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DES MOUVEMENTS SYMPATHIQUES

LV. — Je donne le nom de mouvements sympathiques ou associés, à une classe de mouvements qui se produisent dans le corps , non point relativement à un but extérieur, mais à l'occasion des mouvements d'un organe dont l'action est seule objective ou jjrosbolique.

C'est ainsi que lorsque je regarde avec attention, tout mon corps s'associe au mouvement de mon œil; que ma bouche et mon nez exécutent des mouvements involontaires, mais naturels, puisqu'ils "se reproduisent invariablement chez tous les animaux d'une même espèce. L'histoire de ces mouvements peut être aisément formulée sous plusieurs propositions simples, mais générales.

LM. — Lonquun organe des sens est affecté et mis en mouvement d'un seul côté du corps ^ T or"

gane symétrique est le plus souvent entraîné dans le sens de ces mouvements^ et les répète en quelque sorte] toute fois y ces mouvements sont, en général, moins énergiquement exprimés que les mouvements directs.

Nul organe ne montre ces choses à un plus haut degré que l'œil. Si un rayon de lumière vient à tomber obliquement sur un des yeux, de manière à ne point affecter directement celui du côté opposé, l'œil affecté regarde d'un regard direct, et l'œil opposé regarde d'un regard sympathique. Mais le regard sympathique n'a point l'énergie du regard direct; son mouvement est incomplet, il semble attiré plutôt que dirigé , et sa marche inégale amène une divergence oculaire souvent assez sensible. Il est en même temps un peu moins ouvert que l'œil actif, et sa pupille toujours un peu moins contractée. En un mot, tous les mouvements qu'exécute un seul œil appliqué à la vision sont imités par l'autre œil , mais avec une sorte de paresse relative. On peut penser, à priori, que l'habitude n'est point sans influence sur ce phénomène. Ainsi la tendance naturelle qu'on a à regarder des deux yeux à la fois les objets qui les affectent simultanément, pourrait donner aux yeux

l'habitude des mouvements simultanés. En sorte que dans le cas où un seul œil serait excité, l'autre œil exécuterait par habitude des mouvements semblables. Mais l'observation des nouveaux nés montre que dès le début de la vie les mouvements des yeux se correspondent, et par conséquent l'habitude ne paraît pas avoir dans ce phénomène une part nécessaire.

LYII. — La sympathie latérale est moins évidente entre les deux oreilles ; elles sont, en effet, à peu près immobiles dans l'espèce humaine, et chez les animaux qui ont de grands pavillons auditifs, la faculté de les mouvoir indépendamment l'un de l'autre est à peu près universelle. Il est d'autant plus important de ne pas formuler ici de règle trop précise, que les deux oreilles, même dans des positions très-différentes, peuvent être cependant appliquées à l'audition d'un même son. En sorte que dans beaucoup de cas leurs mouvements pourraient paraître sympathiques plutôt par simultanéité que par symétrie.

Les mouvements des oreilles ne laissent donc point au premier abord apercevoir leurs sympathies; mais, peut-être, pourrait-on rendre ces sympathies apparentes par quelques expériences

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décisives. Ces expériences consisteraient à détruire par un moyen quelconque la sensibilité d'une seule oreille, en ayant soin de ne léser en aucune façon les nerfs moteurs. Dans ce cas, une oreille seule étant sensible à l'action des sons, tous les mouvements que l'oreille, sourde exécuterait pendant l'attention seraient des mouvements sympathiques. Pour que l'expérience fut concluante, il faudrait choisir de très-jeunes animaux et les observer ensuite à l'état adulte, on préviendrait ainsi l'habitude du souvenir, et les résultats seraient plus évidents. A priori, il est probable que les mouvements exécutés par l'oreille sourde seraient, dans ce cas , une imitation plus ou moins exacte de ceux que l'oreille saine exécuterait d'une manière directe.

Les mouvements de sympathie latérale sont assez marqués dans le nez, mais souvent avec une telle différence d'intensité dans la narine du côté qui est seul affecté, que l'autre semble au premier abord immobile. Mais un peu d'attention suffit pour démdbtrer qu'elle ne l'est pas et qu'elle exécute, quoique à un moindre degré, un mouvement analogue.

