui-même sont ralentis, et ce ralentissement peut aller jusqu'à la syncope.

LXXIX. — Sur ces remarques est basée toute la théorie de Vélonncment. Je suppose qu'une grande lumière vienne tout à coup à luire aux yeux d'un homme et le surprenne au milieu d'une nuit profonde; cette grande impression anéantit là conscience de toutes les sensations étrangères; son œil s'ouvre démesurément; mais, en vertu de la deuxième règle [% LXXVII. B), tout le reste retombe; la mâchoire inférieure s'affaisse, les joues pendent, et cela d'une manière passive, sans aucune apparence de contraction ; les lèvres semblent paralysées, la voix s'éteint ; en même temps les bras se détendent et le corps tout entier s'af-

faisse. Ces choses sont grossièrement indiquées dans la figure suivante.

Dans ce mouvement, toute l'activité de la vie semble s'être concentrée dans l'organe oculaire.

L'œil s'ouvre d'une manière démesurée; la prunelle, découverte de tous côtés, semble nager dans le blanc de la conjonctive; enfin la paupière

supérieure et le sourcil, énormément élevés, sont entraînés par la corrugation du front. Il peut arriver que ces mouvements se produisent au milieu d'une stupéfaction telle, que le mouvement intérieur de la pensée est suspendu. L'étonnement reçoit alors le nom caractéristique de slii- "peur.

Cette résolution subite du mouvement musculaire, cette paralysie ou plutôt cet abandon instantané du corps, ont fait comparer à juste titre i'étonnement à l'état d'un homme frappé d'un coup de tonnerre; de là le mot étonné [(itlonitus), c'est-à-dire foudroyé.

L'étonnemenl que produit une sensation auditive subite donne lieu à des mouvements analogues, sauf quelques modifications légères; c'est ainsi que dans ce cas la tête se porte légèrement de côté, les yeux sont également très-ouverts, mais leurs axes s'abaissent et convergent. La pupille est le plus souvent énormément dilatée. Le mouvement de l'œil est alors absolument sympathique, et la dilalation de lu pupille indique qu il est dirigé sans conscience , sans motif qui lui soit propre. Dans tout le reste du corps, les mouvements passifs de paralysie dominent.

Cette panfh/si'e ou plutôt cette suspension du mouvement vital ne s'étend pas seulement aux muscles qui accomplissent les actions volontaires, elle envahit successivement tous les organes de la vie végétative. Les mouvements respiratoires s'arrêtent, le cœur cesse de battre, les actions intestinales sont suspendues. De ces différentes causes r/'siilte la pâleur; toutefois, il ne s'y mêle aucun sentiment d'angoisse. 11 n'y a dans l'étonnement ni dyspnée, ni rigidité, ni douleur. Ces choses distinguent l'étonnement simple d'avec l'épouvante.

J'insiste à dessein sur ces observations; j'y reviendrai ailleurs. Quoi qu'il en soit, je dirai par anticipation qu'il y a orthopnée dans l'épouvante et affaissement dans la stupeur. Celle-ci est caractérisée par une résolution complète, par une sorte de syncope des muscles; la rigidité et les spasmes tétaniques sont au contraire les signes habituels de l'effroi; en un mot, l'un est une convîdsion-, l'autre une paralysie. Ce que les peintres ne devraient jamais oublier.

LXXX. — Nous résumerons en quelques mots les propositions générales émises dans ce chapitre.

1» Les mouvements directs qu'exécutent les organes des sens sont accompagnés de mouvements sympathiques dans tous les organes capables de ressentir des impressions d'une nature analogue.

2° Les sensations réfléchies ne sont accompagnées de mouvements sympathiques que dans les organes dont l'action ne peut se substituer à l'action principale.

S'» Les mouvements sympathiques qui pourraient empêcher ou contrarier l'action principale ne se produisent jamais à l'occasion d'une sensation directe ou prosbolique.

. h° Lorsqu'un objet éveille douloureusement la sensibilité de l'animal, les mouvements sympathiques se développent tels qu'ils se produiraient si les organes des sens étaient le siège d'impressions analogues. La même remarque se-reproduit à l'égard des impressions qui ne sont que gênantes.

5" Lorsqu'un mouvement se produit directement ou idiopathiquement dans un organe, des mouvements sympathiques se développent, d'un côté à l'autre, dans les organes symétriques et, le long de l'animal, dans toutes les parties homologues des segments vertébraux.

Q° Dans ce cas , le mouvement sympathique ou imitateur a toujours une énergie inférieure à celle du mouvement idlopathique.

7° Si des sympathies générales se produisent, elles sont en général plus marquées du côté du corps qui est primitivement affecté.

8° Toute sensation vive a dans les viscères des retentissements sympathiques. Ces mouvements, le plus souvent spasmodiques, se développent chez les divers individus d'une même espèce sous des formes très-variées. Toutefois, il est possible d'y découvrir certaines règles qui, d'une manière générale, dominent ce développement.

9° Toute sensation douce est attirante de sa 'nature, mais dans une direction variable; cette direction diffère en effet suivant que l'objet est extérieur, ou intime et personnel. C'est ainsi que la joie dont l'objet est extérieur se développe au dehors et rayonne en quelque sorte, tandis que la volupté dont l'objet est intérieur, détermine des mouvements dont la forme est réfléchie.

10" Toute sensation mauvaise est le plus souvent repoussée. Elle détermine en conséquence des mouvements expulsifs, des mouvements de

révolte. Le corps la chasse comme une ennemie ou comme une étrangère.

11° Toutefois, quand l'attention se porte sur quelque douleur sourde et profonde, des mouvements de réflexion ou d'absorption peuvent se mêler à certaines formes expulsives de la douleur et produisent ainsi une expression mixte qui est celle de la tristesse.

12" D'une manière générale, l'attention peut être définie l'application de la volonté à l'examen d'une chose sensible. Cette application produit des attitudes fixes et n'est jamais sans quelque mélange d'effort sympathique.

13" L'attention qu'attire un objet visible porte à se diriger vers cet objet et à se mouvoir comme lui. L'attention de l'oreille donne lieu à des remarques analogues.

lk° L'attention de l'odorat, du goût et du toucher incline le plus souvent à la forme réfléchie et déterminée, en conséquence des expressions mixtes où l'expansion et la réflexion dominent alternativement.

15° Certaines sensations, telles que les sensations auditives, sont éminemment excitantes et déterminent au mouvement ; et suivant qu'elles sont

plus ou moins excitantes, elles y déterminent plus ou moins. De là des variations continuelles dans la rapidité du mouvement général, dans son intensité, et par conséquent dans le degré de l'expansion corporelle qui répond à l'impression ressentie.

16° Lorsqu'une impression excessive saisit tout d'un coup l'organisme, les actions vitales sont suspendues dans les organes sympathiques, et l'on voit se développer dans le corps entier des symptômes d'affaissement et de paralysie.

TROISIEME RARTIE

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