l'sydwl. ration. Sect. I, ch. m, § "iOti
sont des représentations des choses extérieures, ou, pour m'cxprimer plus claii-ement encore, elles sont en tout semblables aux idées immédiates qu'éveillent en nous des sensations actuelles. Il est donc naturel qu'elles soient imaginées dans les conditions mêmes oii ces sensations se produisent le plus habituellement, et par conséquent rapportées à quelque chose d'extérieur. C'est ainsi que nous concevons comme extérieures les choses visibles que nous imaginons; que nous entendons hors de nous les sons dont l'idée occupe notre pensée.
Il est donc naturel qu'en éQOutant en nous, nous fassions mine d'écouter au dehors, qu'en contemplant dans notre pensée une image idéale, nous dirigions nos yeux vers le lieu de l'espace où cette chose est imaginée; en un mot que nos idées déterminent des effets à peu de chose près semblables à ceux que détermine un objet réel, capable de déterminer des sensations pareilles.
Ainsi, par une illusion irrésistible, l'instinct et la volonté recherchent au dehors ces objets intérieurs de la pensée, le désir s'y laisse attirer, la volupté les caresse, la haine les attaque ou les fuit.
Nous développerons ces faits en quelques propositions très-générales :
1° Il est impossible de voir, d'écouter, de flairer, de goûter, de toucher une chose en imagination sans exécuter en même temps les mouvements qui, dans la sphère des actions extérieures, répondent idiopathiquement ou sympathiquement à ces actions diverses.
2" Il est impossible de vouloir, de désirer, d'agir en un mot par la pensée sur ces images extérieures, sans exécuter les mouvements ou du moins un indice de ces mouvements qui, dans l'ordre de la vie extérieure, répondent à ces actions.
Ces propositions sont sommairement démontrées par l'observation des hommes qui rêvent, des somnambules et des hallucinés. Or, nous donnerons à ces mouvements qui lésultent du jeu de l'imagination et de la pensée créatrice, le nom de mouvements symboJiqiies.
Ces mouvements symboliques sont une image des mouvements directs, image adéquate dans certains cas, mais le plus souvent incomplète, ébauchée. Ils en diffèrent d'ailleurs par certains ti'aits caractéristiques dans la plupart des cas, et
pour des raisons qu'il n'est pas inutile de développer ici.
LXXXII. — Il y a deux sources de sensations et de pensées; le monde extérieur et l'imagination.
De ces deux mondes naissent incessamment, dans l'état de veille, des impressions simultanées, quelquefois harmoniques, d'autres fois contraires, et ces impressions sont dans la vie de l'homme alternativement dominatrices.
Ainsi, parfois l'imagination l'emporte, ce que l'on voit surtout dans les hallucinations et dans l'extase. Mais le plus souvent et dans l'ordre habituel des choses, les impressions venues du monde extérieur dominent, leurs teintes sont plus accentuées et plus vives et elles obscurcissent jusqu'à un certain point les sensations venues du monde idéal.
Ideœ matérielles în motii mimisceleri consistiint, si phantasmati quam si ideœ sensunli respondent, dit Wolf avec une grande justesse? Hobbes reconnaît également cette vérité : « Ces ima^esy dit-il, sont plus confuses quand on est éveillé, parce qu alors quelque objet présent remue ou sollicite eontinueliement les yeux ou les oreilles, et, en
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tenant Vesjjrit clans un mouvement plus fort, l'empcche de s apercevoir d'un mouvement plus faible. »
Dès lors, la liberté que l'homme possède d'appliquer à son gré son attention aux choses du monde et aux choses de l'imagination implique en lai l'existence d'une faculté nécessaire, le pouvoir de faire prédominer à son gré l'une ou l'autre de ces deux catégories d'impressions.
Cette faculté met en usage des procédés fort simples que nous n'aurons aucune peine à analyser ici.
LXMIII. — Je suppose que deux images formées au foyer de deux lentilles, l'une faiblement éclairée, l'autre pleine de lumière, soient reçues eh un même point sur un écran. De ces deux images, la plus forte éteindra la plus faible; celle-ci disparaîtra comme la clarté d'une lampe à' la lumière du jour. Or, il est évident que le moyen le plus simple de faire apparaître l'image la plus faible est d'affaiblir l'intensité de la plus forte ou même de l'intercepter tout à fait.
Deux bruits viennent simultanément frapper l'oreille. L'impression du bruit le plus fort affaiblira le sentiment du bruit le plus faible. Ainsi,
dans les quartiers populeux, les bruits de la ru'e rendent sourd aux conversations particulières. Que fait-on dans ce cas? on éteint ces bruits importuns, on les intercepte en fermant les fenêtres et les rideaux des appartements, et le bruit le plus faible devenant à son tour dominateur, peut être distingué et clairement entendu.
Ce cas d'une double impression-, l'une forte et l'autre faible, est à chaque instant réalisé dans l'état de veille.