Les mouvements dont nous nous occupons ici

sont encore moins marqués clans la bouche, dont les deux moitiés se meuvent avec une grande indépendance.

Les organes du toucher , et les mains en particulier, présentent souvent des exemples de sympathie latérale. Nous en avons cité un cas remarquable (V. art. XLvr) , mais ces mouvements sgnt d'autant plus difficiles à apprécier qu'ils se développent avec une grande liberté, et n'ont en quelque sorte rien de nécessaire. 11 est cependant des cas où ces sympathies apparaissent nettement. Je citerai en particulier les débuts des commençants qui s'exercent sur le piano. On sait la difficulté qu'ils éprouvent à donner aux mouvements des deux mains une complète indépendance. Et ce n'est pas sans peine qu'en exécutant une gamme ils font coïncider le mouvement du petit doigt de la main gauche avec celui du pouce de la main droite, de l'index d'une main a^^ec celui de l'annulaire de l'autre main. Toutes ces choses sont vulgaires, si je puis ainsi dire.

Or, il ne paraît pas moins difficile de mouvoir les bras avec une complète indépendance, comme le prouve l'exemple des personnes inexpérimentées qui essayent de décrire avec leurs mains deux

cercles parallèles dans des plans verticaux, mais par des mouvements inverses, de telle sorte qu'une main se meut dans un sens et l'autre main en un sens opposé. La chose n'est point impossible sans doute, mais elle n'est point naturelle, c'est-cà-dire instinctive. Elle est le fruit de la réflexion, de l'exercice et de l'habitude.

LVIII. — Lorsqu'un sentiment de iwhipté, d'impatience ou d'activité intérieure met en jeu une ou plusieurs régions de la colonne vertébrale, cette excitation se propage symjjathiquement de segment en segment homologues jusqu'aux extrémités du rachis.

Cette sympathie des muscles homologues que j'oppose à la précédente sous le nom de sympathie longitudinale , est telle que les mouvements qui résultent d'un sentiment un peu vif, agitent en général toute l'étendue d'un même système de muscles. Or, il est naturel que ce mouvement soit surtout apparent dans les parties les plus mobiles. Yoilà pourquoi chez certains quadrupèdes à longue queue, les mouvements ondulatoires de cet organe sont toujours plus visibles, plus étendus que ceux du tronc. Ils peuvent même se développer seuls, trahissant l'énergie d'un sentiment caché, alors

ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. ill

qu'une volonté contraire luttant contre ses impulsions, maintient le corps dans une immobilité apparente.

A côté de cette sympathie entre organes homologues, se rangent naturellement celles qui se développent entre des organes analogues, tels que le peuvent être la jambe et le bras. Ces sympathies sont naturellement beaucoup plus évidentes dans les animaux que dansThomme dont les mouvements acquièrent en général le summum de l'indépendance.

LIX. — Lorsqu'un organe des sens est affecté et mis en mouvement d'une manière quelconque, les organes annexes peuvent se mouvoir sympathiqunnent, et répéter des mouvements analogues, chacun dans la sphère de son activité propre.

C'est ainsi par exemple que les oreilles feignent d'écouter, quand les yeux seuls sont réellement en jeu; que les narines exécutent certains mouvements, quand le goût savoure quelque impression délicate. Cette proposition mérite d'être attentivement examinée.

(«) Les sympathies dont nous nous occupons ici s'exercent surtout entre les organes capables d'éprouver des impressions d'une nature analogue, '

Nous remarquerons en effet, afin de fixer les idées, que nos impressions se groupent naturellement en deux catégories. Les unes déterminent à la. fois des sentiments et des idées claires, les autres aboutissent surtout à des sentiments et tout au plus à des idées confuses. Parmi les premières se rangent les sensations de la vision et de l'oUïe, parmi les secondes celles de l'olfaction et du goût.

Aussi l'observation nous fait-elle apercevoir un rapport de sympathie- plus intime entre l'œil et l'oreille, tandis que l'olfaction et le goût ont entre eux une relation immédiate ; l'action simple de l'œil détermine dans l'oreille des mouvements sympathiques, tandis qu'elle n'amène dans les autres organes que quelques mouvements consécutifs. De même les mouvements de l'oreille influent plus particulièrement sur ceux de l'œil. Quant aux mouvements des narines et de la bouche, ils ont entre eux d^ rapports si intimes, qu'il serait difficile de mouvoir isolément un de ces deux appareils; dans l'ordre naturel, leurs mouvements sont toujours homologues.

Il est facile de démontrer ces faits par quelques .exemples très-précis; un jeune chien à oreilles droites, auquel son maître présente de loin quel-

que viande appétissante, fixe avec ardeur ses yeux sur cet objet dont il suit tous les mouvements, et pendant que les yeux regardent, les deux oreilles se portent en avant comme si cet objet pouvait être entendu.

L'attention des oreilles sollicite aussi des mouvements dans les yeux. Ces mouvements sont surtout remarquables dans l'espèce humaine; l'œil regarde alors en l'air ou de côté : en l'air, si le bruit qu'on écoute est faible et qu'on le suppose venir de loin; de côté, s'il vient de très-près. Si l'audition du bruit écouté est facile, l'œil est modérément ouvert; si elle est difficile, il se place sympathiquement dans l'attitude de la vision pénible.

On trouve un exemple très-curieux de ces sympathies dans la tendance irrésistible qui porte en général à regarder un orateur, alors qu'on l'écoute, bien qu'on l'entende parfaitement. Cette tendance est si impérieuse, que toutes les causes qui la contrarient embarrassent en même temps le mouvement de la pensée. Aussi, devrait-on proscrire absolument l'interposition des objets opaques entre le maître et les élèves, dans toutes les salles de cours. Un seul tuyau de poêle qui s'élève au mi-

Dlil LA PHVSIONOMIK

lieu d'un amphithéâtre suffit pour jeter dans l'esprit de quelques élèves une sorte d'inquiétude qui nuit singulièrement à l'intelligence des choses énoncées par le professeur.

Dans l'ordre des faits ordinaires, la simple attention de l'œil et de l'oreille ne sollicite dans les narines et dans les lèvres que des mouvements insensibles. Mais il n'en est pas ainsi quand l'œil ou l'oreille, attentifs aux éléments les plus subtils de la sensation, cherchent aies distinguer; aussi,

LX. — l'ouïes les fois que Vœil ou l'oreille sont employés comme înstrmnenis cV analyse subtile, le nez, la bouche et les mains elles-mêmes , en tant qu instruments d'analyse, exécutent sympathiquement des mouvements analogues.

C'est ainsi que la recherche par les yeux d'un fort petit objet qu'on s'efforce de distinguer entre beaucoup d'objets analogues, est souvent accompagnée de certains mouvements des narines et des lèvres, dont les uns sont des mouvements de flair et les autres des mouvements de dégustation préparatoire , qui se passent entre les lèvres, les dents et la pointe de la langue. Des mouvements analogues se produisent lorsque l'attention de l'oreille est en jeu.

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LXI. — Bécijjroquement, lorsque le nez et la bouche sont employés en tant qu'organes d'analyse subtile, l'œil et V oreille exécutent des mouvements sympathiques analogues.

Cette proposition a à peine besoin de démonstration. Je suppose qu'il s'agisse ici de saveurs qui n'aient point d'influence appréciable sur les mouvements viscéraux; qu'il s'agisse par exemple de découvrir dans un mélange des traces d'alcool ; l'œil exécute dans ce cas des mouvements pareils à ceux qui se produisent lorsqu'il s'agit de découvrir de forts petits objets. La tête fait en même temps mine d'écouter finement et il faut remarquer que c'est du côté qui semble écouter que les mouvements sympathiques de l'œil sont en général plus prononcés.

On peut résumer ainsi ces choses :

Toutes les fois qu'un organe des sens est attentif à un objet, tous les autres organes donnent sym~ pathiqueiJient des signes d'attention, et ces sympathies sont en gênerai plus marquées entre les organes de même espèce qu'entre aes organes de catégorie différente.

LXII. — Dans tous les cas qm nous ont jusqu'à présent occupés, il s'agissait de mouve-

ments d'attention simple, concentrés sur des choses extérieures. Or, il peut arriver que l'attention ait au contraire pour objet certaines sensations intérieures, certaines modifications organiques succédant à une sensation de cause externe, en un mot certains sentiments.