L'impression forte vient le plus souvent du monde extérieur; l'impression faible de l'imagination. Ces deux impressions existent et agissent simultanément; toutefois, ainsi que nous venons de le dire, l'impression imaginaire est dissimulée, ce qui arrive pour plusieurs raisons fort nécessaires à bien apprécier, à savoir :
1° Par l'c/fct d'une imprcsf;lon de même cff'dre venue du monde e.Tténeu?\ C'est ainsi qu'il est. à peu près impossible d'imaginer une odeur quarkl on en sent une autre. De même peu de gens ont la faculté de s'abstraire assez pour imaginer ou simplement retrouver quelque chant familier, au milieu de l'exécution d'un concert, jj 2° Par r effet d'une impression venue du monde
cxlcricnr, bien qu'elle soit d'un ordre différent. C'est ainsi qu'une grande douleur, un grand tumulte, s'emparant de toutes les forces de l'être sensible, rendent fort difficile l'application de l'esprit aux sensations intuitives.
8° Par l'effet d'une attention trop vive, portée à certaines actions que le corps exécute. C'est ainsi qu'en s'appliquant à quelque travail manuel fort délicat ou à quelque exercice de gymnastique difficile, on ne peut diriger à son gré les mouvements de l'imagination, si hien que la pensée n'a plus aucune liberté réelle.
LXXXIV. — Il résulte de ces remarques que la liberté de s'appliquer aux impressions intuitives suppose :
1° L'absence de toute impression extérieure distincte, de même ordre que V imprcsssion intuitive. C'est ainsi qu'en général on imagine mieux dans les ténèbres des objets visibles; de même un musicien, quand, il se livre à la composition, recherche en général le silence.
2" L'absence de toute impression étrangère trop rire et surtout de toute impression gênante. Des liens serrés autour du corps, des vêtements trop justes, nuisent au mouvement de l'imagination ;
aussi la plupart des écrivains et des artistes adoptent-ils pour le travail une grande liberté de costume.
3° L'absence de toute espèce d'effort distinct, exigeant l'intervention spéciale de la volonté. Et voilà pourquoi, en général du moins, les sensations intuitives sont plus distinctes pendant le sommeil et dans certaines attitudes du repos.
Ces remarques permettent d'expliquer très-naturellementpourquoi, dans l'application de l'esprit aux choses intérieures, l'homme recherche ces positions où l'équilibre du corps est en quelque sorte passif, s' asseyant et laissant parfois retomber sa tête sur sa main, le coude étant mollement appuyé. Dans l'action automatique elle-même, dans la marche par exemple, l'homme qui imagine laisse retomber sa tête sur sa poitrine ou la soutient avec sa main. Aussi, dans ce repos du corps, dans cette absence presque absolue d'impressions extérieures, passe-t-on par dos degrés insensibles de l'état de veille à celui de sommeil somnambule et de la pensée ordinaire aux songes et à l'extase. Dans cet état, le mouvement de la pensée continue souvent l'œuvre commencée pendant la veille, et c'est ainsi qu'on peut jusqu'à un certain
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point expliquer cette élaboration singulière qui développe pendant le sommeil les idées qui occupaient l'imagination au moment où l'on s'endort après des études nocturnes.
LXXXV. — Lorsque les idées ou les images dont l'imagination est occupée sollicitent l'attention, mais sans éveiller aucun sentiment de convenance ou de volupté, on voit se développer en premier lieu quelques indices généraux de mouvements attentifs. Ainsi, le nez se courbe légèrement et flaire, la bouche exécute de petits mouvements de gustation préparatoire ; souvent alors les doigts, pressés les uns contre les autres, se meuvent comme dans l'action du toucher. Si l'attention aux choses intérieures est plus vive, à ces mouvements se joignent des mouvements, symboliques d'effort. La respiration est suspendue et des contractions plus ou moins énergiques se dessinent sous la peau de la face.
L' attitude générale du corps dans le mouvement symbolique est semblable à celle qui se produit dans le mouvement direct. Ainsi, de même qu'on regarde avec les deux yeux, on imagine, si je puis ainsi dire, des deux yeux à la fois; la tête se dirisice alors en avant et dans une attitude sy-
métrique. Pareillement, quand on imagine des sons, le corps semble écouter : une oreille se porte en avant et la tète se penche. Ces mouvements sont accompagnés de tous les mouvements sympathiques qui s'y associent, lorsqu'ils sont exécutés dans un sens direct et réel.
Toutefois, ces mouvements symboliques d'attention par lesquels l'homme se cherche en quelque sorte hors de lui-même , faisant intervenir des causes d'excitation nouvelle, sembleraient, en raison des choses qui ont été plus haut expliquées, devoir apporter quelque trouble dans le développement des sensations imaginaires, en substituant à des impressions légères et fugaces des impressions fortes et constantes.
Et il en serait réellement ainsi si la nature," en donnant satisfaction à ce mouvement d'attention expansive qui entraîne le corps, n'avait en même temps prévu ces obstacles et institué, dans les préordinations harmoniques de l'instinct, la solution du paradoxe.
Elle a en effet instruit l'animal à regarder sans voir, à écouter sans entendre. Ces choses me paraissent devoir être scrupuleusement examinées.