C'est ainsi que certaines odeurs éveillent en nous des sentiments de dégoût ou de volupté. 11 en est de môme de certaines saveurs, et, plus particulièrement de celles que perçoivent le palais et r arrière-bouche.

Ces sentiments, lorsqu'ils sont agréables, sont caressés et assimilés, si j'ose le dire ainsi. Autant l'organisme rejette- et secoue la douleur, autant il appelle à lui le plaisir; il le savoure, il le médite. La douleur est une étrangère qu'on repousse, mais le sentiment .du plaisir s'identifie avec le sentiment mènie de la vie ; aussi les mouvements de la douleur ont-ils quelque chose déruptif, tandis que la volupté se manifeste dans un sens personnel et réfléchi. Elle s'isole du monde et s'enveloppe avec des joies intimes.

La volupté est comme un écho, un retentissement sucessif dans tous les viscères de certaines impressions agréables, enivrantes, analogues au

c!î;itoni11cnient. Ces impressions résultent plus naturellement du toucher, de l'olfaction et du goût, que de toute autre sensation. L'œil et l'oreille peuvent, il est vrai, donner lieu à des impressions voluptueuses, mais d'une façon moins directe et moins habituelle; ils sont, si je puis le dire, plus près de l'intelligence et moins de la vie organique. Or, les mouvements sympathiques étant d'autant plus fréquents dans un organe qu'il est plus naturellement porté à des mouvements directs d'un ordre analogue, il sera facile d'accepter «/??'/on' les propositions suivantes, que l'observation démontre ensuite d'une façon évidente.

LXIII. — 1° Toutes les fois qu'une sensation née du toucher, du goût ou de l'odorat éveille un sentiment (Le volupté, l'être vivant absorbé par la contemplation exclusive de ce sentiment repousse toute autre espèce de sensations , et condamne à l'inaction tous les organes qui pourraient jeter à la traverse de ces douces impressions , des impressions étrangères.

C'est ainsi que l'action de savourer une odeur ou une saveur porte à fermer les yeux. Je pourrais môme dire qu'elle oblige de fermer les oreilles; et, en eifet, dans le mouvement de déglutition qui

accompagne presque toujours la dégusLatiou des saveurs agréables, certaines niûdifications de r arrière-gorge rendent l'audition à peu près impossible.

Dans ce mouvement, l'œil va chercher les ténèbres sous la paupière ; le muscle pathétique agit comme dans la défaillance ou dans la mort. Dans certains cas moins tranchés, les yeux se ferment à depii et la prunelle se noie sous la paupière supérieure comme si le sonnneil arrivait. Ce mouvement est très-marqué pendant l'inspiration qui suit la déglutition voluptueuse.

Ces choses sont si vraies qu'il serait impossible peut-être de trouver un homme qui se délectât sous l'impression d'une odeur ou d'une saveur sans fermer les yeux au moins à demi, ce que ne doivent point oublier les peintres. Ces mouvements des yeux sont les mêmes lorsque la peau est le siège de chatouillements agréables. C'est ainsi que les chiens et, les chats ferment les yeux sous les caresses, en même temps qu'ils couchent leurs oreilles; on sent qu'il ne s'agit point ici de voir ou d'entendre, mais de savourer.

LXIV. — 2° Si l'œil ou l'oreille est le point de départ de sensations voluptueuses , celui des deux

organes qui n'est point actif, loin d'éprouver des mouvements sympathiques, demeure immobile, et, si je puis ainsi dire, complètement indifférent.

Cette proposition peut être aisément démontrée en ce qui touche les sensations auditives. Ceux que l'attrait du spectacle tient éveillés à la représentation d'un opéra, plus curieux que véritablement musiciens, ne peuvent passer que pour des amateurs vulgaires. Les vrais dilettanti, les délectants, comme les appelle admirablement la langue italienne, ferment habituellement les yeux dans ces moments où l'ivresse est plus délicieusement chatouillante, n'ouvrant les paupières qu'à la dérobée et retombant aussitôt dans leur rêve. Car, il faut le remarquer ici, le vrai musicien écoute moins les sons qui le charment, qu'il ne les pense. C'est en lui-môme qu'il entend ces chants que ses émotions intérieures traduisent en une langue passionnée et vivante. Tout entier au sentiment qui l'absorbe, il ne vit plus que par un seul sens.

Mais cette proposition , en ce qui touche l'œil^ est d'une démonstration moins facile. En effet, bien que certaines impressions suaves et chatouillantes de l'œil soient jusqu'à un certain point

absorbantes, elles le sont beaucoup moins que les sensations auditives; quoi qu'il en soit, l'homme que la couleur charme, arrivé à ce point où la préoccupation se change en contemplation, deviendra sourd à tous les bruits médiocres ; mais l'oreille à peu près immobile de l'homme ne traduit point ces modifications.

LXV. — Z° Lorsque l'un des deux organes de ht vision ou de l'ouïe est le point de déjyarl d'impressio7is chatouillantes et voluptueuses, il associe à son action tous les organes do.nt le Jeu sympalliicpie ne peut contrarier V action principale.

C'est ainsi que l'attention voluptueuse de l'œil est accompagnée de mouvements sympathiques de flair et de dégustation, parmi lesquels les mouvements de déglutition dominent. Rien de plus fréquent que de voir une femme savourant le§ reflets chatoyants d'une étoffe se rengorger et exécuter une déglutition véritable, mais ce dernier mouvement ne se produit jamais dans l'attention voluptueuse de l'ouïe, car il contrarie l'audition; les actions sympathiques de la bouche se résument alors dans un mouvement d'aspiration.

Les mouvements sympathiques de l'oi'gane gé-

ncral du toucher sont très-marqués dans les deux cas que nous venons d'examiner. Tout le corps reçoit alors une sorte d'impulsion ondulatoire et semble éprouver de délicieuses caresses; j'énonce rapidement ces faits dont l'analyse m'entraînerait à des détails infinis.

LXVI. — Les règles particulières que je viens de formuler ici s'appliquent uniquement aux cas où des sensations agréables sont éprouvées. Néanmoins, les sensations désagréables déterminent aussi des mouvements sympathiques. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'un son aigre oblige de fermer les yeux et détermine dans l'appareil buccal tous les miOuvements de la répulsion et de l'horreur. Il suffit de signaler ici ces choses.

LXVIL — Mais il n'est pas inutile de nous arrêter un instant, et de dire quelques mots des mouvements du corpSy en tant qu'ils succèdent sxpnpathiquement à des sensations ou viennent en aide au mouvement principal.

Lorsque nous examinons unoh^et intéressant, il est dans la nature de tendre vers cet objet ou de s'en rapproeher autant que possible ; c'est là un acte instinctif auquel le corps tout entier se prête,

et qu'on exprime par un mot admirable : attention [tendere ad).

11 y a une très-grande diiïércncc entre les mouvements que le corps exécute lorsque l'animal regarde, suivant que l'objet regardé est immobile ou mobile.

Je suppose l'objet immobile : l'œil se dirige vers lui, puis tout le corps s'avance dans la direction du regard, on pourrait dire qu'il s'allonge et qu'il est attiré. Dans ce mouvement, le corps s'étend en avant jusqu'où peuvent le permettre les lois de l'équilibre, en sorte que l'animal, après avoir établi d'une manière ferme sa base de sustentation, s'élance autant qu'il le peut au delà de cette limite.

Mais l'attitude de l'homme est surtout remarquable. Le mouvement d'attention étant inconciliable avec la station bipède, on le voit alors porter les mains en avant et s'appuyer sur tous les corps qu'il trouve à sa portée, substituant à son attitude habituelle une véritable station quadi*upède oblique. Cette tendance à se porter en avant, entraînant comme conséquence nécessaire le besoin d'un appui, explique le danger qu'il y a à regarder attentivement un objet éloigné, du bord d'un

Eï DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION.

toit ou de toute autre plate-forme sans balusti'ade. Souvent, quand on ne trouve à sa portée aucun objet dont on puisse faire un point d'appui, les mains se posent sur les genoux symétriquement fléchis, comme j'essaye de l'indiquer dans la figure suivante :

Mais V objet peut être mobile: dans ce cas, l'œil fixé vers l'objet le suit, et le corps s' allongeant, s'inclinant, suit tous les mouvements de l'œil. J'en donnerai pour exemple les spectateurs d'une

partie de boules. Ces mouvements peuvent s'exécuter en quelque sorte autour d'un centre, les pieds demeurant immobiles. Mais il peut arriver, si l'objet qui sollicite l'attention s'éloigne, qu'on le suive à son insu.

C'est ainsi qu'on raconte d'un mathématicien fameux, qu'ayant écrit quelques formules dont l'idée le préoccupait, sur la paroi postérieure d'une voiture, on le vit, lorsqu'elle eut repris sa marche, suivre son calcul qui fuyait devant lui, sans s'éveiller de sa méditation. Je ne puis assurer que cette histoire soit absolument vraie, mais à coup sûr elle est absolument selon la raison et selon la nature.

Les jeunes chiens donnent un exemple assez évident de mouvements de ce genre lorsqu'ils guettent les petits oiseaux, courant après eux lors même que les oiseaux envolés sont hors de leur portée. Je crois inutile d'insister plus longtemps sur ces choses.

Ainsi, l'œil suivant le mouvement d'un objet qui s'éloigne ou se détourne, le corps tout entier suit le mouvement de l'œil, mais cela d'une manière bien remarquable : c'est d'abord la tête qui ebt attirée, puis le tronc et enfin les jambes, eu

sorte que l'impression paraît se propager successivement et de segments en segments jusqu'à l'extrémité de la moelle épinière. C'est là, s'il en fat jamais , un exemple de sympathie longitudinale. Or, ce mode de propagation du mouvement a pour conséquence nécessaire de détruire graduellement les conditions de l'équilibre du corps, et une chiite deviendrait inévitable si une jambe ne la prévenait en se portant tout à coup en avant.

On comprend alors qu'il y ait danger naturel et imminent à considérer d'une grande hauteur un objet en mouvement, quelle que soit d'ailleurs sa position dans l'espace. Mais ce danger est d'autant plus grand que cet objet se meut audessous de l'observateur, parce qu'il s'y joint alors les effets particuliers au vertige. Il y a à cet égard entre l'œil et le corps de telles sympathies, que les illusions les plus singulières en résultent.

L'une des plus frappantes est celle qui s'empare de nous lorsque, penchés sur la rampe d'un pont suspendu, par exemple, nous regardons l'eau couler au-dessous de nos pieds. On sait que dans une certaine condition de notre esprit et de nos yeux , l'eau paraît réellement couler, tandis que

le pont reste immobile; mais cette apparence n'a rien de nécessaire, et l'instant d'après l'eau pourra paraître immobile, tandis que le pont semblera courir au-dessus d'elle , et nous nous sentirons alors entraînés par un mouvement plus ou moins rapide. On peut à volonté produire en soi la conscience de Tune ou l'autre de ces deux impressions; celui des deux objets sur lequel le i:egardse fixe plus particulièrement prenant toujours l'apparence du point immobile, à l'égard duquel tous les autres semblent se mouvoir.

Ceci posé , supposons que , penchés sur la rampe du pont, nous regardons en amont couler l'eau. Nous penserons courir en avant; mais si nous regardons en aval nous croirons marcher à reculons. Or, chose remarquable, l'illusion n'égare pas seulement les mouvements de l'esprit, elle trompe en même temps ce ministre subordonné, ce demiourgos qui règle à tous les moments de la vie l'harmonie de nos mouvements, et nous oscillons alors, pareils à un passager inexpérimenté qu'emporte une embarcation rapide. Ainsi, l'illusion qui fait voir aux yeux le pont en mouvement détermine des effets semblables à ceux qu'amènerait un mouvement réel; l'on a con-

science d'une chute imminente, contre laquelle on essaye de réagir par des mouvements involontaires, souvent assez marqués pour être sensibles aux yeux d'un observateur étranger ^

Il est probable que la sensation de tournoiement qu'on éprouve après un mouvement prolongé de rotation sur soi-même, entraîne la chute par des raisons analogues. Eu effet, dans ce moment, tous les objets semblent tourner. Toutefois, je ne m'exprimerai qu'avec réserve sur ce phénomène qui n'a point été l'objet d'expériences assez précises*.

L'influence des yeux sur les mouvements du

i. Ces faits s'expliquent aisément si l'on a égard à ces harmonies intérieures qui nous portent instinctivement à maintenir notre corps, et que M. Clievreul considère comme la conséquence d'un principe général qui les domine, j'entends parler du principe de stabililé. Ce savant en a fait dernièrement une application heureuse à l'explication du phénomène nerveux connu sous le nom de mal de mer, considéré dans ses rapports avec les causes qui le produisent. Ses observations nous seraient ici d'un grand secours ; mais comme il se propose de les exposer lui-même, une prudence respectueuse m'impose l'obligation d'attendre qu'il les ait publiées, mon premier devoir étant de profiter de ses enseignements, et non de les devancer en ^'exposant à les affaiblir.

2. L'analyse de ce phénomène pourrait conduire à des observations du plus haut intérêt. Un homme tourne sur lui-même les yeux ouverts. Au moment où il s'arrête, il lui semble que tous les objets continuent à tourner devant lui; bien qu'en réalité

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corps est prouvée par un grand nombre d'autres considérations. La science est redevable sur ce point à M. Chevreul de plusieurs belles expériences que nous exposerons dans le chapitre suivant, où nous ne ferons réellement que le suivre, en tirant des principes qu'il a posés les conséquences naturelles qui en dérivent.

LXVIII. — Si le corps est mis sympathiquement en mouvement par l'action de la lumière sur l'œil, en revanche il est arrêté par la sensation des

aucun d'eux ne soit déplacé. Cette remarque m'a fait supposer ([u'il pourrait bien y avoir quelque analogie entre ce phénomène et l'illusion qui a fait assimiler le mouvement des cils vibratiles dans les Systolides et les Mélicertiens à un mouvement rotatoire. Une illusion toute pareille se produit lorsqu'on regarde d'une certaine distance ces cercles de flammes dont certains marchands décorent le soir l'arcade de leurs portiques. C'est un petit mouvement de détail qui n'amène jamais un grand déplacement, et qui se compose d'un mouvement simultané de contractions et de dilatations alternatives dans tous les éléments de la courbe lumineuse. Toutes les fois que ces conditions sont remplies, l'apparence d'une rotation plus ou moins rapide se produit, et avec une telle intensité qu'elle trompe les yeux, alors même que la raison prévenue met l'esprit en garde contre cette illusion. Ainsi, il me semble probable que dans le cas particulier qui nous occupe, la sensatiort de tournoiement dépend de certaines f; "f'illaions insensiblesqui déplacent dans des limites très-étroites, il est vrai, les axes 'oculaires.

■ Or, de cette oscillation de l'œil, résulte nécessairement, dans

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ténèbres. En efTet, en posant des limites à l'action (le l'œil, les ténèbres sont une limite aux mouvements du corps. On s'arrête, on recule même, et la sensation d'un obstacle qui se crée autour de vous est telle qu'on porte sympathiquement les mains en avant comme pour se protéger*.

LXIX. — Telles sont, en général, les sympathies de l'œil et du corps tout entier; il existe entre le corps et l'organe auditif des sympathies analogues. Ainsi,

tous les éléments des images formées sur la rétine, une oscillation de détail tout à fait pareille à celle qui se produit dans les roues des Systolides; il y aura donc là une vague apparence de rotation. Et, eu efifet, un peu d'attention suffît pour se convaincre que rien ne tourne, mais que les éléments de l'image se meuvent dans un fort petit espace sans changer de lieu. Cette observation sera surtout facile si on la répète devant un mur rayé longitudinalement.

Si l'on tourne en tenant les yeux fermés et qu'on les ouvre subitement au moment où l'on s'arrête, les objets paraissent également tournoyer et toujours dans un sens opposé à celui de la rotation. L'explication de ce fait repose évidemment ici sur le mrme phénomène, je veux dire l'oscillation insensible des yeux.

11 roste à démontrer pourquoi les yeux o=:cil!ent. C'est Ifi un sujet de reche-r^hes fort délicates sur lesquelles je me propose de revenir un jour. Mais ce n'est point ici le lieu d'iu'^ister sur ces clios<is.

I . J'emprunte au beau mémoire de M. Arago sur l'éclipsé totale

Lorsque nous écoutons , le corps tout entier se porte vers le corps sonore'^ dans lu direction de V oreille qui écoute.

Cette remarque est aisée à ■vérifier. Lorsque nous regardons avec attention, nous regardons en général des deux yeux à la fois, et le corps est tendu vers l'objet d'une manière symétrique. Lorsque, au contraire, nous écoutons, nous écoutons de côté, le cou étant tendu vers l'objet, et l'un des pariétaux étant porté parallèlement aux surfaces vibrantes. .

Dans cette position, le corps tout entier se porte sur un seul genou, celui du côté qui écouté, tandis que la jambe opposée, plus ou moins tendue, pousse le corps dans la direction du son. En même temps, une tendance naturelle à se mettre en garde

du 8 juillet 1842, les faits suivants qui sont du même ordre que celui que je signale ici : « Quatre à cinq pages, «dit M. Arago, » « no me suffiraient pas si je voulais reproduire ici tout ce qui « m'a été raconté concernant des cheviiux, des bœufs et des ânes M qui, attelés à des fîirdeaux, s'arrUèrent tout court quand l'é- (( clipse totale arriva, se couchèrent et résistèrent obstinément à « l'action du fouet ou de Faiguilloii (p. 309), à l'instant oii le soleil « disparut entièrement. »

M. Fraisse de Perpignan remarque : « Que les fourmis s'arrèc( tèrent, mais sans abandonner le fardeau qu'elles traînaient. » (Voy. Arago, Annuaire du bureau des longitudes, p. 311, 184G.)

contre toute impression étrangère fait qu'une main s'écarte du corps en faisant le geste de repousser. Quelquefois, le corps tout entier se maintient dans

cette position pénible sans l'aide de la main du côté dont on écoute, et cette main portée vers l'oreille fait alors l'usage d'un véritable cornet acoustique. Nous distinguerons à ces signes l'attention de l'oreille d'avec celle de l'œil. On sent combien toute cette mimiq\ie est simple et naturelle, et en

efTet toutes ces observations générales pourraient être résumées en une seule .proposition que nous formulerons ainsi :

Le corps entier est dirigé vers l'objet senti, et tendu dans la direction de l'organe, du sens qui révèle l'existence de cet objet.

LXX. -r Je ne puis m'enipêcher de faire ici une remarque. C'est que l'attention est fixante de sa nature, et que pour cette raison elle n'est jamais sans quelque mélange d'effort. Cet effort suspend pour un instant la respiration. De là ce besoin urgent de respirer et de bâiller après quelques moments d'une attention soutenue. Cet état est souvent très-pénible, et comme il est instinctif, la volonté ne le gouverne pas, et les personnes de travail en sont souvent singulièrement incommodées.

Cette incommodité que chacun a pu ressentir explique l'impossibilité où certaines personnes, fort intelligentes d'ailleurs, se trouvent d'étudier des choses dont l'analyse réclame beaucoup d'attention et de subtile délicatesse; elles n'ont point d'hrfleine au travail et elles l'abandonnent bientôt parce qu'il est a la fois pour elles une souffrance et une cause de paralysie. C'est ici le cas de remarquer combien les règles d'éducation sont grossières

encore; souvent, en effet, considérant la paresse comme une sorte d'entité abstraite, comme un vice moral, on la punit au lieu de chercher à la guérir. Cependant , la plupart du temps, cette paresse que les châtiments ne peuvent vaincre tienf, lorsqu'elle n'est pas liée à un défaut d'intelligence ou à une passion dominante, à ce qu'en s' efforçant de travailler , les enfants oublient de respirer. J'ai moi-même beaucoup souffert de cet oubli qui croît en général avec la préoccupation dont on est saisi. Il ne serait pas impossible d'instituer à cet égard quelques exercices gj'mnastiques qui préviendraient de tristes résultats. Mais qu'il me suffise d'énoncer ces choses en passant, ]eur analyse me conduirait beaucoup trop loin.

Il est cependant utile d'indiquer à ce propos combien ces expressions s'efforcer de voir, s'efforcer d'entendre, sont justes en elles-mêmes; en effet, l'attention est toujours mêlée de quelques mouvements d'effort qui se traduisent dans quelques mouvements plus ou moins marqués du visage ou du corps. Mais cet effort se développe sous des formes un peu différentes dans l'attention de l'œil et dans celle de l'oreille.

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